On a dit autrefois _Pendre aux oreilles_. (V. _le Tempérament_, 1755.)

PENDU GLACÉ, s. m. Réverbère. Argot des voleurs.

PENDULE A PLUMES, s. f. Coq,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont

lu _la Vie de Bohème_.

PENTE (Avoir une), v. a. Être gris ou commencer à se griser,--dans

l'argot des faubouriens.

PÉPÉE, s. f. Poupée,--dans l'argot des enfants.

PÉPÈTE, s. f. Pièce d'un sou,--dans l'argot des ouvriers; de cinquante

centimes,--dans l'argot des voleurs; d'un franc,--dans l'argot des

filles.

PÉPIE (Avoir la). Avoir soif,--maladie des oiseaux, état normal des

ivrognes.

_Mourir de la pépie._ Avoir extrêmement soif.

PÉPIN, s. m. Vieux parapluie,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Rifflard_.

PÉPIN, s. m. Enfant--dans l'argot des fantaisistes qui ont lu Shakespeare

(_Conte d'Hiver_).

De l'enfant-pépin sort en effet l'homme-arbre.

PERCER D'UN AUTRE (En). Raconter une autre histoire; faire une

plaisanterie d'un meilleur _tonneau_.

PERCHER, v. n. Habiter, loger au hasard,--dans l'argot des bohèmes, qui

changent souvent de _perchoir_, et qui devraient bien changer plus

souvent de chemise.

PERDRE LE GOUT DU PAIN. Mourir,--dans l'argot du peuple.

_Faire perdre à quelqu'un le goût du pain._ Le tuer.

PERDRE LE NORD, v. a. Se troubler; s'égarer; dire des sottises ou des

folies,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas inventé pour rien le mot

_boussole_.

Autrefois on disait _Perdre la tramontane_, ce qui était exactement la

même chose, _tramontane_ étant une corruption de _transmontane_

(_transmontanus_, ultramontain, au delà des monts, d'où nous vient la

lumière).

PERDRE SES BAS. Ne plus savoir ce que l'on fait, par distraction

naturelle ou par suite d'une préoccupation grave.

PERDRE SON BATON. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela

probablement par allusion au bâton, ressource unique des aveugles pour

marcher droit.

PERDRE UN QUART, v. a. Aller au convoi d'un camarade,--dans l'argot des

tailleurs, qui, pendant qu'ils y sont, perdent bien toute la journée.

PERDU (L'avoir). N'avoir plus le droit de porter à son corsage le bouquet

de fleurs d'oranger symbolique. Argot des bourgeois.

On dit de même, en parlant d'une jeune fille vierge: _Elle l'a encore_.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que, dans l'un comme dans l'autre cas, il

s'agit de Pucelage.

PERDU SON BATON (Avoir). Être de mauvaise humeur,--dans l'argot des

coulisses.

L'expression date d'Arnal et du _Sergent Mathieu_, sa pièce de début au

théâtre du Vaudeville. Il s'était choisi, pour jouer son rôle, un bâton

avec lequel il avait répété et auquel il paraissait tenir beaucoup.

Malheureusement, le jour de la première représentation, au moment où il

allait entrer en scène, impossible de retrouver le bâton magique! Arnal

est furieux et surtout troublé; il entre en scène, il joue, mais sans

verve,--et l'on siffle!

PÈRE AUX ÉCUS, s. m. Homme riche,--dans l'argot du peuple.

PÈRE FAUTEUIL, s. m. Le cimetière du Père _Lachaise_,--dans l'argot

facétieux des marbriers.

PÈRE FRAPPART, s. m. Marteau,--dans l'argot du peuple.

PÈRE LA TUILE (Le). Dieu,--dans l'argot des faubouriens, qui ne sont pas

plus irrévérencieux que les peintres qui l'appellent le _Père Eternel_.

PÈRE LA VIOLETTE (Le). L'empereur Napoléon Ier,--dans l'argot des

bonapartistes, qui disaient cela sous la Restauration, à l'époque où

mademoiselle Mars était forcée d'arracher une guirlande de violettes

qu'elle avait fait coudre à sa robe dans une pièce nouvelle.

