LACHER UNE TUBÉREUSE. (V. _Se lâcher_.)

LACHEUR, s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme,--dans

l'argot de Breda-Street, où le rôle d'Ariane n'est pas apprécié à sa

juste valeur.

LACHEUR, s. m. Homme qui laisse ses camarades «en plan» au cabaret, ou ne

les reconduit pas chez eux lorsqu'ils sont ivres,--dans l'argot des

ouvriers, que cette désertion humilie et indigne.

_Beau lâcheur._ Homme qui fait de cette désertion une habitude.

LACHEUR, s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse

devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on

vous accable. Argot des gens de lettres.

_Lâcheur_ ici est synonyme de Lâche.

LAFARGER, v. a. Se débarrasser de son mari en l'empoisonnant ou de tout

autre façon,--dans l'argot du peuple, plus cruel que la justice,

puisqu'il fait survivre le châtiment au coupable.

LAFFE, s. f. Potage, soupe,--dans l'argot des voleurs.

LAGO, adv. Là,--dans le même argot.

_Labago._ Là-bas.

LAIDERON, s. m. Fille ou femme fort laide,--dans l'argot des bourgeois,

dont l'esthétique laisse beaucoup à désirer.

On dit aussi _Vilain laideron_,--quand on veut se mettre un pléonasme sur

la conscience.

LAINE, s. f. Ouvrage,--dans l'argot des tailleurs.

LAINÉ, s. m. Mouton,--dans l'argot des voleurs.

LAISSER ALLER (Se), v. réfl. N'avoir plus d'énergie, s'habiller sans goût

et même sans soin; se négliger. Argot du peuple.

LAISSER ALLER LE CHAT AU FROMAGE. Perdre tout droit à porter le bouquet

de fleurs d'oranger traditionnel.

L'expression est vieille,--comme l'imprudence des jeunes filles. Il y a

même à ce propos, un passage charmant d'une lettre écrite par Voiture à

une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat: «Je ne le nourris (le

chat) que de fromages et de biscuits; peut-être, madame, qu'il n'était

pas si bien traité chez vous; car je pense que les dames de *** ne

laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne

permet pas qu'on leur fasse si bonne chère.»

LAISSER DE SES PLUMES, v. a. Perdre de l'argent dans une affaire; ne

sortir d'un mauvais pas qu'en finançant.

LAISSER FUIR SON TONNEAU. Mourir,--dans l'argot des marchands de vin.

LAISSER PISSER LE MÉRINOS, v. n. Ne pas se hâter; attendre patiemment le

résultat d'une affaire, d'une brouille, etc. Argot des faubouriens.

LAISSER SES BOTTES QUELQUE PART, v. a. Y mourir,--dans l'argot du peuple.

LAISSER TOMBER SON PAIN DANS LA SAUCE. S'arranger de manière à avoir un

bénéfice certain sur une affaire; montrer de l'habileté en toute chose.

LAIT, s. m. Encre,--dans l'argot des voleurs.

_Lait à broder._ Encre à écrire.

_Lait de cartaudier._ Encre d'imprimerie.

LAIT DE VIEILLARD, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui dit cela pour

avoir le droit de _téter_ jusqu'à cent ans.

LAÏUS, s. m. Discours quelconque,--dans l'argot des Polytechniciens, chez

qui ce mot est de tradition depuis 1804, époque de la création du cours

de composition française, parce que le sujet du premier morceau oratoire

à traiter par les élèves avait été l'époux de Jocaste.

_Piquer un Laïus._ Prononcer un discours.

Les Saint-Cyriens, eux, disent _Brouta_ (du nom d'un professeur de

l'Ecole), _broutasser_ et _broutasseur_.

LAMBERT. Nom qu'on donne, depuis l'été de 1864 à toute personne dont on

ignore le nom véritable.

_Appeler Lambert._ Se moquer de quelqu'un dans la rue.

LAMBIN, s. et adj. Paresseux, flâneur,--dans l'argot du peuple.

Il emploie ce mot depuis très longtemps, trois siècles à peu près, si

l'on en croit le _Dictionnaire historique_ de M. L.-J. Larcher, qui le

fait venir de Lambin, philosophe français, «lent dans son travail et

lourd dans son style».

Signifie aussi hésitant.

LAMBINER, v. n. Hésiter à faire une chose, à prendre un parti; flâner.

LAME, s. f. Tombeau,--dans l'argot des romantiques, qui avaient

ressuscité les vieux mots des poètes du XVIe siècle.

_Être couché sous la lame._ Être mort.

LAMINE, n. d. v. Le Mans,--dans l'argot des voleurs.

LAMPE, s. f. Verre à boire,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi _Canon_.

LAMPÉE, s. f. Grand coup de vin,--dans l'argot du peuple.

LAMPER, v. a. et n. Boire abondamment.

On disait, il y a deux siècles: _Mettre de l'huile dans la lampe_ pour

emplir un verre de vin.

LAMPIE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.

LAMPION, s. m. Chapeau,--dans l'argot des voyous.

LAMPIONS, s. m. pl. Yeux,--dans l'argot des faubouriens.

«Si j'te vois fair' l'œil en tir'lire

A ton perruquier du bon ton,

Calypso, j'suis fâché d'te l'dire,

Foi d'homme! j'te crève un lampion!»

dit une chanson qui court les rues.

_Lampions fumeux._ Yeux chassieux.

LANCE, s. f. Pluie,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce

mot à l'argot des voleurs.

A qui qu'il appartienne, il fait image.

