On dit aussi _Mademoiselle Rébecca_. (Rien de la Bible.)

REBÉQUER (Se), v. réfl. Se révolter, répondre avec fierté, avec

colère,--dans l'argot du peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait

l'honneur d'emprunter ce verbe expressif.

REBÉQUER, v. n. Répéter,--dans l'argot des faubouriens.

REBIFFER (Se), v. réfl. Regimber, protester plus ou moins

énergiquement,--dans l'argot du peuple.

REBIFFER (Se), v. réfl. Se présenter avec avantage,--dans l'argot des

troupiers, tous plus ou moins cocardiers.

REBONNETAGE, s. f. Réconciliation,--dans l'argot des faubouriens.

REBONNETER, v. a. Aduler, flatter,--dans l'argot des voleurs.

_Rebonneter pour l'af._ Flatter ironiquement.

REBONNETER (Se), v. réfl. Devenir meilleur,--dans l'argot des

faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.

REBONNETEUR, s. m. Confesseur,--dans l'argot des voleurs.

REBOUIS, adj. Mort, _refroidi_,--dans le même argot.

REBOUISER, v. a. Tuer,--dans le même argot.

A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens: Déniaiser

quelqu'un; jouer un tour, faire une fourberie.

REBOUISER, v. a. Remarquer, distinguer,--dans l'argot des faubouriens.

Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l'_Assommoir_

(_o lepida cantio!_) où l'on dit:

«Faut pas blaguer, le treppe est batte;

Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins.

Si queuq's gonziers train'nt la savate,

J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.

REBOUISER, v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.

REBOUISEUR, s. m. Savetier,--dans l'argot des revendeurs.

REBOURS, s. m. Déménagement clandestin,--dans l'argot des voyous. (V.

Vidocq, p. 55.)

REBOUTER, v. a. Remettre un membre, réduire une fracture. Argot du

peuple.

REBOUTEUR, s. m. Chirurgien sans diplôme.

RECALER, v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.

RECALER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou reprendre des forces quand

on a été malade,--dans l'argot du peuple.

RECARRER (Se), v. réfl. Faire le paon, le suffisant.

RECEVOIR LA PELLE AU CUL, v. a. Être renvoyé de quelque part ou d'un

emploi.

«Mon rival, j'en suis convaincu,

Va recevoir la pelle au cul!»

dit une chanson du temps de l'Empire.

RECEVOIR SON DÉCOMPTE. Mourir,--dans l'argot des troupiers.

RECHANGER (Se), v. réfl. Changer de linge ou d'habit; quitter les

vêtements de travail pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des

ouvriers.

RÉCHAUFFANTE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.

RÉCHAUFFÉ, s. m. Chose tardive, résolution intempestive, bonne

inspiration venue après coup. Argot du peuple.

Signifie aussi: Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.

RÉCHAUFFER, v. a. Ennuyer,--dans l'argot des voleurs.

RÊCHE, s. m. Sou,--dans l'argot des faubouriens, qui trouvent le billon

_rude_.

RÊCHU, adj. et s. Homme désagréable, grincheur,--dans l'argot du peuple.

RÉCLAME, s. f. Eloge pompeux et ridicule que les journaux

décernent--moyennant cinq francs la ligne--à toute œuvre ou à tout

médicament qui est le moins digne d'être loué.

RECONDUIRE, v. a. Siffler,--dans l'argot des coulisses.

RECONDUIRE QUELQU'UN. Le renvoyer à coups de pied ou à coups de

poing,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Faire la conduite_.

RECONOBRER, v. a. Reconnaître,--dans l'argot des voleurs.

RECOQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf; reprendre de nouvelles forces,

revenir à la santé. Argot du peuple.

RECORDER, v. a. Prévenir quelqu'un de ce qui doit lui arriver,--dans

l'argot des voleurs.

RECTA, adv. Net, sans rien laisser ni devoir,--dans l'argot du peuple.

_Payer recta._ Payer jusqu'au dernier sou.

C'est l'adverbe latin détourné de son sens.

RÉCURER (Se), v. réfl. Se purger.

_Se faire récurer._ Se faire traiter à l'hôpital du Midi.

RÉDAM, s. f. Grâce,--dans l'argot des voleurs, qui cependant ne croient

pas à leur _rédemption_.

REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, s. m. Révélation d'un nouveau fait à

charge,--dans le même argot.

REDRESSE, s. f. Institution toute parisienne, composée de bohèmes qui ne

veulent pas demander au travail les moyens d'existence qu'il ne leur

refuserait pas, et préfèrent s'adresser pour cela au Hasard, ce dieu des

paresseux et des fripons.

_Chevalier de la Redresse._ Industriel qui _carotte_ le vivre et le

couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.

REFAIRE, v. a. Tromper, duper, et même voler,--dans l'argot des

faubouriens.

REFAIRE (Se), v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer la santé,--dans

l'argot du peuple.

Signifie aussi: Regagner au jeu après s'y être ruiné.

REFAIT AU MÊME (Être). Être joué par quelqu'un à qui l'on avait

précédemment joué quelque méchant tour.

REFAITE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.

_Refaite du mattois._ Déjeuner.

_Refaite de jorne._ Dîner.

_Refaite de sorgue._ Souper.

_Refaite de côni._ Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture

que prend le condamné à mort avant son exécution.

REFAITER, v. n. Manger.

REFILER, v. a. Rendre, restituer,--dans l'argot des voyous.

REFILER, v. a. Suivre, rechercher,--dans l'argot des voleurs.

REFOULER, v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose,--dans l'argot des

ouvriers.

_Refouler au travail._ Fêter la Saint-Lundi.

RÉFRACTAIRE, s. m. Bohème, homme de talent qui regimbe à suivre les modes

morales de son temps.

L'expression n'est pas de Jules Vallès,--comme on serait excusable de le

croire, d'après l'intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre,

attendu que voilà une quinzaine d'années qu'on appelle _Camp des

réfractaires_ un petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins

littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là

est appelé par ses hôtes l'_Hôtel des réfractaires_, les chambres

ressemblant, paraît-il, à des casemates.

REFROIDI, s. m. Noyé, pendu; cadavre,--dans l'argot des voleurs.

REFROIDIR, v. a. Tuer.

RÉGALADE, s. f. Petite ripaille,--dans l'argot du peuple.

_A la régalade._ Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la

bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.

RÉGALER, v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.

RÉGALER SON SUISSE, v. a. C'est, quand on joue à deux, à un jeu

quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son

écot.

REGARDANT, adj. Économe, avare,--dans l'argot des domestiques, habitués à

considérer le bien de leurs maîtres comme le leur, peu généreux,--dans

l'argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l'amour, mais ne

veulent pas qu'on le marchande.

RÉGENCE, adj. Galant, libertin, audacieux,--en parlant des choses et des

gens.

_Être régence._ Se donner des airs de roué.

_Souper régence._ Souper où les femmes légères sont spécialement admises.

RÉGIMENT DES BOULES DE SIAM, s. m. La confrérie abjecte dont le docteur

Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans une brochure que tout le

monde a lue,--quoiqu'elle n'eût été écrite que pour un petit nombre de

personnes. Argot des faubouriens.

REGINGLADE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à chasser celui qui glisse

le premier en lui tombant sur le dos les deux bras en avant.

REGINGLER, v. n. Jouer à la reginglade.

RÉGLÉ COMME UN PAPIER DE MUSIQUE, adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses

habitudes. Argot des bourgeois.

C'est le pendant de _Sage comme une image_.

REGON, s. m. Dette,--dans l'argot des voleurs.

REGONCER, v. a. Devoir.

REGOUT, s. m. Inquiétude, crainte, remords,--dans le même argot.

_Faire du regout._ Être arrêté.

RÉGUISÉ (Être). Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamné par la

Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.

RÉJOUISSANCE, s. f. Os de bœuf arbitrairement glissés dans la viande

pesée par les bouchers.

RELEVANTE, s. f. Moutarde,--dans l'argot des voleurs.

RELEVER, v. n. Sortir d'un état de gêne,--dans l'argot des faubouriens, à

qui il coûte sans doute de dire _Se relever de la misère_.

On dit aussi _Être à la relève_.

RELICHER (Se). S'embrasser tendrement.

On dit aussi _Se relicher le morviau_.

