VII

En tout cas (pour en revenir au fait qui nous intéresse le plus en ce

moment), il semble probable que le départ de Louis XVI eut lieu sans

le concours actif de M. de Talleyrand; mais je ne puis admettre que ce

fût à son insu.

L'ex-évêque avait des relations si variées et si étendues, qu'il était

à peu près certain de savoir ce qu'il désirait savoir; et c'était agir

selon son habitude que de s'arranger de manière à n'être pas compromis

si les projets du roi venaient à échouer, et cependant, si ces projets

réussissaient, à se trouver dans une situation qui lui permît de

montrer que le roi lui devait son succès. Du reste, il est inutile de

spéculer sur ce qui aurait pu arriver si l'infortuné monarque avait

atteint le lieu de sa destination; car, voyageant dans une voiture

très-lourde et faite pour attirer les yeux, au train de trois milles à

l'heure, descendant lorsqu'il y avait des côtes à monter, mettant sa

tête hors de la portière aux relais, Louis XVI arriva à l'endroit où

il devait rencontrer son escorte, vingt heures après le temps fixé, et

à la fin fut arrêté au pont de Varennes par une poignée d'hommes

résolus, et reconduit lentement à la capitale, au milieu des insultes

de la province et du silence de Paris. Alors se posa cette question

importante: Qu'allait-on faire de lui?

Allait-on le déposer pour le remplacer par une république? Tous les

écrivains contemporains s'accordent à dire qu'à ce moment l'idée d'une

république n'existait que dans quelques esprits que l'on aurait

volontiers traités de visionnaires. Fallait-il le déposer en faveur

d'un nouveau monarque; substitution qui, vu l'émigration des frères du

roi et l'enfance de son fils, n'aurait pu se faire qu'au profit d'une

nouvelle dynastie? Ou bien fallait-il le réintégrer dans le poste

qu'il avait quitté?

Essai sur Talleyrand · 第 30 / 89 题