Charles-Maurice Talleyrand de Périgord naquit le 2 février 1754[4]. La
maison de Périgord était l'une des plus nobles de France, et pendant
les premiers âges de la monarchie, elle jouissait d'un pouvoir
souverain. La principauté de Chalais était la seule qui existât, je
crois, au temps de Louis XIV; car les autres personnages appelés
princes à la cour de France prenaient ce titre comme princes des
États-Romains ou de l'empire d'Allemagne, et occupaient un rang
inférieur à celui des ducs français; or cette principauté passe pour
avoir été, pendant huit siècles, l'apanage de cette famille. On pense
que le nom de Talleyrand, habituellement joint à celui de Périgord,
et anciennement écrit _Tailleran_, a été à l'origine une sorte de
sobriquet dérivant des mots «tailler les rangs.» Ce nom fut porté par
Hélie V, l'un des comtes souverains du Périgord, qui vécut en 1118; et
de ce prince descendirent deux branches des Talleyrand-Périgord; l'une
était éteinte avant l'époque de Louis XVI; l'autre, la plus jeune,
était alors représentée par un comte de Périgord, capitaine des gardes
et gouverneur des états de Languedoc. Un frère de ce comte de Périgord
fut père de Charles-Maurice Talleyrand de Périgord, qui fera le sujet
de cette étude. La mère de ce personnage, Éléonore de Damas, fille du
marquis de Damas, était aussi d'une très-noble famille, et remarquable
par sa beauté aussi bien que par ses vertus[5].
[4] Il semble y avoir eu quelque difficulté pour fixer d'une
manière exacte la date de la naissance de M. de Talleyrand. On
m'a dit, et chacun de ceux qui me renseignaient ainsi croyait
avoir pour lui la plus sûre autorité, qu'il était né le 7 mars,
le 1er septembre, et le 2 février. Cette dernière date est celle
à laquelle je me suis arrêté, ayant, tout bien examiné, de
sérieuses raisons de la croire vraie. Quant à l'année, il n'y a
pas de dispute.
[5] La comtesse de Talleyrand vécut jusqu'en 1809; elle était
très-fière des talents de son fils, mais elle regrettait, dit-on,
l'usage qu'il en avait fait.