LANCE, s. f. Balai,--dans le même argot.

LANCE DE SAINT CRÉPIN, s. f. Alène,--dans l'argot du peuple, qui sait que

saint Crépin est le patron des cordonniers.

LANCÉ, s. m. Effet de jambes, dans l'argot des bastringueuses.

LANCÉ, adj. Sur la pente de l'ivresse,--dans l'argot des bourgeois.

LANCER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des voleurs.

LANCER (Se), v. réfl. De timide devenir audacieux auprès des femmes.

Argot des bourgeois.

LANCEUR, s. m. Libraire qui sait vendre les livres qu'il édite,--dans

l'argot des gens de lettres.

_Bon lanceur._ Éditeur intelligent, habile, qui vendrait même des

_rossignols_,--par exemple Dentu, Lévy, Marpon, etc.

Le contraire de _lanceur_ c'est _Etouffeur_,--un type curieux, quoiqu'il

ne soit pas rare.

LANCEUSE, s. f. Lorette vieillie sous le harnois, qui sert de chaperon,

et de proxénète, aux jeunes filles inexpérimentées, dont la vocation

galante est cependant suffisamment déclarée.

LANCIER DU PRÉFET, s. m. Balayeur,--dans l'argot des faubouriens.

LANCIERS, s. m. pl. Quadrille à la mode il y a une dizaine d'années.

_Danser les lanciers._ Danser ce quadrille.

LANDERNAU, n. d. l. Ville de Bretagne située entre la Madeleine et la

porte Saint-Martin,--dans l'argot des gens de lettres, qui ne se doutent

peut-être pas que l'expression est octogénaire.

_Il y a du bruit dans Landernau._ Il y a un événement quelconque dans le

monde des lettres ou des arts.

LANDIER, s. m. Employé de l'octroi,--dans l'argot des voleurs, qui ont

conservé le souvenir du _Landit_ de Saint-Denis.

LANDIÈRE, s. f. Boutique de marchand forain.

LANGUARD, e, adj. et s. Bavard, bavarde, mauvaise langue,--dans l'argot

du peuple.

Le mot sort des poésies de Clément Marot.

LANGUE DES DIEUX (La). La poésie,--dans l'argot des académiciens, dont

cependant les vers n'ont rien de divin.

LANGUE VERTE, s. f. Argot des joueurs, des amateurs de tapis vert. Il y

a, dans _les Nuits de la Seine_, drame de Marc Fournier, un _professeur

de langue verte_ qui enseigne et pratique les tricheries ordinaires des

grecs. Le sens du mot s'est étendu: on sait quel il est aujourd'hui.

Langue verte! Langue qui se forme, qui est en train de mûrir, parbleu!

LANSQUE, s. m. Apocope de Lansquenet,--dans l'argot de Breda-Street.

_Faire un petit lansque._ Jouer une partie de lansquenet.

LANSQUAILLER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Lascailler_.

LANSQUINE, s. f. Eau pluviale,--dans le même argot.

LANSQUINER, v. n. Pleuvoir.

_Lansquiner des chasses._ Pleurer.

LANTERNER, v. n. Temporiser; hésiter; marchander et n'acheter rien. Argot

du peuple.

LANTERNER, v. a. Ennuyer quelqu'un, le faire attendre plus que de raison,

se moquer de lui.

LANTERNES DE CABRIOLET, s. m. pl. Yeux gros et saillants.

LANTERNIER, s. m. Homme irrésolu, sur lequel il ne faut pas compter.

LANTIMÈCHE, s. m. Imbécile; jocrisse,--dans l'argot des faubouriens.

LANTIPONNAGE, s. m. Discours importun, hésitation à faire ou dire une

chose,--dans l'argot du peuple.

LANTIPONNER, v. n. Passer son temps à bavarder, à muser.

LANTURLU, s. m. Ecervelé, extravaguant, hurluberlu.

On disait autrefois _L'Enturlé_.

LA PALFÉRINETTE, s. f. Princesse de la bohème galante, de bal et de

trottoir,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont consacré ainsi le

souvenir de La Palférine de H. de Balzac.

LAPIN, s. m. Apprenti compagnon,--dans l'argot des ouvriers.

LAPIN, s. m. Homme solide de cœur et d'épaules,--dans l'argot du peuple.

_Fameux lapin._ Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups

de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.

LAPIN s. m. Camarade de lit,--dans l'argot des écoliers, qui aiment à

coucher seuls.

On sait quel était le _lapin_ d'Encolpe, dans le _Satyricon_ de Pétrone.

LAPIN (En), adv. Être placé sur le siège de devant, avec le cocher,--dans

l'argot du peuple.

LAPIN DE GOUTTIÈRE, s. m. Chat.

LAPIN FERRÉ, s. m. Gendarme à cheval,--dans l'argot des voleurs.

Ils l'appellent aussi _Liège_.

LARBIN, s. m. Domestique,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté

ce mot à l'argot des voleurs.

LARBINERIE, s. f. Domesticité, valetaille.

LARD, s. m. La partie adipeuse de la chair,--dans l'argot du peuple, qui

prend l'homme pour un porc.

_Sauver son lard._ Se sauver quand on est menacé.

Les ouvriers anglais ont la même expression: _To save his bacon_,

disent-ils.

LARDER, v. a. Percer d'un coup d'épée ou d'un coup de sabre,--dans

l'argot des troupiers.

_Se faire larder._ Recevoir un coup d'épée.

LARDOIRE, s. f. Epée ou sabre.

