Le département des manuscrits de la Bibliothèque royale serait également

fouillé, et fournirait une masse de documents originaux, dont il serait

difficile de calculer l'importance. Les collections dites de _Colbert_,

de _Brienne_, de _Dupuy_, de _Gaignières_, et tant d'autres qu'il

serait trop long d'énumérer, n'ont encore été pour ainsi dire

qu'entr'ouvertes. Là sont ensevelis des correspondances, des mémoires,

des écrits de toute espèce, reflets vivants de tous les siècles,

répertoires des jugements que chaque époque a portés sur elle-même.

Aucun autre dépôt n'est plus riche que la Bibliothèque royale en

matériaux pour cette sorte d'histoire qu'on peut appeler contemporaine,

histoire qui ne consiste pas moins dans la révélation des idées que dans

celle des faits.

Les archives du royaume, au contraire, jetteraient de vives lumières sur

telles ou telles circonstances d'événements défigurés par la tradition.

On y puiserait des rectifications importantes, des renseignements

curieux sur tous les faits sociaux qui laissent de leur passage une

trace officielle et authentique. Il est aussi, dans le dépôt des

archives, des trésors qu'on ne serait pas tenté d'y chercher, tels

que des correspondances diplomatiques, des traités de politique, des

fragments d'histoire. Ainsi, en résumé, bibliothèques et archives des

départements, Bibliothèque royale et bibliothèques secondaires de Paris,

archives du royaume, tels seraient les principaux établissements dont il

s'agirait de produire les richesses au grand jour.

Mais il est une autre source historique plus abondante encore peut-être,

et jusqu'ici plus inconnue. Les dépôts dont je viens de parler sont

publics; le gouvernement ne ferait qu'en extraire et rendre plus

abordable à tous les lecteurs ce que, avec de grands efforts sans doute,

les particuliers peuvent accomplir par eux-mêmes. Le bienfait serait

immense, mais le gouvernement doit faire davantage. Il possède

d'autres archives dont lui seul dispose, et dont il peut, sans aucun

inconvénient, communiquer, en partie du moins, les inappréciables

trésors: je veux parler des archives des différents ministères, et

notamment du ministère des affaires étrangères.

Jusqu'ici, tantôt la nature du gouvernement, tantôt de justes

convenances, ont rendu ces grands dépôts à peu près inaccessibles; mais

la séparation est si profonde entre notre temps et les temps passés,

la politique de notre époque est si peu solidaire de celle des siècles

antérieurs, que le gouvernement peut, sans crainte et sans scrupule,

associer le public à une partie de ces richesses historiques.

En s'arrêtant vers le commencement du dernier siècle, non-seulement

l'intérêt de l'État, mais l'intérêt des familles, ne pourront souffrir

la moindre atteinte.

Évidemment les faits, les documents antérieurs au règne de Louis

XV n'appartiennent plus à la politique, mais à l'histoire, et rien

n'empêche plus de publier ceux qui méritent la publicité.

En exploitant ainsi avec sagesse les archives des divers ministères, et

surtout celles des affaires étrangères, qui sont dans un ordre parfait,

la publication que j'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté sera un

monument tout à fait digne d'elle et de la France.

L'histoire des villes, des provinces, des faits et des usages locaux

sera éclairée par les bibliothèques et les archives départementales;

l'histoire générale des idées, des usages, des moeurs et des rites par

les manuscrits des grandes bibliothèques de Paris, par les archives du

royaume; enfin l'histoire particulière des traités et des ambassades par

les archives des affaires étrangères; celle de la législation et des

grands procès par les archives du Parlement; celle des sièges, des

batailles, de la marine et des colonies par les archives de la guerre et

de la marine.

Je ne puis, dans cet exposé, offrir à Votre Majesté qu'un sommaire, une

ébauché incomplète de l'entreprise que je soumets à Son approbation.

