Nous sommes loin du

«Tétin, qui fait honte à la rose,

Tétin, plus beau que nulle chose,»

de Clément Marot.

TETONNIÈRE, s. f. Femme ou fille que la Nature a richement

_avantagée_,--dans l'argot du peuple, fidèle à sa langue nourricière.

TETONS, s. m. pl. La gorge de la femme.

_Tetons de satin blanc tout neufs. Virgo pulchro pectore._

C'est un vers de Marot resté dans la circulation.

TETTES, s. f. pl. Seins,--dans l'argot des enfants.

Ce sont autant les _mamillæ_ que les _papillæ_.

TÊTUE, s. f. Épingle,--dans l'argot des voleurs.

THÉÂTRE ROUGE, s. m. La guillotine,--dans l'argot des révolutionnaires un

peu trop avancés.

«Demain, relâche au Théâtre rouge,» écrivait à Lebon Duhaut-Pas, un de

ses émissaires.

THÉ DE LA MÈRE GIBOU, s. m. Mélange insensé de choses et de mots;

discours incohérent; pièce invraisemblable. Argot des coulisses.

THÉMIS, s. f. La Justice,--dans l'argot des Académiciens.

THÊTA X, s. m. Élève de seconde année,--dans l'argot des Polytechniciens.

On l'appelle aussi _Ancien_.

THOMAIN, s. m. Mauvais rôle,--dans l'argot des coulisses, où l'on a

trouvé sans doute _panne_ bien usée.

THOMAS, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,--dans l'argot du peuple.

_Passer la jambe à Thomas._ Vider le goguenot.

_La veuve Thomas._ La chaise percée.

THUNE, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Thune de cinq balles_.

TIC, s. m. Manie, _toquade_,--dans l'argot du peuple.

L'expression a des cheveux blancs.

TICHE, s. f. Bénéfices plus ou moins réguliers,--dans l'argot des commis

de nouveautés.

TICKET, s. m. Billet de chemin de fer,--dans l'argot des gandins,

anglomanes par genre.

Pourquoi alors ne disent-ils pas aussi _single ticket_ (billet simple) et

_return ticket_ (billet d'aller et de retour)?

TIERS ET LE QUART (Le). Celui-ci et celui-là, les premiers

venus,--_unusquisque_. Argot des bourgeois.

_Médire du tiers et du quart._ Médire de son prochain.

TIGNASSE, s. f. Chevelure abondante, épaisse, bien ou mal peignée,--dans

l'argot du peuple, pour qui ces chevelures-là sont autant de nids à

_teigne_.

A signifié au début Perruque.

On dit aussi _Tignon_.

TIGNE, s. f. Foule,--dans l'argot des voleurs.

_S'ébattre dans la tigne._ Chercher à voler dans la foule.

Signifie aussi Réunion, Cénacle.

Quelques Vaugelas de la Roquette veulent qu'on écrive _Tine_.

TIGRE, s. m. Groom, petit gamin en livrée,--dans l'argot des

fashionables.

TIGRE, s. m. _Rat_, qui commence à sortir de la foule et devient

troisième, puis second, puis premier sujet de la danse. Argot des

coulisses.

TIMBALLE (La). Dîner mensuel des artistes du théâtre de l'Opéra-Comique.

Il a lieu le troisième jeudi de chaque mois.

TIMBRÉ, adj. et s. Fou, maniaque, excentrique,--dans l'argot des

bourgeois.

_Grand timbré._ Extravagant aimable, fou plaisant.

A l'origine, cette expression signifiait juste le contraire de ce qu'elle

signifie aujourd'hui: un nomme timbré était un sage, un homme ayant bonne

tête.

TIMBRE-POSTE, s. m. Cartouche,--dans l'argot des chasseurs.

Est-ce parce que chaque cartouche revient à vingt centimes environ, ou

parce qu'elle sert à marquer le gibier?

TINETTE, s. f. Hotte en bois qui sert aux vidangeurs pour monter les

matières solides d'une fosse.

_Chevalier de la tinette._ Vidangeur.

TINETTE, s. f. Bouche à l'haleine déplorable, sœur de celle à propos de

laquelle Martial dit (Lib. I, ep. 51):

«_Os et labra tibi lingit, Manuella, catellus,

Nil mirum merdas si libet esse cani._»

TINTOUIN, s. m. Souci, tracas d'esprit; embarras d'argent ou

d'affaire,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à

Rabelais.

TINTOUINER (Se), v. réfl. Se mettre martel en tête; se chagriner à propos

de rien ou de quelque chose.

TIRAGE, s. m. Difficulté, obstacle, rémora.

_Il y aura du tirage dans cette affaire._ On ne la mènera pas à bonne fin

sans peine.

TIRANTES, s. f. pl. Jarretières,--dans l'argot des voleurs.

TIRANTS, s. m. pl. Bas,--dans le même argot.

_Tirants radoucis._ Bas de soie.

_Tirants de trimilet._ Bas de fil.

_Tirants de filsangue._ Bas de filoselle.

TIRÉ A QUATRE ÉPINGLES (Être). Être vêtu avec un soin et une recherche

remarquables,--dans l'argot des bourgeois, pour qui «avoir l'air de

sortir d'une boîte» est le dernier mot du dandysme.

TIRE-BOGUE, s. m. Voleur qui a la spécialité des montres.

TIRE-JUS, s. m. Mouchoir de poche,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Tire-moelle_.

TIREJUTER, (Se). Se moucher.

TIRE-LARIGOT (A), adv. Abondamment, beaucoup,--dans l'argot du peuple,

qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Rabelais.

Si j'étymologisais un peu?

_Larigot_ était jadis pris, tantôt pour le gosier, tantôt pour une petite

flûte, _Arigot_; d'autant plus une flûte que souvent on employait ce mot

au figuré dans un sens excessivement gaillard. (V. Saint-Amant). Donc,

_Boire à tire-larigot_, c'était, c'est encore Boire de grands verres de

vin hauts comme de petites flûtes.

On a étendu le sens de cette expression: on ne boit pas seulement à

tire-larigot, on chante, on joue, on frappe à tire-larigot.

TIRE-LIARD, s. m. Avare.

TIRELIRE, s. f. Le _podex_,--dans l'argot ironique des ouvriers.

TIRELIRE, s. f. La tête,--où se mettent les économies de l'Étude et de

l'Expérience. Argot des faubouriens.

TIRE-MOLARD, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voyous.

TIRER, v. a. Peindre, spécialement le portrait,--dans l'argot du peuple.

TIRER (Se la), v. réfl. Fuir.

TIRER A BOULETS ROUGES SUR QUELQU'UN, v. n. Le poursuivre inexorablement,

lui envoyer des monceaux de papier timbré,--dans l'argot des bourgeois,

qui deviennent corsaires avec les _flibustiers_.

On dit aussi _Poursuivre à boulets rouges_.

TIRER A LA LIGNE, v. n. Ecrire des phrases inutiles, abuser du dialogue

pour allonger un article ou un roman payé à tant la ligne,--dans l'argot

des gens de lettres, qui n'y tireront jamais avec autant d'art, d'esprit

et d'aplomb qu'Alexandre Dumas, le roi du genre.

TIRER AUX GRENADIERS, v. n. Emprunter de l'argent à quelqu'un en

inventant une histoire quelconque,--dans l'argot du peuple.

TIRER DE LONGUEUR (Se). Se dit--dans l'argot des faubouriens--d'une chose

qui tarde à venir, d'une affaire qui a de la peine à aboutir, d'une

histoire qui n'en finit pas.

TIRER D'ÉPAISSEUR (Se), v. réfl. Se tirer d'un mauvais pas,--dans l'argot

des ouvriers.

Signifie aussi diminuer,--en parlant d'une besogne commencée.

TIRER DES PIEDS (Se), v. réfl. S'en aller, s'enfuir.

