Signifie aussi S'emparer de... _Piger une chaise. Piger un emploi._

PIGER, v. a. et n. Considérer, contempler, admirer.

_Piges-tu que c'est beau?_ C'est-à-dire: Vois-tu comme c'est beau?

PIGET, s. m. Château,--dans l'argot des voleurs.

PIGNOCHER, v. n. Manger avec dégoût, trier les morceaux qu'on a sur son

assiette. Argot du peuple.

On disait autrefois _Epinocher_.

PIGNOCHER, v. a. Peindre ou dessiner avec un soin méticuleux,--dans

l'argot des artistes, ennemis de l'art chinois.

PIGNOUF ou PIGNOUFLE, s. m. Paysan,--dans l'argot des voyous.

Voyou,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.

Apprenti,--dans l'argot des ouvriers cordonniers. Homme mal élevé,--dans

l'argot de Breda-Street.

PIGOCHE, s. f. Morceau de cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les

gamins font sauter un sou placé par terre, en le frappant sur les bords.

_Jouer à la pigoche._ Faire sauter un sou en l'air. C'est l'enfant qui le

fait sauter le plus loin qui a gagné.

PILE, s. f. Correction méritée ou non,--dans l'argot des faubouriens.

PILE! Exclamation du même argot, lorsque quelque chose tombe et se casse.

PILER, v. a. Pousser plus ou moins brutalement,--plutôt plus que

moins,--dans l'argot des gamins.

Signifie aussi Battre.

PILER DU POIVRE. Avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds,

par suite d'une très longue marche,--dans l'argot du peuple.

Se dit également des cavaliers ou amazones novices, par suite d'exercices

équestres trop prolongés.

S'emploie aussi pour signifier Médire de quelqu'un en son absence, et

S'ennuyer à attendre.

_Faire piler du poivre à quelqu'un._ Le jeter plusieurs fois par terre,

en le maniant avec aussi peu de précaution qu'un pilon.

PILER LE POIVRE. Monter une faction,--dans l'argot des troupiers.

PILIER, s. m. Homme qui ne bouge pas plus d'un endroit que si on l'y

avait planté. Argot du peuple.

_Pilier de cabaret._ Ivrogne.

_Pilier d'estaminet._ Culotteur de pipes.

_Pilier de Cour d'assises._ Qui a été souvent condamné.

PILIER DE BOUTANCHE, s. m. Commis,--dans l'argot des voleurs.

_Pilier de paclin._ Commis voyageur.

_Pilier du creux._ Patron, maître du logis.

PILONS, s. m. pl. Les doigts, et spécialement le pouce,--dans le même

argot.

PILOTER, v. a. Conduire, guider,--dans l'argot du peuple.

PIMBÊCHE, s. f. Femme dédaigneuse,--dans l'argot des bourgeois.

PIMPELOTTER (Se). S'amuser, rigoler, _gobichonner_,--dans l'argot des

faubouriens.

PIMPIONS, s. m. pl. Pièces de monnaie,--dans l'argot des voleurs.

PINÇANTS, s. m. pl. Ciseaux,--dans le même argot.

PINCEAU, s. m. Plume à écrire,--dans l'argot des francs-maçons.

PINCEAU, s. m. La main ou le pied,--dans l'argot des faubouriens, qui ont

entendu parler du peintre Ducornet.

_Détacher un coup de pinceau._ Donner un soufflet.

PINCEAU, s. m. Balai,--dans l'argot des troupiers.

PINCE-CUL, s. m. Bastringue de la dernière catégorie. Argot du peuple.

PINCE-DUR, s. m. Adjudant,--dans l'argot des soldats, qui ont la mémoire

des punitions subies.

PINCER, v. n. Être vif,--dans l'argot du peuple.

_Cela pince dur._ Il fait très froid.

PINCER, v. a. Voler, filouter,--dans l'argot des faubouriens.

PINCER, v. a. Prendre sur le fait, arrêter.

_Pincer au demi-cercle._ Arrêter quelqu'un, débiteur ou ennemi, que l'on

guettait depuis longtemps.

