ROGOME, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot du peuple.
_Voix de Rogome._ Voix éraillée par l'ivrognerie.
ROGOMIER, s. m. Buveur d'eau-de-vie.
ROGOMISTE, s. m. Liquoriste.
ROMAGNOL, ou ROMAGNON, s. m. Trésor caché,--dans l'argot des voleurs.
ROMAIN, s. m. Soldat d'infanterie.
ROMAIN, s. m. Applaudisseur gagé,--dans l'argot des coulisses, sans doute
par allusion aux claqueurs de Néron.
ROMANCIER, s. m. Chanteur qui a la spécialité des romances et autres
«choses du cœur»,--dans l'argot des cafés-concerts.
_Fort romancier._ Premier chanteur de romances d'un café-concert.
_Forte romancière._ Grosse femme qui chante avec efforts, et très mal, de
petites choses sentimentales, très faciles à chanter.
ROMANICHEL, s. m. Bohémien,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Romamitchel_, _Romanitchel_, _Romonichel_ et _Romunichel_.
Suivant le colonel Harriot, «_Romnichal_ est le nom que portent les
hommes de cette race en Angleterre, en Espagne et en Bohême, et
_Romne-chal_, _Romaniche_, est celui par lequel on désigne les femmes».
RONCHONNER, v. n. Être grognon, maussade; bougonner,--dans l'argot du
peuple.
ROND, s. m. Sou, pièce de monnaie,--dans l'argot des voyous.
On dit aussi _Rotin_.
ROND, adj. Ivre,--dans l'argot des faubouriens.
_Rond comme une futaille._ Ivre mort.
On dit aussi _Rond comme une pomme_.
RONDE BOSSE, adj. Hardi, audacieux, frisant l'immoralité,--dans l'argot
des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de l'_Aristide
Froissard_ de Léon Gozlan.
RONDELET, s. m. Sein,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Rondin_.
RONDIN, s. m. _Stercus_ (V. _étron_)--dans l'argot du peuple.
RONDIN, s. m. Bâton, _gourdin_.
RONDINE, s. f. Bague,--dans l'argot des voleurs.
RONDINER, v. a. Boutonner,--dans le même argot.
RONDINER, v. n. Dépenser de l'argent, des _ronds_,--dans l'argot des
voyous.
On dit aussi _Se dérondiner_.
RONDINER, v. a. Battre à coups de bâton,--dans l'argot du peuple.
RONDINER DES YEUX, v. n. Faire les gros yeux.
RONDIN JAUNE, s. m. Pièce d'or,--dans l'argot des voleurs.
_Rondin jaune servi._ Or volé, caché par son voleur.
RONFLER DU BOURRELET, v. n. _Crepitare_, ou _alvum deponere_,--dans
l'argot du peuple.
On dit aussi _Faire ronfler le bourrelet_.
RONRONNER, v. n. Faire le joli-cœur auprès d'une femme,--dans l'argot
des ouvriers.
RONRONNER, v. n. Ecrire de petits articles qui ne produisent qu'un bien
petit bruit. Argot des gens de lettres.
ROQUET, s. m. Homme de petite taille, et, à cause de cela, hargneux.
Argot du peuple.
ROSE DES VENTS, s. f. Le _podex_,--dans l'argot facétieux des
faubouriens.
ROSSARD, adj. et s. Mauvais compagnon.
ROSSE, adj. des deux g. Homme sans consistance, femme sans pudeur.
_Il n'est rien rosse!_ Se dit pour: Est-il canaille!
ROSSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
ROSSER, v. a. Frapper, battre, étriller à coups de poing ou de bâton.
ROSSIGNANTE, s. f. Flûte,--dans l'argot des voleurs.
ROSSIGNOL, s. f. Fausse clé,--dans le même argot.
ROSSIGNOL, s. m. Livre qui ne se vend pas,--dans l'argot des libraires.
Marchandise qui n'est pas de bonne défaite,--dans l'argot des
boutiquiers.
ROSSIGNOL D'ARCADIE, s. m. Ane,--dans l'argot des académiciens, à qui le
mot propre répugne tant.
Ils disent aussi «_Le patient animal qui_...,» etc.
ROTIN, s. m. Pièce de cinq centimes, sou,--dans l'argot des ouvriers.
C'est sans doute une contrefaçon ironique du _radis_,--à cause de
l'éructation.
RÔTIR LE BALAI, v. a. Mener une vie obscure et misérable,--dans l'argot
du peuple.