TIRER LA DROITE, v. a. Traîner la jambe droite par habitude de la manicle

qu'elle a portée au bagne,--dans l'argot des agents de police, qui se

servent de ce diagnostic pour reconnaître un ancien forçat.

TIRER LA LANGUE, v. a. Être extrêmement pauvre,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Tirer la langue d'un pied_.

TIRER LE CANON, v. a. Conjuguer le verbe _pedere_,--dans le même argot.

On dit aussi _Tirer le canon d'alarme_.

TIRER LE CHAUSSON, v. a. S'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi se battre.

TIRER LE DIABLE PAR LA QUEUE, v. a. Mener une vie besogneuse d'où les

billets de banque sont absents, remplacés qu'ils sont par des billets

impayés. Argot des bohèmes.

On dit aussi _Tirer la Ficelle ou la corde_.

TIRER LES PATTES (Se), v. réfl. S'ennuyer,--dans l'argot des typographes,

à qui il répugne probablement de _s'étirer les bras_.

TIRER SA COUPE. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

TIRER SA LONGE, v. a. Marcher avec difficulté par fatigue ou par

vieillesse,--dans l'argot des faubouriens.

TIRER SES GUÊTRES, v. a. S'en aller de quelque part, s'enfuir,--dans

l'argot du peuple.

On disait autrefois _Tirer ses grègues_.

TIRER SON PLAN. Faire son temps de prison ou de bagne,--dans l'argot des

voleurs.

TIRER UNE DENT, v. a. Escroquer de l'argent à quelqu'un en lui contant

une histoire.

TIREUR, s. m. _Pick-pocket_.

TIREUSE DE VINAIGRE, s. f. Femme de mauvaises mœurs; drôlesse,--dans

l'argot du peuple.

TIROIR DE L'OEIL, s. m. Celui qui contient le produit de la

_gratte_,--dans l'argot des tailleurs.

TISANIER, s. m. Infirmier d'hôpital, chargé de distribuer la tisane aux

malades.

TITI, s. m. Gamin, voyou,--dans l'argot des gens de lettres.

TOC, s. m. Cuivre,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Bijoux faux.

TOC, adj. et s. Laid; mauvais--en parlant des gens et des choses. Argot

des petites dames et des bohèmes.

_C'est toc._ Ce n'est pas spirituel.

_Femme toc._ Qui n'est pas belle.

TOCANDINE, s. f. Femme entretenue; drôlesse à la mode,--_toquée_.

Le mot date de 1856-57.

TOCARD, s. m. Vieux galantin.

TOCARDE, s. f. Vieille coquette.

TOCASSE, adj. Méchant,--dans l'argot des voleurs.

TOCASSERIE, s. f. Méchanceté.

TOCASSON, s. f. Femme laide, ridicule et prétentieuse,--dans l'argot de

Breda-Street.

On dit aussi _Tocassonne_.

TOILE D'EMBALLAGE, s. f. Linceul,--dans l'argot des faubouriens, qui font

allusion à la serpillière de l'hôpital.

TOILES SE TOUCHENT (Les) Se dit--dans l'argot du peuple--lorsqu'on n'a

pas d'argent en poche.

TOILETTE, s. f. Morceau de serge verte dans lequel les cordonniers

enveloppent les souliers qu'ils portent à leurs pratiques: morceau de

percaline noire dans lequel les tailleurs enveloppent les vêtements

qu'ils portent à leurs clients.

TOILETTE, s. f. Coupe des cheveux et de la barbe des condamnés à

mort,--dans l'argot des prisons.

On dit aussi _Fatale toilette_.

TOISER, v. a. Juger des qualités ou des vices de quelqu'un,--dans l'argot

du peuple, pour qui un _homme toisé_ est un homme jugé et souvent

condamné.

TOISON, s. f. Chevelure opulente, absalonienne,--dans l'argot du peuple,

qui parle comme écrivait Rabelais: «Comme tomba la rousée sus la toison

de Gédéon,» dit Panurge effrayé des paroles dégelées qui planent au

dessus de sa tête. (Liv. IV, ch. LV.)