PÉRITORSE, s. m. Paletot ou redingote,--dans l'argot des étudiants, qui,

frais émoulus du collège, n'ont pas de peine à parler grec.

PERLER, v. a. Travailler avec soin, avec minutie,--dans l'argot des

bourgeois.

_Perler sa conversation._ N'employer, en parlant, que des expressions

choisies--et prétentieuses.

PERLOTTE, s. f. Boutonnière,--dans l'argot des tailleurs, qui _perlent_

ordinairement cette partie des vêtements.

PERMISSION DE DIX HEURES, s. f. Pardessus de femme, à capuchon, taillé

sur le patron du manteau des zouaves, et fort à la mode il y a vingt-ans.

PÉROU (Ce n'est pas le). Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie

ironiquement à propos d'une chose qui ne lui paraît pas difficile à

faire, ou qu'on lui vante trop.

Se dit aussi à propos d'une affaire qui ne paraît pas destinée à

rapporter de gros bénéfices.

PERPÈTE, s. f. Apocope de _Perpétuité_,--dans l'argot des forçats.

PERROQUET, s. m. Homme qui ne sait que ce qu'il a appris par cœur. Argot

du peuple.

PERROQUET, s. m. Verre d'absinthe,--dans l'argot des troupiers et des

rapins, qui font ainsi allusion à la couleur de cette boisson, que l'on

devrait prononcer à l'allemande: _poison_.

_Étouffer un perroquet._ Boire un verre d'absinthe.

L'expression a été employée pour la première fois en littérature par

Charles Monselet.

PERROQUET DE SAVETIER, s. m. Le merle,--dans l'argot des faubouriens.

On le dit quelquefois aussi de la Pie.

PERRUQUE, s. f. Cheveux en broussailles, mal peignés,--dans l'argot des

bourgeois, ennemis des coiffures romantiques.

PERRUQUE, s. f. Détournement de matériaux appartenant à l'Etat,--dans

l'argot des invalides, souvent commis à leur garde.

_Faire une perruque._ Vendre ces matériaux.

PERRUQUE, adj. et s. Vieux, suranné, classique,--dans l'argot des

romantiques, qui avaient en horreur tout le siècle de Louis XIV.

_Le parti des perruques._ L'École classique,--qu'on appelle aussi l'École

du Bon Sens.

PERRUQUEMAR, s. m. Coiffeur,--dans l'argot des faubouriens.

PERRUQUER (Se). Porter de faux cheveux pour faire croire qu'on en a

beaucoup. Argot du peuple.

Du temps de Tabourot, on disait _une perruquée_ en parlant d'une Coquette

à la mode qui ajoutait de faux cheveux à ses cheveux naturels,--comme

faisaient les coquettes du temps de Martial, comme font les femmes de

notre temps. D'où vient cette épigramme du seigneur des Accords:

«Janneton ordinairement

Achepte ses cheveux, et jure

Qu'ils sont à elle entièrement:

Est-elle à vostre advis perjure?»

Vous devinez la réponse: Non, elle n'est point «perjure» parce que ce

que nous achetons est nôtre.

PERSIENNES, s. f. pl. Lunettes,--dans l'argot des voyous.

PERSIL DANS LES PIEDS (Avoir du). Se dit d'une femme qui a les pieds

sales--à force d'avoir marché.

PERSILLER, v. n. Raccrocher,--dans l'argot des souteneurs de filles.

On dit aussi _Aller au persil_ et _Travailler dans le persil_.

Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les

parchemins de mots souvent modernes qu'il ne craint pas, malgré cela, de

faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci,

pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que _Pesciller_, prendre.

En l'absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis

d'insinuer que le verbe _Persiller_ pourrait bien venir de l'habitude

qu'ont les filles d'exercer leur déplorable industrie dans les lieux

déserts, dans les terrains vagues--où pousse le persil?

PERSILLEUSE, s. f. Femme publique.

Se dit aussi du Jeune homme qui joue le rôle de Giton auprès des Encolpes

de bas étage.

