Signifie aussi _Zut!_

MACADAM, s. m. Boue épaisse et jaune due à l'ingénieur anglais Mac Adam.

MACADAM, s. f. Boisson sucrée qui ressemble un peu comme couleur à la

boue des boulevards macadamisés.

MACADAMISER, v. a. Empierrer les voies publiques d'après le système de

Mac Adam.

MACAIRE, s. m. Escroc; agent d'affaires véreuses; saltimbanque,--dans

l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir du type créé par

Frédérick-Lemaître au théâtre et par Daumier au _Charrivari_.

On dit aussi _Robert-Macaire_.

MACARON, s. m. Huissier,--dans l'argot des voyous. Traître,--dans l'argot

des voleurs.

MACARONER, v. a. et n. Agir en traître.

MACCHABÉE, s. m. Cadavre,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion,

sans s'en douter, aux sept martyrs chrétiens.

_Mauvais macchabée._ Mort de dernière classe, ou individu trop gros et

trop grand qu'on est forcé de _tasser_,--dans l'argot des employés des

pompes funèbres.

MAC-FARLANE, s. m. Paletot sans manche,--dans l'argot des gandins et des

tailleurs.

MÂCHER DE HAUT, v. a. Manger sans appétit,--dans l'argot des bourgeois.

MÂCHER LES MORCEAUX, v. a. Préparer un travail, faire le plus difficile

d'une besogne qu'un autre achèvera. Argot du peuple.

MACHER LES MOTS, v. a. Choisir les expressions les plus chastes, les

moins blessantes.

_Ne pas mâcher les mots à quelqu'un._ Lui dire crûment ce qu'on a à lui

dire.

MACHIN, s. m. Nom qu'on donne à une personne ou à une chose sur laquelle

on ne peut mettre une étiquette exacte.

On dit aussi _Chose_.

MACHINE, s. f. Chose quelconque dont on ne peut trouver le nom,--dans

l'argot des bourgeois, qui ne connaissent pas exactement la propriété des

termes. Ainsi il n'est pas rare d'entendre l'un d'eux dire à un artiste,

en parlant de son tableau: «Votre petite machine est très jolie.»

_Grande machine._ Grande toile ou statue de grande dimension.

MÂCHOIRE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui sait avec quelle

arme Samson assomma tant de Philistins.

Signifie aussi: Suranné, Classique,--dans l'argot des romantiques,--ainsi

que cela résulte d'un passage des _Jeune France_ de Théophile Gautier,

qu'il faut citer pour l'édification des races futures: «L'on arrivait par

la filière d'épithètes qui suivent: _ci-devant_, _faux toupet_, _aile de

pigeon_, _perruque_, _étrusque_, _mâchoire_, _ganache_, au dernier degré

de la décrépitude, à l'épithète la plus infamante, _académicien_ et

_membre de l'Institut_.»

MACHICOT, s. m. Mauvais joueur,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Mâchoire_.

MACHONNER, v. n. Parler à voix basse; murmurer, maugréer.

MACHURER, v. a. Barbouiller, noircir.

MAÇON DE PRATIQUE, s. m. Ouvrier en bâtiment,--dans l'argot des

francs-maçons.

MAÇON DE THÉORIE, s. m. Franc-maçon.

MADAME, s. f. Dame,--dans l'argot des petites filles.

_Jouer à la Madame._ Contrefaire les mines, les allures des grandes

personnes.

MADAME. Nom que les filles de maison donnent à leur maîtresse,--à

l'_abbesse_.

MADAME LA RESSOURCE, s. f. Marchande à la toilette; revendeuse.

MADAME TIREMONDE, s. f. Sage-femme,--dans l'argot des faubouriens.

Les voyous disent _Madame Tirepousse_.

Au XVIe siècle, on disait _Madame du guichet_ et _Portière du petit

guichet_.

MADEMOISELLE MANETTE, s. f. Malle.