PINCER, v. a. Exécuter.

_Pincer le cancan._ Le danser.

_Pincer de la guitare._ En jouer.

_Pincer la chansonnette._ Chanter.

PINCER DE LA GUITARE, v. n. Être prisonnier,--par allusion à l'habitude

qu'ont les détenus d'étendre les mains sur les barreaux de leur prison ou

sur le treillage en fer du parloir grillé.

On dit aussi _pincer de la harpe_.

PINCER UN COUP DE SIROP, v. a. Boire à s'en griser un peu,--dans l'argot

des faubouriens.

PINCE-SANS-RIRE, s. m. Homme caustique, qui blesse les gens sans avoir

l'air d'y toucher, ou qui dit les choses les plus bouffonnes sans se

dérider.

On dit aussi _Monsieur Pince-sans-rire_.

PINCE-SANS-RIRE, s. m. Agent de police,--dans l'argot des voleurs.

PINCETTES, s. f. pl. Mouchettes,--dans l'argot des francs-maçons, qui

disent aussi _Pinces_.

PINCETTES, s. f. pl. Les jambes,--surtout lorsqu'elles sont longues et

maigres. Argot des faubouriens.

PINCHARD, E, adj. De mauvais goût, un peu canaille,--dans l'argot des

gens de lettres.

Se dit surtout à propos de la Voix de certaines filles habituées à parler

haut dans les soupers de garçons.

PINCHARD, s. m. Siège pliant,--dans l'argot des artistes.

PINGRE, s. et adj. Avare; homme qui pousse l'économie jusqu'au vice.

Argot du peuple.

Signifie aussi Voleur.

PINGRERIE, s. f. Ladrerie.

PINTER, v. n. Boire abondamment.

PINXIT, s. m. Peintre,--dans l'argot des artistes, qui font ainsi

allusion au verbe latin qu'ils ajoutent toujours à leur nom au bas de

leurs toiles.

PIOCHE, s. f. Le no 7,--dans l'argot des joueurs de loto.

PIOCHE, s. f. Fourchette,--dans l'argot des francs-maçons.

PIOCHE, s. f. Travail, besogne quelconque,--dans l'argot des ouvriers.

_Se mettre à la pioche._ Travailler.

PIOCHE, s. f. Etude, apprentissage de la science des mathématiques,--dans

l'argot des Polytechniciens.

_Temps de pioche._ Les quinze jours qui précèdent les interrogations

générales et pendant lesquels les élèves repassent soigneusement

l'analyse, la géométrie et la mécanique.

PIOCHE (Être). Être bête comme une pioche,--dans l'argot du peuple.

PIOCHER, v. a. et n. Étudier avec ardeur, se préparer sérieusement à

passer ses examens,--dans l'argot des étudiants.

_Piocher son examen._ Se préparer à le bien passer.

PIOCHER, v. n. Avoir recours au tas,--dans l'argot des joueurs de

dominos, dont la main _fouille_ ce tas.

On dit aussi _Aller à la pioche_.

PIOCHER, v. a. Battre, donner des coups à quelqu'un,--dans l'argot des

faubouriens.

_Se piocher._ Se battre.

PIOCHEUR, s. m. Etudiant qui se préoccupe plus de ses examens que de

Bullier, et des cours de l'Ecole que des demoiselles des bastringues du

quartier.

PION, s. m. Maître d'études,--dans l'argot des collégiens, qui le font

_marcher_ raide, cet âge étant sans pitié.

PION (Être). Avoir bu, être ivre-_mort_,--dans l'argot des typographes.

PIONCE, s. f. Sommeil,--dans l'argot des faubouriens.

PIONCER, v. n. Dormir.

PIONCEUR, adj. et s. Homme qui aime à dormir.

PIOU, s. m. Soldat.

On dit plutôt _Pioupiou_.

PIPE, s. f. Tête, visage.

«Ils dis'nt en la voyant picter:

Sa pipe enfin commence à s'culotter!»

dit une chanson qui court les rues.

