La France, Sire, ne restera point en arrière de tels exemples. Elle

saura concilier des convictions profondes avec des lumières rapidement

progressives, des moeurs fortes avec des institutions libres. C'est

la mission de l'éducation nationale d'assurer ces beaux résultats.

L'institution pour laquelle j'ai l'honneur de solliciter l'approbation

de Votre Majesté me parait un des meilleurs moyens de les préparer.

Je suis avec le plus profond respect,

Sire,

De Votre Majesté,

Le très-humble, très-obéissant et

très-fidèle serviteur et sujet,

Le ministre secrétaire d'État

au département de l'instruction publique,

GUIZOT.

_Approuvé_: LOUIS-PHILIPPE.

II

_Circulaire adressée le 18 juillet 1833 à tous les instituteurs

primaires en leur envoyant la loi du 28 juin 1833_.

Paris, 18 juillet 1833.

Monsieur, je vous transmets la loi du 28 juin dernier sur l'instruction

primaire, ainsi que l'exposé des motifs qui l'accompagnait lorsque,

d'après les ordres du Roi, j'ai eu l'honneur de la présenter, le 2

janvier dernier, à la Chambre des députés.

Cette loi, monsieur, est vraiment la charte de l'instruction primaire;

c'est pourquoi je désire qu'elle parvienne directement à la connaissance

et demeure en la possession de tout instituteur. Si vous l'étudiez avec

soin, si vous méditez attentivement ses dispositions ainsi que les

motifs qui en développent l'esprit, vous êtes assuré de bien connaître

vos devoirs et vos droits, et la situation nouvelle que vous destinent

nos institutions.

Ne vous y trompez pas, monsieur: bien que la carrière de l'instituteur

primaire soit sans éclat, bien que ses soins et ses jours doivent le

plus souvent se consumer dans l'enceinte d'une commune, ses travaux

intéressent la société tout entière, et sa profession participe de

l'importance des fonctions publiques. Ce n'est pas pour la commune

seulement et dans un intérêt purement local que la loi veut que tous les

Français acquièrent, s'il est possible, les connaissances indispensables

à la vie sociale, et sans lesquelles l'intelligence languit et

quelquefois s'abrutit: c'est aussi pour l'État lui-même et dans

l'intérêt public; c'est parce que la liberté n'est assurée et régulière

que chez un peuple assez éclairé pour écouter en toute circonstance la

voix de la raison. L'instruction primaire universelle est désormais une

des garanties de l'ordre et de la stabilité sociale. Comme tout, dans

les principes de notre gouvernement, est vrai et raisonnable, développer

l'intelligence, propager les lumières, c'est assurer l'empire et la

durée de la monarchie constitutionnelle.

Pénétrez-vous donc, monsieur, de l'importance de votre mission; que son

utilité vous soit toujours présente dans les travaux assidus qu'elle

vous impose. Vous le voyez: la législation et le gouvernement se

sont efforcés d'améliorer la condition et d'assurer l'avenir des

instituteurs. D'abord le libre exercice de leur profession dans tout

le royaume leur est garanti, et le droit d'enseigner ne peut être ni

refusé, ni retiré à celui qui se montre capable et digne d'une telle

mission. Chaque commune doit, en outre, ouvrir un asile à l'instruction

primaire. A chaque école communale un maître est promis. A chaque

instituteur communal un traitement fixe est assuré. Une rétribution

spéciale et variable vient l'accroître. Un mode de perception, à la

fois plus conforme à votre dignité et à vos intérêts, en facilite

le recouvrement, sans gêner d'ailleurs la liberté des conventions

particulières. Par l'institution des caisses d'épargne, des ressources

sont préparées à la vieillesse des maîtres. Dès leur jeunesse, la

dispense du service militaire leur prouve la sollicitude qu'ils

inspirent à la société. Dans leurs fonctions, ils ne sont soumis qu'à

des autorités éclairées et désintéressées. Leur existence est mise à

l'abri de l'arbitraire ou de la persécution. Enfin l'approbation de

leurs supérieurs légitimes encouragera leur bonne conduite et constatera

leurs succès; et quelquefois même une récompense brillante, à laquelle

leur modeste ambition ne prétendait pas, peut venir leur attester que le

gouvernement du Roi veille sur leurs services et sait les honorer.