LARGE, adj. Généreux, qui ne regarde pas à la dépense,--dans l'argot du

peuple, qui parle comme écrivait Clément Marot:

«.... Ils sçavent bien

Que vostre père est homme large;

A souper l'auront, à la charge

Pour dix buveurs maistres passez.»

(Traduction du _Colloque d'Erasme_.)

LARGE DES ÉPAULES. Avare. Cette expression se trouve dans le Dictionnaire

de Leroux, édition de 1786, qui n'est pas la première édition.

LARGUE, s. f. Femme, maîtresse,--dans l'argot des voleurs et des

souteneurs.

_Larguepé._ Femme publique.

LARGUOTTIER, s. m. Libertin, ami des _largues_.

On dit aussi _Larcottier_.

LARME, s. f. Très petite quantité,--dans l'argot des bourgeois, qui

prennent une larme d'eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent

gris.

LARTIF, ou LARTILLE, ou LARTON, s. m. Pain,--dans l'argot des voleurs qui

ne veulent pas dire _artie_.

_Larton brut._ Pain bis.

_Larton savonné._ Pain blanc.

_Lartille à plafond._ Pâté,--à cause de sa croûte.

LARTONNIER, IÈRE, s. Boulanger, boulangère.

LASCAR, s. m. Nom que,--dans l'argot des troupiers et du peuple--on donne

à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé

contre la loi, la morale et les choses établies.

C'est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui

naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui,

tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes

gens.

LATIF, s. m. Linge blanchi,--dans l'argot des voleurs.

LATINE, s. f. maîtresse d'étudiant.

«Je suis latine

Gaiment je dine

Sur le budget de mon étudiant!»

dit une chanson moderne.

LATTE, s. f. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des troupiers.

_Se ficher un coup de latte._ Se battre en duel.

LAUMIR, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.

LAVABE, s. m. Place de parterre à prix réduit,--dans l'argot des voyous.

LAVAGE, s. m. Vente au rabais d'objets ayant déjà eu un premier

propriétaire,--dans l'argot des filles et des bohèmes, qui ont l'habitude

de _laver_ précisément les choses les plus neuves et les plus propres,

afin de s'en faire de l'argent comptant.

LAVASSE, s. f. Mauvais bouillon, trop lavé d'eau, où la viande a été trop

épargnée. Argot des bourgeois.

Se dit aussi du mauvais café.

LAVEMENT, s. m. Homme ennuyeux, tracassier, _canulant_,--dans l'argot du

peuple, qui n'aime pas les détersifs.

LAVER, v. a. Vendre à perte les objets qu'on avait achetés pour les

garder.

Pourquoi _laver_ au lieu de _vendre_? M. J. Duflot prétend que cela vient

de l'habitude qu'avait Théaulon de remettre à son blanchisseur, afin

qu'il battît monnaie avec, les nombreux billets auxquels il avait droit

chaque jour. (L'Institution Porcher--la claque--ne fonctionnait pas

encore.) «Un jour, dit M. Duflot, le vaudevilliste avait à sa table

quelques amis, parmi lesquels Charles Nodier et quelques notabilités

politiques, quand le blanchisseur entra pour prendre les billets.--«C'est

mon blanchisseur, messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant

vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à coucher; sur la

cheminée, il y a un petit paquet que vous laverez aussi.» Le petit paquet

que Bernier trouva contenait les billets de spectacle, et Bernier fut

obligé de comprendre que _laver_ voulait dire _vendre_. Depuis ce jour,

il ne manquait jamais de dire, en entrant chez Théaulon: «C'est le

blanchisseur de Monsieur: Monsieur a-t-il quelque chose à laver?»

LAVER LA TÊTE, v. a. Faire de violents reproches, et même dire des

injures,--dans l'argot du peuple, qui ne fait que traduire le verbe

_objurgare_ de Cicéron.

LAVETTE, s. f. Langue,--dans l'argot des faubouriens, qui le disent aussi

bien à propos des hommes que des chiens.

LAVOIR, s. m. Le confessionnal,--dans l'argot des voyous, qui ne vont pas

souvent y dessouiller leur conscience, même lorsqu'elle est le plus

chargée d'impuretés.

LAZAGNE, s. f. Lettre,--dans l'argot des voleurs.

LAZZI-LOFF, s. m. Maladie qui ne se guérit qu'à l'hôpital du Midi et à

Lourcine. Même argot.

LÈCHECUL, s. m. Flatteur outré; flagorneur,--dans l'argot du peuple.

LÉCHER UN TABLEAU, v. a. Le peindre trop minutieusement, à la

hollandaise,--dans l'argot des artistes.

LÉCHEUR, s. et adj. Qui aime à embrasser; qui se plaît à recevoir et à

donner des baisers,--dans l'argot du peuple, qui n'est pas précisément de

la tribu des _Amalécites_.

LÉGITIME, s. f. Épouse,--dans l'argot des bourgeois.

LÉGRE, s. f. Foire, marché,--dans l'argot des voleurs.

LÉGUMES, s. m. pl. Oignons, œils de perdrix, durillons des pieds,--dans

l'argot des faubouriens.

J'en ai entendu un s'écrier: «Oui, quand il poussera des légumes entre

les doigts de pied de Louis XIV!»

On dit aussi _Champignons_.

LÉGUMISTE, s. m. Homme qui, par respect pour les bêtes, se nourrit

exclusivement de légumes, comme un vertueux brahmine. Il y a une _Société

des légumistes_.

LENDORE, s. m. Paresseux, nonchalant, _endormi_,--dans l'argot du peuple.