_Avoir rôti le balai._ Se dit d'une fille qui a eu de nombreuses
aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des
sorcières.
ROTOTO, s. m. Coups de bâton, de _rotin_,--dans l'argot des faubouriens.
_Coller du rototo._ Battre quelqu'un.
ROTOTO! Exclamation de refus ou de mépris.
ROUATRE, s. m. Lard,--dans l'argot des voleurs.
ROUBIGNOLE, s. f. Petite boule de liège dont se servent certains voleurs
pour faire des dupes. (Voy. _Cocangeur_.)
ROUBIGNOLEUR, s. m. Voleur qui a de la _Roubignole_ et des _Cocanges_,
et, par extension, Homme madré. Argot des faubouriens.
ROUBLARD, adj. Laid, défectueux, pauvre,--dans l'argot des voleurs.
ROUBLARD, adj. et s. Rusé, adroit, qui a vécu, qui a de
l'expérience,--dans l'argot des faubouriens.
Si ce mot vient de quelque part, c'est du XVe siècle et de _ribleux_,
qui signifiait Homme de mauvaise vie, vagabond, coureur d'aventures.
ROUBLARDERIE, s. f. Ruse, astuce, expérience de l'homme qui a vécu et qui
remplace l'argent qu'il n'a pas par l'ingéniosité qu'il aura jusqu'au
bout de son rouleau.
Signifie aussi: Pauvreté, gêne, misère.
ROUCHI, s. m. Homme sans morale et sans honnêteté, voyou,--dans l'argot
du peuple.
ROUCHIE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.
ROUCOUCOU, s. m. Lapin mort-né,--dans l'argot des chiffonniers et de
leurs gargotiers.
ROUE, s. f. Juge d'instruction,--dans l'argot des voleurs.
ROUE DE DERRIÈRE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des
cochers, qui emploient cette expression depuis longtemps, puisqu'on la
trouve dans les _OEuvres badines du comte de Caylus_.
Les Anglais ont la même expression: _A hind-coach-wheel_, disent-ils à
propos d'une pièce de cinq shillings (une couronne).
ROUE DE DEVANT, s. f. Pièce de deux francs.
Les Anglais disent _A fore-coach-wheel_ pour une demi-couronne.
ROUFFION, s. m. Dernier employé du magasin,--dans l'argot des calicots.
On dit _Mousse_.
ROUFFLE, s. f. Coup de poing ou coup de pied,--dans l'argot des voleurs.
ROUGE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois.
ROUGET, s. m. Homme à barbe rouge ou à cheveux d'un blond ardent.
ROUGET, s. m. Cuivre volé.
ROUGETS, s. m. pl. Les _menses_ des femmes,--dans l'argot du peuple, à
qui le seigneur de Cholières n'a pas craint d'emprunter cette expression
pour un de ses _Contes_.
ROUILLARDE, s. f. Bouteille,--dans l'argot des voleurs.
ROUILLER (Se), v. réfl. Vieillir,--dans l'argot du peuple.
ROULANCE, s. f. Bruit de pieds, ou de marteaux, ou de composteurs, que
font entendre les typographes pour accueillir quelqu'un à son entrée dans
l'atelier.
_Donner une roulance._ Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie,
tantôt une marque de sympathie.
ROULANT, s. m. Fiacre,--dans l'argot des voyous.
_Roulant vif._ Chemin de fer.
ROULANTS, s. m. pl. Pois,--dans l'argot des voleurs.
ROULÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens.
_Ereintement_,--dans l'argot des gens de lettres.
ROULER, v. a. Battre quelqu'un.
Signifie aussi: Tromper, agir malignement.
ROULER, v. n. Aller bien comme santé ou comme commerce.
Ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif présent:
_cela roule_. C'est l'équivalent de: _Cela boulotte_.
ROULER, v. a. Se moquer, lutter d'esprit et d'impertinences,--dans
l'argot des gens de lettres.
_Se faire rouler._ Avoir le dessous dans une affaire, dans une
discussion.
ROULER, v. n. Vagabonder, voyager,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Rouler sa bosse_.
ROULER DANS LA FARINE, v. a. Tromper, jouer un tour, user de finesse
envers des gens trop simples.
ROULER SA VIANDE DANS LE TORCHON, v. a. Se coucher,--dans l'argot des
faubouriens.
ROULEUR, s. m. Vagabond, homme suspect.
ROULEUR, s. m. Chiffonnier.
ROULEUR, s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les
ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.