MADRICE, s. f. Finesse, habileté, _madrerie_,--dans l'argot des voleurs.

MADRIN, adj. et s. Habile, fin, _madré_.

MAFFLU, adj. et s. Qui a une face large, épanouie,--dans l'argot du

peuple.

_Grosse mafflue._ Grosse commère.

On dit aussi _grasse maffrée_ et _grosse mafflée_.

MAGNEUSE, s. f. «Femme qui se déprave avec des individus de son sexe,»

dit M. Francisque Michel, qui va bien loin chercher l'étymologie de ce

mot,--dans lequel il veut voir une allusion malveillante à une communauté

religieuse, tandis qu'il l'a sous la _main_, cette étymologie.

MAGOT, s. m. Economies, argent caché,--dans l'argot du peuple.

_Manger son magot._ Dépenser l'argent amassé.

MAGOT, s. m. Homme laid comme un _singe_ ou grotesque comme une figurine

chinoise en pierre ollaire.

MAIGRE COMME UN CENT DE CLOUS, adj. Extrêmement maigre.

On dit aussi _Maigre comme un coucou_, et _Maigre comme un

hareng-sauret_.

MAIGRE (Du)! interj. Silence!--dans l'argot des voleurs.

MAINS DE BEURRE, s. f. pl. Mains maladroites, qui laissent glisser ce

qu'elles tiennent. Argot du peuple.

MAISON DE SOCIÉTÉ, s. f. Abbaye des S'offre-à-tous,--dans l'argot des

bourgeois.

MAISON DE MOLIÈRE (La). Le Théâtre-Français,--dans l'argot des

sociétaires de ce théâtre, qui n'y exercent pas précisément l'hospitalité

à la façon écossaise.

Sous le premier Empire c'était le _Temple du goût_, et, sous la

Restauration, le _Temple de Thalie_.

MAISONNÉE, s. f. Les personnes, grandes et petites, qui composent une

famille,--dans l'argot du peuple.

MAÎTRESSE DE PIANO, s. f. Dame d'âge ou laide qui vient chaque matin chez

les petites dames leur faire les cors, ou les cartes, ou leur

correspondance amoureuse. Argot de Breda-Street.

MAJOR, s. m. Chirurgien,--dans l'argot des soldats.

MAJOR DE TABLE D'HÔTE, s. m. Escroc à moustaches grises et même blanches,

à cheveux ras, à redingote boutonnée, à col carcan, à linge douteux, qui

sert de protecteur aux tripots de la banlieue.

MALADE, adj. et s. Prisonnier,--dans l'argot des voleurs, qui ont perdu

la santé de l'âme.

_Être malade._ Être compromis.

MALADE DU POUCE, adj. Paresseux,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Avoir le pouce démis pour son argent_.

MALADE DU POUCE, adj. Avare, homme qui n'aime pas à compter de

l'argent,--aux autres. Argot des faubouriens.

MALADIE, s. f. Emprisonnement. Argot des voleurs.

MAL-A-GAUCHE, s. et adj. _Maladroit_,--dans l'argot facétieux et

calembourique des faubouriens.

MALANDREUX, s. et adj. Infirme; malade; mal à son aise,--dans l'argot du

peuple.

On disait autrefois _Landreux_.

MAL BLANCHI, s. et adj. Nègre,--dans l'argot des faubouriens.

MALECHANCE, s. f. Fatalité, _mauvaise chance_,--dans l'argot du peuple.

MAL CHOISI, s. m. Académicien,--dans l'argot des faubouriens, qui ont

parfois raison.

MALDINE, s. f. Pension bourgeoise,--dans l'argot des voyous.

MAL-DONNE, s. f. Fausse distribution de cartes.--dans l'argot des

joueurs.

MALE, s. m. Homme,--dans l'argot des faubouriennes, qui préfèrent les

charretiers aux gandins.

_Beau mâle._ Homme robuste, plein de santé.