Toutefois, monsieur, je ne l'ignore point: la prévoyance de la loi, les

ressources dont le pouvoir dispose ne réussiront jamais à rendre la

simple profession d'instituteur communal aussi attrayante qu'elle est

utile. La société ne saurait rendre, à celui qui s'y consacre, tout ce

qu'il fait pour elle. Il n'y a point de fortune à faire, il n'y a guère

de renommée à acquérir dans les obligations pénibles qu'il accomplit.

Destiné à voir sa vie s'écouler dans un travail monotone, quelquefois

même à rencontrer autour de lui l'injustice ou l'ingratitude de

l'ignorance, il s'attristerait souvent et succomberait peut-être s'il ne

puisait sa force et son courage ailleurs que dans les perspectives d'un

intérêt immédiat et purement personnel. Il faut qu'un sentiment profond

de l'importance morale de ses travaux le soutienne et l'anime, et que

l'austère plaisir d'avoir servi les hommes et secrètement contribué au

bien public devienne le digne salaire que lui donne sa conscience

seule. C'est sa gloire de ne prétendre à rien au delà de son obscure et

laborieuse condition, de s'épuiser en sacrifices à peine comptés de ceux

qui en profitent, de travailler enfin pour les hommes et de n'attendre

sa récompense que de Dieu.

Aussi voit-on que, partout où l'enseignement primaire a prospéré, une

pensée religieuse s'est unie, dans ceux qui le répandent, au goût des

lumières et de l'instruction. Puissiez-vous, monsieur, trouver dans de

telles espérances, dans ces croyances dignes d'un esprit sain et d'un

coeur pur, une satisfaction et une constance que peut-être la raison

seule et le seul patriotisme ne vous donneraient pas!

C'est ainsi que les devoirs nombreux et divers qui vous sont réservés

vous paraîtront plus faciles, plus doux et prendront sur vous plus

d'empire. Il doit m'être permis, monsieur, de vous les rappeler.

Désormais, en devenant instituteur communal, vous appartenez à

l'instruction publique; le titre que vous portez, conféré par le

ministre, est placé sous sa sauvegarde. L'Université vous réclame; en

même temps qu'elle vous surveille, elle vous protège et vous admet

à quelques-uns des droits qui font de l'enseignement une sorte de

magistrature. Mais le nouveau caractère qui vous est donné m'autorise à

vous retracer les engagements que vous contractez en le recevant. Mon

droit ne se borne pas à vous rappeler les dispositions des lois et

règlements que vous devez scrupuleusement observer; c'est mon devoir

d'établir et de maintenir les principes qui doivent servir de

règle morale à la conduite de l'instituteur, et dont la violation

compromettrait la dignité du corps auquel il pourra appartenir

désormais. Il ne suffit pas, en effet, de respecter le texte des lois;

l'intérêt seul y pourrait contraindre, car elles se vengent de celui qui

les enfreint; il faut encore et surtout prouver par sa conduite qu'on a

compris la raison morale des lois, qu'on accepte volontairement et de

coeur l'ordre qu'elles ont pour but de maintenir, et qu'à défaut de

l'autorité on trouverait dans sa conscience une puissance sainte comme

les lois et non moins impérieuse.