LÉON, n. d'h. Le président des assises,--dans l'argot des voleurs,

renards qui se sentent en présence du _lion_.

LERMON, s. m. Etain,--dans le même argot.

LERMONER, v. a. Etamer.

LEM. Désinence javanaise,--mais d'un javanais spécial aux saltimbanques,

et quelquefois aussi aux voleurs.

_Parler en lem._ Ajouter cette syllabe à tous les mots pour les rendre

inintelligibles au vulgaire.

On dit aussi Parler en _luch_--et alors on remplace _lem_ par _luch_.

LESBIEN, s. m. Ce que les voleurs anglais appellent un _gentleman of the

back-door_. Argot de gens de lettres.

LESBIENNE, s. f. _Fleur du mal_, et non du mâle.

LESSIVANT, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs, qui ont

grand besoin d'être blanchis.

Les Gilles Ménage de Poissy et de Sainte-Pélagie prétendent qu'il faut

dire _Lessiveur_.

LESSIVE, s. f. Plaidoirie,--tout avocat ayant pour mission de blanchir

ses clients, fussent-ils nègres comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture

de la Cour d'assises.

LESSIVE, s. f. Perte,--dans l'argot des joueurs.

LESSIVE, s. f. Vente à perte, de meubles, de vêtements ou de

livres,--dans l'argot des bohèmes et des lorettes.

_Faire sa lessive._ Se débarrasser au profit des bouquinistes, des livres

envoyés par les éditeurs ou par les auteurs,--dans l'argot des

bibliopoles, qui n'en enlèvent pas assez souvent les _ex-dono_.

LESSIVE DE GASCON, s. f. Propreté douteuse qui ne résiste pas à

l'examen,--dans l'argot des bourgeois, heureux d'avoir du linge.

_Faire la lessive du Gascon._ Retourner sa chemise quand elle est sale

d'un côté,--ce que font beaucoup de bohèmes.

On connaît ce mot d'un vaudevilliste propret à propos d'un autre

vaudevilliste goret: «Faut-il que cet homme ait du linge sale, pour

pouvoir en mettre ainsi tous les jours!»

LESSIVER. Défendre un prévenu en police correctionnelle, un accusé en

Cour d'assises.

LESSIVER (Se faire). Perdre au jeu.

LETTRE DE JÉRUSALEM, s. f. Escroquerie par lettre, dont Vidocq donne le

détail aux pages 241-253 de son livre.

LETTRE MOULÉE, s. f. Le journal,--dans l'argot des gens de lettres, qui

ont emprunté cette expression à Paul-Louis Courier.

LEVAGE, s. m. Escroquerie,--dans l'argot des faubouriens. Séduction menée

à bonne fin,--dans l'argot des petites dames. Galanteries couronnées de

succès,--dans l'argot des gandins.

LEVÉ (Être). Être suivi par un garde du commerce,--dans l'argot des

débiteurs.

LÈVE-PIEDS, s. m. Echelle, escalier,--dans l'argot des voleurs.

LEVER, v. a. Capter la confiance,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi voler.

_Se faire lever de tant._ Se laisser gagner ou «emprunter une somme

de...»

LEVER LA JAMBE, v. a. Danser le chahut d'une façon supérieure. Argot des

gandins.

LEVER DE RIDEAU, s. m. Petite pièce sans importance, de l'ancien ou du

nouveau répertoire, qui se joue la première devant les banquettes, au

milieu du bruit que font les spectateurs à mesure qu'ils arrivent. Argot

des coulisses.

LEVER LA LETTRE, v. a. Être compositeur d'imprimerie,--dans l'argot des

typographes.

LEVER LE BRAS, v. a. N'être pas content,--dans le même argot.

LEVER LE COUDE, v. a. Boire,--dans l'argot du peuple.

LEVER LE PIED, v. a. Fuir en emportant la caisse.

LEVER UNE FEMME, v. a. «Jeter le mouchoir» à une femme qu'on a remarquée

au bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de

lettres et des commis.

_Lever une femme au crachoir._ La séduire à force d'esprit ou de bêtises

parlées.

LEVER UN HOMME, v. a. Attirer son attention et se faire suivre ou emmener

par lui. Argot des petites dames.

_Lever un homme au souper._ S'arranger de façon à se faire inviter à

souper par lui.

LEVEUR, s. m. Pick-pocket.

LEVEUR, s. m. Lovelace de bal ou de trottoir.

LÉZARD, s. m. Mauvais compagnon,--dans l'argot des voleurs.

LÉZINER, v. a. Tromper au jeu; hésiter avant de faire un coup. Même

argot.

LIARDEUR, s. et adj. Homme qui couperait un liard en quatre pour moins

dépenser,--dans l'argot du peuple, qui n'est point avare, n'étant pas

riche.

LICHADE, s. f. Embrassade,--dans l'argot des faubouriens.

LICHANCE, s. f. Repas plus ou moins plantureux.

_Lichance soignée._ Gueuleton.

On dit aussi _Lichade_.

LICHER, v. a. et n. Manger et boire à s'en _lécher_ les lèvres.

LICHETTE, s. f. Petite quantité de quelque chose.

Se dit aussi pour Goutte d'eau-de-vie; petit verre.

LICHEUR, EUSE, s. Homme, femme, qui aime à manger et à boire.

On dit aussi _Lichard_.

LIE DE FROMENT, s. f. Les _fumées_ humaines,--dans l'argot du peuple.

LIGNARD, s. m. Soldat de la _ligne_,--dans l'argot des faubouriens.