_Vilain mâle._ Homme d'une apparence maladive, ou de petite taille.

Signifie aussi Mari.

MAL EMBOUCHÉ, adj. et s. Insolent, grossier,--dans l'argot du peuple.

MAL FICELÉ, s. m. Garde national de la banlieue,--dans l'argot des

faubouriens.

MALFRAT, s. m. Vaurien, homme qui mal fait, ou gamin qui _mal

fera_,--dans l'argot des paysans de la banlieue de Paris.

M. Francisque Michel donne _Malvas_, en prenant soin d'ajouter que ce mot

est «provençal» et qu'il est populaire à Bordeaux. M. F. Michel a

beaucoup plus vécu avec les livres qu'avec les hommes. D'ailleurs, les

livres aussi me donnent raison, puisque je lis dans l'un d'eux que le

peuple parisien disait jadis un _Malfé_ (_malefactus_) à propos d'un

malfaiteur, et donnait le même nom au Diable.

MALINGRER, v. n. Souffrir,--dans l'argot des voleurs.

MALINGREUX, s. et adj. Souffreteux,--dans l'argot du peuple.

MALITORNE, s. f. Femme disgracieuse, laide, mal faite,--_malè tornata_.

MALTAIS, s. m. Cabaretier,--dans l'argot des troupiers qui ont été en

Algérie.

MALTAISE, s. f. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des voleurs.

MALTOUZE, s. f. Contrebande,--dans l'argot des voleurs, les _maltôtiers_

modernes (_malle tollere_, enlever injustement).

_Pastiquer la maltouze_, Faire la contrebande.

MALTOUZIER, s. m. Contrebandier.

MANCHE, s. f. Partie,--dans l'argot des joueurs.

_Manche à_ (sous-entendu: _Manche_), Se dit quand chacun des joueurs a

gagné une partie et qu'il reste à faire la _belle_.

MANCHE, s. f. Quête; aumône,--dans l'argot des saltimbanques.

_Faire la manche._ Quêter, mendier.

MANCHE (Avoir dans sa). Disposer de quelqu'un comme de soi-même,--dans

l'argot du peuple.

MANCHON, s. m. Chevelure absalonienne,--dans l'argot des faubouriens.

_Avoir des vers dans son manchon._ Avoir çà et là des places chauves sur

la tête.

MANCHOT, s. m. Homme maladroit comme s'il avait un bras de moins.

_N'être pas manchot._ Être très adroit,--au propre et au figuré.

MANDARIN, s. m. Personnage imaginaire qui sert de tête de Turc à tous les

criminels timides,--dans l'argot des gens de lettres.

Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot comme cas de

conscience. Vous êtes assis tranquillement dans votre fauteuil, au coin

de votre feu, à Paris, cherchant sans les trouver, les moyens de devenir

aussi riche que M. de Rothschild et aussi heureux qu'un roi, parce que

vous supposez avec raison que l'argent fait le bonheur, attendu que vous

avez une maîtresse très belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices

ruineux, et que vous seriez très heureux de la voir heureuse en

satisfaisant tous ses caprices à coups de billets de banque. Eh bien, il

y a, à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous ne

connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild: sans bouger,

sans même faire un geste, rien qu'avec la Volonté, vous pouvez tuer cet

homme et devenir son héritier, sans qu'on sache jamais que vous êtes son

meurtrier.

Voilà le cas de conscience que beaucoup de gens ont résolu en chargeant

Volonté à mitraille, sans pour cela en être plus riches, mais non sans en

être moins déshonorés. Je ne devais pas oublier de le signaler dans ce

Dictionnaire, qui est aussi bien une histoire des idées modernes que des

mots contemporains. D'ailleurs, il a passé dans la littérature et dans la

conversation, puisqu'on dit _Tuer le mandarin_. A ce titre déjà, je lui

devais une mention honorable.

MANDIBULES, s. f. pl. Le bas du visage,--dans l'argot du peuple.

_Jouer des mandibules._ Manger.

On dit aussi _Jouer des badigoinces_.

MANDOLE, s. f. Soufflet,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

_Jeter une mandole._ Donner un soufflet.

MANDOLET, s. m. Pistolet,--dans l'argot des voleurs.

MANDRIN, s. m. Bandit, homme capable de tout, à quelque rang de la

société qu'il appartienne, sur quelque échelon qu'il se soit posé.

Cette expression--de l'argot du peuple--est dans la circulation depuis

longtemps.

On dit aussi _Cartouche_,--ces deux coquins faisant la paire.

MANGEAILLE, s. f. Nourriture.

MANGEOIRE, s. f. Restaurant, cabaret,--dans l'argot des faubouriens.

MANGER, v. a. Subir, avoir, faire,--dans l'argot du peuple.

_Manger de la misère._ Être besogneux, misérable.

_Manger de la prison._ Être prisonnier.

_Manger de la guerre._ Assister à une bataille.

MANGER DANS LA MAIN, v. n. Prendre des familiarités excessives, abuser

des bontés de quelqu'un.

MANGER DE CE PAIN-LÀ (Ne pas). Se refuser à faire une chose que l'on

croit malhonnête, malgré le profit qu'on en pourrait retirer; répugner à

certains métiers, comme ceux de domestique, de souteneur, etc.

MANGER DE LA MERDE. Souffrir de toutes les misères et de toutes les

humiliations connues; en être réduit comme l'escarbot, à se nourrir des

immondices trouvées sur la voie publique, des détritus abandonnés là par

les hommes et dédaignés même des chiens.

Cette expression--de l'argot des faubouriens--est horrible, non parce

qu'elle est triviale, mais parce qu'elle est vraie. Je l'ai entendue,

cette phrase impure, sortir vingt fois de bouches honnêtes exaspérées par

l'excès de la pauvreté. J'ai hésité d'abord à lui donner asile dans mon

Dictionnaire, mais je n'hésite plus: il faut que tout ce qui se dit se

sache.

MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE, v. a. Pâtir beaucoup; souffrir du froid, de

la soif et de la faim; n'avoir ni sou ni maille, ni feu ni lieu; vivre

enfin dans la misère en attendant la richesse, dans le chagrin en

attendant le bonheur.

Cette expression est de l'argot du peuple et de celui des bohèmes, qui en

sont réduits beaucoup trop souvent, pour se nourrir, à se tailler des

beefsteaks invraisemblables dans les flancs imaginaires de cette bête

apocalyptique.

MANGER DES PISSENLITS PAR LA RACINE, v. a. Être mort.

MANGER DU BOEUF, v. a. Être pauvre,--dans l'argot des ouvriers, qui

savent combien l'_ordinaire_ finit par être fade et misérable.

MANGER DU FROMAGE. Être mécontent; avoir de la peine à se _débarbouiller_

de ses soucis.

On connaît l'épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc de Parme:

«Le duc de Parme déménage;

Plus d'hôtel, plus de courtisan!

Monseigneur mange du fromage,

Mais ce n'est plus du parmesan...»

MANGER DU MÉRINOS, v. a. Jouer au billard,--dans l'argot des habitués

d'estaminet.

Ils disent aussi _Manger du drap_.

MANGER DU PAIN ROUGE, v. a. Vivre d'assassinats impunis,--dans l'argot

du peuple.

MANGER DU PAVÉ, v. a. Chercher de l'ouvrage et n'en jamais trouver,--dans

l'argot des coiffeurs. _Trimer_,--dans l'argot du peuple.

MANGER DU SUCRE, v. a. Recevoir des applaudissements,--dans l'argot des

comédiens.

MANGER LA CHANDELLE (Ne pas). N'avoir rien contre soi qu'on puisse

reprocher,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos

des gens qu'il ne connaît pas assez pour en répondre. Ainsi quand il dit:

_C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle_, cela signifie: Je

n'en sais ni bien ni mal, ce n'est ni mon ami ni mon ennemi.

MANGER LA LAINE SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le tromper, et même le

voler, sans qu'il proteste ou s'en aperçoive. Même argot.

MANGER LE BLANC DES YEUX (Se). Se dit de deux personnes qui se regardent

avec colère, comme prêtes à se jeter l'une sur l'autre et à se dévorer.

MANGER LE BON DIEU, v. a. Communier,--dans l'argot des faubouriens.

MANGER LE GIBIER, v. a. Ne rien exiger des hommes, ou ne pas _rapporter_

intégralement l'argent qu'ils ont donné,--dans l'argot des souteneurs qui

disent cela à propos des filles, leurs maîtresses.

MANGER LE MORCEAU, v. a. Faire des révélations, nommer ses

complices,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Casser le morceau_.

MANGER LE MORCEAU, v. a. Trahir un secret; ébruiter trop tôt une

affaire,--dans l'argot du peuple.

MANGER LE MOT D'ORDRE, v. a. Ne plus se le rappeler,--dans l'argot des

troupiers.

MANGER LE NEZ (Se). Se battre avec acharnement,--dans l'argot des

faubouriens, qui jouent parfois des dents d'une manière cruelle.

Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans leurs

«engueulements»,--qui rappellent beaucoup ceux des héros d'Homère,--s'il

leur arrive de dire, en manière de début: «Je vais te manger le nez!» ils

se contentent de _se moucher_.

MANGER LE PAIN HARDI, v. a. Être domestique,--dans l'argot du peuple, qui

veut marquer que ces sortes de gens mangent le pain de leurs maîtres,

sans se soucier autrement de le gagner.

MANGER LE POULET, v. a. Partager un bénéfice illicite,--dans l'argot des

ouvriers, qui disent cela à propos des ententes trop cordiales qui

existent parfois entre les entrepreneurs et les architectes, grands

déjeuneurs.

MANGER LES SENS (Se). S'impatienter, se mettre en colère,--dans l'argot

des bourgeois.

MANGER SON BEEFSTEAK, v. a. Se taire,--dans l'argot des faubouriens, qui

ne devraient pourtant pas ignorer qu'il y a des gens qui parlent la

bouche pleine.

MANGER SON PAIN BLANC LE PREMIER, v. a. De deux choses faire d'abord la

plus aisée; s'amuser avant de travailler, au lieu de s'amuser après avoir

travaillé.

Cette expression,--de l'argot du peuple, signifie aussi: Se donner du bon

temps dans sa jeunesse et vivre misérablement dans sa vieillesse.

MANGER SUR L'ORGUE, v. n. Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou

atténuer son propre crime,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Manger sur quelqu'un_.

MANGER UNE SOUPE AUX HERBES. Coucher dans les champs. Argot des

faubouriens.

MANGER UN LAPIN, v. a. Enterrer un camarade,--dans l'argot des

typographes, qui, comme tous les ouvriers, s'arrêtent volontiers chez le

marchand de vin en revenant du cimetière.

MANGEUR, s. m. Dissipateur, viveur,--dans l'argot du peuple.

MANGEUR DE BLANC, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des

faubouriens.

MANGEUR DE BON DIEU, s. m. Bigot, homme qui hante plus volontiers

l'église que le cabaret. Argot du peuple.

MANGEUR DE CHOUCROUTE, s. m. Allemand.

MANGEUR DE GALETTE, s. m. Homme qui trahit ses camarades pour de

l'argent.

MANGEUR DE POMMES, s. m. Normand.

MANGEUSE DE VIANDE CRUE, s. f. Fille publique.

L'expression est vieille: elle se trouve dans Restif de la Bretonne.

MANICLE, s. f. Se dit de toutes les choses gênantes, embarrassantes,

comme le sont en effet les _manicles_ des prisonniers.

Ce mot vient de _manicæ_, menottes. Les forçats, qui ne sont pas tenus de

savoir le latin, donnent ce nom aux fers qu'ils traînent aux pieds; en

outre, au lieu de l'employer au pluriel, comme l'exigerait l'étymologie,

ils s'en servent au singulier: c'est ainsi que de la langue du bagne il

est passé dans celle de l'atelier.

_Frère de la manicle._ Filou.

MANIÈRE, s. f. Façon de se conduire avec les hommes,--dans l'argot des

drôlesses habiles, qui ont ainsi comme les grands artistes, leur

première, leur seconde, leur troisième manière. Le cynisme en paroles et

en actions peut être la première manière d'une courtisane, et la

pudicité, voire l'honnêteté, sa troisième manière,--la plus remarquable

et la plus dangereuse.

MANIÈRES, s. f. pl. Embarras, importance exagérée; mines impertinentes;

simagrées,--dans l'argot des faubouriens.

MANIGANCE, s. f. Intrigue, fourberie,--dans l'argot du peuple.

MANIGANCER, v. a. Méditer une fourberie; préparer une _farce_, un coup,

une affaire.

MANIQUE, s. f. Métier; cuir dont les cordonniers se couvrent la main.

_Connaître la manique._ Connaître à fond une affaire.

_Sentir la manique._ Sentir le cuir ou toute odeur d'atelier.

MANIVELLE, s. f. Chose qui revient toujours fastidieusement; travail

monotone, ennuyeux.

_C'est toujours la même manivelle._ C'est toujours la même chanson.

MANNEAU, pron. pers. Moi,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Mézingaud_ et _Mézière_.

MANNEQUIN, s. m Imbécile, homme de paille,--dans l'argot du peuple.

MANNEQUIN, s. m. Voiture quelconque, et spécialement Tapecul,--dans

l'argot du peuple.

MANNEQUIN DU TRIMBALLEUR DES REFROIDIS, s. m. Corbillard,--dans l'argot

des voleurs.

MANNEZINGUE, s. m. Cabaret; marchand de vin,--dans l'argot des

faubouriens, qui n'emploient ce mot que depuis une trentaine d'années.

On dit aussi _Minzingouin_ et _Mannezinguin_.

Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui le

concernent sont plus difficiles à obtenir que s'il s'agissait d'un mot

plus ancien. J'ai bien envie de hasarder ma petite étymologie:

_Mannsingen_, homme chez lequel on chante, le vin étant le tire-bouchon

de la gaieté que contient le cerveau humain.

MANNEZINGUEUR, s. m. Habitué de cabaret.

MANON, s. f. Gourgandine,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Maîtresse,--dans l'argot des bourgeois.

MANQUE, (A la), adv. A gauche,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Endommagé et Malade.

MANTEAU D'ARLEQUIN, s. m.

Draperie qui entoure le rideau d'avant-scène,--dans l'argot des

coulisses.

«On l'a nommée ainsi, dit M. J. Duflot, parce que du temps de la Comédie

italienne les rideaux de théâtre ne tombaient pas comme des rideaux

d'alcôve en glissant sur des tringles; or, comme Arlequin, au dénoûment

de la pièce, était toujours le dernier comédien qui saluait le public de

sa batte, le rideau, qui se fermait sur lui, semblait lui faire un

manteau.»

MAQUA, s. f. Entremetteuse,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot

depuis quelques cents ans.

On a écrit _Maca_ au XVIe siècle.

MAQUECÉE, s. f. Abbesse de l'abbaye des S'offre-à-tous,--dans l'argot des

voleurs.

MAQUEREAU, s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles,--dans

l'argot du peuple.

Il est regrettable que Francisque Michel n'ait pas cru devoir éclairer de

ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi

intéressant que tant d'autres auxquels il a consacré des pages entières

de commentaires. Pour un homme de son érudition, l'étymologie eût été

facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n'en seraient pas

réduits à la conjecturer.