Signifie aussi _Pudenda mulieris_.

TOITURE, s, f. Chapeau, coiffure quelconque,--dans l'argot des

faubouriens.

TOLÈDE (De). Excellent, de premier choix,--dans l'argot des gens de

lettres, qui disent cela à propos de tout, en souvenir ironique des

fameuses _lames de Tolède_ des Romantiques.

TOLLARD, s. m. Bureau,--dans l'argot des voleurs.

TOMBEAU, s. m. Le lit,--dans l'argot des ouvriers, qui s'y enterrent

chaque soir avec plaisir, et s'en relèvent chaque matin avec ennui.

TOMBER, v. a. Faire tomber; terrasser;--dans l'argot des amis du pugilat.

TOMBER, v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses

injures,--dans l'argot des gens de lettres.

TOMBER A PIC, v. n. Arriver à propos,--dans l'argot du peuple, qui

emploie cette expression aussi bien à propos des gens que des choses.

TOMBER DANS LE BOEUF, v. n. Devenir pauvre, misérable,--dans l'argot des

ouvriers.

TOMBER DE LA POÊLE DANS LA BRAISE, v. n. N'éviter un petit ennui que pour

tomber dans un plus grand; n'avoir pas de chance. Argot du peuple.

C'est l'_Incidit in Scyllam, cupiens vitare Charybdim_ des lettrés.

TOMBER DESSUS, v. n. Maltraiter en paroles ou en action.

TOMBER EN FIGURE. Se trouver face à face avec un individu qu'on cherche à

éviter, ennemi ou créancier.

TOMBER MALADE, v. n. Être arrêté. Argot des voleurs.

TOMBER PILE, v. n. Choir sur le dos. Argot du peuple.

TOMBER SOUS LA COUPE DE QUELQU'UN, v. n. Être à sa merci; vivre sous sa

dépendance.

TOMBER SUR LE DOS ET SE CASSER LE NEZ. Se dit d'un homme à qui rien ne

réussit.

TOMBER SUR LE DOS ET SE FAIRE UNE BOSSE AU VENTRE. Se dit d'une jeune

fille qui, comme Ève, a mordu dans la fatale pomme, et, comme elle, en a

eu une indigestion de neuf mois.

TOMBER SUR UN COUP DE POING. Recevoir un coup de poing sur le visage et

mettre les avaries qui en résultent sur le compte d'une chute.

TOMBER UNE BOUTEILLE. La vider, la boire.

TOMBEUR, s. m. Lutteur; homme qui _tombe_ ses rivaux.

TOMBEUR, s. m. Acteur plus que médiocre, et, à cause de cela, habitué à

compromettre le succès des pièces dans lesquelles il joue. Argot des

coulisses.

TOMBEUR, s. m. Éreinteur, journaliste hargneux.

TONDEUR D'OEUFS, s. m. Homme méticuleux, tracassier, insupportable par

ses minuties, par sa recherche continuelle de la petite bête. Argot du

peuple.

TONDRE, v. a. Tailler les cheveux, les raser,--dans l'argot du peuple,

qui prend les hommes pour des chiens et les industriels à sellette du

Pont-Neuf pour des Figaros.

C'est ainsi que les vieux grognards, par une sorte d'irrévérence amicale,

appelaient Napoléon le _Petit Tondu_...

La Fontaine a employé cette expression dans un de ses _Contes_:

«Incontinent de la main du monarque

Il se sent tondre...»

Au fait, pourquoi rougirait-on de dire _Tondre_, puisque l'on ne rougit

pas de dire _Tonsure_?

TONNEAU, s. m. Degré; qualité d'une chose ou d'une personne,

ironiquement.

_Être d'un bon tonneau._ Être ridicule.

TONNER, v. n. _Crepitare_,--dans l'argot facétieux des petits bourgeois.

TONISSIME, PRONOM PERS. INVENTÉ PAR NADAR, qui ne peut se décider à

_vostrissimer_ les gens qu'il connaît.

