C'est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur mari.
HOMME A FEMMES, s. m. Homme de galante humeur,--dans l'argot du peuple.
HOMME A CASQUE, s. m. Saltimbanque, dentiste en plein vent, pédicure de
place publique, etc.
HOMME AU SAC, s. m. Personne riche, généreuse,--dans l'argot des petites
dames qui voudraient que l'Humanité ne fût composée que de ces hommes-là.
HOMME DE LETTRES, s. m. Faussaire,--dans l'argot des voleurs.
HOMME DE PAILLE, s. m. Gérant responsable, machine à signatures,--dans
l'argot des bourgeois.
Les Anglais, qui ont inventé les sociétés en commandite, devaient
inventer le _man of straw_,--et l'homme de paille fut.
HOMME DE PAILLE, s. m. Bonhomme, pauvre homme et homme pauvre,--dans
l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis quelque trois
cents ans, comme le témoigne cette épigramme du Seigneur des Accords:
«Jean qui estoit homme de paille,
N'ayant que mettre sous la dent,
Prit une vieille et de l'argent:
Maintenant il vit et travaille.»
HOMME DE PEINE, s. m. Voleur qui a déjà subi une ou plusieurs
condamnations.
HOMMELETTE, s. f. Homme qui n'a rien des qualités et des vices de
l'homme,--dans l'argot du peuple, ami «des lurons».
HONNÊTE, adj. Plus que suffisant,--dans l'argot des bourgeois.
HÔPITAL, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs, dont la conscience est
souvent malade.
HORION, s. m. Coup donné ou reçu.
HORLOGER, s. m. Le Mont-de-Piété,--dans l'argot des ouvriers, qui y
portent volontiers leur montre lorsqu'elle retarde de 20 francs.
HORREUR D'HOMME, s. f. Homme qui fait rougir et que l'on n'ose pas
chasser,--dans l'argot des bourgeoises, qui commencent à se _shockigner_
comme les ladies anglaises.
HORREURS, s. f. pl. Ce que Cicéron appelle _turpitudo verbarum_,--dans
l'argot des bourgeois.
_Dire des horreurs._ Tenir des propos plus que grivois.
_Dire des horreurs de quelqu'un._ L'accuser de choses monstrueuses,
invraisemblables,--par exemple d'avoir volé les tours Notre-Dame.
_Faire des horreurs._ Agir trop librement.
HOSTO, s. m. Prison,--dans l'argot des ouvriers.
HÔTEL DE LA MODESTIE, s. m. Hôtel garni, mauvaise auberge,--dans l'argot
des faubouriens, qui savent que les locataires de ces maisons-là n'ont
pas le droit de faire les fiers.
Ils disent aussi _Être logé à l'enseigne des Haricots_.
HÔTEL DU RAT QUI PÈTE, s. m. Cabaret populacier,--dans l'argot des
marbriers de cimetière.
HOTTERIAU, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.
HOUPE DENTELÉE, s. f. Lien de fraternité,--dans l'argot des
francs-maçons.
HOURVARI, s. m. Vacarme, dispute bruyante,--dans l'argot du peuple, qui a
emprunté ce mot en l'altérant à l'argot des chasseurs. V. _Boulvari_.
HOUSPILLER, v. a. Maltraiter quelqu'un par paroles ou par action.
HUCHER, v. a. Appeler quelqu'un, crier après lui.
HUGREMENT, adv. Beaucoup, victorieusement,--dans l'argot des faubouriens.
HUILE, s. f. Vin,--dans l'argot du peuple, qui oint ses membres avec
cette onctueuse liqueur.
_Pomper les huiles._ Boire avec excès.
HUILE, s. f. Soupçon,--dans l'argot des voyous.
HUILE BLONDE, s. f. Bière,--dans l'argot des étudiants, habitués des
brasseries.
HUILE DE BRAS, s. f. Vigueur physique, volonté de bien faire, qui
remplace avantageusement l'huile pour graisser les ressorts de notre
machine. Argot du peuple.