PERTUIS AUX LÉGUMES, s. m. La gorge,--dans l'argot des ouvriers qui ont

servi dans l'infanterie de marine.

D'où: _Faire tour-mort et demi-clef sur le pertuis aux légumes_, pour:

Etrangler quelqu'un.

PESCILLER D'ESBROUFFE, Prendre de force, d'autorité--dans l'argot des

voleurs.

PÈSE ou PÈZE, s. f. Résultat d'une collecte faite entre voleurs libres au

profit d'un voleur prisonnier; résultat _pesant_.

PESSIGUER, v. a. Ouvrir, soulever,--dans l'argot des voleurs.

_Pessiguer une lourde._ Ouvrir une porte.

PET, s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de

_Deus Crepitus_, ou dieu frère de _Stercutius_, le dieu merderet.

_Glorieux comme un pet._ Extrêmement vaniteux.

_Lâcher quelqu'un comme un pet._ L'abandonner, le quitter précipitamment.

PET, s. m. Embarras, manières.

_Faire le pet._ Faire l'insolent; s'impatienter, _gronder_.

_Il n'y a pas de pet._ Il n'y a rien à faire là dedans; ou: Il n'y a pas

de mal, de danger.

PÉTARADE, s. f. Longue suite de sacrifices au dieu Crépitus,--dans

l'argot des faubouriens, amis des joyeusetés scatologiques, et grands

amateurs de _ventriloquie_.

PÉTARD, s. m. Derrière de l'homme ou de la femme.

Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.

PÉTARD, s. m. Bruit, esclandre.

«N'bats pas l'quart,

Crains l' pétard,

J'suis Bertrand l'pochard!»

dit une chanson populaire.

PÉTARDS, s. m. pl. Haricots.

PÉTASE, s. m. Chapeau ridicule,--dans l'argot des romantiques, qui

connaissent leur latin (_petasus_).

Employé pour la première fois en littérature par Bonnardot (_Perruque et

Noblesse_, 1837).

PÉTAUDIÈRE, s. f. Endroit tumultueux, où l'on crie tellement qu'il est

impossible de s'entendre,--dans l'argot des bourgeois, qui connaissent de

réputation la cour du roi Pétaud.

PET A VINGT ONGLES, s. m. Enfant nouveau-né,--dans l'argot du peuple.

_Faire un pet à vingt ongles._ Accoucher.

PÉTER, v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.

PÉTER DANS LA MAIN, v. n. Être plus familier qu'il ne convient. Argot du

peuple.

Signifie aussi: Manquer de parole; faire défaut au moment nécessaire.

PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL, v. n. Faire le glorieux; entreprendre une

chose au-dessus de ses forces ou de ses moyens; avoir un train de maison

exagéré, ruineux.

_Faire le pet plus haut que le cul_, c'est ce que Henry Monnier, par un

euphémisme très clair, appelle _Sauter plus haut que les jambes_.

PÉTER SON LOF, v. n. Mourir,--dans l'argot des marins, pour qui c'est

changer de lof, c'est-à-dire naviguer sur un autre bord.

Ils disent aussi _Virer de bord_.

PÉTER SUR LE MASTIC, v. n. Renoncer à travailler; envoyer promener

quelqu'un. Argot des faubouriens.

PÈTE-SEC, s. m. Patron sévère, chef rigide, qui gronde toujours et ne rit

jamais.

PÉTEUR, adj. et s. Homme qui se plaît à faire de fréquents sacrifices au

dieu Crépitus.

PÉTEUX, s. m. Messire Luc, l'éternelle cible aux coups de pied.

PÉTEUX, s. m. Homme honteux, timide, sans énergie.

PETIT, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, qui ne fait aucune

différence entre la portée d'une chienne et celle d'une femme.

PETIT BLANC, s. m. Vin blanc.

PETIT BONHOMME D'UN SOU, s. m. Jeune soldat.

PETIT BORDEAUX, s. m. Cigare de cinq centimes, de la manufacture de

Tonneins. Argot du peuple.

PETIT BORDEAUX, s. m. Petit verre de vin de Bordeaux.