RELUIRE DANS LE VENTRE, v. n. Exciter la convoitise, ou l'envie,--dans

l'argot du peuple.

RELUIT, s. m. OEil,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Jour.

RELUQUER, v. a. Considérer, regarder avec attention,--dans l'argot du

peuple.

Signifie aussi: Faire les yeux doux.

REMBINER, v. a. Rétracter une calomnie; un _débinage_,--dans l'argot des

voyous.

REMBROCAGE DE PARRAIN, s. m. Confrontation,--dans l'argot des voleurs.

REMBROQUER, v. a. Reconnaître.

Signifie aussi Regarder.

REMÈDE L'AMOUR, s. m. Figure grotesque ou repoussante,--dans l'argot du

peuple, qui ne sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.

REMERCIER, v. a. Renvoyer un domestique; donner son congé à un

ouvrier,--dans l'argot des bourgeois.

REMERCIER SON BOUCHER, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Remercier son boulanger_.

REMETTEZ DONC LE COUVERCLE! disent les voyous à quelqu'un qui a l'haleine

fétide, pour l'empêcher de parler davantage.

REMETTRE QUELQU'UN A SA PLACE. Répliquer vertement à quelqu'un qui vous

manque de respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des

bourgeois.

REMISER SON FIACRE. Se taire,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi, par extension, Mourir.

REMISIER, s. m. Variété d'Agent de change: homme qui touche une remise

sur les affaires qu'il procure à un agent de change.

RÉMONENCQ, s. m. Revendeur auvergnat, _chineur_,--dans l'argot des gens

de lettres, qui se souviennent de _la Comédie humaine_ de Balzac.

REMONTER SA PENDULE, v. a. Battre de temps en temps sa femme,--dans

l'argot des ouvriers.

REMONTER SUR SA BÊTE, v. n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son

bonheur,--dans l'argot du peuple.

REMOUCHER, v. a. Apercevoir, remarquer, admirer,--dans l'argot des

faubouriens.

Les Italiens disent _rimorchiare_, donner des regards pour allécher.

REMOUCHICOTER, v. n. Chercher les aventures galantes--ou des prétextes à

rixe.

REMPIÉTER, v. a. Mettre des talons et des bouts aux bas--dans l'argot des

ménagères.

REMPLIR LE BATTANT (Se). Manger,--dans l'argot des faubouriens.

REMPLISSAGE, s. m. Prose inutile, destinée à allonger un article, un

volume,--dans l'argot des gens de lettres.

REMPLUMER (Se), v. réfl. Engraisser, s'enrichir,--dans l'argot des

faubouriens.

RENACHÉ, s. m. Fromage,--dans l'argot des voleurs.

RENACLER, v. n. Bouder au travail; ne pas se sentir en disposition de

faire une chose. Argot des faubouriens.

Signifie aussi: Crier après quelqu'un, gronder, murmurer.

RENARD, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.

RENARD, s. m. Pourboire,--dans l'argot des marbriers de cimetière, forcés

d'employer toutes les _ruses_ de leur imagination pour en obtenir un des

familles inconsolables, mais «dures à la détente».

RENARD, s. m. Résultat d'une indigestion,--dans l'argot du peuple.

_Piquer un renard._ Vomir.

Du temps de Rabelais et d'Agrippa d'Aubigné, on disait _Ecorcher le

renard_.

Les Anglais ont une expression analogue: _to shoot the cat_ (décharger le

chat).

RENARDER, v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou

dans de mauvaises dispositions d'estomac.

RENARÉ, adj. et s. Malin, homme habile.

RENAUD, s. m. Reproche, esclandre,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi: Danger, péril.

RENAUDER, v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise

humeur. Argot du peuple.

C'est le verbe _arnauder_ de la langue romane.

_Renauder_ signifie aussi Se plaindre.

RENCART ou RANCART (Au) A l'écart, au rebut.

RENDÈVE, s. m. Apocope de _Rendez-vous_,--dans l'argot des faubouriens.

RENDOUBLÉ, ÉE, adj. Plein, pleine,--dans l'argot des voleurs.

RENDRE SA BÛCHE, v. a. Livrer une pièce au patron,--dans l'argot des

tailleurs.

Au figuré, Mourir,--rendre son âme au _Grêle d'en haut_.