On dit aussi _Huile de poignet_.
HUILE DE COTRET, s. f. Coups de bâton,--dans l'argot des ouvriers, qui,
dans les jours gras, se plaisent à envoyer les nigauds chez les épiciers
pour demander un litre de cette huile-là.
La plaisanterie et l'expression sortent du roman de Cervantès.
HUILE DE MAINS, s. f. L'argent, qui vous glisse toujours entre les
doigts,--dans l'argot du peuple, plagiaire involontaire des voyous
anglais: _Oil of palms_ disent ces derniers.
HUIT, s. m. Entrechat,--dans l'argot des troupiers.
_Battre un huit._ S'en aller gracieusement en pirouettant sur les talons.
HUIT ÉCUS, s. m. La mésange,--dans l'argot des paysans des environs de
Paris, qui ont voulu faire allusion au chant de cet oiseau.
HUÎTRE, s. f. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens, qui
prennent les produits des cryptes muqueuses des bronches pour des
mollusques acéphales.
_Faire des huîtres._ Cracher beaucoup et malproprement.
HUÎTRE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui jette volontiers ses
coquilles à la tête des gens.
_Le parti des huîtres._ Nom qu'on a donné, sous Louis-Philippe aux
députés du centre, gens satisfaits,--et attachés à leurs _bancs_.
HUIT-RESSORTS, s. m. Voiture à la mode, coupé de petite dame.
Se dit aussi pour la Petite dame elle-même.
HUÎTRIFIER (S'). S'embourgeoiser, se parquer dans une vie
casanière.--Argot des gens de lettres.
HUMECTER (S'), v. réfl. Boire,--dans l'argot des ouvriers qui avaient
assez de poussières malsaines pour avoir le droit de se mouiller un peu
le palais.
HUMIDE EMPIRE (L'). La mer,--dans l'argot des académiciens.
Ils disent de même _Les plaines humides_.
La première expression peut s'appliquer aussi justement à l'Egout
collecteur, et la seconde aux prairies suffisamment irriguées.
HUMORISTE, s. m. Écrivain de l'école de Swift et de Sterne en Angleterre,
et de Jean-Paul Richter et Henri Heine en Allemagne,--dans l'argot des
gens de lettres, qui ont emprunté le mot (_humourist_) et la littérature
qu'il représente.
HUMOUR, s. m. Mélange d'esprit et de sentiment, de gaieté et de
mélancolie, d'ironie et de tendresse, qui se rencontre à foison chez les
écrivains anglais, et qu'on remarque depuis une quarantaine d'années chez
quelques-uns des écrivains français, Charles Nodier, Gérard de Nerval,
etc. Argot des gens de lettres.
HUPPÉ, adj. Bien habillé,--dans l'argot du peuple.
_Monsieur huppé._ Personne de distinction.
HURÉ, adj. Riche,--dans l'argot des voleurs.
HURLUBERLU, s. m. Homme fantasque, excentrique, étourdi, et même un peu
fou. Argot du peuple.
HURON, s. m. Homme rude d'aspect et de langage,--dans l'argot des
bourgeois, qui n'aiment pas Alceste.
HUS-MUS! Grand merci,--dans l'argot des voleurs.
HUSSARD A QUATRE ROUES, s. m. Soldat du train,--dans l'argot des
troupiers.
HUSSARD DE LA GUILLOTINE, s. m. Gendarme,--dans l'argot des prisons.
On dit aussi _Hussard de la veuve_.
HYDRE DE L'ANARCHIE (L'). Le socialisme,--dans l'argot des bourgeois qui
ont peur de leur ombre.
HYDROPIQUE, adj. et s. Fille ou femme enceinte,--dans l'argot facétieux
du peuple.
HYMÉNÉE, s. m. Mariage,--dans l'argot des académiciens.