Je souhaite que les résultats que je ne puis que faire entrevoir, mais

qu'on serait assuré d'atteindre, justifient aux yeux de Votre Majesté et

à ceux des Chambres ma demande d'une allocation extraordinaire. Si ce

crédit est accordé, j'aurai l'honneur de présenter à Votre Majesté un

plan plus détaillé de cette grande publication nationale, et de lui

soumettre les moyens d'exécution les plus propres à en assurer le

succès.

Je suis avec le plus profond respect,

Sire,

De Votre Majesté,

Le très-humble et très-obéissant

serviteur et fidèle sujet,

Paris, 31 décembre 1833. Le ministre secrétaire

d'État au département de l'instruction publique,

GUIZOT.

2. _Rapport au Roi sur les Mesures prescrites pour la recherche et la

publication des Documents inédits relatifs à l'histoire de France_.

SIRE,

Votre Majesté a daigné accueillir les vues que j'ai eu l'honneur de lui

soumettre relativement à la recherche et à la publication des monuments

inédits de l'histoire de France. Les Chambres ont voté, dans le budget

de 1835, un crédit de 120,000 fr. consacré à ces travaux, et qui atteste

hautement l'intérêt qu'inspire l'entreprise scientifique et nationale

qu'a approuvée Votre Majesté.

Je me suis appliqué à en préparer le succès, et je demande à Votre

Majesté la permission de mettre sous ses yeux le plan que je me propose

de suivre et les dispositions que j'ai déjà prescrites.

Dès le 22 novembre 1833, je me suis adressé à MM. les préfets pour leur

demander des renseignements précis et détaillés sur la situation des

bibliothèques et des archives des départements qu'ils administrent,

ainsi que sur les divers ouvrages manuscrits qui peuvent être contenus

dans ces dépôts. Les réponses que j'ai reçues m'ont déjà fourni quelques

documents curieux; elles m'ont surtout indiqué les voies qu'il convient

de suivre pour arriver à des résultats importants.

Le 20 juillet dernier, je me suis mis en rapport avec les académies et

sociétés savantes établies dans les départements; j'ai sollicité leur

concours; j'ai cherché à encourager leurs efforts, et tout me porte à

croire qu'elles me seconderont avec zèle et efficacité.

Le 18 juillet dernier, j'ai formé, auprès du ministère de l'instruction

publique, un comité où se réunissent quelques-uns des hommes les

plus considérables par le savoir et par le mérite de leurs travaux

historiques. Ce comité sera spécialement chargé de surveiller et

de diriger, de concert avec moi, tous les détails de cette vaste

entreprise. Il s'est assemblé plusieurs fois sous ma présidence, et,

grâce à l'assistance éclairée que ses membres ont bien voulu me prêter,

on entrevoit déjà les résultats qu'il sera possible d'obtenir.

Un premier soin a dû occuper le comité, celui de déterminer nettement le

but que doit se proposer l'administration et les limites dans lesquelles

il convient de se renfermer. Il suffit, à cet égard, de s'en tenir

rigoureusement aux termes mêmes de la loi de finances de 1835. Ils

contiennent et expliquent toute la pensée de l'entreprise. Puiser à

toutes les sources, dans les archives et bibliothèques de Paris et

des départements, dans les collections publiques et particulières;

recueillir, examiner et publier, s'il y a lieu, tous les documents

inédits importants et qui offrent un caractère historique, tels que

manuscrits, chartes, diplômes, chroniques, mémoires, correspondances,

oeuvres même de philosophie, de littérature ou d'art, pourvu qu'elles

révèlent quelque face ignorée des moeurs et de l'état social d'une

époque de notre histoire: tel sera le but de ces travaux.

J'ai examiné soigneusement, avec le comité, quels seraient les plus sûrs

moyens d'exécution.