PETIT CAMARADE, s. m. Confrère malveillant, débineur,--dans l'argot des

gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux acteurs.

Pour la rendre plus ironique, on dit: _Bon petit camarade_.

PETIT CAPORAL, n. d'h. Napoléon,--dans l'argot des vieux troupiers.

Ils disaient encore: _l'Autre_, _le Petit Tondu_ et _le Père la

Violette_.

PETIT COCHON, s. m. Dame qu'on n'a pu rentrer assez vite et qui se trouve

bloquée dans le camp de l'adversaire. Argot des joueurs de jacquet.

_Engraisser des petits cochons._ Avoir plusieurs dames bloquées.

PETITE BIÈRE (Ce n'est pas de la)! Expression de l'argot du peuple qui

l'emploie le plus souvent avec ironie, en parlant de choses d'importance

ou qu'on veut faire passer pour importantes.

PETITE CHATTE, s. f. Drôlesse qui joue avec le cœur des hommes comme une

véritable chatte avec une véritable souris,--dans l'argot de M. Henri de

Kock, romancier, élève et successeur de son père.

PETITE DAME, s. f. Fille ou femme, grande ou petite, qui depuis plus ou

moins de temps, a jeté son bonnet par-dessus les moulins et sa pudeur

par-dessus son bonnet et qui fait métier et marchandise de l'amour.

PETITE FILLE, s. f. Bouteille. Argot des faubouriens.

PETIT LAIT, s. m. Chose de peu d'importance; vin faible,--dans l'argot

des bourgeois.

PETIT MANTEAU BLEU, s. m. Homme bienfaisant,--dans l'argot du peuple, qui

a ainsi consacré le souvenir des soupes économiques de M. Champion.

PETIT MONDE, s. m. Les membres de la famille, femme et enfants.

Se dit aussi à propos d'une Maîtresse.

PETIT MONDE, s. m. Lentille,--dans l'argot des voleurs.

PETIT NOM, s. m. Prénom, nom patronymique,--dans l'argot du peuple, et

spécialement celui des petites dames.

C'est le _short name_ des biches anglaises.

PETIT-NOMMER, v. a. Appeler quelqu'un par son petit nom.

PETIT PÈRE NOIR, s. m. Broc de vin rouge,--dans l'argot des faubouriens.

_Petit père noir de quatre ans._ Broc de quatre litres.

PETITS PAINS (Faire des). Faire l'aimable, le gentil, afin de se

rabibocher. Argot des coulisses.

PETIT TONDU (Le). L'empereur Napoléon Ier,--dans l'argot des

invalides.

PÉTONS, s. m. pl. Pieds,--dans l'argot des enfants, des mères et des

amoureux.

PÉTRA, s. m. Paysan, homme grossier,--dans l'argot des bourgeois.

PÉTRIN, s. m. Embarras, position fausse; misère,--dans l'argot du peuple,

qui _geint_ alors.

_Être dans le pétrin jusqu'au cou._ Être dans une misère extrême.

PÉTROUSQUIN, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus

souvent,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Petzouille_.

Privat d'Anglemont (_Paris-Anecdote_) donne à ce mot la signification de

Bourgeois, public. Il s'est trompé.

PEUPLE, s. m. Public,--dans le même argot.

_Se foutre du peuple._ Insulter à l'opinion reçue, accréditée.

Un faubourien dit volontiers à un autre, lorsqu'il est molesté par lui ou

lorsqu'il en reçoit une _blague_ un peu trop forte: _Est-ce que tu te

fous du peuple_?

PEUPLE, s. et adj. Commun, vulgaire, trivial,--dans l'argot des

bourgeoises, qui peut-être s'imaginent être sorties de la cuisse de

Jupiter ou d'un Montmorency.

_Être peuple._ Dire ou faire des choses de mauvais goût.

PHARAMINEUX, adj. Etonnant, prodigieux, inouï,--dans l'argot du peuple.

PHARAON, s. m. Roi de n'importe quel pays,--dans l'argot gouailleur des

gens de lettres.

PHARE, s. m. Lampe,--dans l'argot des typographes.