Il y a longtemps qu'on emploie cette expression; les documents

littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà;

mais quel auteur, prosateur ou poète, l'a employée le premier et pourquoi

l'a-t-il employée? Est-ce une corruption du _mæchus_ d'Horace («homme qui

vit avec les courtisanes,» _mœcha_, fille)? Est-ce le [grec: machros]

grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens

natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur? Est-ce une

contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français _marcou_

(matou, mâle)? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux

habitudes qu'ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir

par bandes dans des cabarets _ad hoc_, par exemple les tapis-francs de la

Cité et d'ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les

mers du Nord? Je l'ignore,--et c'est précisément pour cela que je

voudrais le savoir; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je

avec curiosité la prochaine édition des _Etudes de philologie_ de

Francisque Michel.

Au XVIIIe siècle, on disait _Croc de billard_, et tout simplement

_Croc_,--par aphérèse.

MAQUEREAUTAGE, s. m. Exploitation de la femme qui exploite elle-même les

hommes; maquignonnage.

On prononce _Macrotage_.

MAQUEREAUTER, v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes qui ne vivant

elles-mêmes qu'aux dépens des hommes.

On prononce _Macroter_.

_Maquereauter une affaire._ Intriguer pour la faire réussir.

MAQUEREAUTIN. s. m. Apprenti débauché, jeune _maquereau_.

On prononce _Macrotin_.

MAQUERELLAGE, s. m. Proxénétisme.

MAQUERELLE, s. f. Femme qui trafique des filles.

Au XVIIIe siècle on disait _Maqua_.

MAQUI, s. f. Rouge, fard,--dans l'argot des voleurs.

C'est probablement une apocope du vieux mot _Maquignonnage_.

MAQUIGNON, s. m. Homme qui fait tous les métiers, excepté celui d'honnête

homme,--dans l'argot du peuple.

MAQUIGNONNAGE, s m. Proxénétisme; tromperie sur la qualité et la quantité

d'une marchandise; abus de confiance.

MAQUIGNONNER, v. a. Faire des affaires véreuses.

MAQUILLAGE, s. m. Application de blanc de céruse et de rouge végétal sur

le visage,--dans l'argot des acteurs et des filles, qui ont besoin, les

uns et les autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne demande

qu'à être trompé.

Blanc de céruse et rouge végétal,--je ne dis pas assez; et pendant que

j'y suis, je vais en dire davantage afin d'apprendre à nos petits-neveux,

friands de ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes

de l'Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes

modernes: Blanc de céruse ou blanc de baleine; rouge végétal ou rouge

liquide; poudre d'iris et poudre de riz; cire vierge fondue et pommade de

concombre; encre de Chine et crayon de nitrate,--sans compter les fausses

nattes et les fausses dents. Le visage a des rides, il faut les boucher;

l'âge et les veilles l'ont jauni, il faut le roser; la bouche est trop

grande, il faut la rapetisser; les yeux sont trop petits, il faut les

agrandir. O les miracles du maquillage!

MAQUILLÉE, s. f. Lorette, casinette, boule-rouge, petite dame

enfin,--dans l'argot des faubouriens.

MAQUILLER, v. a. Faire agir, machiner,--dans l'argot des voleurs et des

faubouriens.

Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie.

_Maquiller les brèmes._ Jouer aux cartes,--dans le même argot.

Signifie aussi Tricher à l'écarté.

_Maquiller son truc._ Faire sa manœuvre;

_Maquiller une cambriolle._ Dévaliser une chambre;

_Maquiller un suage._ Se charger d'un assassinat. Même argot.

MAQUILLER (Se), v. réfl. Se couvrir le visage de carmin et de

blanc,--dans l'argot des petites dames, dont la beauté est l'unique

gagne-pain, et qui cherchent naturellement à dissimuler les outrages que

les années--et la débauche--peuvent y faire.