La recherche des documents présente d'assez grandes difficultés. A

Paris, et dans quelques villes en petit nombre, il existe des archives

classées méthodiquement, et dans lesquelles a été dressé avec exactitude

l'inventaire des pièces qui s'y trouvent déposées; mais partout

ailleurs, règnent le désordre et la confusion. A l'époque des troubles

révolutionnaires, une foule de documents, jusque-là conservés dans les

anciens monastères, dans les châteaux ou dans les archives des communes,

ont été livrés tout à coup au pillage et à la dévastation. Des amas de

papiers et de parchemins, transportés dans les municipalités voisines,

ont été jetés pêle-mêle dans des greniers ou dans des salles

abandonnées; le souvenir même s'est effacé, dans plusieurs endroits,

de ces translations opérées négligemment et sans formalités. De là

l'opinion généralement établie, et devenue, pour ainsi dire, de

tradition dans un grand nombre de départements, que tout a péri dans ces

temps d'agitation. Il est certain néanmoins qu'on peut retrouver encore

une partie considérable des anciennes archives, notamment dans les

villes d'évêché et de parlement, et qu'une foule de pièces importantes

ont été sauvées et rendues aux villes lorsque, plus tard, une autorité

conservatrice fit déposer dans les chefs-lieux des districts les débris

des anciennes abbayes, confondus avec les chartes et autres monuments

authentiques. Plusieurs pièces aussi furent gardées alors comme titres

de propriété ou de droits utiles des biens qui avaient été vendus par

l'autorité publique.

Je ne saurais former le dessein de procéder actuellement et directement

à un classement général et méthodique de toutes les archives locales,

soit des départements, soit des communes: le temps et les ressources

manqueraient pour un si immense travail. La Bibliothèque du Roi possède

déjà un inventaire général de toutes les archives qui existaient en

France avant la révolution, inventaire dressé, vers 1784, sous le

ministère de M. Bertin, et auquel sont joints un grand nombre de

cartulaires ou répertoires des principales pièces que ces archives

locales renfermaient. Ces renseignements suffiront aux premières

recherches; à mesure que l'on pénétrera dans les dépôts publics pour en

extraire les richesses, on éprouvera le besoin de les mettre en ordre;

de premières améliorations susciteront le zèle qui aspire à des

améliorations nouvelles, et le zèle créera des ressources. Les autorités

locales, les conseils généraux et municipaux seront naturellement

provoqués et conduits, on peut l'espérer, à réintégrer leurs archives

dans des lieux convenables, et à faire dresser le catalogue des pièces

qu'on y conserve. Il convient donc de se mettre dès à présent à

l'oeuvre, sans prétendre commencer méthodiquement par un travail de

classement général qui offrirait, dans l'état actuel des choses, plus

d'embarras que d'avantages, et que nos recherches amèneront, d'ailleurs,

presque nécessairement.

J'ai cherché, de concert avec MM. les membres du comité, quels pouvaient

être, dans chaque département, dans chaque ville, les hommes déjà connus

par leurs travaux sur l'histoire nationale, et capables de s'associer

à ceux que je dois faire entreprendre. Nous avons dressé une première

liste de quatre-vingt-sept personnes avec lesquelles je me propose de

me mettre en rapport, afin de les charger spécialement des recherches

relatives aux lieux qu'elles habitent. Une correspondance régulière

s'établira entre elles et mon département, par l'intermédiaire de MM.

les préfets; et, sans imposer partout un ordre toujours le même, une

organisation systématique et uniforme, qui s'accorderaient mal avec les

besoins et les ressources particulières de chaque localité, j'ai rédigé

cependant des instructions générales qui peuvent s'appliquer également à

toutes les recherches et à tous les pays, et qui seront adressées à tous

les correspondants de mon ministère.

Dans les lieux où je ne pourrai obtenir le concours de quelques

correspondants propres à ce genre de travail, je tâcherai d'y suppléer

en envoyant des commissaires spéciaux déjà exercés, et dont le mérite me

soit bien connu. Du reste, j'accueillerai avec empressement toutes les

communications, toutes les propositions. Je sais que beaucoup d'hommes

modestes et laborieux vivent dispersés et presque ignorés sur notre

territoire, prêts à mettre leur savoir et leur zèle à la disposition

d'une administration bienveillante. Je serai attentif à les chercher et

heureux de les découvrir. Le comité central se tiendra constamment au

courant des diverses recherches qui seront entreprises à Paris et dans

les départements. Il dirigera, par des instructions particulières, tous

les travaux que j'aurai prescrits ou autorisés; il transmettra aux

correspondants du ministère les renseignements qui leur seront

indispensables pour juger de la valeur réelle de telles ou telles

archives, de tels ou tels manuscrits. Aussitôt qu'une découverte

importante aura été signalée à mon attention, l'un des membres du comité

sera chargé spécialement de l'examiner, de s'entendre avec la personne

qui m'aura adressé cette communication, de rechercher toutes les

pièces relatives au même sujet qui pourraient exister dans d'autres

collections; et toutes les fois que, après cet examen, la publication

de tel ou tel manuscrit, de telle ou telle pièce, aura été jugée

convenable, elle aura lieu sous la surveillance du comité, soit par les

soins directs de l'un de ses membres, soit par une révision attentive du

travail de ses correspondants.

Tel est, Sire, dans ses traits essentiels, le plan que je crois devoir

adopter. L'exécution en est déjà commencée, et je puis en indiquer à

Votre Majesté les premiers et prochains résultats.

Les archives de plusieurs villes du royaume sont en assez bon ordre et

assez bien connues pour qu'on ait pu s'y livrer immédiatement à d'utiles

travaux. La bibliothèque publique de Besançon est, depuis longtemps,

dépositaire des papiers du principal ministre de Charles-Quint et de

Philippe II, d'un homme qui a été mêlé à toutes les grandes affaires

du XVIe siècle, du cardinal Perrenot de Granvelle. Ce vaste recueil se

compose des correspondances de ce ministre, des notes de ses agents, et

de toutes les pièces relatives à son administration dans les Pays-Bas

et dans le royaume de Naples. Il n'a été connu des savants, jusqu'à ce

jour, que par l'ébauche d'un catalogue imprimé, et par la courte analyse

de quelques pièces, que l'on doit à un religieux bénédictin du

XVIIIe siècle. J'ai formé à Besançon, sous la présidence du savant

bibliothécaire de cette ville, M. Weiss, une commission chargée de

procéder à l'analyse complète de ces matériaux. Elle en fera le

dépouillement et mettra à part ceux qui présentent assez d'intérêt pour

être livrés à la publicité. J'espère que bientôt une partie considérable

de ces pièces historiques sera préparée pour l'impression.

Les riches et précieuses archives des anciens comtes de Flandre sont

conservées à Lille: elles contiennent des documents qui remontent

jusqu'au XIe siècle. Je prends des mesures, de concert avec M. le

préfet du Nord, pour faire explorer ces archives, et en tirer tous les

documents qui paraîtraient dignes d'être mis en lumière.

Les restes des anciennes archives du Roussillon sont conservés à

Perpignan: on y trouvera des renseignements intéressants pour l'histoire

de cette province et pour celle des relations des rois de France avec

les rois d'Aragon. Des spoliations nombreuses et une longue négligence,

dont ces archives sont enfin préservées, grâce au zèle du bibliothécaire

de la ville de Perpignan, ne les ont pas tellement appauvries qu'elles

ne puissent encore offrir des pièces importantes.

A Poitiers, où sont déposées les archives de l'ancienne province

d'Aquitaine, j'ai envoyé, avec le titre d'archiviste de la ville, un des

élèves les plus distingués de l'école des Chartes, M. Redet. M. Chelles,

élève de la même école, a été également envoyé à Lyon avec le même

titre.

Dans les bibliothèques et les archives de Paris, les travaux sont déjà

en pleine activité, et promettent d'importants résultats.

