Il obtint son passe-port de Danton, alors membre du gouvernement
provisoire, et qu'il savait avoir été autrefois partisan du duc
d'Orléans. Plus tard, dans son dernier séjour à Londres, il racontait
une histoire sur la manière dont il l'avait obtenu en souriant à
propos d'une plaisanterie que le tribun cruel et facétieux venait de
faire sur le compte d'un autre pétitionnaire. Mais j'aurai bientôt à
revenir à ce passe-port. Celui qui en était porteur s'échappa juste à
temps.
Parmi les papiers trouvés dans la fameuse armoire de fer, découverte
aux Tuileries, était la lettre suivante de M. de Laporte, intendant de
la maison du roi, à laquelle j'ai déjà fait allusion comme ayant
communiqué les désirs du roi quant à la première mission de M. de
Talleyrand, et datée du 22 avril 1791:
«Sire,
«J'adresse à Votre Majesté une lettre écrite avant-hier, et que
je n'ai reçue qu'hier après-midi; elle est de l'évêque d'Autun,
qui paraît désirer servir Votre Majesté. Il m'a fait dire
qu'elle pouvait faire l'essai de son zèle, et de son crédit, et
lui désigner les points où elle pourrait l'employer.»
Toutefois, l'original de la lettre à laquelle il est ici fait
allusion, ne fut pas trouvé: et M. de Talleyrand nia hardiment que
cette lettre eût jamais été écrite. Peut-être avait-il la certitude
qu'elle avait été détruite (on dit qu'il l'avait achetée de Danton);
mais, en tout cas, diverses circonstances semblèrent concourir à
prouver qu'il avait été dans les intérêts et les confidences de la
cour plus qu'il ne pouvait maintenant en convenir sans se
compromettre; et la Convention ayant proposé et rendu un décret
d'accusation contre lui, il se vit dans l'impossibilité de rentrer en
France (le 8 avril 1793), et fut en conséquence compris dans la liste
générale des émigrés et forcé de rester en Angleterre.
La première chose qu'il avait faite en arrivant dans ce pays, avait
été d'adresser la lettre suivante à lord Grenville: