18 septembre, Kensington-square.

«Mylord,

«J'ai l'honneur de vous informer que je suis arrivé en Angleterre

il y a deux jours. Les rapports que j'ai eu l'avantage d'avoir

avec vous pendant mon séjour à Londres m'en font un devoir.

«Je me reprocherais de ne pas m'en acquitter promptement et de ne

pas offrir mes premiers hommages au ministre dont l'esprit m'a

paru au niveau des grands événements de cette époque, et qui a

toujours manifesté des vues si pures, et un amour éclairé de la

vraie liberté.

«A mes premiers voyages, j'étais chargé par le roi d'une mission

à laquelle j'attachais le plus grand prix. Je voulais hâter le

moment de la prospérité de la France, et par conséquent

l'attacher, s'il était possible, à l'Angleterre.

«J'osais à peine, il est vrai, espérer tant de bonheur dans nos

circonstances, mais je ne pouvais me résoudre à ne pas faire des

efforts pour y parvenir.

«L'assurance que vous daignâtes nous donner de la neutralité de

votre gouvernement à l'époque de la guerre me parut un présage

très-heureux.

«Depuis ce moment, tout est cruellement changé parmi nous, et

quoique rien ne puisse jamais détacher mon cœur ni mes vœux de

la France, et que mon espoir soit d'y retourner aussitôt que les

lois y auront repris leur empire, je dois vous dire, mylord, et

je tiens beaucoup à ce que vous sachiez que je n'ai absolument

aucune espèce de mission en Angleterre, que j'y suis venu

uniquement pour y chercher la paix et pour y jouir de la liberté

au milieu de ses véritables amis.

«Si pourtant mylord Grenville désirait connaître ce que c'est que

la France en ce moment, quels sont les différents partis qui

l'agitent, et quel est le nouveau pouvoir exécutif provisoire, et

enfin ce qu'il est permis de conjecturer des terribles et

épouvantables événements dont j'ai été presque le témoin

oculaire, je serais charmé de le lui apprendre et de trouver

cette occasion de lui renouveler l'assurance des sentiments de

respect avec lesquels je suis, mylord, votre très-humble et

très-obéissant serviteur.»

«TALLEYRAND-PÉRIGORD.»

Il ne semble pas que lord Grenville ait fait aucune attention à cette

communication.

Toutefois, rien ne fut fait pendant quelque temps pour troubler le

séjour du fugitif en Angleterre.

M. de Chauvelin fut renvoyé par le gouvernement britannique après

l'exécution de Louis XVI le 24 janvier 1793, et ce ne fut que le 28

janvier 1794, que M. de Talleyrand reçut l'ordre de quitter

l'Angleterre. Il écrivit une lettre, datée du 30, à lord Grenville,

lettre dans laquelle il demande la permission de se justifier de toute

fausse accusation, déclare que si ses pensées se sont souvent tournées

vers la France, ç'a été seulement pour déplorer ses désastres, affirme

de nouveau qu'il n'a aucune correspondance avec le gouvernement

français, représente la condition misérable où il sera réduit s'il est

chassé des rivages de l'Angleterre, et termine en faisant appel à

l'humanité aussi bien qu'à la justice du ministre anglais.

Essai sur Talleyrand · 第 35 / 89 题