Le département des manuscrits, à la Bibliothèque royale, dépôt immense

de matériaux de toute espèce, est, pour la première fois, livré à une

exploration générale et régulière. Il présente des corps d'ouvrages

rédigés, tantôt par des hommes instruits sur des sujets divers de notre

histoire, tantôt par des personnes qui ont voulu transmettre à la

postérité le détail des affaires auxquelles elles ont pris part. On y

trouve aussi des recueils de pièces détachées en nombre considérable,

formant des sources de documents authentiques sur presque tous les

sujets. Des collections rassemblées par des particuliers dont elles ont

conservé les noms, celles de _Colbert_, de _Dupuy_, de _Brienne_, de

_Gaignières_, de _Baluze_, du _président de Mesmes_, et plusieurs

autres, y ont été déposées dans leur intégrité après la mort de leurs

possesseurs. Des jeunes gens exercés à ce genre d'étude sont

chargés, sous la surveillance et la direction des conservateurs, MM.

Champollion-Figeac et Guérard, d'explorer ces mines fécondes, et de

signaler les manuscrits divers, mémoires ou autres pièces, qui leur

paraîtraient dignes de publication, pour que le comité en fasse ensuite

l'objet d'un examen spécial. Déjà plusieurs ouvrages ont été puisés à

cette source, et sont livrés aux personnes chargées d'en préparer la

publication. Je citerai, entre autres, une réunion de notes curieuses,

écrites de la main même du cardinal de Mazarin, et relatives aux

incidents journaliers de sa conduite pendant les guerres de la Fronde.

Ces notes, écrites le plus souvent en italien et d'une façon fort

abrégée, seront publiées avec une traduction française et les

éclaircissements nécessaires.

Un journal des États généraux tenus à Tours en 1484, dont la

Bibliothèque royale possède plusieurs copies, a été rédigé en latin par

Jean Masselin, l'un des membres de ces États. Les nombreux détails qu'il

fournit sur les discussions, les usages et les idées politiques de ce

temps ont été, en grande partie, ignorés de nos historiens. Quelques-uns

se sont contentés de le faire connaître par des extraits que les autres

ont copiés. Il sera publié, pour la première fois, dans son texte

original, et accompagné d'une traduction.

Un monument important de la langue, de la poésie et de l'histoire d'un

temps déjà reculé, est une vaste chronique en vers de la guerre des

Albigeois, écrite dans la langue du pays, à une époque très-voisine

encore de cet événement, par un auteur qui avait été témoin des faits

qu'il raconte. C'est une source de renseignements également intéressants

pour les philologues et pour les historiens, et aussi l'un des plus

curieux monuments littéraires du XIIIe siècle. Le soin de sa publication

est confié à M. Fauriel.

Après la paix de 1763, M. de Bréquigny fut envoyé à Londres avec un

bureau composé de sept personnes, pour y prendre copie de toutes les

pièces déposées aux archives de la Tour de Londres qui pouvaient se

rapporter à l'histoire de France. Ce travail dura plusieurs années; il

a produit une collection d'environ cent cinquante volumes in-folio

de copies de documents divers concernant celles de nos provinces qui

avaient été rangées longtemps sous la domination anglaise. Les originaux

de plusieurs de ces documents se sont perdus depuis à la Tour de

Londres. La nature de ces recherches, leur étendue, et jusqu'aux

événements qui ont eu lieu depuis qu'elles ont été accomplies, tout

contribue à donner à cette immense collection un intérêt que le temps

n'a fait qu'accroître. J'ai ordonné le dépouillement de ce recueil

déposé maintenant à la Bibliothèque du Roi; chacun des documents qu'il

renferme sera successivement examiné; ceux qui n'ont point encore été

publiés, et qui néanmoins mériteront de l'être, seront relevés, classés

et mis au jour.