_Serrer les liens_ ou _les nœuds de l'hyménée_. Se marier.
I
ICIGO, adv. Ici,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Icicaille_.
IDÉE, s. f. Petite quantité de quelque chose, solide ou liquide,--dans
l'argot du peuple.
Cette expression est de la même famille que _scrupule_, _larme_,
_soupçon_ et _goutte_.
IDÉES, s. f. pl. Soupçons jaloux,--dans l'argot des bourgeoises.
_Se forger des idées._ Concevoir des soupçons sur la fidélité d'une
femme.
IDIOT, s. m. Aménité de l'argot des gens de lettres, qui l'adressent
volontiers aux confrères qui leur déplaisent.
IDIOTISME, s. m. Bêtise complète; ânerie renversante.
IL A PLU SUR SA MERCERIE. Se dit--dans l'argot des gens de lettres et des
rapins--d'une femme autrefois très _avantagée_ par la Nature, et
maintenant tout à fait désavantagée par la Vie.
On connaît l'effet désastreux de la pluie sur les étoffes--sur les
étoffes de _satin_ principalement.
IL EST MIDI! Exclamation de l'argot des faubouriens, pour avertir
quelqu'un qui parle d'avoir à se méfier des gens devant lesquels il
parle.
On dit aussi _Il est midi et demi_.
ILLICO, adv. Sur-le-champ, tout de suite,--dans l'argot du peuple.
ILLICO, s. m. Potion improvisée,--dans l'argot des pharmaciens, qui
composent ordinairement ce garus de teinture de cannelle, de sucre et
d'alcool.
IL N'Y A PAS DE BON DIEU! Phrase elliptique de l'argot du peuple, qui ne
sent pas le fagot autant qu'on pourrait le croire au premier abord; elle
signifie simplement, dans la bouche de l'homme le plus en colère:
«Malgré tout, je ferai ce que je veux faire, rien ne m'arrêtera.»
IL PLEUT! Terme de refus ironique,--dans l'argot des gamins et des
ouvriers.
IL PLEUT! Exclamation de l'argot des typographes, pour annoncer la
présence d'un étranger dans l'atelier.--Exclamation de l'argot des
francs-maçons, pour s'avertir mutuellement de l'intrusion d'un _profane_
dans une réunion.
IL TOMBERA UNE ROUE DE VOTRE VOITURE! Phrase souvent employée,--dans
l'argot du peuple--à propos des gens trop gais ou d'une gaieté
intempestive.
IMAGE, s. f. Lithographie, gravure, dessin,--dans l'argot des enfants et
du peuple, ce grand enfant.
IMBIBER (S'), v. réfl. Boire,--dans l'argot des faubouriens.
IMBRIAQUE, s. f. Écervelé, excentrique, maniaque,--dans l'argot du
peuple.
A signifié autrefois Homme pris de vin.
Nous ne sommes pas loin de l'_ebriacus_ de Plaute.
IMMEUBLE, s. m. Maison,--dans l'argot des bourgeois.
IMMORTEL, s. m. Académicien,--dans l'argot ironique des gens de lettres,
qui savent très bien que l'Institut est un Léthé.
_Les quarante immortels._ Les quarante membres de l'Académie à tort dite
Française.
IMPAIR, s. m. Insuccès, _fiasco_,--dans l'argot des artistes.
IMPAVIDE, adj. Impassible, que rien ou personne n'émeut.
J'ai employé cette expression il y a quatre ou cinq ans, quelques-uns de
mes confrères l'ont employée aussi,--et maintenant elle est dans la
circulation.
IMPAYABLE, adj. Qui est d'une haute bouffonnerie, d'un caractère
extrêmement plaisant.--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot à
propos des choses et des gens.
IMPAYABLE, adj. Etonnant à force d'exigences, ennuyeux à force de
caprices,--dans l'argot de Breda-Street.
IMPÈRE, s. f. Apocope d'_Impériale_,--dans l'argot des faubouriens.
