TRAVAILLER, v. n. _Aller au persil._

TRAVAILLER LE CADAVRE, v. a. Battre quelqu'un, au propre, ou en médire,

au figuré,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _travailler les côtes_.

TRAVAILLER LE SUCCÈS, v. a. Être chef de claque dans un théâtre. Argot

des coulisses.

TRAVAILLER POUR LE ROI DE PRUSSE, v. n. Faire un travail mal payé, ou pas

payé du tout,--dans l'argot du peuple, à qui sans doute on a fait croire

que les successeurs du grand Frédéric payaient leurs soldats fort

chichement.

On dit aussi _Travailler pour la gloire_ et _Travailler gratis pro Deo_.

TRAVAILLER POUR M. DOMANGE, v. n. Manger.

TRAVAILLER QUELQU'UN, v. a. L'obséder d'une chose, insister afin

d'obtenir ce qu'on lui demande; revenir souvent à la charge auprès de

lui.

TRAVAILLEUSE, s. f. Giton,--dans l'argot des voleurs.

TRAVERSE (En), adv. Travaux forcés à perpétuité,--dans l'argot des

voleurs.

On dit aussi _A perte de vue_.

TRAVESTI, s. m. Rôle d'homme joué par une femme, amoureux ou page. Argot

des coulisses.

TRAVIATA, s. f. Fille _perdue_,--dans l'argot des élégants qui n'osent

pas dire _cocotte_.

Introduit pour la première fois en littérature par l'_Evénement_ (1er

octobre 1866).

TRAVIOLE (De), adv. De travers,--dans l'argot du peuple.

TRÈFLE ou TREF, s. m. Tabac,--dans l'argot des voleurs et des

faubouriens.

On dit aussi _Tréfoin_.

_Longuette de tref._ Tabac en carotte.

On dit aussi _Trifois_,--d'où _Trifoissière_ pour Tabatière.

TRÈFLE, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des faubouriens.

_Vise-au-trèfle._ Apothicaire.

TREMBLANT, s. m. Lit de sangle,--dans l'argot des faubouriens.

TREMBLEMENT, s. m. Bataille,--dans l'argot des troupiers.

TREMBLEMENT (Et tout le), adv. Au complet,--dans l'argot du peuple.

TREMPE, s. f. Vigoureuse et brutale correction.

On dit aussi _Trempée_.

TREMPÉ (Être). Être mouillé par la pluie.

TREMPER, v. a. Battre.

TREMPER, v. n. Souper, manger,--dans l'argot des ouvriers.

TREMPER SON PIED DANS L'ENCRE, v. a. Être consigné,--dans l'argot des

vieux troupiers.

TREMPER UNE SOUPE A QUELQU'UN, v. a. Le maltraiter rudement, par paroles

ou par action. Argot du peuple.

TREMPETTE, s. f. Biscuit ou morceau de pain _trempé_ dans un doigt de

vin.

_Faire la trempette._ Déjeuner d'un morceau de pain trempé dans un verre

de vin.

TREMPETTE, s. f Pluie,--dans l'argot des faubouriens.

TREMPLIN, s. m. La scène--dans l'argot des coulisses.

TRENTE-ET-UN, s. m. Dernière élégance, suprême bon ton,--dans l'argot du

peuple.

_Se mettre sur son trente-et-un._ Se vêtir de son plus bel habit ou de sa

plus belle robe,--l'_habit à manger du rôti_ et _la robe à flaflas_.

On dit aussi _Se mettre sur son trente-six_ et _sur son quarante-deux_.

TRENTE-SIXIÈME DESSOUS, s. m. Le _troisième dessous_ des gens amis de

l'hyperbole.

TRÉPIGNÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.

TRÉPIGNER, v. a. Accabler de coups.

TREPPE, s. m. Peuple; foule,--dans l'argot des voleurs.

_S'esbattre dans le treppe._ Se mêler à la foule.