Une autre collection, que je crois propre à jeter des lumières nouvelles

sur l'histoire politique de l'ancienne monarchie française, sera celle

des chartes concédées aux villes et aux communes par les rois et les

seigneurs, du XIe au XVe siècle. Ces chartes sont en grand nombre; elles

embrassent presque toute l'étendue de la France, et la teneur en est

fort variée. Plusieurs ont déjà été publiées, mais beaucoup d'autres

n'ont point vu le jour; et peut-être ces dernières ne sont-elles pas

les moins curieuses et les moins importantes. La Bibliothèque du Roi en

possède une collection formée par les soins de Dupuy, et qui remplit

quelques volumes in-folio. Elle sera soumise à une sévère analyse: on

évitera de produire ce qui est déjà connu; on y ajoutera les pièces et

les documents nécessaires pour la compléter. Enfin, j'ai l'intention d'y

faire joindre les chartes et constitutions primitives des différentes

corporations, maîtrises et sociétés particulières établies en France, de

telle sorte que cette collection rapproche et mette dans tout leur

jour les nombreuses et diverses origines de la bourgeoisie française,

c'est-à-dire les premières institutions qui ont servi à affranchir et

à élever la nation. Ce travail s'exécutera sous la direction de M.

Augustin Thierry.

Les archives générales du royaume, compulsées en même temps et de la

même manière que la Bibliothèque du Roi, fourniront un grand nombre de

pièces détachées, actes de l'autorité publique, relations d'événements

particuliers, diplômes, chartes et autres monuments authentiques propres

à jeter de nouvelles lumières sur les points les plus obscurs de notre

histoire, et à corriger souvent des versions fautives ou incomplètes.

Les archives spéciales des différents ministères nous promettent encore

de plus importantes richesses; ces matériaux doivent être exploités

avec prudence et discernement: aussi nos recherches s'adresseront-elles

exclusivement aux époques qui peuvent être considérées comme tombées

dans le domaine de l'histoire. Mais nous trouverons dans ces limites de

quoi exciter et satisfaire la plus avide curiosité des savants et du

public. MM. les directeurs de ces précieux dépôts ont bien voulu me

promettre leur concours le plus empressé.

Les archives du ministère des affaires étrangères, classées avec un

ordre parfait, forment le dépôt historique le plus considérable par

l'abondance et la valeur de ses documents. Les publications que je me

propose d'y puiser s'exécuteront par les soins du directeur, M. Mignet,

qui a déjà préparé un recueil important et étendu destiné à en commencer

la série. Les longues et curieuses négociations relatives à la

succession d'Espagne, ouverte par la mort de Charles II, seront l'objet

de ce recueil. Entamées immédiatement après le traité des Pyrénées

en 1659, elles n'ont été terminées qu'en 1713, à l'époque où la

paix d'Utrecht vint fixer enfin le droit public de l'Europe et sa

distribution territoriale sur de nouvelles bases. Cette publication

fera connaître la marche progressive des grands événements qui en sont

l'objet, et mettra pour la première fois au jour, dans toute sa réalité

et toute son étendue, la politique de Louis XIV.

Les archives du dépôt de la guerre seront consultées en même temps que

celles des affaires étrangères, et les renseignements empruntés à ces

deux sources différentes seront rapprochés entre eux et comparés les uns

avec les autres. Ainsi, tandis que l'on recherchera, dans les archives

de notre diplomatie, tout ce qui se rapporte aux négociations

qu'entraîna l'affaire de la succession d'Espagne, le dépôt de la guerre

mettra à notre disposition l'histoire des campagnes qui suivirent et

secondèrent ces négociations, accompagnée de la correspondance de Louis

XIV, de Philippe V, du duc d'Orléans, du maréchal de Berwick et du duc

de Vendôme.

A ces dernières publications seront joints les cartes et plans

nécessaires pour l'intelligence des opérations militaires; M. le

directeur du dépôt actuel de la guerre a bien voulu m'offrir les riches

matériaux de ce genre qu'il a recueillis lui-même. Ils seront mis au

jour par ses soins personnels et sous sa surveillance.

Des travaux analogues seront exécutés aussi dans les archives du

ministère de la marine: l'état de notre marine, l'histoire de nos

campagnes maritimes ou des grandes batailles navales, celle de nos

colonies depuis plus de cent cinquante ans, y sont conservés dans des

collections authentiques dont le choix sera fait par des hommes versés

dans cette étude toute spéciale.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 3) · 第 26 / 34 段