IMPOSSIBLE, adj. Extravagant, invraisemblable à force d'être
excentrique.--Argot des gens de lettres.
IMPURE, s. f. Femme entretenue,--dans l'argot des vieux galantins, qui
ont conservé les traditions du Directoire.
INCOMMODE, s. m. Réverbère,--dans l'argot des malfaiteurs, ennemis-nés
des lumières.
INCONGRUITÉ, s. f. _Ventris crepitus_, ou _Ructus_,--dans l'argot des
bourgeois, qui oublient que leurs pères éructaient et même crépitaient à
table sans la moindre vergogne.
_Faire une incongruité._ Crepitare vel eructare.
_Dire une incongruité._ Dire une gaillardise un peu trop
poivrée,--_turpitudo verborum_.
INCONOBRÉ, s. et adj. Inconnu, étranger,--dans l'argot des voleurs.
INCONSÉQUENCE, s. f. Infidélité galante,--dans l'argot de Breda-Street,
où le manque de probité en amour est naturellement considéré comme péché
véniel.
INCONSÉQUENTE, s. f. Femme qui change souvent d'amants, soit parce
qu'elle a la _papillonne_ de Fourier, soit parce qu'ils n'ont pas la
fortune de M. de Rothschild.
INCONVÉNIENT, s. m. Infirmité,--dans l'argot du peuple.
_Avoir l'inconvénient de la bouche._ Mériter cette épigramme de Tabourot
à _Punaisin_:
«Tu t'esbahis pourquoy ton chien,
Les estrons de sa langue touche:
Se peut-il pas faire aussi bien
Qu'il lesche ta lèvre et ta bouche?»
_Avoir l'inconvénient des pieds._ Suer outrageusement des pieds.
INCROYABLE, s. m. Le gandin du Directoire.
On prononçait _Incoïable_.
INDÉCROTTABLE, adj. Incorrigible,--dans l'argot des bourgeois.
INEXPRESSIBLE, s. m. Pantalon,--dans l'argot des Anglaises pudiques, qui
est devenu celui des gouailleurs parisiens.
INFANTE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des troupiers.
Les infantes étant les filles puînées des rois d'Espagne et de Portugal,
sont supposées belles, et l'on sait que tous les amants jouent volontiers
de l'hyperbole à propos de leurs maîtresses: ils disent «mon infante»
comme ils disent «ma reine». Une couronne leur coûte moins à donner avec
les lèvres qu'une robe de soie avec les mains.
INFECT, adj. Détestable, mal écrit,--dans l'argot des gens de lettres qui
disent cela à propos des articles ou des livres de ceux de leurs
confrères qu'ils n'aiment pas, à tort ou à raison.
INFECT, adj. Peu généreux,--dans l'argot des petites dames, pour qui ne
pas regarder à la dépense c'est sentir bon, et n'avoir pas d'argent c'est
puer.
INFÉRIEUR, adj. Qui est indifférent; qui semble peu important. Argot des
faubouriens.
_Cela m'est inférieur._ Cela m'est égal.
INFIRME, s. et adj. Imbécile,--dans l'argot du peuple et des gens de
lettres.
_Jouer comme un infirme._ Jouer très mal.
INGÉNUE, s. f. Jeune fille innocente et persécutée par les séducteurs
auxquels elle résiste vertueusement--tant que dure son rôle: la toile
baissée, c'est différent. Argot des coulisses.
Cet emploi commence à disparaître des théâtres et des pièces comme trop
invraisemblable et par conséquent ridicule. Les actrices aiment mieux
jouer les _travestis_.
INGLICHE, s. m. Anglais,--dans l'argot des faubouriens, qui prononcent à
peu près bien ce mot, mais qui l'écriraient probablement très mal.
Ils disent aussi _Inglichemann_ (Englishman).
INGRISTE, s. m. Peintre qui fait gris comme M. Ingres et exagère la
sécheresse et la froideur de couleur de ce maître. Argot des artistes et
des gens de lettres.