PIPÉ, s. m. Château,--dans l'argot des voleurs.

PIPELET, s. m. Concierge,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette

expression, qui est une injure, depuis la publication des _Mystères de

Paris_ d'Eugène Sue.

_Chapeau-Pipelet._ Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en

porte, dans le roman d'Eugène Sue, la victime de Cabrion.

PIPER, v. n. Fumer la pipe ou le cigare.

PIPI, s. m. Résultat du verbe _meiere_,--dans l'argot des enfants.

_Faire pipi._ Meiere.

PIPIT, s. m. L'alouette,--dans l'argot des paysans de la banlieue de

Paris.

PIQUANTE, s. f. Epingle,--dans l'argot des voleurs.

PIQUE, s. f. Petite querelle d'amis, petite brouille d'amants,--dans

l'argot des bourgeois.

PIQUÉ DES VERS (N'être pas). Être bien conservé, avoir de l'élégance, de

la grâce,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos

des gens et des choses.

On dit aussi _N'être pas piqué des hannetons_.

PIQUE-EN-TERRE, s. f. Volaille quelconque vivante,--dans l'argot des

faubouriens.

PIQUELARD, s. m. Charcutier.

Le mot sort du _Théâtre italien_ de Ghérardi (_les Deux Arlequins_).

PIQUE-POUX, s. m. Tailleur,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu

faire une allusion au mouvement de l'aiguille sur l'étoffe.

On dit aussi _Pique-puces et Pique-prunes_. Pourquoi ne dit-on pas plutôt

_Pique-Pouce_?

PIQUER, v. a. Faire quelque chose,--dans l'argot des Polytechniciens.

_Piquer l'étrangère._ S'occuper d'une chose étrangère à la conversation.

PIQUER EN VICTIME, v. n. Plonger dans l'eau, les bras contre le corps, au

lieu de plonger les mains en avant au-dessus de la tête.

PIQUER LE NEZ (Se), v. réfl. Boire avec excès, à en devenir ivre,--dans

l'argot du peuple.

PIQUER SA PLAQUE, v. a. Dormir,--dans l'argot des tailleurs.

Signifie aussi, par extension, Mourir.

PIQUER SON CHIEN. Dormir,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi, _Piquer un chien_.

D'où vient cette expression? S'il faut en croire M. J. Duflot, elle

viendrait de l'argot des comédiens et sortirait de l'_Aveugle de

Montmorency_, une pièce oubliée. Dans cette pièce, l'acteur qui jouait le

rôle de l'aveugle, tenant à ne pas s'endormir, avait armé l'extrémité de

son bâton d'une pointe de fer qui, par suite du mouvement

d'appesantissement de sa main, en cas de sommeil, devait piquer son

caniche placé entre ses jambes, et chaque fois que son chien grognait,

c'est qu'il avait _piqué son chien_, c'est-à-dire qu'il s'était laissé

aller au sommeil.

PIQUER UN CINABRE, v. n. Rougir subitement, du front aux oreilles et des

oreilles aux mains. Argot des artistes.

PIQUER UN SOLEIL, v. n. Rougir subitement,--dans l'argot du peuple.

PIRONIEN, adj. et s. Homme enclin à la gaieté comme les Byroniens à la

tristesse; disciple de _Lord Piron_, le poète gaillard. Argot des gens de

lettres.

PIRONISME, s. m. La gaie science--où excellait Piron.

PIS, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot malséant du peuple:

«Les femmes, plus mortes que vives,

De crainte de se voir captives,

Et de quelque chose de pis

De la main se battent le pis.»

dit Scarron dans son _Virgile travesti_.

PISSAT, s. m. Résultat du verbe _Meiere_.

PISSAT DE VACHE, s. m. Mauvaise bière.

PISSE-FROID, s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas

volontiers,--dans l'argot du peuple, ennemi des flegmatiques.

PISSER (Envoyer). Congédier brutalement un ennuyeux.

On dit aussi _Envoyer chier_.

PISSER A L'ANGLAISE, v. n. Disparaître sournoisement au moment décisif.