ROULEUSE, s. f. Femme de mauvaise vie qui roule de quartier en quartier à
la recherche de l'homme philosophal. Argot du peuple.
ROULOTIN, s. m. Roulier,--dans l'argot des voleurs.
ROULOTTE, s. f. Voiture.
_Grinchir une roulotte en salade._ Voler sur une voiture.
ROULOTTIER, s. m. Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les voitures.
ROULURE, s. f. Fille de la dernière catégorie,--dans l'argot des
faubouriens.
ROUMICHIPOTEUSE, s. f. Mijaurée, _chipie_.
ROUPANÉ, adj. et s. Décavé aux billes ou à tout autre jeu exigeant une
mise. Argot des gamins.
ROUPIE, s. f. Punaise,--dans l'argot des voyous.
ROUPIE, s. f. Mucosité de couleur ambrée qui sort du nez des priseurs, et
tombe tantôt sur leur chemise, tantôt dans leur potage. Argot des
faubouriens.
ROUPIE DE SINGE, s. f. Rien,--dans l'argot des voleurs.
ROUPILLER, v. n. Dormir,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce
verbe depuis plus d'un siècle.
Signifie aussi Avoir continuellement une _roupie_ au nez.
ROUPILLEUR, s. m. Grand dormeur--ou grand priseur.
ROUPIOU, s. m. Élève en médecine qui s'essaye au métier dans les
hôpitaux, sans être interne ni externe. C'est lui qui pose les
cataplasmes et les vésicatoires. Argot des étudiants.
On l'appelle aussi _Bénévole_.
ROUSCAILLER, v. a. Aimer,--dans l'argot des voleurs.
ROUSCAILLER BIGORNE, v. n. Parler argot.
ROUSCAILLEUR, s. m. Libertin.
ROUSSE, s. f. La police,--dans l'argot des voyous.
ROUSSE, s. m. Agent de police; sergent de ville.
On dit aussi _Roussin_.
_Rousse à l'arnache._ Agent de police de sûreté, qui reçoit une
gratification proportionnée à l'utilité des renseignements qu'il donne ou
à l'importance des captures qu'il fait faire.
ROUSSIN, s. m. Baudet,--dans l'argot du peuple.
Se dit aussi d'un Cheval qui fait en marchant de fréquents sacrifices au
dieu Crépitus.
ROUSSINER, v. n. Faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus, sans
plus de façon qu'un baudet.
ROUSTIR, v. a. Tromper, duper,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi _Dévaliser_.
ROUSTISSEUR, s. m. Voleur.
ROUSTISSEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des
faubouriens.
ROUSTISSURE, s. f. Escroquerie.
ROUSTISSURE. s. f. Blague peu heureuse, rôle de peu d'importance,--dans
l'argot des comédiens, qui sans doute ont voulu faire allusion au mot
italien _rostita_, rôtie, maigre chose.
ROYAUME DES TAUPES, s. m. La terre,--dans l'argot du peuple.
_Partir pour le royaume des taupes._ Mourir.
RU, s. m. Ruisseau,--dans l'argot du peuple et des paysans des environs
de Paris.
On dit aussi _Rio_.
L'expression coule de source: [grec: reô].
«Or beuvez fort tant que rû peut courir,
Ne reffusez, chassant ceste douleur,
Sans empirer un povre secourir,»
dit François Villon à sa maîtresse.
RUBAN DE QUEUE, s. m. Long chemin, route qui n'en finit pas.
RUBIS SUR PIEU, loc. adv. Argent comptant,--dans l'argot des faubouriens.
RUDE, s. f. Chose difficile à croire, événement subit, désagréable,--dans
l'argot du peuple.
RUDE, adj. Courageux.
RUDEMENT, adv. Extrêmement, remarquablement.
RUE, s. f. L'espace réservé entre deux portants et figurant un chemin
entre deux costières, Argot des coulisses.
RUE AU PAIN, s. f. Le gosier,--dans l'argot du peuple.
RUE BARRÉE, s. f. Rue où demeure un créancier,--dans l'argot des
débiteurs.
On dit aussi _Rue où l'on pave_.
A en croire Léo Lespès, cette dernière expression serait due au duc
d'Abrantès, fils de la duchesse d'Abrantès, et viveur célèbre.
RUE DU BEC DÉPAVÉE, s. f. Bouche à laquelle des dents manquent,--dans
l'argot des faubouriens.
RUINE-MAISON, s. m. Homme prodigue, extravagant,--dans l'argot du peuple.