INGURGITER, v. a. et n. Boire, ou manger, avaler,--dans l'argot du
peuple.
Ce verbe, que n'oseraient pas employer les gens du bel air, est un des
mieux formés et des plus expressifs que je connaisse: _ingurgitare_,--qui
évoque naturellement le souvenir du fameux _ingurgite vasto_, cet abîme
goulu où disparurent les Lyciens, les fidèles compagnons d'Enée.
On dit aussi _S'ingurgiter_ quelque chose.
INGURGITER SON BILAN. Mourir,--dans l'argot des commerçants.
IN NATURALIBUS. En chemise, ou nu.
INODORES, s. m. pl. Water-closets,--dans l'argot des bourgeois.
INQUIÉTUDES, s. f. pl. Démangeaisons,--dans l'argot des faubouriens.
_Avoir des inquiétudes dans le mollet._ Avoir une crampe.
INSINUANT, s. m. Apothicaire,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu
détrôner M. Fleurant.
INSOLPÉ, adj. et s. Insolent,--dans le même argot.
INSURGÉ DE ROMILLY, s. m. Résultat probant de toute bonne digestion.
Synonyme de _factionnaire_, _sentinelle_, etc. Cette expression date de
1848 et est due à une historiette grasse rapportée par le _Corsaire_ de
cette époque.
INTERLOPE, s. et adj. Qui appartient au monde de la galanterie,--où les
_smugglers_ des deux sexes fraudent sans cesse la Morale, la Pudeur et
même la Préfecture de police.
_Le monde interlope._ La Bohème galante.
INTERLOQUER, v. a. Confondre, stupéfier, humilier,--dans l'argot du
peuple.
INTIME, s. m. Applaudisseur gagé,--dans l'argot des coulisses.
INVALIDE, s. m. Ancienne pièce de quatre sous,--dans l'argot du peuple.
INVALO, s. m. Apocope d'_Invalide_,--dans l'argot des faubouriens.
INVITE, s. f. Apocope d'_Invitation_,--dans l'argot des joueurs de whist.
INVITE, s. f. Apocope d'_Invitation._--Argot des faubouriens.
_Faire une invite à l'as._ Solliciter quelqu'un de vous offrir quelque
chose.
IRLANDE (En)! Obliquement, à droite ou à gauche,--dans l'argot des
gamins, qui emploient cette expression en jouant au bouchon ou aux
billes.
IROQUOIS, s. m. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui ne respecte pas
assez les héros de Cooper.
_S'habiller en iroquois._ D'une manière bizarre, extravagante.
_Parler comme un iroquois._ Fort mal.
ISOLAGE, s. m. Abandon.--dans l'argot des voleurs.
ISOLER, v. a. Abandonner.
ITRER, v. a. Avoir,--dans le même argot.
C'est un verbe irrégulier. Ainsi: _Ire-tu picté ce luisant?_ (As-tu bu
aujourd'hui?)
IVOIRE, s. m. Les dents,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire un effet d'ivoire._ Rire de façon à montrer qu'on a la bouche bien
meublée.
Les voyous anglais disent de même: _To flash one's ivory_.
IVROGNER (S'), v. réfl. Avoir des habitudes d'ivrognerie,--dans l'argot
du peuple.
J
JABOT, s. m. Estomac,--dans l'argot des faubouriens, qui savent pourtant
bien que l'homme n'est pas un granivore.
_S'arroser le jabot._ Boire.
_Faire son jabot._ Manger.
On dit aussi _Remplir son jabot_.
L'expression est vieille:
«De ce vin champenois dont j'emplis mon jabot
On ne me voit jamais sabler que le goulot!»
dit le grand prêtre Impias de la tragédie-parade _le Tempérament_ (1755).
JABOT, s. m. Gorge de femme.
_Chouette jabot._ Poitrine plantureuse.
JABOTAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot du peuple.