TONTON, s. m. Oncle,--dans l'argot des enfants.

TOPER, v. n. Consentir à quelque chose,--dans l'argot du peuple.

TOPER, v. n. Questionner un compagnon qu'on rencontre,--dans l'argot des

ouvriers qui font leur tour de France.

TOPO, s. m. Plan _topographique_,--dans l'argot des officiers

d'état-major.

Se dit aussi pour Officier d'état-major.

TOQUADE, s. f. Manie, _dada_.

TOQUADE, s. f. Inclination, caprice,--dans l'argot de Breda-Street.

TOQUADEUSE, s. f. Drôlesse qui s'amuse à la moutarde du sentiment au lieu

de songer aux protecteurs sérieux.

TOQUANTE, s. f. Montre,--dans l'argot des faubouriens, à qui Vadé a

emprunté cette expression:

«Il avait la semaine

Deux fois du linge blanc,

Et, comme un capitaine,

La toquante d'argent.»

Les voleurs disaient autrefois _Toque_, une onomatopée--_tic-toc_.

TOQUÉ, adj. et s. Fou plus ou moins supportable; maniaque plus ou moins

aimable; original. Argot du peuple.

Le patois normand a _Toquard_ pour Têtu.

TOQUEMANN, s. m. Excentrique, extravagant, toqué,--dans l'argot des

petites dames.

TOQUER (Se), v. réfl. S'enthousiasmer pour quelqu'un ou pour quelque

chose; s'éprendre subitement d'amour pour un homme ou pour une femme.

TORCHE-CUL, s. m. Journal,--dans l'argot du peuple, qui ne prise la

politique et la littérature que comme aniterges.

TORCHER (Se), v. réfl. Se battre.

TORCHER (Se). Se servir d'une aniterge.

TORCHER DE LA TOILE, v. a. Se hâter de faire une chose, aller rapidement

vers un but,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie

de marine.

TORCHER LE CUL DE... (Se). Faire peu de cas, mépriser profondément,--dans

l'argot du peuple, qui, par une hyperbole un peu forte, dit cela à propos

des gens comme à propos des choses.

TORCHER LE NEZ (S'en). Se passer d'une chose.

TORCHON BRÛLE (Le). Se dit de deux amants qui se boudent, ou de deux amis

qui sont sur le point de se fâcher.

TORDRE LE COU A UNE BOUTEILLE. La boire,--dans l'argot du peuple.

TORDRE LE COU A UN LAPIN. Le manger.

TORD-BOYAUX, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.

TORGNOLE, s. f. Soufflet ou coup de poing,--dans l'argot du peuple.

TORPIAUDE, s. f. Femme de mauvaise vie,--dans l'argot des paysans de la

banlieue.

TORPILLE, s. f. Femme galante. Circé parisienne qui ravit les hommes et

les change en bêtes.

Le mot est de H. de Balzac, qui l'a appliqué à une de ses héroïnes, la

courtisane Esther.

_Torpille d'occasion._ Fille de trottoir.

TORSE, s. m. Estomac,--dans l'argot des faubouriens.

_Se rebomber le torse._ Manger copieusement.

_Se velouter le torse._ Boire un canon de vin ou d'eau-de-vie.

TORSE, s. m. Tournure, élégance,--dans l'argot des artistes et des gens

de lettres.

_Poser pour le torse._ Marcher en rejetant la poitrine en avant pour

montrer aux hommes, quand on est femme, combien on est _avantagée_, ou

pour montrer aux femmes quand on est homme, quel gaillard solide on est.

TORSEUR, s. m. Homme qui fait des effets de torse.

Expression créée par N. Roqueplan.

TORTILLARD, s. m. Fil de fer,--dans l'argot des voleurs.

TORTILLARD, s. m. Boiteux,--dans l'argot des faubouriens.

TORTILLER, v. a. et n. Manger.

TORTILLER, v. n. Faire des façons, hésiter,--dans l'argot du peuple, qui

n'emploie jamais ce verbe qu'avec la négative.