RENDRE SA CANNE AU MINISTRE. MOURIR,--dans l'argot des troupiers, qui

disent cela à propos des tambours-majors.

RENDRE SA CLEF. Mourir,--dans l'argot des bohèmes.

RENDRE SON CORDON. Mourir,--dans l'argot des rapins, qui disent cela à

propos des concierges.

RENDRE SON LIVRET. Mourir,--dans l'argot des domestiques.

RENDRE SON PERMIS DE CHASSE. Mourir,--dans l'argot du peuple, qui dit

cela à propos des médecins, de qui l'homme malade est le gibier naturel.

RENDRE UNE FÈVE POUR UN POIS, v. a. Riposter à un coup de langue ou à un

coup de poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre coup

de poing plus violent. Argot du peuple.

Signifie aussi: Rendre le bien pour le mal; agir avec générosité envers

des gens qui ont montré de la parcimonie.

RENDRE VISITE A M. DU BOIS. Aller «où le Roi va à pied»,--dans l'argot

des faubouriens.

RENFONCEMENT, s. m. Coup de poing.

RENFRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf avec des vêtements

d'occasion,--dans l'argot des ouvriers.

RENGAÎNE, s. f. Phrases toutes faites à l'usage des apprentis

journalistes ou vaudevillistes,--telles que «l'étoile de l'honneur, la

croix de ma mère, l'épée de mon père, le nom de mes aïeux», etc., etc.

RENGAÎNER SON COMPLIMENT, v. a. Se taire,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi, par extension, Mourir.

RENGRACIER, v. n. Renoncer au métier, redevenir honnête homme,--dans

l'argot des voleurs, gens peu rengraciables.

_Rengraciez!_ Taisez-vous! faites silence!

RENIFLANTES, s. f. pl. Bottes éculées et percées,--dans l'argot des

voyous.

RENIFLER, v. n. Reculer, se refuser à faire une chose,--dans l'argot des

faubouriens, qui ont eu l'occasion d'observer les chevaux peureux.

RENIFLER, v. a. Respirer, sentir.

Signifie aussi, au figuré: Pressentir, deviner, avoir soupçon de...

RENIFLER, v. a. et n. Boire.

Il faudrait n'avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel:

«Renifle, Pierrot,

Y a du beurre au pot.»

RENIFLER, v. n. Faire un effet rétrograde,--dans l'argot des joueurs de

billard.

RENIFLER LA POUSSIÈRE DU RUISSEAU, v. a. Tomber dans le ruisseau,--dans

l'argot des voyous.

RENQUILLER, v. n. Rentrer.

RENQUILLER (Se), v. réfl. Réussir; engraisser; s'enrichir,--dans l'argot

des typographes.

RENSEIGNEMENT, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie,--dans l'argot des

canotiers.

_Prendre un renseignement._ S'arrêter au cabaret.

RENTIER A LA SOUPE A L'OGNON, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des

faubouriens.

RENTOILER (Se). Revenir à la santé quand on a été malade; devenir riche

quand on a été pauvre.

RENTRER BREDOUILLE. Rentrer sans avoir _levé_ personne,--dans l'argot des

petites dames, dont la chasse n'est pas toujours heureuse, bien que Paris

soit un pays fort giboyeux.

RENTRER BREDOUILLE. Rentrer ivre-mort. Argot des faubouriens.

RENTRER DE LA TOILE, v. n. Prendre du repos par suite d'infirmités ou de

vieillesse,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de

marine.

RENTRER SES POUCES. Mourir,--dans l'argot des étudiants en médecine, qui

ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort arrive,

la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se

plaçant en dedans des autres doigts.

RENVERSANT, adj. Étonnant, extraordinaire.--dans l'argot du peuple et des

gandins.

RENVERSER, v. n. Rejeter ce qu'on a bu ou mangé avec excès ou mal à

propos.

RENVERSER LA MARMITE, v. a. Cesser de donner à dîner,--dans l'argot des

bourgeois.

RENVERSER SA MARMITE. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.

RENVERSER SON CASQUE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent

cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux

marchand de crayons Mengin.

RÉPANDRE (Se), v. réfl. S'étaler dans le ruisseau; tomber, soit par

accident, soit parce qu'on est ivre.