LIGNOTTE, s. f. Corde, lien,--dans l'argot des voleurs, qui répugnent

sans doute à employer _lignette_, un mot de la langue des honnêtes gens.

Ils disent aussi _Ligotte_.

LIGOTTER, v. a. Lier,--dans le même argot.

LILANGE, n. d. l. Lille,--dans le même argot.

LILLOIS, s. m. Fil à coudre.

LIMACE, s. f. Fille à soldats,--dans l'argot des faubouriens.

LIMACE, s. f. Chemise,--dans l'argot des voleurs et des vendeurs du

Temple.

LIMACIÈRE, s. f. Lingère.

LIMANDE, s. f. Homme _plat_,--dans l'argot des voleurs et des

faubouriens.

LIMER, v. n. «Aller lentement en affaire,»--dans l'argot du peuple.

LIME SOURDE, s. f. Sournois,--dans l'argot des voleurs.

LIMOGÈRE, s. m. Chambrière,--dans le même argot.

LIMONADE, s. f. Eau,--dans l'argot des faubouriens.

_Tomber dans la limonade._ Se laisser choir dans l'eau.

LIMONADE, s. f. Etat de limonadier.

LIMONADE, s. f. Assiette,--dans l'argot des voleurs.

LIMOUSIN, s. m. Maçon,--dans l'argot du peuple, qui sait que les castors

qui ont bâti Paris et qui sont en train de le démolir appartiennent à

l'antique tribu des Lémovices.

LIMOUSINE, s. f. Blouse de charretier.

LIMOUSINE, s. f. Plomb,--dans l'argot des voleurs.

LIMOUSINER, v. a. et n. Bâtir des maisons.

LIMOUSINEUR, s. m. Voleur de plomb sur les toits.

LINGE, s. m. Chemise,--dans l'argot du peuple. Jupon blanc de

dessous,--dans l'argot des filles.

_Avoir du linge._ Porter une chemise blanche.

_Faire des effets de linge._ Retrousser adroitement sa robe, de façon à

montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et garnis de

dentelles--de coton.

LINGE LAVÉ (Avoir son). S'avouer vaincu; être pris,--dans l'argot des

voleurs, qui, une fois en prison, n'ont plus à s'occuper de leur

blanchisseuse.

LINGRE, s. m. Couteau,--dans l'argot des voleurs, qui savent que

_Langres_ est la patrie de la coutellerie.

_Lingriot._ Petit couteau; canif; bistouri.

LINGRER, v. a. Frapper à coups de couteau.

LINGRERIE, s. f. Coutellerie.

LINSPRÉ, s. m. Prince,--dans l'argot des voleurs, qui cultivent

l'anagramme comme le grand Condé les œillets.

LION, s. m. Homme qui, à tort ou à raison,--à tort plus souvent qu'à

raison,--a attiré et fixé sur lui, pendant une minute, pendant une heure,

pendant un jour, rarement pendant plus d'un mois, l'attention capricieuse

de la foule, soit parce qu'il a publié un pamphlet scandaleux, soit parce

qu'il a commis une éclatante gredinerie, soit pour ceci, soit pour cela,

et même pour autre chose; homme enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la

queue à son chien, ou, comme Alphonse Karr, s'est fait dévorer par lui,

ou, comme Empédocle,

Du plat de sa sandale a souffleté l'histoire.

_Être le lion du jour._ Être le point de mire de tous les regards et de

toutes les curiosités.

LION, s. m. Le frère aîné du gandin, le dandy d'il y a vingt-cinq ans, le

successeur du _fashionable_--qui l'était du _beau_--qui l'était de

l'_élégant_--qui l'était de l'_incroyable_--qui l'était du

_muscadin_,--qui l'était du _petit-maître_, etc.

Ce mot nous vient d'Angleterre.

LIONCEAU, s. m. Apprenti lion,--garçon tailleur qui cherche à se faire

passer pour le comte d'Orsay ou pour Brummel, et qui réussit rarement, le

goût étant une fleur rare comme l'héroïsme.

LIONNE, s. f. Femme à la mode--il y a trente ans. C'était «un petit être

coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache,

montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne

dédaignait point le champagne frappé.» Aujourd'hui, mariée ou non, grande

dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu'on

appelle _drôlesse_.

LIONNERIE, s. f. Haute et basse fashion.

LIPPE, s. f. Moue, grimace,--dans l'argot du peuple.

_Faire sa lippe._ Bouder.

LIPPÉE, s. f. Simple bouchée; repas insuffisant.

_Franche lippée._ Repas copieux.

LIPPER, v. n. Courir de cabaret en cabaret, y manger,--et surtout y

boire.

LIQUIDE, s. f. Apocope de _Liquidation_,--dans l'argot des coulissiers.

LIQUIDE, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui fait semblant d'ignorer

qu'il existe d'autres corps aqueux.

_Avoir absorbé trop de liquide._ Être ivre.

LIRE AUX ASTRES, v. n. Muser, faire le gobe-mouches; regarder en l'air au

lieu de regarder par terre,--comme l'astrologue de la fable.

LISETTE, s. f. Gilet long,--dans l'argot des voleurs.

LITHOGRAPHIER (Se). Tomber par terre,--dans l'argot des faubouriens, qui

savent que lorsqu'on tombe, on a le visage désagréablement _impressionné

par la pierre_.

LITRER, v. a. Avoir, posséder,--dans l'argot des voleurs. V. _Itrer_.