PISSER AU CUL DE QUELQU'UN, v. a. Le mépriser.--dans l'argot des voyous.

PISSER CONTRE LE SOLEIL, v. n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter

vainement.

On connaît l'enfance de Gargantua, lequel «mangeoit sa fouace sans pain,

crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit contre le soleil,» etc.

PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS (Faire). Ennuyer extrêmement

quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas d'expression plus

énergique pour rendre l'agacement que leur causent certaines

importunités.

On dit aussi _Faire chier des baïonnettes_.

PISSER DES OS, v. a. Accoucher,--dans l'argot du peuple. On dit aussi

d'une femme qui met au monde un enfant qu'_Elle pisse sa côtelette_.

PISSE-TROIS-GOUTTES, s. m. Homme qui s'arrête à tous les rambuteaux.

On dit parfois: _Pisse-trois-gouttes dans quatre pots de chambre_, pour

désigner un homme qui produit moins de besogne qu'on ne doit

raisonnablement en attendre de lui.

PISSEUSE, s. f. Petite fille.

PISSOTE, s. f. Endroit où l'on conjugue le verbe _Meiere_.

Le petit café situé vis-à-vis le théâtre du Palais-Royal n'est pas

désigné autrement par les artistes.

PISSOTER, v. n. Avoir une incontinence d'urine.

PISTOLE, s. f. Cellule à part,--dans l'argot des prisons, où l'on

n'obtient cette faveur que moyennant argent.

_Être à la pistole._ Avoir une chambre à part.

PISTOLET, s. m. Homme qui ne fait rien comme personne.

On dit aussi _Drôle de pistolet_.

PISTOLET, s. m. Demi-bouteille de champagne.

PISTON, s. m. Interne ou externe qu'affectionne, que protège le médecin

en chef d'un hôpital. Argot des étudiants en médecine.

PISTON, s. m. Préparateur du cours de physique,--dans l'argot des

lycéens.

PISTON, adj. et s. Remuant, tracassier, ennuyeux,--dans l'argot des

aspirants de marine.

PISTONNER, v. a. et n. Diriger, protéger, aider.

PISTONNER, v. a. Ennuyer, tracasser, tourmenter.

PITANCHER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis

longtemps, comme le prouvent ces vers de Vadé:

«Le beau sexe lave sa gueule

Et pitanche tout aussi sec

Que si c'étoit du Rometsec.»

On dit aussi _Pictancer_.

PITON, s. m. Nez d'un fort volume et coloré par l'ivrognerie. Argot des

faubouriens.

PITRE, s. m. Paillasse de saltimbanque; bouffon de place publique.

Par extension on donne ce nom à tout Farceur de société, à tout homme qui

amuse les autres--sans être payé pour cela.

PITRE DU COMME, s. m. Commis voyageur,--dans l'argot des voleurs.

Quant ils veulent être plus clairs, ils disent: _Pitre du commerce_.

PITROU, s. m. Pistolet, fusil,--dans le même argot.

PITUITER, v. d. Médire, faire des indiscrétions, _bavarder_. Argot des

faubouriens.

PIVERT, s. m. Scie faite d'un ressort de montre,--dans l'argot des

voleurs.

PIVOINER, v. n. Rougir,--dans l'argot du peuple.

PIVOIS ou PIVE, s. m. Vin,--dans l'argot des voleurs, qui l'appellent

ainsi peut-être parce qu'il est rouge comme une _pivoine_, ou parce qu'il

est _poivré_ comme l'eau-de-vie qu'ils boivent dans leurs cabarets

infects. En tout cas, avant de leur appartenir, ce mot a appartenu au

peuple, qui le réclamera un de ces jours.

_Pivois maquillé._ Vin frelaté.

_Pivois de Blanchimont._ Vin blanc.

On dit aussi _Pivois savonné_.

_Pivois citron._ Vinaigre.

PIVOT, s. m. Plume,--dans le même argot.

PLACARDE, s. f. La place où se font les exécutions,--dans le même argot.