J'ai bien envie de faire descendre ce mot du grec [grec: trepô]

(tourner, s'agiter en désordre comme fait la foule).

TRIANGLE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des francs-maçons.

TRIANGLE, s. m. La bouche,--dans l'argot des rapins, qui se rappellent

leurs _principes_ de dessin, s'ils oublient ceux de la bienséance.

_Clapoter du triangle._ Avoir l'haleine homicide.

TRIAU, s. m. Ennui, _trimage_,--dans l'argot des ouvriers.

TRIBOULET, s. m. Homme grotesque, servant de jouet aux autres,--en

souvenir du fou de Louis XII et de François Ier.

TRIBOUILLER, v. n. Tressaillir, sauter d'aise, remuer de joie. Argot du

peuple.

TRICHARD, adj. et s. _Tricheur_.

TRICHER, v. a. _Moucher la chandelle_,--dans l'argot des bourgeois.

TRICHINE, s. f. Petite dame, naturellement mêlée à toutes les

_cochonneries_ sociales, et qui peut empoisonner les imprudents qui la

consomment, la trouvant appétissante.

TRICHINER (Se). Déjeuner avec de la charcuterie.

L'expression est de l'année 1866, qui datera dans les fastes de la peur

par l'invention des trichines que certains médecins allemands--ou

iroquois--affirment être par milliers dans la viande de porc. Les jambons

sont tombés en discrédit!

TRICOTER, v. a. Battre.

On dit aussi _Tricoter les côtes_.

TRICOTER, v. n. Danser.

TRICOTER DES JAMBES, v. n. Courir.

TRIFOUILLER, v. n. Remuer, chercher en bousculant tout.

TRIMAR, s. m. Chemin.--dans l'argot des voleurs, qui y _triment_ souvent

en attendant leurs victimes.

_Grand trimar._ Grande route.

On dit aussi _Grande tire_.

TRIMAR (Faire son). Raccrocher,--dans l'argot des filles.

TRIMARDE, s. f. Rue.

On dit aussi _Trime_.

TRIMARDER. Voyager.

TRIMBALLER, v. n. Se promener,--dans l'argot des faubouriens.

TRIMBALLER, v. a. Promener quelqu'un, traîner quelque chose.

TRIMBALLEUR, s. m. Homme qui _fait aller_ son monde.

TRIMBALLEUR, s. m. Cocher,--dans l'argot des voleurs.

_Trimballeur des refroidis._ Cocher des pompes funèbres.

TRIMER, v. a. Aller ou venir inutilement; se morfondre dans l'attente.

Argot des faubouriens.

TRIMER (Faire), v. a. Se moquer des gens en les faisant _poser_,--dans

l'argot de Breda-Street.

TRIMMER, v. n. Écrire comme Léo Lespès,--dans l'argot des gens de

lettres, jaloux du succès inouï de _Timothée Trimm_, chroniqueur du

_Petit Journal_.

Quelques-uns disent aussi _Timothéetrimmer_.

TRIMOIRES, s. f. pl. Les jambes,--dans l'argot des voleurs.

TRINGLE! adv. Rien, non, zéro,--dans l'argot des voyous.

TRINGLO, s. m. Soldat du _train_,--dans l'argot des troupiers.

TRIPASSE, s. f. Vieille femme,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette

expression depuis longtemps, comme on peut en juger par les vers

suivants:

«Si elle estoit dure et poupine,

Voulentiers je la regardasse;

Mais elle semble une tripasse

Pour quelque varlet de cuysine.»

TRIPES, s. f. pl. Gorge mal faite,--ou trop fournie.

TRIPES, s. f. pl. Les entrailles de l'homme.

«Quand Renaud de la guerre vint,

Tenant ses tripes dans ses mains,»

dit une vieille chanson populaire.

TRIPIÈRE, adj. et s. Fille ou femme trop _avantagée_.