PHÉNOMÈNE, s. m. Parent qui vient pleurer sur une tombe, ou seulement la

visiter,--dans l'argot cruel et philosophique des marbriers de cimetière.

PHILANTHROPE, s. m. Filou,--dans l'argot des voyous.

PHILIPPE, s. m. Pièce de cent sous en argent à l'effigie de

Louis-Philippe, de Charles X ou de Napoléon,--dans l'argot des

faubouriens, qui ont voulu avoir leurs _louis_ comme les gentilshommes.

PHILISTIN, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des romantiques.

PHILISTIN, s. m. Vieil ouvrier abruti,--dans l'argot des tailleurs.

PHILOSOPHE, s. m. Misérable,--dans l'argot du peuple.

PHILOSOPHES, s. m. pl. Souliers d'occasion,--dans l'argot des ouvriers.

PHILOSOPHES DE NEUF-JOURS. Souliers percés.

PHILOSOPHIE, s. f. Misère.

PHRASEUR, s. m. Beau diseur de _phrases_, c'est-à-dire bavard,--dans

l'argot du peuple.

PIAFFE, s. f. Orgueil, vantardise, _esbrouffe_.

PIAILLER, v. a. Crier.

PIAILLEUR, s. m. Homme qui aime à gronder, à crier après les gens.

On dit aussi _Piaillard_.

PIANE-PIANE, adv. Doucement, _piano-piano_,--dans l'argot des bourgeois.

PIANOTER, v. n. Toucher du piano, médiocrement ou non,--dans l'argot du

peuple, ennemi de cet instrument de bourgeois.

PIANOTEUR, adj. et s. Amateur qui connaît le piano pour en avoir entendu

parler et qui tape dessus comme s'il était sourd--et ses voisins aussi.

Au féminin _Pianoteuse_.

PIAU, s. f. Mensonge, histoire, _blague_,--dans l'argot des typographes.

PIAULE ou PIOLLE, s. f. La maison, le logis,--dans l'argot des voleurs,

qui peut-être ont voulu faire allusion aux nombreux enfants qui y

_piaillent_ comme autant de moineaux affamés.

_La piaule a l'air rupin._ L'appartement est bon à dévaliser.

PIAUSSER, v. n. Mentir, blaguer,--dans l'argot des typographes.

PIAUSSER (Se), v. réfl. Revêtir un vêtement nouveau, une nouvelle

_peau_,--dans l'argot des voyous.

Quelques-uns, puristes du ruisseau, disent _Peausser_.

PIAUSSEUR, s. m. Menteur, blagueur.

PIAUTRE, s. m. Mauvais garnement,--dans l'argot du peuple.

_Envoyer au piautre._ Envoyer au diable.

Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.

PIC (A), adv. A point nommé, à propos, heureusement.

_Venir_ ou _Tomber à pic_. Arriver au moment le plus opportun.

PICAILLONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des faubouriens.

PICHENET, s. m. Petit vin de barrière agréable,--dans l'argot des

ouvriers.

PICHET, s. m. Litre de vin.

PICK-POCKET, s. m. Voleur,--dans l'argot des anglomanes et des gens de

lettres.

PICORAGE, s. m. _Travail_ sur les grandes routes,--dans l'argot des

voleurs.

PICOTIN, s. m. Déjeuner ou souper,--dans l'argot du peuple, qui travaille

en effet comme un cheval.

Le slang anglais a le mot équivalent dans le même sens (_peck_).

_Gagner son picotin._ Travailler avec courage.

PICOURE, s. f. Haie,--dans l'argot des voleurs, qui, en leur qualité de

vagabonds, ont eu de fréquentes occasions de constater que les oiseaux y

viennent _picorer_.

_Déflotter la picoure._ Voler le linge qui flotte sur les haies.

_La picoure est fleurie._ Le linge sèche sur les haies.

On dit aussi _Picouse_.

PICTON, s. m. Vin bleu, suret--dans l'argot du peuple, qui se _pique_ la

langue et le nez en en buvant, surtout comme il en boit. «Il en boit

comme un _Poitevin_,» dirait un étymologiste en s'appuyant sur les

habitudes d'ivrognerie qu'on prête aux _Pictones_.