Les premiers de vos devoirs, monsieur, sont envers les enfants confiés à

vos soins. L'instituteur est appelé par le père de famille au partage

de son autorité naturelle; il doit l'exercer avec la même vigilance et

presque avec la même tendresse. Non-seulement la vie et la santé des

enfants sont remises à sa garde, mais l'éducation de leur coeur et de

leur intelligence dépend de lui presque tout entière. En ce qui concerne

l'enseignement proprement dit, rien ne vous manquera de ce qui peut vous

guider. Non-seulement une École normale vous donnera des leçons et des

exemples; non-seulement les comités s'attacheront à vous transmettre des

instructions utiles, mais encore l'Université même se maintiendra avec

vous en constante communication. Le Roi a bien voulu approuver la

publication d'un journal spécialement destiné à l'enseignement primaire.

Je veillerai à ce que le _Manuel général_ répande partout, avec les

actes officiels qui vous intéressent, la connaissance des méthodes

sûres, des tentatives heureuses, les notions pratiques que réclament les

écoles, la comparaison des résultats obtenus en France ou à l'étranger,

enfin tout ce qui peut diriger le zèle, faciliter le succès, entretenir

l'émulation.

Mais quant à l'éducation morale, c'est en vous surtout, monsieur, que

je me fie. Rien ne peut suppléer en vous la volonté de bien faire. Vous

n'ignorez pas que c'est là, sans aucun doute, la plus importante et la

plus difficile partie de votre mission. Vous n'ignorez pas qu'en vous

confiant un enfant, chaque famille vous demande de lui rendre un honnête

homme et le pays un bon citoyen. Vous le savez: les vertus ne suivent

pas toujours les lumières, et les leçons que reçoit l'enfance pourraient

lui devenir funestes si elles ne s'adressaient qu'à son intelligence.

Que l'instituteur ne craigne donc pas d'entreprendre sur les droits des

familles en donnant ses premiers soins à la culture intérieure de l'âme

de ses élèves. Autant il doit se garder d'ouvrir son école à l'esprit

de secte ou de parti, et de nourrir les enfants dans des doctrines

religieuses ou politiques qui les mettent pour ainsi dire en révolte

contre l'autorité des conseils domestiques, autant il doit s'élever

au-dessus des querelles passagères qui agitent la société, pour

s'appliquer sans cesse à propager, à affermir ces principes

impérissables de morale et de raison sans lesquels l'ordre universel est

en péril, et à jeter profondément dans de jeunes coeurs ces semences de

vertu et d'honneur que l'âge et les passions n'étoufferont point. La foi

dans la Providence, la sainteté du devoir, la soumission à l'autorité

paternelle, le respect dû aux lois, au prince, aux droits de tous, tels

sont les sentiments qu'il s'attachera à développer. Jamais, par sa

conversation ou son exemple, il ne risquera d'ébranler chez les enfants

la vénération due au bien; jamais, par des paroles de haine ou de

vengeance, il ne les disposera à ces préventions aveugles qui créent,

pour ainsi dire, des nations ennemies au sein de la même nation. La

paix et la concorde qu'il maintiendra dans son école doivent, s'il est

possible, préparer le calme et l'union des générations à venir.

Les rapports de l'instituteur avec les parents ne peuvent manquer d'être

fréquents. La bienveillance y doit présider: s'il ne possédait la

bienveillance des familles, son autorité sur les enfants serait

compromise, et le fruit de ses leçons serait perdu pour eux. Il ne

saurait donc porter trop de soin et de prudence clans cette sorte de

relations. Une intimité légèrement contractée pourrait exposer son

indépendance, quelquefois même l'engager dans ces dissensions locales

qui désolent souvent les petites communes. En se prêtant avec

complaisance aux demandes raisonnables des parents, il se gardera bien

de sacrifier à leurs capricieuses exigences ses principes d'éducation et

la discipline de son école. Une école doit être l'asile de l'égalité,

c'est-à-dire de la justice.

Les devoirs de l'instituteur envers l'autorité sont plus clairs encore

et non moins importants. Il est lui-même une autorité dans la commune;

comment donc donnerait-il l'exemple de l'insubordination? Comment ne

respecterait-il pas les magistrats municipaux, l'autorité religieuse,

les pouvoirs légaux qui maintiennent la sécurité publique? Quel avenir

il préparerait à la population au sein de laquelle il vit si, par son

exemple ou par des discours malveillants, il excitait chez les enfants

cette disposition à tout méconnaître, à tout insulter, qui peut devenir

dans un autre âge l'instrument de l'immoralité et quelquefois de

l'anarchie!