Avant 1830, c'était la place de Grève; sous Louis-Philippe, ç'a été la

barrière Saint-Jacques; depuis une douzaine d'années, c'est devant la

prison de la Roquette.

On dit aussi _Placarde au quart d'œil_.

PLACE, s. f. Chambre meublée ou non,--dans l'argot des ouvriers qui ont

été travailler en Belgique.

A Bruxelles, en effet, une chambre seule est une _place_; deux chambres

sont un _quartier_. (V. ce mot.)

PLACIER, s. m. Homme qui fait la place de Paris; courtier en

marchandises. Argot des marchands.

PLAFOND, s. m. Crâne, cerveau,--dans l'argot des faubouriens.

_Se crever le plafond._ Se brûler la cervelle.

PLAMOUSSE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui a dit jadis

_Mouse_ pour Visage.

PLAN, s. m. Le Mont-de-Piété,--dans l'argot des faubouriens.

_Être en plan._ Rester comme otage chez un restaurateur, pendant qu'un

ami est à la recherche de l'argent nécessaire à l'acquit de la note.

_Laisser en plan._ Abandonner, quitter brusquement quelqu'un, l'oublier,

après lui avoir promis de revenir.

_Laisser tout en plan._ Interrompre toutes ses occupations pour s'occuper

d'autre chose.

PLAN, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs.

_Être au plan._ Être en prison.

_Tomber au plan._ Se faire arrêter.

«Quoi tu voudrais que je grinchisse

Sans traquer de tomber au plan?»

dit une chanson publiée par le _National_ de 1835.

PLAN, s. m. Arrêts,--dans l'argot des soldats.

_Être au plan._ Être consigné.

PLAN, s. m. Moyen, imagination, _ficelle_,--dans l'argot des faubouriens.

_Tirer un plan._ Imaginer quelque chose pour sortir d'embarras.

_Il n'y a pas plan._ Il n'y a pas moyen de faire telle chose.

PLANCHE (Faire sa). Témoigner du dédain, _faire sa Sophie_,--dans l'argot

des faubouriens.

_Sans planche._ Avec franchise, rondement.

PLANCHE A TRACER, s. f. Table,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi _Plate-forme_ et _Atelier_.

PLANCHE A TRACER, s. f. Feuille de papier blanc,--dans le même argot.

Signifie aussi Lettre, missive quelconque.

PLANCHE AU PAIN, s. f. Le banc des accusés,--dans l'argot des prisons.

_Être mis sur la planche au pain._ Passer en Cour d'assises.

PLANCHÉ (Être). Être condamné,--dans l'argot des voleurs.

PLANCHER, v. n. Se moquer, rire,--dans l'argot des voleurs et des

faubouriens.

On dit aussi _Flancher_.

PLANCHER DES VACHES, s. m. La terre,--dans l'argot du peuple, à qui

Rabelais a emprunté cette expression pour la mettre sur les lèvres de ce

poltron de Panurge.

PLANCHES, s. f. La scène, le théâtre en général,--dans l'argot des

acteurs.

_Balayer les planches._ Jouer dans un lever de rideau; commencer le

spectacle.

_Brûler les planches._ Cabotiner. Signifie aussi Débiter son rôle avec un

entrain excessif.

PLANCHES, s. f. L'établi,--dans l'argot des tailleurs.

_Avoir fait les planches._ Avoir été ouvrier avant d'avoir été patron.

PLANÇONNER, v. a. Bredouiller,--dans l'argot des coulisses, où l'on a

conservé le souvenir du brave Plançon, acteur de la Gaîté.

PLANQUÉ, s. f. Cachette,--dans l'argot des voleurs.

_Être en planque._ Être prisonnier.

Signifie aussi Être en observation.

PLANQUER, v. a. Cacher.

Signifie aussi Emprisonner.

PLANQUER, v. a. et n. Mettre quelque chose de côté,--dans l'argot des

typographes.

PLANQUER, v. a. et n. Engager quelque chose au Mont-de-Piété, mettre au

_plan_. Argot des faubouriens.