JABOTER, v. n. Parler, bavarder.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne:
«Lise était sotte,
Maintenant elle jabotte;
Voyez comme l'esprit
Dans un jeune cœur s'introduit.»
JABOTEUR, s. m. Bavard.
JACASSE, s. f. Femme bavarde.
Se dit aussi d'un Homme bavard ou indiscret.
JACASSER, v. n. Bavarder.
JACASSEUR, s. m. Bavard, indiscret.
JACOBIN, s. m. Révolutionnaire,--dans l'argot des bourgeois, qui singent
les aristocrates.
JACQUE, s. m. Pièce d'un sou,--dans l'argot des voleurs.
JACQUE, s. m. Geai,--dans l'argot du peuple.
JACQUELINE, s. f. Grisette,--dans l'argot des bourgeois; Concubine,--dans
l'argot des bourgeoises.
«Notre Jacqueline le fouille,
Emporte la grenouille.
Laisse là mon nigaud,»
dit une vieille chanson.
JACQUELINE, s. f. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des soldats.
JACQUES BONHOMME. Le peuple,--dans l'argot des faubouriens, dont les
pères firent la Jacquerie.
C'est le _John Bull_ anglais, le _Frère Jonathan_ américain, etc.
JACQUOT, s. m. Niais, bavard, importun,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Grand Jacquot_.
JACTER, v. n. Parler,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce
verbe à la vieille langue des honnêtes gens (_jactare_, vanter, prôner).
JAFFE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui s'assimile volontiers
les mots des ouvriers provinciaux transplantés à Paris, et qui a
certainement emprunté celui-ci au patois normand.
JAFFES, s. f. pl. Les joues.
JAFFIER, s. m. Jardin,--dans l'argot des voleurs.
JAFFIN, s. m. Jardinier.
JAFFLE, s. f. Soupe, potage,--dans le même argot.
JALO, s. m. Chaudronnier,--dans le même argot.
JAMBE DE VIN, s. f. Ivresse,--dans l'argot du peuple.
_Faire jambe de vin._ Boire à tire-larigot.
JAMBES DE COQ, s. f. pl. Jambes maigres,--dans l'argot du peuple.
_Jambes en coton._ Flageolantes comme le sont d'ordinaire celles des
ivrognes, des poltrons et des convalescents.
_Jambes en manches de veste._ Jambes arquées, disgracieuses.
JAMBES EN L'AIR, s. f. Potence,--dans l'argot des voleurs.
JAMBONS, s. m. pl. Les cuisses,--dans l'argot des faubouriens, qui
prennent l'homme pour un goret, et qui ont quelquefois raison.
Scarron n'a pas été moins irrévérencieux:
«Aussi fut Pélias le bon
Fort incommodé d'un jambon.»
dit-il dans son _Virgile travesti_.
JAPPER, v. n. Crier.
JAR, s. m. Argot des voleurs, qui n'est pas autre chose qu'un _jargon_.
_Dévider le jar._ Parler argot.
Le peuple disait autrefois d'un homme très fin, très rusé: _Il entend le
jar._ Et souvent il ajoutait: _Il a mené les oies_,--le _jar_ étant le
mâle de l'oie.
JARDINAGE, s. m. _Débinage_, médisance,--dans l'argot des voyous.
JARDINER, v. a. et n. _Débiner_.
JARDINER, v. n. Parler,--dans le même argot.
JARDINIER, s. m. Complice de l'_Américain_ dans le vol au _charriage_.
C'est lui qui est chargé de flairer dans la foule l'homme _simple_ à
dépouiller.
JARGOLLE, n. d. l. La Normandie,--dans l'argot des voleurs.
JARGOLLIER, s. m. Normand.
JARGONNER, v. n. Babiller, bavarder,--dans l'argot du peuple.
JARGOUILLER, v. n. Parler confusément.
On dit aussi _Gargouiller_.