_Il n'y a pas à tortiller._ Il faut se décider tout de suite.

On dit aussi _Il n'y a pas à tortiller des fesses ou du cul_.

TORTILLER, v. n. Avouer, dans l'argot des voleurs.

TORTILLER DE L'OEIL, v. n. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Tourner de l'œil_ et _Être tortillé_.

TORTILLETTE, s. f. Bastringueuse, fille qui se déhanche exagérément en

dansant.

Se dit aussi d'une Petite dame qui tortille de la crinoline en marchant,

pour _allumer_ les hommes qui la suivent.

TORTILLON, s. m. Petite servante, fillette.

TORTORER, v. a. et n. Manger,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

TORTU (Le), s. m. Le vin,--dans l'argot des voleurs, qui, fils de la

terre pour la plupart, savent que la vigne est une plante sarmenteuse,

contournée, torte, et qui ont voulu donner son nom à son produit.

TOUCHE, s. f. Physionomie, façon d'être, allure,--dans l'argot du peuple,

qui emploie ordinairement ce mot en mauvaise part.

_Bonne touche._ Tête grotesque.

_Avoir une sacrée touche._ Être habillé ridiculement ou pauvrement.

TOUCHE, s. f. Coup de poing ou coup de couteau.

TOUCHÉ, adj. Réussi, éloquent,--dans l'argot des faubouriens et des gens

de lettres.

_Article touché._ Bien écrit.

_Parole touchée._ Impertinence bien dite.

TOUCHER LES FRISES. Obtenir un grand succès, s'élever à une grande

hauteur tragique ou comique. Argot des coulisses.

TOUCHER SON PRÊT, v. a. Être l'amant en titre d'une fille,--dans l'argot

des souteneurs, qui ne craignent pas de faire leur soupe avec cette

_marmite_.

On dit aussi _Aller aux épinards_.

TOUILLAUD, adj. et s. Gaillard, et même paillard. Argot du peuple.

TOUILLER, v. a. et n. Remuer, agiter un liquide,--dans l'argot du peuple.

C'est une expression provinciale.

TOUPET, s. m. Aplomb, effronterie.

_Payer de toupet._ Ne pas craindre de faire une chose.

TOUPET, s. m. La tête.

_Se foutre dans le toupet._ S'imaginer, s'entêter à croire.

TOUPIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui tourne au gré du

premier venu,--dans l'argot du peuple, cruel pour les drôlesses, ses

filles.

Les voyous anglais emploient la même expression (_gig_) à propos des

mêmes créatures.

TOUPIE, s. f. La tête,--dans l'argot des faubouriens.

_Avoir du vice dans la toupie._ Être très malin, savoir se tirer

d'affaire.

TOUPILLER, v. n. Aller et venir, tourner comme une _toupie_.

Beaumarchais l'a employé dans _le Barbier de Séville_.

On dit aussi _Toupier_.

TOUPIN, s. m. Boisseau,--dans l'argot des voleurs.

TOUPINIER, s. m. Boisselier.

TOUR, s. m. Farce; tromperie.

_Faire voir le tour._ Tromper.

_Connaître le tour._ Être habile, malin, ne pas se laisser tromper.

TOUR DE BABEL, s. f. Chambre des Députés,--dans l'argot des faubouriens.

TOUR DE BÊTE (Au), adv. A l'ancienneté,--dans l'argot des troupiers.

_Passer capitaine à son tour de bête._ Être nommé à ce grade, non à cause

des capacités militaires qu'on a montrées, mais seulement parce qu'on a

vieilli sous l'uniforme.

TOUR DE BÂTON, s. m. Profit illicite sur une affaire, ressources

secrètes. Argot des bourgeois.

TOURLOURER, v. a. Tuer, assassiner,--dans l'argot des voleurs.

TOURLOUROU, s. m. Soldat d'infanterie,--dans l'argot du peuple.

Francisque Michel pousse une pointe jusqu'au XIVe siècle et en rapporte

les papiers de famille de ce mot: _turlereau_, _turelure_, _tureloure_,

dit-il. Voilà bien de la science étymologique dépensée mal à propos!

Pourquoi? Tout simplement parce que le mot _tourlourou_ est moderne.

TOURMENTE, s. f. Colique,--dans l'argot des voleurs.

TOURNANT, s. m. Moulin,--dans le même argot.

TOURNANTE, s. f. Clé,--dans le même argot.

TOURNÉ, adj. Mou,--dans le même argot.

_Tournée._ Molle.

TOURNE-A-GAUCHE, s. m. Homme sur le caractère duquel on ne peut compter,

_girouette_. Argot du peuple.

TOURNE-AUTOUR, s. m. Tonnelier,--dans le même argot.

TOURNÉE, s. f. Rasade offerte sur le comptoir du marchand de vin,--dans

l'argot du peuple.

_Offrir une tournée._ Payer à boire.

TOURNÉE, s. f. Coups reçus ou donnés.

_Payer une tournée._ Battre.

TOURNER AUTOUR DU POT, v. n. N'oser parler franchement d'une chose;

hésiter avant de demander une grâce, un service.

TOURNER DE L'OEIL. Se pâmer, s'évanouir de plaisir.

TOURNER DE L'OEIL. S'endormir.

Signifie aussi, par extension, Mourir.

TOURNER EN EAU DE BOUDIN, v. n. Se dit d'une chose sur laquelle on

comptait et qui vous échappe, d'une entreprise qui avorte, d'une promesse

qu'on ne tient pas.

_Faire tourner quelqu'un en eau de boudin._ Se moquer de lui, le berner

par des promesses illusoires.

TOURNER LA VIS, v. a. Tordre le cou à quelqu'un.

TOURNIQUET, s. m. Chirurgien,--dans l'argot des marins.

TOURNIQUET, s. m. Moulin,--dans l'argot des voleurs.

TOURTOUSE, s. f. Corde, lien,--dans le même argot.

C'était autrefois une expression et une chose officielles, le _funis

strangulatorius_ qu'employait M. de Paris pour lancer les criminels dans

l'éternité.

TOURTOUSER, v. a. Lier, garrotter.

TOURTOUSIER, s. m. Cordier.

TOUSSER, v. n. Ce verbe--de l'argot des faubouriens--ne s'emploie qu'à un

seul temps et dans les deux acceptions suivantes: «C'est de l'or comme je

tousse,»--c'est-à-dire: Ce n'est pas de l'or. «Elle n'est pas belle, non!

c'est que je tousse!» c'est-à-dire: Elle est très belle.

TOUT DE CÉ, adv. Très bien, tout de go,--dans l'argot des voleurs.

TOUTES FOIS ET QUANTES, adv. Toutes les fois,--dans l'argot du peuple.

Une vieille et très française expression, presque latine (_toties

quoties_), dont se moquent les gens qui s'imaginent bien parler.

TOUTIME, adj. Tout,--dans l'argot des voleurs.

TOUTOU, s. m. Chien,--dans l'argot des enfants, qui disent cela à propos

d'un terre-neuve aussi bien qu'à propos d'un King's Charles.

Les enfants ont bien le droit d'employer un mot que Mme Deshoulières a

consacré:

«Bonjour, le plus gras des toutous,

Si par hasard mon amitié vous tente,

Je vous l'offre tendre et constante:

C'est tout ce que je puis pour vous.»

TRAC, s. m. Peur,--dans l'argot du peuple.

_Avoir le trac._ Avoir peur.

Le _trac_, autrefois, c'étaient les équipages de guerre; _traca_, dit Du

Cange. «Compagnons, j'entends le trac de nos ennemis,»--dit Gargantua.

TRACQUER, v. n. Avoir peur.

TRACQUEUR, s. m. Poltron.

TRADITION, s. f. Effet non indiqué dans la pièce écrite ou imprimée, mais

qui, trouvé par un acteur, se transmet à ceux qui jouent le rôle après

lui.

Se dit aussi pour Addition à un rôle.

Les traditions--à la Comédie française,--sont des conventions auxquelles

il ne saurait être dérogé sans blesser le goût... des vieux amateurs de

l'orchestre.

TRAIN, s. m. Vacarme, rixe de cabaret,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Émeute. _Il y aura du train dans Paris._ On fera des

barricades et l'on se battra.

Originairement le mot signifiait _Prostibulum_, et, par une métonymie

fréquente dans l'Histoire des mots, la cause est devenue l'effet. De même

pour _Bousin_.

TRAIN (Du)! Vite!--dans l'argot des petites dames.

TRAIN (Être en). Commencer à se griser,--dans l'argot des bourgeois.

TRAÎNE, s. f. Queue de robe exagérée mise à la mode, en ces derniers

temps, par les _traînées_, qui s'ingénient à gaspiller les étoffes.

TRAÎNÉE, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple.

TRAÎNE-GUÊTRES, s. m. Vagabond; flâneur.

TRAÎNE-PAILLASSE, s. m. Fourrier,--dans l'argot des troupiers.

On dit aussi _Gratte-papier_ et _Rogneur de portions_.

TRAÎNER LA SAVATE, v. a. Être misérable, n'avoir rien à se mettre sous la

dent ni aux pieds,--dans l'argot des bourgeois, qui ne manquent ni de

bottes, ni de pain.

C'est le _to shuffle along_ des Anglais.

TRAÎNER LE CHEVAL MORT, v. a. Avoir du travail payé d'avance,--dans

l'argot des ouvriers.

On dit aussi _Faire du chien_.

TRAÎNER SA SAVATE QUELQUE PART, v. a. Aller quelque part, se

promener,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Traîner ses guêtres_.

TRAÎNEUR DE SABRE, s. m. Soldat fanfaron qui croit faire beaucoup d'effet

en faisant beaucoup de bruit et qui ne réussit qu'auprès des filles,

amies des soudards. Type aussi vieux que le monde, puisque les anciens

avaient aussi leur _machærophorus_...

Mais, eurêka! me voilà sans le vouloir sur la piste de _maquereau_. Qu'en

pensent messieurs les étymologistes?...

TRAIN-TRAIN, s. m. Train ordinaire de la vie; habitudes.

_Suivre son petit train-train._ Ne pas interrompre ses habitudes.

On dit aussi _tran-tran_.

TRAIT, s. m. Caprice amoureux,--dans l'argot des filles et de leurs

souteneurs.

_Avoir un trait pour un miché._ Ne rien exiger de lui que son amour, se

passer de _gants_.

TRAITER, v. a. et n. Donner à dîner; régaler,--dans l'argot des

bourgeois.

TRAITER DU HAUT EN BAS. Parler à quelqu'un avec colère,--et même avec

mépris.

TRAITS, s. m. pl. Infidélité conjugale,--dans l'argot des bourgeoises.

_Faire des traits à sa femme._ La tromper en faveur d'une autre, la

_trahir_.

TRALALA, s. m. Embarras, cérémonies; luxe de toilette.--dans l'argot du

peuple.

_Se mettre sur son tralala_ ou _sur son grand tralala_. S'habiller

coquettement, superbement.

TRANCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,--dans l'argot des voleurs, qui ont

_emprunté_ cette expression aux Précieuses.

TRANQUILLE COMME BAPTISTE, adj. Extrêmement sage, calme,

tranquille,--dans l'argot du peuple.

TRAPILLON, s. m. Bande de bois qui bouche les coulisseaux ou rainures

dans lesquelles glissent les décors, lorsqu'on enlève ces décors. Argot

des machinistes.

TRAVAIL, s. m. Chose difficile à faire,--dans l'argot des saltimbanques.

_Beau travail._ Tour extraordinaire ou nouveau.

TRAVAIL, s. m. Action de manger,--dans l'argot des francs-maçons.

TRAVAILLER, v. n. Voler.

Dictionnaire de la langue verte · 第 82 / 143 题