MAR, Désinence fort à la mode vers 1830,--comme les Osages. On

retranchait la dernière syllabe des mots et on y substituait ces trois

lettres qui donnaient un «cachet» au langage des gens d'esprit de ce

temps-là. On disait _Boulangemar_ pour Boulanger, _Epicemar_ pour

Epicier, etc. C'était une sorte de javanais mis à la portée de tout le

monde. Il en est resté malheureusement quelques éclaboussures sur notre

langue. (Lire _les Béotiens_ de Louis Desnoyers.)

MARAILLE, s. f. Le peuple, le monde,--dans l'argot des voleurs.

MARAUDER, v. n. Raccrocher des pratiques en route,--dans l'argot des

cochers de voitures de place, qui frustrent ainsi leur administration.

On dit aussi _Aller à la maraude_ et _Faire la maraude_.

MARAUDEUR, s. m. Cocher en quête d'un «bourgeois».

On dit aussi _Hirondelle_.

MARBRE, s. m. Table sur laquelle, dans les imprimeries, les typographes

posent les _paquets_ destinés à être mis en page.

_Avoir un article sur le marbre._ Avoir un article composé, sur le point

de passer,--dans l'argot des typographes et des journalistes.

MARCANDIER, s. m. Marchand,--dans l'argot des voleurs, qui emploient là

une expression de la vieille langue des honnêtes gens.

MARCASSIN, s. m. Petit garçon malpropre et grognon,--dans l'argot du

peuple.

MARCHAND D'EAU CHAUDE, s. m. Cafetier.

MARCHAND DE CERISES, s. m. Mauvais cavalier.

MARCHAND DE FEMMES, s. m. Négociateur en mariages.

MARCHAND DE SOMMEIL, s. m. Logeur en garni,--dans l'argot des

faubouriens.

MARCHAND DE SOUPE, s. m. Maître de pension,--dans l'argot des écoliers.

MARCHAND D'HOMMES, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot

du peuple.

MARCHE-A-TERRE, s. m. Fantassin,--dans l'argot de la cavalerie.

MARCHE DE FLANC, s. f. Le sommeil, ou seulement le repos,--dans l'argot

des sous-officiers.

MARCHER, v. n. Être de la même opinion; consentir,--dans l'argot des

typographes.

MARCHER DEDANS. Rencontrer sous son pied un _insurgé de Romilly_,--dans

l'argot du peuple.

MARCHER AU PAS. Obéir, filer doux,--dans le même argot.

_Faire marcher quelqu'un au pas._ Agir de rigueur envers lui.

On dit aussi: _Mettre au pas_.

MARCHER SUR LA CHRÉTIENTÉ, v. n. N'avoir pas de souliers ou avoir des

souliers usés,--dans le même argot.

MARCHER SUR LE PIED, v. n. Chercher querelle à quelqu'un,--une querelle

d'Allemand; saisir le moindre prétexte pour se fâcher,--dans l'argot des

bourgeois.

_N'aimer pas qu'on vous marche sur le pied._ Être très chatouilleux, très

susceptible.

MARCHES DU PALAIS, s. f. pl. Rides du front,--dans l'argot du peuple.

MARCHEUSE, s f. Rat d'une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit

H. de Balzac, a vendue le jour où elle n'a pu devenir ni premier, ni

deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l'état de

coryphée à tout autre, par la grande raison qu'après l'emploi de sa

jeunesse elle n'en pouvait pas prendre d'autres. C'est un débris de la

fille d'Opéra du XVIIIe siècle.

MARCHEUSE, s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions

«sont d'appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans

la maison qu'elle représente».

MARCO, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres, qui disent

cela depuis la pièce de leurs confrères Lambert Thiboust et Barrière, Les

_Filles de marbre_, dont l'héroïne principale s'appelle Marco.

Dictionnaire de la langue verte · 第 55 / 143 题