TRIPOLI, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens, qui s'imaginent

peut-être qu'ils se nettoient la poitrine avec cela.

_Coup de tripoli._ Verre d'eau-de-vie.

TRIPOTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

TRIPOTÉE, s. f. Grande quantité de choses.

TRIPOTER, v. n. Hanter les tripots,--dans l'argot des faubouriens.

TRIPOTER, v. a. et n. Toucher à tort et à travers, aux choses et aux

gens; _farfouiller_.

_Tripoter une femme._ S'assurer, comme Tartufe, que l'étoffe de sa

robe--de dessous--est moelleuse.

TRIPOTER LA COULEUR, v. a. Peindre,--dans l'argot des artistes.

TRIPOTER LE CARTON. Jouer aux cartes.

TRIQUAGE, s. m. _Triage des_ matières,--dans l'argot des chiffonniers.

TRIQUE, s. f. Canne, bâton, gourdin,--dans l'argot du peuple.

On disait autrefois _Tricot_; d'où la _loi du Tricot_, pour signifier

l'Argument brutal, le syllogisme du poignet, non prévu par Aristote.

TRIQUER, v. a. Trier les chiffons.

TRIQUER, v. a. Donner des coups de canne ou de bâton.

TRIQUEUR, s. m. Maître chiffonnier, qui trie ce que lui apportent les

autres.

TROGNE, s. f. Visage,--dans l'argot du peuple, qui le dit surtout de

toute _tuberosa facies_.

_Belle trogne._ Visage empourpré et embubeletté, comme le sont presque

tous les visages d'ivrognes.

Le mot a des chevrons:

«Il faut être Jean Logne

Pour n'aimer pas le vin;

Pour moi, dès le matin

J'enlumine ma trogne

De ce jus divin!»

a chanté le goinfre Saint-Amand.

TROGNON, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, moins polis que les

gueux anglais, qui eux disent _Costard_ (grosse pomme).

_Dévisser le trognon._ Tordre le coup à quelqu'un.

TROGNON, s. f. Petite fille, le _cœur_ d'une femme,--dans l'argot du

peuple.

TROIS-ÉTOILES. Nom qu'on donne--dans l'argot des gens de lettres--aux

personnes que l'on ne veut pas nommer.

On dit aussi _Monsieur_ ou _Madame Trois-Étoiles_.

TROISIÈME DESSOUS, s. m. La dernière cave pratiquée sous les planches

d'un théâtre pour recevoir la rampe, les trucs, les machines, etc.

_Tomber dans le troisième dessous._ Se dit d'une pièce sifflée, dont la

chute est irrémédiable.

TROISIÈME DESSOUS, s. m. Le monde des coquins, «la dernière sape,

_inferi_», de la société, «la fosse des ténèbres, la grande caverne du

mal», dit Victor Hugo, qui la peint à grands coups de brosse, comme

Dante, son _Enfer_.

«Cette cave est au-dessous de toutes et est l'ennemie de toutes. C'est la

haine sans exception. Elle a pour but l'effondrement de tout,--de tout, y

compris les sapes supérieures, qu'elle exècre. Elle ne mine pas

seulement, dans son fourmillement hideux, l'ordre social actuel: elle

mine la philosophie, elle mine la science, elle mine le droit, elle mine

la pensée humaine, elle mine la civilisation, elle mine le progrès. Elle

est ténèbres et elle sent le chaos. Sa voûte est faite d'ignorance. Elle

s'appelle tout simplement vol, prostitution, meurtre et assassinat.

Détruisez la cave-ignorance, vous détruirez la taupe-crime.»

TROISIÈME RÊNE, s. f. La crinière du cheval,--dans l'argot des

maquignons.

TROISIÈME SEXE, s. m. Celui qui déshonore les deux autres. «Il suffira de

rapporter ce mot magnifique du directeur d'une maison centrale à feu lord

Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le

directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local

en faisant un geste de dégoût: «Je ne mène pas là Votre Seigneurie,

dit-il, car c'est le quartier des tantes.--Hao! fit lord Durham, et

qu'est-ce?--C'est le troisième sexe, milord.» (H. de Balzac.)