L'expression est âgée de plus d'un siècle. Elle signifie aussi Mourir.

REPASSE, s. f. Mauvais café,--dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi _Cafetiau_.

REPASSER, v. a. Céder quelque chose à quelqu'un, donner,--dans l'argot du

peuple.

_Repasser une taloche._ Donner un soufflet.

REPAUMER, v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.

REPÉSIGNER, v. a. Arrêter de nouveau,--dans l'argot des voleurs.

RÉPÉTER, v. n. Aimer,--dans l'argot des cabotins.

On dit aussi _Aller à la répétition_.

REPIGER, v. a. Rattraper, retrouver,--dans l'argot des faubouriens.

REPIQUER, v. n. Reprendre courage, se tirer d'embarras.

Signifie aussi: Revenir à la charge; retourner à une chose.

_Repiquer sur le rôti._ En demander une nouvelle tranche.

RÉPLIQUE, s. f. Les derniers mots d'une tirade, d'un couplet

quelconque,--dans l'argot des coulisses.

_Envoyer la réplique._ Prononcer ces derniers mots de façon à appeler

l'attention de l'acteur qui doit reprendre le dialogue.

REPORTER SON FUSIL A LA MAIRIE, v. a. Commencer à vieillir,--dans l'argot

du peuple, qui sait qu'à cinquante ans on cesse de faire partie de la

garde nationale.

REPORTER SON OUVRAGE. Assister, quand on est médecin, à l'enterrement

d'une personne qu'on a t...,--pardon! qu'on n'a pas pu guérir. Argot des

faubouriens.

REPORTER, s. m. Journaliste en quête de nouvelles.

REPOUSSANT, s. m. Fusil,--dans l'argot des voleurs.

REPOUSSER DU TIROIR, v. n. Avoir l'haleine cousine germaine du lac

Stymphale. Argot des faubouriens.

On dit aussi _Repousser du corridor_.

REPRENDRE DU POIL DE LA BÊTE, v. a. Continuer le lendemain les débauches

de la veille. Argot du peuple.

REPRENDRE SON PIVOT, v. a. Retrouver son aplomb, son sang-froid,--dans

l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis longtemps, car

on la trouve dans les _OEuvres diverses_ de Cyrano de Bergerac.

REQUIN DE TERRE, s. m. Huissier,--dans l'argot des faubouriens, qui ont

voulu faire allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est

bon, meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi

bien que le berceau de votre dernier né.

On l'appelle aussi _Macaron_.

REQUINQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement s'endimancher,

dans l'argot du peuple.

RESSERRER SON LINGE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

RESTANT DE NOS ÉCUS (Le). Se dit à propos des Gens qui surviennent

quelque part quand on ne les attend pas. Argot du peuple.

RESTE (Donner son). Achever un homme en le tuant de n'importe quelle

façon.

RESTE (Ne pas demander son). C'est, quand on a été battu, fuir sans

exiger d'explications--et surtout sans demander le supplément de coups de

pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.

RESTER EN FIGURE. Rester coi, ne savoir que dire.

Signifie aussi: Rester seul, être abandonné de ses compagnons.

RESTER EN PLAN, v. n. Rester comme otage quelque part, lorsqu'on n'a pas

d'argent pour payer sa consommation.

RESTITUER SA DOUBLURE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

RESUCÉE, s. f. Chose qu'on a déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs

fois.

On dit aussi _C'est de la troisième_ ou _de la quatrième resucée_.

RÉSURRECTION (La), n. de l. La prison de Saint-Lazare,--dans l'argot des

faubouriens.

RETAPE, s. f. Raccrochage,--dans l'argot des filles et de leurs

souteneurs.

_Aller à la retape._ Raccrocher.

On dit aussi _Faire la retape_.

RETAPÉ, adj. Vêtu proprement,--dans l'argot du peuple.

RETIRATION (Être en). Avoir plus de quarante ans, vieillir,--dans l'argot

des typographes.

RETIRER LE PAIN DE LA BOUCHE, v. a. Ruiner quelqu'un, lui enlever son

emploi, les moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.

RETOURNE, s. f. Atout,--dans l'argot des joueurs.

_Chevalier de la Retourne._ Joueur passionné--jusqu'à en être grec.