Le maire est le chef de la commune; il est à la tête de la surveillance

locale; l'intérêt pressant comme le devoir de l'instituteur est donc de

lui témoigner en toute occasion la déférence qui lui est due. Le curé ou

le pasteur ont aussi droit au respect, car leur ministère répond à ce

qu'il y a de plus élevé dans la nature humaine. S'il arrivait que, par

quelque fatalité, le ministre de la religion refusât à l'instituteur une

juste bienveillance, celui-ci ne devrait pas sans doute s'humilier pour

la reconquérir, mais il s'appliquerait de plus en plus à la mériter par

sa conduite, et il saurait l'attendre. C'est au succès de son école à

désarmer des préventions injustes; c'est à sa prudence à ne donner

aucun prétexte à l'intolérance. Il doit éviter l'hypocrisie à l'égal de

l'impiété. Rien d'ailleurs n'est plus désirable que l'accord du prêtre

et de l'instituteur; tous deux sont revêtus d'une autorité morale; tous

deux peuvent s'entendre pour exercer sur les enfants, par des moyens

divers, une commune influence. Un tel accord vaut bien qu'on fasse, pour

l'obtenir, quelques sacrifices, et j'attends de vos lumières et de votre

sagesse que rien d'honorable ne vous coûtera pour réaliser cette union

sans laquelle nos efforts pour l'instruction populaire seraient souvent

infructueux.

Enfin; monsieur, je n'ai pas besoin d'insister sur vos relations avec

les autorités spéciales qui veillent sur les écoles, avec l'Université

elle-même: vous trouverez là des conseils, une direction nécessaire,

souvent un appui contre des difficultés locales et des inimitiés

accidentelles. L'administration n'a point d'autres intérêts que ceux

de l'instruction primaire, qui au fond sont les vôtres. Elle ne vous

demande que de vous pénétrer de plus en plus de l'esprit de votre

mission. Tandis que de son côté elle veillera sur vos droits, sur vos

intérêts, sur votre avenir, maintenez, par une vigilance continuelle,

la dignité de votre état; ne l'altérez point par des spéculations

inconvenantes, par des occupations incompatibles avec l'enseignement;

ayez les yeux ouverts sur tous les moyens d'améliorer l'instruction que

vous dispensez autour de vous. Les secours ne vous manqueront pas:

dans la plupart des grandes villes, des cours de perfectionnement

sont ouverts; dans les Écoles normales, des places sont ménagées aux

instituteurs qui voudraient venir y retremper leur enseignement. Il

devient chaque jour plus facile de vous composer à peu de frais

une bibliothèque suffisante à vos besoins. Enfin, dans quelques

arrondissements, dans quelques cantons, des conférences ont déjà été

établies entre les instituteurs: c'est là qu'ils peuvent mettre leur

expérience en commun, et s'encourager les uns les autres en s'aidant

mutuellement.

Au moment où, sous les auspices d'une législation nouvelle, nous entrons

tous dans une nouvelle carrière, au moment où l'instruction primaire va

être l'objet de l'expérience la plus réelle et la plus étendue qui ait

encore été tentée dans notre patrie, j'ai dû, monsieur, vous rappeler

les principes qui guident l'administration de l'instruction publique et

les espérances qu'elle fonde sur vous. Je compte sur tous vos efforts

pour faire réussir l'oeuvre que nous entreprenons en commun: ne doutez

jamais de la protection du gouvernement, de sa constante, de son

active sollicitude pour les précieux intérêts qui vous sont confiés.

L'universalité de l'instruction primaire est à ses yeux l'une des plus

grandes et des plus pressantes conséquences de notre Charte; il lui

tarde de la réaliser. Sur cette question comme sur toute autre, la

France trouvera toujours d'accord l'esprit de la Charte et la volonté du

Roi.