LITRON, s. m. Litre douteux servi dans un pot qui n'a pas toujours la

contenance légale. Argot du peuple.

LITTÉRATURE JAUNE, s. f. Le Réalisme,--une maladie ictérique désagréable

qui a sévi avec assez d'intensité dans les rangs littéraires il y a une

dizaine d'années, et dont a été particulièrement atteint Champfleury,

aujourd'hui (1867) presque guéri.

L'expression, fort juste, appartient à Hippolyte Babou.

LITTÉRATURIER, s. m. Mauvais écrivain,--dans l'argot des gens de lettres.

LIVRE ROUGE, s. m. Les registres du Dispensaire,--dans l'argot des

filles.

LIVRAISON DE BOIS DEVANT SA PORTE (Avoir une), v. a. Se dit,--dans

l'argot des faubouriens, d'une femme richement _avantagée_ par la Nature.

LIVRE D'ARCHITECTURE, s. m. Registre qui contient les procès-verbaux

d'une loge,--dans l'argot des francs-maçons.

LIVRE DES ROIS, s. m. Jeu de cartes. Argot des faubouriens.

LOCANDIER, s. m. Variété de voleur au bonjour.

LOCATIS, s. m. Cheval de louage,--dans l'argot des commis de nouveautés,

à qui leurs moyens défendent les pur-sang.

LOCHE, s. f. Paresseux, gras, mou,--dans l'argot du peuple, qui emploie

ce mot au propre et au figuré, par allusion à la limace, grise ou rouge,

qu'on voit se traîner, visqueuse, par les sentiers.

LOCHE, s. f. Oreille,--dans l'argot des voleurs.

LOCHER, v. a. et n. Ecouter.

LOCHER, v. n. Branler, être près de tomber,--dans l'argot du peuple.

LOCOMOTIVE, s. f. Fumeur acharné,--dans l'argot des bourgeois, qui, sans

s'en douter emploient là une expression de l'argot des voleurs anglais:

_Steamer_.

LOFFARD ou LOFF, s. et adj. Innocent, niais, pleurard,--dans l'argot des

comédiens, qui ne se doutent pas qu'ils ont emprunté ce mot à l'argot des

forçats, qui l'ont emprunté eux-mêmes à l'argot des marins.

Le _lof_ est le côté d'un navire qui se trouve frappé par le vent, qui le

fait crier. Le _loffard_, au bagne, est le forçat frappé par une

condamnation à perpétuité, et qui gémit comme un enfant sur son sort.

LOFFAT, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.

LOFFITUDE, s. f. Niaiserie, bêtise.

LOGE, s. f. Lieu de réunion,--dans l'argot des francs-maçons.

_Loge irrégulière._ Assemblée de francs-maçons qui ne sont pas réguliers

et avec lesquels on ne doit pas fraterniser.

LOGE INFERNALE, s. f. Petite loge d'avant-scène, où se mettent par

tradition, les gandins,--imitateurs serviles des _lions_.

Se dit aussi des Premières chaises du premier rang, aux concerts en plein

vent comme ceux des Champs-Elysées.

LOGER AUX QUATRE VENTS, v. n. Demeurer dans une maison mal close, où le

vent entre comme chez lui.

LOGER RUE DU CROISSANT, v. n. Avoir pour femme une drôlesse qui donne

dans le contrat autant de coups de canif qu'il y a de jours dans l'année.

LOIR, s. m. Homme paresseux, dormeur, ami de ses aises,--dans l'argot du

peuple, qui sait que cette sorte de gens, comme le _mus nitela_, mange

les meilleurs fruits des espaliers et de la vie: d'où le vieux verbe

_loirer_, pour dérober, voler.

LOLO, s. m. Lait,--dans l'argot des enfants.

LOLOTTE, s. f. Fille ou femme qui aime pour vivre au lieu de vivre pour

aimer. Argot des faubouriens.

LOMBARD, s. m. Commissionnaire au Mont-de-Piété,--dans l'argot des

ouvriers qui ont travaillé avec les Belges; car c'est en effet le nom

qu'on donne à Bruxelles, au Grand-Mont-de-Piété, et ce nom a sa valeur

historique.

LONDRÈS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes de la Havane,--ou

d'ailleurs.

LONGCHAMP, s. m. Procession plus ou moins considérable de gens,--dans

l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'une mode dont on ne

parlera plus dans quelques années.

LONGCHAMP, s. m. Promenade favorite,--dans l'argot des Polytechniciens.

C'est une cour oblongue, bordée d'une file de cabinets dont nous laissons

deviner la destination, et où les élèves viennent fumer et causer pendant

les heures d'étude.

LONG DU MUR (Le). Avec son argent,--dans l'argot du peuple.

Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment

employée, je veux citer la réponse que me fit un jour un coiffeur:

«Combien gagnez-vous chez votre patron?--Trois francs par jour.--Alors

vous êtes nourri?--Nourri et blanchi, oui... _le long du mur_!»

LONGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs, qui tirent volontiers

dessus lorsqu'ils sont en prison.

LONGÉ, adj. Agé.

LONGIS, s. et adj. Homme nonchalant, lent à faire ce qu'il entreprend.

Argot du peuple.

On dit aussi _Saint Longin_.

_Longie._ Nonchalante, paresseuse.

On dit aussi _Sainte-Longie_.

LOPIN, s. m. Morceau.

Signifie aussi: Postillon, crachat, expectoration abondante.

LOQUES, s. f. pl. Boutons de guêtre ou de pantalon, en cuivre,--dans

l'argot des écoliers, qui les recueillent avec soin.

