En tout cas (pour en revenir au fait qui nous intéresse le plus en ce
moment), il semble probable que le départ de Louis XVI eut lieu sans
le concours actif de M. de Talleyrand; mais je ne puis admettre que ce
fût à son insu.
L'ex-évêque avait des relations si variées et si étendues, qu'il était
à peu près certain de savoir ce qu'il désirait savoir; et c'était agir
selon son habitude que de s'arranger de manière à n'être pas compromis
si les projets du roi venaient à échouer, et cependant, si ces projets
réussissaient, à se trouver dans une situation qui lui permît de
montrer que le roi lui devait son succès. Du reste, il est inutile de
spéculer sur ce qui aurait pu arriver si l'infortuné monarque avait
atteint le lieu de sa destination; car, voyageant dans une voiture
très-lourde et faite pour attirer les yeux, au train de trois milles à
l'heure, descendant lorsqu'il y avait des côtes à monter, mettant sa
tête hors de la portière aux relais, Louis XVI arriva à l'endroit où
il devait rencontrer son escorte, vingt heures après le temps fixé, et
à la fin fut arrêté au pont de Varennes par une poignée d'hommes
résolus, et reconduit lentement à la capitale, au milieu des insultes
de la province et du silence de Paris. Alors se posa cette question
importante: Qu'allait-on faire de lui?
Allait-on le déposer pour le remplacer par une république? Tous les
écrivains contemporains s'accordent à dire qu'à ce moment l'idée d'une
république n'existait que dans quelques esprits que l'on aurait
volontiers traités de visionnaires. Fallait-il le déposer en faveur
d'un nouveau monarque; substitution qui, vu l'émigration des frères du
roi et l'enfance de son fils, n'aurait pu se faire qu'au profit d'une
nouvelle dynastie? Ou bien fallait-il le réintégrer dans le poste
qu'il avait quitté?