Recevez, etc.

III

_Circulaire adressée le 13 août 1835 aux inspecteurs des écoles

primaires institués par une ordonnance du Roi du 26 février 1835_.

Monsieur l'inspecteur, le Roi, par son ordonnance du 26 février dernier,

a institué sommairement les fonctions qui vous sont conférées; et le

conseil royal de l'instruction publique, par un statut du 27 du même

mois, auquel j'ai donné mon approbation, a réglé d'une manière plus

explicite l'exercice de ces fonctions.

M. le recteur de l'Académie à laquelle vous appartenez est chargé de

vous communiquer ces deux actes qui sont votre règle fondamentale.

Mais au moment de votre entrée en fonctions, j'ai besoin de vous faire

connaître, avec précision et dans toute son étendue, la mission qui vous

est confiée, et tout ce que j'attends de vos efforts.

La loi du 28 juin 1833 a désigné les autorités appelées à concourir à

son exécution. Toutes ces autorités, les recteurs, les préfets, les

comités, ont reçu de moi des instructions détaillées qui les ont

dirigées dans leur marche. Je n'ai qu'à me louer de leur bon esprit et

de leur zèle, et d'importants résultats ont déjà prouvé l'efficacité de

leurs travaux. Cependant, au moment même où la loi a été rendue, tous

les hommes éclairés ont pressenti que l'action de ces diverses autorités

ne suffirait pas pour atteindre le but que la loi se proposait. La

propagation et la surveillance de l'instruction primaire sont une tâche

à la fois très-vaste et surchargée d'une infinité de détails minutieux;

il faut agir partout et regarder partout de très-près; ni les recteurs,

ni les préfets, ni les comités ne peuvent suffire à un tel travail.

Placés à la tête d'une circonscription très-étendue, les recteurs ne

sauraient donner, aux nombreuses écoles primaires qu'elle contient,

cette attention spéciale et précise dont elles ont besoin; ils ne

sauraient visiter fréquemment les écoles, entrer inopinément dans celles

des campagnes comme dans celles des villes, et y ranimer sans cesse par

leur présence la règle et la vie. Ils sont contraints de se borner à des

instructions générales, à une correspondance lointaine; ils administrent

l'instruction primaire, ils ne sauraient la vivifier réellement.

L'instruction secondaire et les grands établissements qui s'y rattachent

sont d'ailleurs l'objet essentiel de l'attention de MM. les recteurs:

c'est là le résultat presque inévitable de la nature de leurs propres

études et du système général d'instruction publique pour lequel ils

ont été originairement institués. Leur autorité et leur surveillance

supérieure sont indispensables à l'instruction primaire, mais on ne doit

ni demander, ni attendre qu'ils s'y consacrent tout entiers.

Quant à MM. les préfets, ils ont déjà rendu, et ils seront constamment

appelés à rendre à l'instruction primaire les plus importants services;

elle se lie étroitement à l'administration publique; elle prend

place dans les budgets de toutes les communes; elle a, dans chaque

département, son budget particulier, que le préfet doit présenter chaque

année au conseil général; elle donne lieu fréquemment à des travaux

publics qui se rattachent à l'ensemble de l'administration. Le concours

actif et bienveillant des préfets est donc essentiel, non-seulement à

l'instruction première, mais à la prospérité permanente des écoles. Mais

en même temps, il est évident que MM. les préfets, occupés avant tout

des soins de l'administration générale, étrangers aux études spéciales

qu'exige l'instruction primaire, ne sauraient la diriger.