RETOURNER (S'en). Vieillir,--dans l'argot de Breda-Street.

RETOURNER SA VESTE, v. a. Faire faillite, et, par extension,

Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Rendre son tablier_ et _Retourner son paletot_.

REVENDRE, v. a. Répéter ce qu'on a appris de quelqu'un, commettre une

indiscrétion. Argot des voleurs.

REVENIR, v. n. Se dit--dans l'argot des bourgeois--de tout ce qui plaît,

choses ou gens.

REVENIR DE PONTOISE, v. n. Avoir l'air étonné, ahuri; dire des

sottises,--dans l'argot du peuple.

_Faire_ ou _dire une chose comme en revenant de Pontoise_. La dire ou la

faire mal, gauchement, niaisement.

REVENIR SUR L'EAU, v. n. Rétablir ses affaires, sortir d'un mauvais pas;

occuper de nouveau l'attention publique.

REVERS DE LA MÉDAILLE, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le

plus souvent lorsqu'on a l'habitude de marcher sur les talons.

C'est une expression de l'argot du peuple parisien, qui appartient

également à l'argot du peuple napolitain: _Il revescio de la medaglia_,

disent les fils de Mazaniello.

REVIDAGE, s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs,

les lots achetés trop cher à l'hôtel Drouot, mais achetés par eux pour

les enlever aux bourgeois.

REVIEWER, s. m. Écrivain de revues,--dans l'argot des gens de lettres,

qui ont emprunté cette expression à l'Angleterre.

REVOIR LA CARTE, v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner,--ce qui est une

façon désagréable de s'assurer de ce qu'on a mangé. Argot du peuple.

RHUME, s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze.

On disait autrefois _Rhume ecclésiastique_.

RIBAMBELLE, s. f. Troupe nombreuse de choses ou de gens.

RIBOTE, s. f. Griserie, petite débauche.

_Être en ribote._ Être ivre.

RIBOTER, v. n. Hanter les cabarets.

RIBOUIS, s. m. Savetier,--dans l'argot des faubouriens.

Francisque Michel a raison: on devrait dire _Rebouis_, ce mot venant de

l'opération par laquelle le cordonnier communique du lustre à une semelle

en _donnant le bouis_. Le _rebouis_ donne un second _bouis_, ou second

lustre, aux chaussures avariées par l'usage.

RIC-A-RIC, adv. Chichement, morceau par morceau,--dans l'argot du peuple.

_Payer ric-à-ric._ Par acompte.

Autrefois cela signifiait au contraire, Payer rigoureusement, jusqu'au

dernier sou.

RICHE, adj. Bon, agréable, amusant.

S'emploie ordinairement en mauvaise part et avec la négative.

_Ce n'est pas riche!_ Ce n'est pas honnête, ce n'est pas bien.

C'est, me semble-t-il, le _luculentus_ des Latins: _hæreditas luculenta_,

riche succession, dit Plaute; _luculentus scriptor_, excellent écrivain,

dit Cicéron.

RICHE EN IVOIRE, adj. Qui a de belles dents,--dans l'argot des

faubouriens.

_Montrer son ivoire._ Montrer ses dents.

Les ouvriers anglais ont la même expression: _Flash his ivory_.

RICHE EN PEINTURE, adj. et s. Homme glorieux, plus riche en paroles qu'en

réalité. Argot du peuple.

On dit de même d'un Fanfaron qu'il _est brave en peinture_.

RICHELIEU, adj. Galant, magnifique, entreprenant,--dans l'argot des

bourgeois, dont les grand'mères ont conservé bon souvenir du vainqueur de

Mahon.

RICHEMENT, adv. Extrêmement.

RICHONNER, v. n. Rire,--dans l'argot des voleurs.

RIDEAU ROUGE, s. m. Cabaret,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle

toujours les maisons à boire du vieux temps, reconnaissables à leurs

rideaux de percale de couleur pourpre.

Les ouvriers anglais disent de même _Red-lattice_, parce que chez eux

c'est le treillage extérieur du cabaret qui est peint en rouge.

RIDEAUX DE PERSE, s. m. pl. Rideaux déchirés, _percés_ de trous,--dans

l'argot des bourgeois plaisantins.

On dit de même _Mouchoir de Perse_, _chemise de Perse_, etc.

RIEN, s. m. Garde-chiourme, argousin,--dans l'argot des forçats.

RIEN. Mot de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme selle à tous

chevaux, pour donner plus de force et de couleur à leurs discours.

Ainsi, ils disent: _Il n'a rien l'air de_... pour: Il a extrêmement l'air

de... _Il n'est rien paf_, pour: Il est très gris. _Ce n'est rien

mauvais_, pour: On ne saurait imaginer chose plus détestable, etc.

Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle une

affirmation, c'est _n'être pas_. Ainsi: _Tu n'es pas blagueur!_ signifie:

«Comme tu es menteur!»

RIEN, s. m. Un peu, très peu,--dans l'argot du peuple.

_En un rien de temps._ En très peu de temps.

_Rien de rien._ Moins que rien.

RIF ou RIFLE, s. m. Feu,--dans l'argot des voleurs.

RIFFAUDANTE, s. m. Flamme.

RIFFAUDATE, s. m. Incendie.

RIFFAUDER, v. a. Incendier, brûler.

RIFFAUDEUR, s. m. Chauffeur.

RIFFLARD, n. m. Bourgeois,--dans le même argot.

RIFFLARD, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple.

Ce mot date de Picard et de sa _Petite Ville_, comédie dans laquelle il y

a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu'escorté d'un parapluie.

RIFLER, v. a. et n. Brûler.--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Riffauder_.

RIFLER, v. a. Prendre, saisir, _chiper_,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Passer tout près; effleurer.

RIFOLARD, adj. Amusant, _rigolo_.

RIGOLADE, s. f. Amusement, réjouissance, plaisanterie.

_Coup de rigolade._ Chanson.

RIGOLBOCHADE, s. f. Drôlerie dite ou faite, écrite ou peinte,--dans

l'argot des faubouriens.

Ici encore se pose l'éternelle question: Quel est le premier né de l'œuf

ou de la poule? Est-ce mademoiselle Marguerite la Huguenote--plus

généralement oubliée aujourd'hui sous le nom de _Rigolboche_--qui a donné

naissance à ce substantif, ou est-ce ce substantif qu'on a décerné comme

un brevet à cette aimable bastringueuse? J'inclinerais volontiers à

admettre cette dernière hypothèse. La foule se laisse parfois imposer

certains noms, mais elle a pour habitude d'en inventer. Quant aux

_Mémoires_ de mademoiselle Marguerite, où elle prétend que c'est elle qui

a créé le mot en question, il me suffit que ce soient des _Mémoires_ pour

que je ne leur accorde pas la moindre créance.

RIGOLBOCHE (Être). Être excentrique, amusant, drôle.

RIGOLBOCHER, v. n. S'amuser, soit en buvant, soit en dansant.

RIGOLE, s. f. Bonne chère,--dans l'argot des voleurs.

RIGOLER, v. n. S'amuser, se réjouir, boire, danser, rire,--dans l'argot

du peuple.

Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes, j'en

suis sûr, s'imaginent né d'hier. Un hier qui a six cents ans! Les gens du

monde croiraient parler argot en employant ce mot employé par Jean de

Meung, par Rabelais, par l'auteur de la _Farce de Maistre Pathelin_ et

par d'autres écrivains qui font autorité.

RIGOLETTE, s. f. Habituée de bals publics, amie de la danse et de la

gaieté.

RIGOLEUR, adj. et s. Ami de la joie et de la bouteille.

RIGOLO, s. et adj. Bon enfant, homme gai.

_Rigolo-pain-de-seigle_ ou _pain-de-sucre_. Extrêmement amusant.

On dit aussi d'une chose: _C'est rigolo_, pour signifier: c'est plaisant,

c'est drôle.

RIGRI, s. m. Ladre, méticuleux,--dans l'argot du peuple.

RIGUE, s. f. Apocope de _Rigueur_,--dans l'argot des voyous.

RINCÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

RINCER, v. a. Battre, donner des coups.

Signifie aussi Gagner quelqu'un au jeu.

RINCER, v. a. Dévaliser, _nettoyer_,--dans l'argot des voleurs.

RINCER (Se), v. réfl. Se purger,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Se rincer le fusil_.

RINCER (Se faire). Recevoir la pluie; se laisser voler; perdre au jeu.

RINCER LA DALLE, v. a. Offrir à boire à quelqu'un,--dans l'argot des

faubouriens.

_Se faire rincer la dalle._ Accepter à boire sans offrir la réciproque.

On dit aussi _Rincer la dent_, ou _le bec_, ou _le fusil_, ou _le tube_,

ou _la gargote_, ou _la corne_.

RINCETTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie pris comme supplément au

gloria,--dans l'argot des bourgeois.

RIOLE, s. f. Rivière, ruisseau,--dans l'argot des voleurs.

RIOLE, s. f. Joie, divertissement, débauche,--dans l'argot du peuple.

_Être en riole._ Être en train de s'amuser, être gris.

_Se mettre en riole._ Se griser.

En wallon. _Être en riolle_ ou _riotte_, c'est Se quereller.

RIPATONNER, v. a. Raccommoder quelque chose ou quelqu'un,--dans l'argot

des Polytechniciens, qui ont ainsi consacré la mémoire d'un concierge de

l'Ecole, M. Ripaton, tailleur.

RIPATONS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des faubouriens.

RIPER, v. a. Embrasser tendrement.

RIPEUR, s. m. Libertin.

RIPOPÉE, s. f. Mauvais vin,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi à propos de Toute chose médiocre ou mal faite.

Ce mot a été autrefois masculin, et tantôt substantif et tantôt

adjectif: _Du ripopé, du café ripopé_.

RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure,--dans l'argot des

ouvriers.

RIQUIQUI, adj. et s. Chose mal faite ou de qualité inférieure,--dans

l'argot des ouvrières.

_Avoir l'air riquiqui._ Être ridiculement habillée, ou n'être pas

habillée à la dernière mode.

Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas une

contrefaçon de _Rococo_.

RIRE AUX ANGES. Sourire doucement en dormant,--dans l'argot du peuple.

RIRE COMME UN CUL. Rire sans desserrer les dents.

RIRE JAUNE, v, n. Rire à contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de

douleur ou écumer de rage.

RISETTE, s. f. Sourire,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire des risettes._ Faire des avances aimables.

RISQUER LE PAQUET, v. a. Se hasarder à faire une chose délicate,

aventureuse,--dans l'argot du peuple.

RIVANCHER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.

RIVER SON CLOU A QUELQU'UN, v. a. Lui dire vertement son fait, lui tenir

tête dans une lutte de paroles ou de gestes. Argot des bourgeois.

RIVETTE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.

RIZ-PAIN-SEL, s. m. Fournisseur militaire,--dans l'argot des troupiers.

ROBERT-MACAIRE, s. f. Danse fort en honneur dans les bals publics il y a

vingt-cinq ou trente ans. C'était une variété de la Chahut.

ROBIGNOL, adj. Très bien, très beau, très amusant,--dans l'argot des

voleurs, qui emploient ce superlatif à propos des choses et des gens.

ROBIN, s. m. Taureau communal,--dans l'argot des paysans de Paris.

ROBINSON, s. m. Parapluie,--dans l'argot du peuple, qui a gardé bon

souvenir du naufragé de Daniel de Foë.

On dit aussi _Pépin_.

ROCAMBOLADE, s. f. Farce littéraire dans le goût des _Exploits de

Rocambole_ de Ponson du Terrail.

ROCAMBOLE, s. f. Chose sans valeur; promesse en l'air qu'on sait devoir

n'être pas tenue, gasconnade.

ROCANTIN, s. m. Vieillard libertin.

ROCHET, s. m. Evêque,--dans l'argot des voleurs.

ROCOCO, adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à cause de cela,--comme

si le goût d'autrefois ne valait pas bien le goût d'aujourd'hui!

Se prend aussi en bonne part.

_Pendule rococo._ Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette

époque.

_Tentures rococo._ Etoffes en vieille perse à ramages.

ROEDERER, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de lettres qui

tiennent à faire une réclame à la maison de commerce dont les produits

portent cette signature.

ROGNEUR, s. m. Fourrier,--dans l'argot des troupiers.

ROGNONNER, v. n. Bougonner,--dans l'argot des bourgeois.

Dictionnaire de la langue verte · 第 76 / 143 题