PLANTER LÀ QUELQU'UN, v. a. Le quitter brusquement, soit parce qu'il vous

ennuie, soit parce qu'on est pressé.

C'est l'ancienne expression: _Planter là quelqu'un pour reverdir_, mais

écourtée et plus elliptique.

PLANTER LE HARPON, v. a. Lancer une idée, avancer une proposition,--dans

l'argot des marins.

PLANTER SON POIREAU, v. a. Attendre quelqu'un qui ne vient pas,--dans

l'argot des faubouriens.

PLAQUER, v. a. et n. Abandonner, laisser là.

PLAT D'ÉPINARDS, s. m. Paysage peint,--dans l'argot du peuple et des

bourgeois, dédaigneux des choses d'art presque au même degré.

Ils devraient varier leurs épigrammes. Je vais leur en indiquer une, que

j'ai entendu sortir de la bouche d'un enfant que l'on interrogeait devant

un Corot: «Ça, dit-il, c'est de la salade!»

PLATEAU, s. m. Plat,--dans l'argot des francs-maçons.

PLATÉE, s. f. Grande quantité de choses ou de gens,--dans l'argot du

peuple, par corruption de _Plenté_, vieille expression qu'on trouve dans

le roman d'_Aucassin_:

»Se je vois u gaut ramé.

Jà me mengeront li lé,

Li lion et sengler

Dont il i a _plenté_.» (beaucoup.)

PLATÉE, PLATELÉE, s. f. La quantité de mets contenue dans un _plat_.

PLATINE, s. f. Faconde, éloquence gasconne,--dans le même argot.

_Avoir une fière platine._ Parler longtemps; mentir avec assurance.

PLÂTRE, s. m. Argent monnayé,--dans l'argot des voleurs.

PLATUE, s. f. Galette,--dans le même argot.

PLEIN (Être). Être ivre--à ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine

de répandre tout ce qu'on a précédemment ingéré. Argot du peuple.

On dit aussi explétivement _Plein comme un œuf_ et _Plein comme un

boudin_.

PLEIN DE SOUPE, s. m. Homme dont le visage annonce la santé.

On dit aussi _Gros plein de soupe_.

PLEINE LUNE, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.

On dit aussi _Demi-lune_.

PLEURANT, s. m. Ognon,--dans l'argot des voleurs.

PLEURER EN FILOU. Hypocritement, sans larmes,--dans l'argot du peuple.

PLEURNICHER, v. a. Pleurer mal à propos ou sans sincérité.

PLEURNICHERIE, s. f. Plainte hypocrite, larmes de crocodile.

PLEURNICHEUR, s. et adj. Homme qui pleure mal, qui joue la douleur.

_Pleurnicheuse._ Femme qui tire son mouchoir à propos de rien.

PLEUTRE, s. m. Pauvre sire, homme méprisable.

S'emploie aussi adjectivement dans le même sens.

PLEUVOIR A VERSE. Aller mal, très mal,--en parlant des choses ou des

gens. Argot des faubouriens.

S'emploie surtout à la troisième personne de l'indicatif présent: _Il

pleut à verse_.

PLEUVOIR COMME DU CHIEN, v. n. A verse.

Les Anglais ont à peu près la même expression: _To rain cats and dogs_

(Pleuvoir des chiens et des chats), disent-ils. C'est l'équivalent de:

_Il tombe des hallebardes_.

PLEUVOIR DES CHASSES, v. n. Pleurer. Argot des faubouriens et des

voleurs.

PLIER SES CHEMISES, v. n. Mourir,--dans l'argot du peuple.

PLIS (Des)! Exclamation faubourienne de la même famille que _Des navets!

du flan!_

PLOMB, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot des faubouriens.

L'expression est juste, surtout prise ironiquement, le _plomb_ (pour

Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides

de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s'habituant parfois à

renvoyer de mauvaises odeurs.

_Jeter dans le plomb._ Avaler.

PLOMB, s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d'aisances,--dans

l'argot du peuple.

Dictionnaire de la langue verte · 第 71 / 143 题