TROIS-SIX, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier,--dans

l'argot des bourgeois.

TROIS-SOUS, s. m. _Water-closets_.

On dit aussi Un _quinze-centimes_.

TROLLER, v. n. Remuer; aller çà et là, trimer. Argot du peuple.

TROLLER, v. a. Porter,--dans l'argot des voleurs.

TROLLEUR, s. m. Marchand de peaux de lapin,--_chineur_ quand il achète et

_trolleur_ quand il revend.

TROMBILLE, s. f. Bête,--dans l'argot des voleurs.

TROMBINE, s. f. Tête, visage,--dans l'argot des faubouriens.

TROMBOLER LES GONZESSES, v. a. Aimer les filles,--dans l'argot des

maquignons.

TROMPE, s. f. Nez,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme

pour un proboscidien.

TROMPE-CHASSES, s. m. Peinture, tableau quelconque,--dans l'argot des

voleurs.

TROMPE-L'OEIL, s. m. Accessoire d'un tableau, tel que clou, déchirure,

etc., si bien peint, qu'on le croirait naturel. Argot des artistes.

TROMPETTE, s. f. Visage,--dans l'argot des faubouriens.

TROMPETTE, s. f. Le nez,--à cause du bruit qu'il fait lorsqu'on se

mouche.

TROMPETTE, s. f. Cigare,--parce qu'on le tient continuellement à la

bouche, comme si on voulait jouer un air quelconque.

TROMPETTER, v. a. Divulguer, publier une chose qui devait être tenue

secrète,--dans l'argot du peuple.

TRONCHE, s. f. Visage; tête,--dans l'argot des voleurs.

TRONCHER, v. a. Embrasser.

TRONCHINETTE, s. f. Figure de jeune fille; physionomie agréable; petite

_tête_. Argot des voyous.

TRÔNE, s. m. Ce qu'on appelait autrefois «chaise d'affaires», et,

longtemps auparavant, _trulla_. Argot des bourgeois.

_Être sur son trône._ Alvum deponere.

TROTTANT, s. m. Rat,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Trotteur_.

TROTTANTE, s. f. Souris.

TROTTE, s. f. Course,--dans l'argot du peuple.

_Sacrée trotte._ Course fort longue, que l'on ne peut faire qu'en

beaucoup de temps.

TROTTIN, s. m. Cheval, parce qu'il _trotte_. Argot des voleurs.

TROTTIN DE MODISTE, s. m. Jeune garçon ou jeune fille, domestique ou

apprentie, qui va porter les chapeaux et faire les commissions des

modistes. Argot des bourgeois.

Il y a longtemps que ce mot signifie _petit domestique_, car Scarron a

dit:

«Ensuite il appelle un trottin,

Fait amener son guilledin

Orné d'une belle fontange.»

TROTTINES FEUILLETÉES, s. f. pl. Bottes ou souliers dont la semelle est

en mauvais état. Argot des voyous.

TROTTINS, s. m. pl. Les pieds,--dans le même argot.

TROTTOIR, s. m. Répertoire,--dans l'argot des coulisses.

_Grand trottoir._ Répertoire classique.

_Petit trottoir._ Répertoire courant, drames et vaudevilles.

_Grand trottoir_ se dit aussi de la Haute-Bicherie, et _Petit trottoir_

du fretin des drôlesses.

TROU, s. m. Chambre insalubre, logis incommode,--dans l'argot du peuple.

TROU, s. m. Logis, habitation,--dans l'argot des bourgeois, qui disent

souvent cela, par fausse modestie, d'une fort jolie maison de campagne.

TROU, s. m. Emploi, position sociale.

_Faire son trou._ Réussir dans la vie; asseoir sa réputation, sa fortune,

son bonheur.

TROU, s. m. Entr'acte d'un long déjeuner ou d'un long dîner pendant

lequel on sert le cognac ou le madère.

_Faire un trou._ Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d'un

repas, afin de pouvoir le continuer avec plus d'appétit.

TROU AUX POMMES DE TERRE, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.

C'est la même expression que celle des ouvriers anglais: _Potatoe trap_.

TROUBADE, s. m. Apocope de _Troubadour_.

TROUBADOUR, s. m. Soldat de l'infanterie,--dans l'argot du peuple.

Est-ce à cause de la _clarinette_ de cinq pieds?

TROU DE BALLE, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Trou du souffleur_ et _Trou de bise_.

TROU DU CUL, s. m. Imbécile, homme incapable,--dans l'argot du peuple.

TROUÉE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.

TROUFIGNON, s. m. Le _podex_,--dans l'argot du peuple, qui employait déjà

cette expression du temps de Béroalde de Verville.

TROUILLARDE, s. f. Femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.

TROUILLE, s. f. Domestique malpropre; femme du peuple rougeaude et

avachie.

TROUILLOTTER, v. n. Exhaler une mauvaise odeur.

_Trouillotter du goulot._ Avoir l'haleine homicide.

TROUPE D'ARGENT, s. f. Troupe de second ordre,--dans l'argot des

coulisses.

TROUPE DE CARTON, s. f. Troupe plus que médiocre.

TROUPE DE FER-BLANC, s. f. Troupe composée d'acteurs médiocres.

Rédacteurs très ordinaires,--dans l'argot des journalistes.

On dit aussi _Troupe d'été_, parce qu'à ce moment de l'année, les

Parisiens riches étant en voyage ou à la campagne, il est inutile de se

mettre en frais pour ceux qui restent à Paris.

TROUPE D'OR, s. f. Excellente troupe,--dans l'argot des comédiens. Les

meilleurs rédacteurs,--dans l'argot des journalistes.

On dit aussi _Troupe d'hiver_, parce que c'est ordinairement dans cette

saison--la meilleure de l'année théâtrale et journalistique--que les

directeurs de théâtres et de journaux renforcent leur troupe et donnent

leurs pièces et leurs articles à succès.

TROUSSÉ (Être). Mourir subitement, ou en peu de jours, sans avoir eu le

temps d'être malade. Argot du peuple.

TROUSSEQUIN, s. m. La partie du corps qui sert de cible aux coups de

pied,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Pétrousquin_, mais ce dernier mot est moins étymologique

que l'autre, qui est proprement le Morceau de bois cintré qui s'élève sur

l'arçon de derrière d'une selle.

TROUSSER, v. a. Expédier promptement une chose ou une personne,--dans

l'argot du peuple.

TROUVÉ, adj. Neuf, original, réussi,--dans l'argot des gens de lettres.

_C'est trouvé._ C'est ingénieux.

TROUVER DES PUCES. Rencontrer une dispute--et même des coups. Argot du

peuple.

C'est la conséquence de cette autre expression _Chercher des poux à

quelqu'un_.

TROUVER MAUVAISE (La). Se dit--dans l'argot des faubouriens et des

petites dames--d'une histoire désagréable, d'un acte déplaisant, d'un

événement ennuyeux. Un faubourien se casse le bras: _Je la trouve

mauvaise!_ dit-il. On enlève son amant à une petite dame: _Je la trouve

mauvaise!_ dit-elle.

TROYEN, s. m. Le trois,--dans l'argot des joueurs de dominos.

TRUC, s. m. Tromperie; malice,--dans l'argot du peuple.

_Avoir du truc._ Avoir un caractère ingénieux.

_Connaître le truc._ Connaître le secret d'une chose.

Le truc était, au commencement du XVIIIe siècle, un billard particulier,

plus long que les autres, et pour y jouer proprement il fallait en

connaître le _secret_.

TRUC, s. m. _Ficelle_, secret du métier,--dans l'argot des saltimbanques.

_Débiner le truc._ Révéler le secret d'un tour.

TRUC, s. m. Machine destinée à produire un changement à vue,--dans

l'argot des coulisses.

Signifie aussi Entente des détails et de la mise en scène.

TRUCHE, s. f. Manière de voler,--dans l'argot des prisons.

TRUCHEUR, s. m. Voleur.

TRUCSIN, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voleurs.

TRUCULENT, adj. Enorme; farouche, sauvage,--dans l'argot des romantiques,

cette fois néologistes (_truculentus_).

Le mot a été employé pour la première fois par Théophile Gautier.

TRUELLE, s. f. Cuiller,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi _Pelle_.

_Manier la truelle._ Manger.

TRUFFARD, s. m. Soldat,--dans l'argot des faubouriens.

TRUFFE, s. f. Nez d'ivrogne,--dans l'argot des faubouriens, qui trouvent

que ces nez-là ressemblent beaucoup au _tuber cibarium_. Ils ont raison.

TRUFFÉ, adj. et s. Imbécile, homme bourré de sottises--comme un dindon de

truffes.

TRUFFE DE SAVETIER, s. f. Marron.

TRUFFES (Aux)! C'est le: _Aux ognons!_ des gandins.

TRUMEAU, s. m. Comédie ou vaudeville Louis XV,--dans l'argot des gens de

lettres et des gens de théâtre.

TRUQUER, v. n. Tromper; ruser,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Mendier.

TRUQUEUR, s. m. Homme qui passe sa vie à courir de foire en foire, de

village en village, n'ayant pour toute industrie qu'un petit jeu de

hasard.

TRUQUEUR, s. m. Trompeur; homme qui vit de trucs.

TUBE, s. m. Le gosier,--dans l'argot des faubouriens.

_Se rincer le tube._ Boire.

_Se coller quelque chose dans le tube._ Manger.

Signifie aussi _Voix_.

TUBE, s. m. Nez,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

_Se flanquer du terreau dans le tube._ Priser.

TUBÉREUSE, s. f. _Ventris flatus malè olens_,--dans l'argot des

faubouriens.

_Lâcher une tubéreuse._ Ventris flatum emittere.

TUDOR, s. m. Chapeau de femme ressemblant au chapeau andalou, avec une

garniture de plumes de paon tout autour. Il est à la mode au moment où

j'écris: il n'y sera plus peut-être quand ce livre paraîtra.

TUÉ (Être). Être mis hors du jeu par ses adversaires,--au billard à

trois.

TUER LES MOUCHES AU VOL, v. n. Avoir l'haleine aussi cruelle que

Domitien,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Tuer les mouches à quinze pas_, et, pour rajeunir un peu

cette vieille formule, _Faire mouche à tout coup_.

TUER LE TEMPS. Le passer d'une façon quelconque,--mais plus en se

divertissant qu'en travaillant: _carpere diem_.

On dit volontiers, en manière de proverbe: _Il vaut mieux tuer le temps

que d'être tué par lui_.

TUER LE VER, v. a. Étouffer ses remords,--dans l'argot des voleurs, qui

ne commettent pas souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur élément

naturel.

Les Anglais ont la même expression, ainsi qu'il résulte de ce passage de

_Much Ado about nothing_, où Shakespeare appelle la Conscience le

Seigneur Ver (_Don Worm_).

TUER LE VER, v. a. Boire un verre de vin blanc en se levant,--dans

l'argot des ouvriers, chez qui c'est une tradition sacrée.

On dit aussi _Tuer un colimaçon_.

TUILE, s. f. Accident, événement désagréable, visite inattendue, qui

tombe dans votre existence comme une tuile sur votre tête. Argot du

peuple.

TUILE, s. f. Assiette,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi _Platine_.

TUILE, s. f. Chapeau,--dans l'argot des voyous, qui prennent la tête pour

le toit du corps humain.

Les voyous anglais ont le même mot: _Tile_.

TUILEAU, s. m. Casquette.

TUILER, v. n. Mesurer quelqu'un ou quelque chose; juger du caractère ou

de la qualité. Argot du peuple.

TUILER (Se), v. réfl. S'enivrer; succomber sous l'ivresse comme sous une

averse de tuiles, ou boire à en avoir bientôt le visage érubescent,

c'est-à-dire couleur de tuile neuve.

TUILEUR, s. m. Frère examinateur,--dans l'argot des francs-maçons.

TULIPE ORAGEUSE, s. f. Variété de cancan ou de chahut.

TU ME LA TUMES! Tu m'ennuies!--dans l'argot des voyous, qui ont retenu,

pour se l'approprier, ce refrain d'une chanson des rues célèbre il y a

quinze ans.

TUNE, n. de l. Bicêtre,--l'ancien refuge naturel des sujets du roi de

Thunes. Argot des voleurs.

TUNE, s. f. Argent, monnaie,--dans le même argot.

TUNEÇON, s. m. Prison; violon.

TUNER, v. n. Mendier.

TUNEUR, s. m. Mendiant, vagabond.

TURBIN, s. m. Travail; besogne en général,--dans l'argot des faubouriens

et des voleurs.

_Aller au turbin._ Aller travailler.

On dit aussi _Turbinement_ et _Turbinage_.

TURBINER, v.n. Travailler.

TURBINEUR, s. m. Travailleur.

TURC, s. m. Tourangeau,--dans l'argot des voleurs.

TURC, s. m. Homme idéalement fort,--dans l'argot du peuple, qui emploie

ce mot aussi bien à propos de la robusticité du corps que de l'adresse

des mains.

Les Anglais, eux, ont le _Tartare_, l'homme qui excelle dans une

spécialité quelconque, à la boxe ou au billard. _He is quite a Tartar at

billiards_, disent-ils en leur argot à propos d'un rival de Berger. _To

catch a Tartar_ (prendre un Tartare), c'est, pour eux, s'attaquer à une

personne de force ou de capacité supérieure.

TURCAN, n. de l. Tours.

TURCO, s. m. Tirailleur indigène dans l'armée d'Afrique, aujourd'hui

aussi connu et aussi apprécié des bonnes d'enfants et des lorettes que

jadis le zouave.

TURF, s. m. Champ de course,--dans l'argot des sportsmen.

Par extension, Arène quelconque.

_Le turf littéraire._ La littérature; les journaux.

TURFISTE, s. m. Habitué des courses, propriétaire de chevaux coureurs,

parieur.

TURIN, s. m. Pot de terre,--dans l'argot des voleurs.

TURLUPINER, v. a. Agacer, ennuyer quelqu'un, se moquer de lui,--dans

l'argot du peuple.

TURLURETTE, s. f. Grisette, fille ou femme amie de la joie--et des

hommes.

TURLUTAINE, s. f. Fantaisie, caprice, lubie.

TURNE, s. f. Chambre malpropre, logis de pauvre,--dans l'argot des

faubouriens.

TURQUIE, n. de l. Touraine,--dans l'argot des voleurs.

TUTOYER, v. a. S'emparer sans façon, _familièrement_, d'une chose. Argot

du peuple.

TU VAS ME LE PAYER, AGLAÉ! Expression de l'argot des filles et des

faubouriens, qui l'emploient à propos de tout--et surtout à propos de

rien. Quelqu'un annonce une nouvelle ou dit un mot drôle: _Tu vas me le

payer, Aglaé!_ Il pleut ou il neige: _Tu vas me le payer, Aglaé_... On

tombe ou l'on voit tomber quelqu'un: _Tu vas me le payer_... Etc.

TUYAU, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot des faubouriens.

_Se jeter quelque chose dans le tuyau._ Manger ou boire.

_Le tuyau est bouché._ Quand on est enrhumé.

Se dit aussi pour Oreille.

TUYAU DE POÊLE, s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à

coiffer des cheminées que des hommes.

Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l'ont ainsi

baptisé.

TUYAUX, s. m. pl. Les jambes,--dans l'argot des faubouriens.

_Ramoner ses tuyaux._ Se laver les pieds.

TUYAUX DE POÊLE, s. m. pl. Bottes usées par le bout.

TYPO, s. m. Apocope de _Typographe_,--dans l'argot des compositeurs

d'imprimerie.

TYRAN, s. m. Roi,--dans l'argot du peuple, qui ne peut s'en passer,

quoiqu'il fasse une révolution tous les vingt ans, pour détrôner celui

qui règne.

_Sous le règne du tyran._ Sous le règne de Louis-Philippe, disait-on,

après 1848 et avant l'Empire.

U

ULTRA, s. m. Royaliste,--dans l'argot des libéraux. Libéral,--dans

l'argot des royalistes. Bonapartiste,--dans l'argot des conservateurs.

ULTRAMONTAIN, s. m. et adj. Catholique plus papiste que le pape,--dans

l'argot des voltairiens. Cagot,--dans l'argot des abonnés du _Siècle_.

UN DE PLUS, s. m. Galant homme qui a eu le malheur d'épouser une femme

galante,--dans l'argot pudibond des bourgeois, qui n'osent pas dire

_Cocu_.

UNITÉ SALUTAIRE, s. f. Unité qui, dans le classement, à l'Ecole

polytechnique, sert à maintenir un rang, au lieu d'avoir un zéro.

URGE, s. m. Mot de l'argot des petites dames, qui s'en servent entre

elles pour coter un homme devant lui-même sans qu'il s'en doute.

Ainsi un gandin passe d'un air dégagé sur le boulevard, lorgnant les

femmes qui font espalier à la porte des cafés. _Trois urges!_ diront

celles-ci en l'apercevant. Trois urges, c'est-à-dire; «Ce monsieur n'est

pas généreux, il _gante_ dans les numéros bas.» Si, au contraire, elles

disent: _Six urges!_ ou _huit urges!_ ou _dix urges!_ oh! alors, c'est un

banquier mexicain qui passe là, elles le savent, il leur en a donné des

preuves la veille ou l'avant-veille. L'échelle n'a que dix échelons: le

premier urge s'emploie à propos des _pignoufs_; le dixième urge seulement

à propos des grands seigneurs.

USAGER, s. et adj. Homme poli, bien élevé, ayant l'_usage_ du

monde,--dans l'argot du peuple.

UTILITÉ, s. f. Acteur qui joue tout ce qui se présente, les premiers

rôles comme les comparses. Argot des coulisses.

V

VACHE, s. f. Fille ou femme, de mauvaises mœurs,--dans l'argot du

peuple.

On dit souvent _Prendre la vache et le veau_, pour Épouser une femme

enceinte des œuvres d'un autre,--_uxorem gravidam nubere_.

VACHE, s. f. Homme sans courage, _avachi_.

VACHE A LAIT, s. f. Dupe qu'on ne se lasse pas de duper; père trop faible

qui ne se lasse pas de payer les dettes de son fils; maîtresse trop

dévouée qui ne se lasse pas de fournir aux dépenses de son amant.

VACHER, s. m. Homme mal élevé,--dans l'argot des bourgeois.

VACHERIE, s. t. Nonchalance, _avachissement_.

VADE, s. f. Foule; rassemblement,--dans l'argot des voleurs.

VA-DE-LA-GUEULE, s. m. Gourmand,--dans l'argot du peuple.

VA-DE-LA-LANCE, s. m. Ami de la gaudriole, en paroles et en action,--dans

l'argot des faubouriens.

Dictionnaire de la langue verte · 第 83 / 143 题