JARGUER, v. n. Parler argot, dévider le _jar_.
JARNAFFE, s. f. Jarretière,--dans l'argot des voleurs.
_Jeu de la jarnaffe._ Escroquerie dont Vidocq donne le procédé, pages
233-34 de son ouvrage.
JARRET, s. m. Bon marcheur,--dans l'argot du peuple, qui emploie souvent
la métonymie.
JASANTE, s. f. Prière,--dans l'argot des voleurs.
JASER, v. n. Prier.
JASER, v. n. Parler indiscrètement, de manière à compromettre des tiers
ou soi-même,--dans l'argot du peuple.
JASPIN, adv. Oui,--dans l'argot des voleurs.
JASPINEMENT, s. m. Aboiement,--dans le même argot.
JASPINER, v. a. et n. Parler, bavarder.
_Jaspiner bigorne._ Entendre et parler l'argot. V. _Bigorne_.
En wallon, _Jaspiner_ c'est gazouiller, faire un petit bruit doux et
agréable comme les oiseaux.
JAUNE, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des chiffonniers.
JAUNE, s. m. Été, la saison mûrissante,--dans l'argot des voleurs.
JAUNE D'OEUF (Avec un). Phrase suffixe que le peuple emploie ironiquement
avec le verbe _Aimer_ ou _Adorer_.
Ainsi _Je t'adore avec un jaune d'œuf_ signifie: «Je ne l'aime pas du
tout», et fait une sorte de calembour, par allusion à l'emploi connu du
jaune d'œuf.
JAUNET, s. m. Pièce d'or de vingt francs,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi _Jauniau_.
Au XVIIe siècle, on disait _Rouget_.
JAUNIER, s. m. Débitant ou buveur d'eau-de-vie.
JAVANAIS, s. m. Langue de convention parlée dans le monde des coulisses
et des filles, qui consiste à ajouter après chaque syllabe la syllabe
_va_ ou _av_, _ad libitum_, de façon à rendre le mot prononcé
inintelligible pour les profanes.
Les voleurs ont aussi leur javanais, qui consiste à donner des
terminaisons en _ar_ et en _oc_, en _al_ ou en _em_, de façon à défigurer
les mots, soit français, soit d'argot, en les agrandissant.
Quant aux bouchers, étaliers ou patrons, leur javanais consiste à
remplacer toutes les premières lettres consonnes d'un mot, par un l et à
reporter la première consonne à la fin du mot, auquel on coud une syllabe
javanaise. Ainsi pour dire _Papier_, ils diront _Lapiepem_, ou
_Lapiepoc_.
Pour les mots qui commencent par une voyelle, on les fait précéder et
suivre par un l, sans oublier de coudre à la fin une syllabe javanaise
quelconque. Par exemple _avis_ se dit _Laviloc_ ou mieux _Lavilour_.
Quelquefois aussi ils varient pour mieux dérouter les curieux; ils
disent _nabadutac_ pour _tabac_,--quand ils ne disent pas _néfoin du tré_
pour _tréfoin_, en employant les syllabes explétives _na_ et _né_ qui
sont du pur javanais, comme _av_ et _va_.
JAVARD, s. m. Lin que l'on met en _javelles_,--dans l'argot des voleurs.
JAVOTTE, s. f. Homme bavard, indiscret,--dans l'argot du peuple.
JEAN, s. m. Imbécile; mari que sa femme trompe sans qu'il s'en aperçoive.
On disait autrefois _Janin_.
JEAN-BÊTE, s. m. Imbécile.
C'est le cas ou jamais de citer les vers de madame Deshoulières:
«Jean? Que dire sur Jean? C'est un terrible nom
Que jamais n'accompagne une épithète honnête:
Jean Des Vignes, Jean Lorgne... Où vais-je? Trouvez bon
Qu'en si beau chemin je m'arrête.»
JEAN DE LA SUIE, s. m. Savoyard, ramoneur,--dans l'argot du peuple.