PICTONNER, v. n. Boire ferme et longtemps.

On dit aussi _Picter_ et _Pictancer_.

PIÈCE, s. m. Lentille,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Entière_ et _Petit Monde_.

PIÈCE A TIROIRS, s. f. Drame à changements à vue, vaudeville à travestis.

Argot des coulisses.

PIÈCE D'ARCHITECTURE, s. f. Discours en prose ou pièce de vers,--dans

l'argot des francs-maçons.

PIÈCE DE BOEUF, s. f. Drame, comédie ou vaudeville où l'on a le plus de

succès. Argot des coulisses.

On dit aussi _Rôle de bœuf_.

PIÈCE DE BOEUF, s. f. «Grand article de pathos sur les choses du moment

qui ouvre les colonnes de Paris.» Argot des journalistes.

On dit aussi _Pièce de résistance_.

PIÈCE DE DIX SOUS, s. f. Le derrière du corps humain,--dans l'argot des

troupiers.

On dit aussi _Double six_.

PIÈCE D'ÉTÉ, s. f. Vaudeville ou drame médiocre,--dans l'argot des

comédiens, qui ne jouent leurs bonnes pièces que l'hiver.

PIÈCE D'ESTOMAC, s. f. Amant,--dans l'argot des filles.

L'expression a plus d'un siècle.

PIED BLEU, s. m. Conscrit,--dans l'argot des troupiers.

PIED DE BANC, s. m. Sergent,--dans le même argot.

PIED DE COCHON, s. m. Pistolet.

PIED DE NEZ, s. m. Polissonnerie des gamins de Paris, que connaissaient

déjà les gamins de Pompéi.

_Faire des pieds de nez à quelqu'un._ Se moquer de lui.

_Avoir un pied de nez._ Ne pas trouver ce qu'on cherche; recevoir de la

confusion d'une chose ou d'une personne.

PIED DE NEZ, s. m. Pièce d'un sou,--dans l'argot des voyous.

PIED-PLAT, s. m. Homme du peuple; goujat,--dans l'argot des bourgeois,

qui s'imaginent peut-être avoir le fameux cou-de-pied à propos duquel

lady Stanhope fit à Lamartine ces prophéties de grandeurs que devait

réaliser en partie la révolution de Février.

PIEDS A DORMIR DEBOUT, s. m. pl. Pieds plats et spatulés,--dans l'argot

du peuple.

PIEDS DE MOUCHE, s. m. pl. Notes d'un livre, ordinairement imprimés en

caractères minuscules,--dans l'argot des typographes.

Et, à ce propos, qu'on me permette de rappeler le quiproquo dont les

bibliophiles ont été victimes. On avait attribué à Jamet l'aîné,

bibliographe, un livre en 6 vol. in-8º, intitulé: _Les Pieds de mouche,

ou les Nouvelles Noces de Rabelais_ (V. _la France littéraire_ de 1769).

Or, savez-vous, lecteur, ce que c'était que ces _nouvelles noces_ de

maître Alcofribas Nasier? C'étaient les _notes_--en argot de typographes,

_pieds de mouche_--qui se trouvent dans l'édition de Rabelais de 1732, en

6 vol. pet. in-8º. Faute d'impression au premier abord, et plus tard

ânerie dont eût ri François Rabelais à ventre déboutonné.

PIEDS DE PHILOCTÈTE, s. m. pl. Pieds fâcheusement sudateurs,--dans

l'argot des gens de lettres, qui font allusion à l'empoisonnement de

l'île de Lemnos par l'exécuteur testamentaire d'Hercule.

_Avoir avalé le pied de Philoctète._ Avoir une haleine digne du pied du

fils de Pœan.

PIE-GRIÈCHE, s. f. Femme criarde et querelleuse,--dans l'argot du peuple,

qui a souvent le malheur de tomber, comme Trimalcion, sur une Fortunata

_pica pulvinaris_.

PIERRE A AFFÛTER, s. f. Le pain,--dans l'argot des bouchers.