_Jouer aux loques._ Jouer avec des boutons comme avec des billes, à la

bloquette, à la pigoche, etc.

LORCEFÉ, s. f. La prison de la Force,--dans l'argot des voleurs, qui,

pour ce mot, se sont contentés de changer la place des lettres et de

mettre un _é_ au lieu d'un _a_.

_La Lorcefé des largues._ Saint-Lazare, qui est la prison, la maison de

Force où l'on renferme les femmes.

LORET, s. m. Monsieur peu délicat et peu difficile, qui vit volontiers

des miettes de la table amoureuse de la lorette.

Le mot appartient à Nestor Roqueplan.

LORETTE, s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au

contraire, aime pour vivre.

Le mot a une vingtaine d'années (1840), et il appartient à Nestor

Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces

drôlesses du nom de leur quartier de prédilection,--le quartier

Notre-Dame-de-Lorette.

LORGNE, s. m. Borgne,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Lorgne-bè_.

LORGUE, s. m. As,--dans le même argot.

LOUBION, s. m. Bonnet d'homme ou de femme,--dans le même argot.

LOUBIONNIER, s. m. Bonnetier.

LOUCHE, s. f. Cuiller à potage,--dans l'argot du peuple.

Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.

LOUCHE, adj. Douteux, équivoque.

LOUCHÉE, s. f. Cuillerée,--dans l'argot des voleurs.

LOUCHER (Faire). Donner envie; exciter la convoitise,--dans l'argot du

peuple, où l'on emploie souvent cette expression ironique pour refuser

quelque chose.

LOUCHER DE LA JAMBE, v. n. Boîter.

_Loucher de l'épaule._ Être bossu.

_Loucher de la bouche._ Avoir le sourire faux.

LOUCHES, s. f. pl. Les mains,--dans l'argot des voleurs, qui ne savent

pas prendre franchement, honnêtement, et en en demandant la permission.

LOUCHON, s. m. Individu affligé de strabisme,--dans l'argot du peuple.

LOUFIAT, s. m. Voyou, homme crapuleux,--dans l'argot des faubouriens.

LOUIS D'OR, s. m. Insurgé de Romilly,--dans l'argot facétieux des

faubouriens, qui entendent dire depuis si longtemps et qui répètent

eux-mêmes si volontiers que _marcher dedans c'est signe d'argent_.

On dit aussi _Pièce de vingt francs_.

LOUIS D'OR (N'être pas). Ne pouvoir plaire à tout le monde, soit par son

visage quand on est femme, soit par son caractère quand on est homme,

soit par son talent quand on est artiste ou écrivain.

C'est une phrase souvent employée, de l'argot du peuple, qui sait que les

Louis--XV ou non--seront toujours les _bien-aimés_, mais qui ignore les

âpres joies des grands dédaigneux, jaloux de plaire seulement à un petit

nombre d'amis ou de lecteurs de choix.

_Odi profanum vulgus, et arceo._

LOUISETTE, s. f. Premier nom donné à la guillotine, «en l'honneur» du

docteur _Louis_, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie et

inventeur, du moins importateur de cet instrument de mort.

On l'a appelée aussi _Louison_.

LOULOU, s. m. Petit chien-_loup_,--dans l'argot du peuple.

LOULOU. Terme d'amitié, caresse de femme à amant ou d'amant à maîtresse.

On dit aussi _Gros loulou_.

LOUP, s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n'en sort que

lorsqu'il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple.

Malgré le _væ soli!_ de l'Ecriture et l'opinion de Diderot: «Il n'y a que

le méchant qui vit seul,» les loups-hommes sont plus honorables que les

hommes-moutons: la forêt vaut mieux que l'abattoir.

LOUP, s. m. Créancier,--dans l'argot des typographes.

_Faire un loup._ Faire une dette,--et ne pas la payer.

LOUP, s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même

argot.

LOUP, s. m. Pièce manquée ou mal faite,--dans l'argot des tailleurs.

On dit aussi _Bête_ ou _Loup qui peut marcher tout seul_.

LOUP-CERVIER, s. m. Homme qui fait des affaires d'argent;

_Boursier_,--dans l'argot des gens de lettres.

LOUPE, s. f. Paresse, flânerie,--dans l'argot des ouvriers, qui ont

emprunté ce mot à l'argot des voleurs.

Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de

savant, s'en est allé jusqu'en Hollande, et même plus loin, chercher une

étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie.

«_Loupeur_, dit-il, vient du hollandais _looper_ (coureur), _loop_

(course), _loopen_ (courir). L'allemand a _laufer_... le danois

_lœber_...: enfin le suédois possède _lopare_... Tous ces mots doivent

avoir pour racine l'anglo-saxon _lleàpan_ (islandais _llaupa_), courir.»

L'ardeur philologique de l'estimable M. Francisque Michel l'a cette fois

encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps

sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son

feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes

sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler: soit les

pois _lupins_ dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et

les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s'acquérant vraiment que dans

le _far niente_ et le _far niente_ ne s'acquérant que dans la

pauvreté;--soit les _Lupanarii_, où l'on ne fait rien de bon, du moins;

soit les _lupilli_, qu'enployaient les comédiens en guise de monnaie,

soit le houblon (_humulus lupulus_) qui grimpe et s'étend au soleil comme

un lézard; soit enfin et surtout, le loup classique (_lupus_), qui passe

son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.