L'intervention des comités dans les écoles est plus directe et plus

rapprochée: ils influeront puissamment, partout où ils le voudront, sur

leur bonne tenue et leur prospérité. Cependant, on ne saurait espérer

non plus qu'ils y suffisent: réunis seulement à des intervalles éloignés

pour se livrer à des travaux qui sortent du cercle de leurs occupations

journalières, les notables qui en font partie ne peuvent porter, dans la

surveillance de l'instruction primaire, ni cette activité constante

et réglée qui n'appartient qu'à l'administration permanente, ni cette

connaissance intime du sujet qu'on n'acquiert qu'en s'y dévouant

spécialement et par profession. Si les comités n'existaient pas, ou

s'ils négligeaient de remplir les fonctions que la loi leur attribue,

l'instruction primaire aurait beaucoup à en souffrir, car elle

demeurerait beaucoup trop étrangère aux notables de chaque localité,

c'est-à-dire au public dont l'influence ne pénétrerait plus suffisamment

dans les écoles; mais on se tromperait grandement si l'on croyait que

cette influence peut suffire; il faut à l'instruction primaire l'action

d'une autorité spéciale, vouée par état à la faire prospérer.

La loi du 28 juin 1833 n'est en exécution que depuis deux ans, et déjà

l'expérience a démontré la vérité des considérations que je viens

de vous indiquer. Recteurs, préfets, comités, tous ont apporté dans

l'application de la loi, non-seulement la bonne volonté et le soin qu'on

sera toujours en droit d'attendre d'eux, mais encore cette ardeur

qui s'attache naturellement à toute grande amélioration nouvelle et

approuvée du public: cependant, plus j'ai suivi de près et attentivement

observé leur action et ses résultats, plus j'ai reconnu qu'elle était

loin de suffire, et que ce serait se payer d'apparences que de croire

qu'on peut faire, avec ces moyens, je ne dis pas tout le bien possible,

mais seulement tout le bien nécessaire.

J'ai reconnu en même temps, et tous les administrateurs éclairés ont

acquis la même conviction, que, malgré leur égale bonne volonté et leur

empressement à agir de bon accord, le concours de ces diverses autorités

à la direction de l'instruction primaire donnait lieu quelquefois à des

tâtonnements, à des frottements fâcheux, qu'il manquait entre elles un

lien permanent, un moyen prompt et facile de s'informer réciproquement,

de se concerter et d'exercer, chacune dans sa sphère, les attributions

qui leur sont propres, en les faisant toutes converger, sans perte de

temps ni d'efforts, vers le but commun.

Combler toutes ces lacunes, faire, dans l'intérêt de l'instruction

primaire, ce que ne peut faire ni l'une ni l'autre des diverses

autorités qui s'en occupent, servir de lien entre ces autorités,

faciliter leurs relations, prévenir les conflits d'attributions

et l'inertie ou les embarras qui en résultent, tel est, monsieur

l'inspecteur, le caractère propre de votre mission. D'autres pouvoirs

s'exerceront concurremment avec le vôtre dans le département qui vous

est confié; le vôtre seul est spécial et entièrement adonné à une seule

attribution. M. le recteur, M. le préfet, MM. les membres des comités

se doivent en grande partie à d'autres soins: vous seul, dans le

département, vous êtes l'homme de l'instruction primaire seule. Vous

n'avez point d'autres affaires que les siennes, sa prospérité fera toute

votre gloire. C'est assez dire que vous lui appartenez tout entier, et

que rien de ce qui l'intéresse ne doit vous demeurer étranger.

Votre première obligation sera donc de prêter, aux diverses autorités

qui prennent part à l'administration de l'instruction primaire, une

assistance toujours dévouée. Quels que soient les travaux dans lesquels

vous pourrez les seconder, tenez-les à honneur, et prenez-y le même

intérêt qu'à vos propres attributions. Je ne saurais énumérer ici

d'avance tous ces travaux, et après la recommandation générale que je

vous adresse, j'espère qu'une telle énumération n'est point nécessaire.

Cependant, je crois devoir vous indiquer quelques-uns des objets sur

lesquels je vous invite spécialement à mettre à la disposition de MM.

les recteurs, de MM. les préfets et des comités, votre zèle et votre

travail.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 3) · 第 22 / 34 段