PIERRE A DÉCATIR, s. f. Farce des tailleurs à l'usage de tout nouveau.

C'est leur _huile de cottrets_.

PIERRE BRUTE, s. f. Pain,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi _Manne_.

PIERRE DE TOUCHE, s. f. Confrontation,--dans l'argot des voleurs.

PIERREUSE, s. f. Fille ou femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère

de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l'abjection. Son nom lui

vient de ce qu'elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux

de démolition, etc.

PIERROT, s. m. Vin blanc,--dans l'argot des faubouriens.

_Asphyxier le pierrot._ Boire un canon de vin blanc.

PIERROT, s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a

rendue classique.

PIERROT, s. m. Couche de savon appliquée à l'aide du blaireau sur la

figure de quelqu'un,--dans l'argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen

pour débarbouiller un peu leurs _pratiques_ malpropres, auxquelles ils

veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir.

Le _pierrot_ n'est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est

une sainte que l'on ne fête pas souvent.

PIERROT! Terme de mépris, fréquemment employé par les ouvriers, et qui

sert de prologue à beaucoup de rixes,--celui qui est traité de pierrot

voulant prouver qu'il a la _pince_ d'un aigle.

Les femmes légères emploient aussi ce mot,--mais dans un sens

diamétralement opposé au précédent.

PIEU, s. m. Lit, couchette,--dans l'argot des faubouriens.

_Aller au pieu._ Aller se coucher.

_Se coller dans le pieu._ Se coucher.

_Être en route pour le pieu._ S'endormir.

PIEUVRE, s. f. Petite dame, femme entretenue,--dans l'argot des gens de

lettres, qui disent cela depuis l'apparition des _Travailleurs de la

mer_, où V. Hugo décrit si magistralement le combat de Giliatt contre un

poulpe monstrueux.

L'analogie est heureuse: jamais les drôlesses n'ont été plus

énergiquement caractérisées.

PIEUVRISME, s. m. Métier de fille, corruption galante, commerce d'amour.

PIF, s. m. Nez, dans l'argot du peuple.

N'en déplaise à Francisque Michel qui veut faire ce mot compatriote de

Barbey d'Aurevilly, je le crois très parisien. On disait autrefois _se

piffer de vin_, ou seulement se piffer:

«On rit, on se piffe, on se gave!»

chante Vadé en ses _Porcherons_. Se piffer de vin, c'est s'empourprer le

visage et spécialement le nez,--le _pif_ alors!

On dit aussi _Piton_.

PIFFARD, s. et adj. Homme d'un nez remarquable, soit par son volume, soit

par sa couleur.

PIGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs.

PIGE, s. f. Défi,--dans l'argot des écoliers.

_Faire la pige._ Se défier à jouer, à courir, etc.

PIGE, s. f. Le nombre de lignes que tout compositeur de journal doit

faire dans une heure.

_Prendre sa pige._ Prendre la longueur d'une page, d'une colonne.

PIGEON, s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu

et par les femmes en amour.

_Avoir son pigeon._ Avoir _fait_ un amant,--dans l'argot des petites

dames.

_Plumer un pigeon._ Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à

l'honnêteté des hommes et à celle des femmes.

On dit aussi _Pigeonneau_.

Le mot est vieux,--comme le vice. Sarrazin (_Testament d'une fille

d'amour mourante_, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose

Belvue:

«.....De mes pigeonneaux

Conduisant l'inexpérience,

Je sus, dans le feu des désirs,

Gagner par mes supercheries

Montres, bijoux et pierreries,

Monuments de leurs repentirs.»

PIGEON, s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite,--dans l'argot des

vaudevillistes.

PIGEONNER, v. a. Tromper.

PIGER, v. n. Mesurer,--dans l'argot des écoliers lorsqu'ils _débutent_.

On dit aussi _Faire la pige_.

PIGER, v. a. Prendre; appréhender au collet,--dans l'argot du peuple.

_Se faire piger._ Se faire arrêter, se faire battre.

Dictionnaire de la langue verte · 第 70 / 143 题