LOUPE (Camp de la), s. m. Réunion de vagabonds. C'était une guinguette du

boulevard extérieur, alors près de la barrière des Amandiers. Cette

guinguette était flanquée, d'un côté par un pâtissier nommé _Laflème_,

et, de l'autre, par un marchand de vin, nommé _Feignant_...

LOUPEL, s. m. Avare; homme tout à fait pauvre,--dans l'argot des voleurs.

LOUPER, v. n. Flâner, vagabonder,--dans l'argot des ouvriers.

LOUPEUR, s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se dérange.

LOUPEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie qui, n'aimant pas le

travail honnête et doux de l'atelier, préfère le rude et honteux travail

de la débauche.

LOUPIAT, s. m. Fainéant, _Loupeur_,--dans l'argot des faubouriens.

LOUPION, s. m. Chapeau d'homme, rond. Même argot.

LOURDE, s. f. Porte,--dans l'argot des voleurs.

LOURDIER, s. m. Portier.

LOUVETEAU, s. m. Fils d'affilié,--dans l'argot des francs-maçons.

On dit aussi _Louveton_ et _Louftot_.

LOUVRE, s. m. Maison quelconque en pierre de taille,--dans l'argot des

bourgeois, pour lesquels la colonnade de Perrault est le _nec plus ultra_

de l'art architectonique.

Ils disent aussi _Petit Louvre_,--pour ne pas scandaliser dans leurs

tombes François Ier, Henri II et Charles IX.

LOVELACE, s. m. Libertin, grand séducteur,--dans l'argot des bourgeois,

qui éternisent ainsi le souvenir du principal héros du roman de

Richardson (_Clarisse Harlowe_).

LUCARNE, s. f. Monocle,--dans l'argot des faubouriens.

_Crever sa lucarne._ Casser le verre de son lorgnon.

LUCRÈCE, s. f. Femme chaste, en apparence du moins,--dans l'argot du

peuple, qui a entendu parler de l'héroïsme de la femme de Collatin, et

qui n'y croit que sous bénéfice d'inventaire.

_Faire la Lucrèce._ Contrefaire la prude et l'honnête femme.

LUISANT, s. m. Soleil, ou Jour,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Luisard_.

LUISANTE, s. f. La Lune.

On dit aussi _Luisarde_.

LUNCH, s. m. Collation légère entre le déjeuner et le dîner--dans l'argot

des gandins, qui répudient ainsi notre ancien _goûter_.

Le mot et la mode sont anglais; seulement le lunch anglais a cet avantage

sur le lunch parisien, qu'il est une réfection copieuse,--un troisième

déjeuner ou un premier dîner,--destiné à ravitailler les estomacs épuisés

par les luttes des _hustings_, quand il y a des élections.

LUNCHER, v. n. Manger des gâteaux arrosés de bordeaux chez un pâtissier

en renom.

LUNDICRATE, adj. et s. Feuilletonniste du lundi,--dans l'argot des gens

de lettres.

Ce mot appartient à M. Pierre Véron.

LUNE, s. f. Caprice; mauvaise humeur,--dans l'argot du peuple.

_Être dans ses lunes._ Avoir un accès de mauvaise humeur, de

misanthropie.

LUNE, s. f. Visage large, épanoui, rayonnant de satisfaction et de santé.

On dit aussi _Pleine_ lune.

LUNE, s. f. Le second visage que l'homme a à sa disposition, et qu'il ne

découvre jamais en public,--à moins d'avoir toute honte bue.

On dit aussi _Pleine lune_.

LUNE A DOUZE QUARTIERS, s. f. Roue,--dans l'argot des voleurs.

LUNETTE, s. f. Le cercle de la _trulla_,--dans l'argot du peuple.

LUNETTES, s. f. pl. Les _nates_,--qui sont en effet de petites _lunes_.

LUQUE, s. m. Faux certificat, faux passeport, _loques_ de papier,--dans

l'argot des voleurs.

_Porte-luque._ Portefeuille.

_Luque_ signifie aussi image, dessin.

LURELURE (A), loc. adv. Au hasard, sans dessein, sans réflexion

surtout,--dans l'argot du peuple.

LURON, s. m. Homme hardi, déluré.

_Joyeux luron._ Bon compagnon.

LUSQUIN, s. m. Charbon,--dans l'argot des voleurs.

_Lusquine._ Cendre.

LUSTRE, s. m. La claque,--dans l'argot des coulisses.

_Chevaliers du lustre._ Gens payés pour applaudir les pièces et les

acteurs, qui se placent ordinairement au parterre au-dessous du lustre.

On dit aussi _Romains_.

LUSTRE, s. m. Juge,--dans l'argot des voleurs.

LUSTRER, v. a. et n. Juger.

LUSTUCRU, s. m. Imbécile; évaporé, extravagant,--dans l'argot du peuple.

LYCÉE, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs, qui y font leurs

humanités et parmi lesquels se trouve, de temps en temps, un Aristote de

la force de Lacenaire qui leur enseigne sa Logique du meurtre et sa

Philosophie de la guillotine.

LYONNAISE, s. f. Soierie,--dans l'argot des faubouriens, qui pratiquent

volontiers l'hypallage et la métonymie.

M

MAC, s. m. Apocope de _Maquereau_,--dans l'argot des faubouriens.

MACACHE, adj. Mauvais, détestable,--dans l'argot des ouvriers qui ont été

troupiers en Algérie.

On emploie ordinairement ce mot avec _bono_:

_Macache-bono._ Ce n'est pas bon, cela ne vaut rien.

Dictionnaire de la langue verte · 第 54 / 143 题