JEAN DE LA VIGNE, s. m. Crucifix,--dans l'argot des voleurs.
JEANFESSE, s. f. Malhonnête homme, bon à _fouetter_,--dans l'argot des
bourgeois.
JEANFOUTRE, s. m. Homme sans délicatesse, sans honnêteté, sans courage,
sans rien de ce qui constitue un homme,--dans l'argot du peuple, dont
cette expression résume tout le mépris.
JEAN GUÊTRÉ. Le peuple des paysans.
L'expression est de Pierre Dupont.
JEAN-JEAN, s. m. Conscrit,--dans l'argot des vieux troupiers, pour qui
tout soldat novice est un imbécile qui ne peut se dégourdir qu'au feu.
JEAN JEAN, s. et adj. Homme par trop simple, qui se laisse mener par le
bout du nez,--dans l'argot du peuple.
JEANLORGNE, s. m. Innocent, et même niais.
JEANNETON, s. f. Fille de moyenne vertu,--dans l'argot des bourgeois, qui
connaissent leur La Fontaine.
«Car il défend les jeannetons,
Chose très nécessaire à Rome.»
JEAN-RAISIN. Le peuple des vignerons.
L'expression est de Gustave Mathieu.
JE NE SAIS QUI, s. f. Femme de mœurs plus que légères,--dans l'argot
méprisant des bourgeoises.
JE NE SAIS QUOI, s. m. Qualité difficile à définir; l'inconnue d'un
sentiment ou d'un caractère qu'on chercherait en vain à dégager. Argot
des gens de lettres.
JÉRÔME, s. m. Canne, bâton,--dans l'argot du peuple.
JÉSUITE, s. m. Dindon,--dans l'argot des voleurs, qui doivent employer
cette expression depuis l'introduction en France, par les missionnaires,
de ce précieux gallinacé, c'est-à-dire depuis 1570.
JÉSUS, s. m. Innocent,--dans l'argot souvent ironique du peuple.
D'où le _grippe-Jésus_ de l'argot encore plus ironique des voleurs,
puisqu'ils appellent ainsi les gendarmes.
JÉSUS, s. m. «Enfant dressé au vol et à la débauche,»--dans l'argot des
voleurs.
JET, s. m. Canne, jonc,--dans le même argot.
JETER, v. n. Suppurer,--dans l'argot du peuple.
JETER DES PERLES DEVANT LES POURCEAUX, v. a. Dire ou faire de belles
choses que l'on n'apprécie point à leur juste valeur,--dans l'argot des
bourgeois.
C'est le _margaritas antè porcos_ des Anciens.
JETER DU COEUR SUR DU CARREAU. Rendre fort incivilement son déjeuner ou
son dîner, lorsqu'on l'a pris trop vite ou trop abondant.
JETER LE MOUCHOIR, v. a. Distinguer une femme et lui faire agréer ses
hommages et son cœur,--dans l'argot des vieux galantins.
JETER SA LANGUE AUX CHIENS, v. a. Renoncer à deviner une chose, à la
comprendre,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi _Jeter sa langue aux chats_.
JETER SON BONNET PAR DESSUS LES MOULINS. Dire adieu à la pudeur, à
l'innocence, et, par suite au respect des honnêtes gens, et se lancer à
cœur perdu dans la voie scabreuse des aventures amoureuses. Argot du
peuple.
JETER SON LEST, v. a. Se débarrasser involontairement du déjeuner ou du
dîner dont on s'était lesté mal à propos.
JETER UN FROID, v. a. Commettre une incongruité parlée, dire une
inconvenance, faire une proposition ridicule qui arrête la gaieté et met
tout le monde sur ses gardes.
JETON, s. m. Pièce d'argent,--dans l'argot des faubouriens.
JEUNE, s. m. Petit enfant ou petit animal,--dans l'argot du peuple.
JEUNE, adj. Naïf, et même un peu sot.
Quand un ouvrier dit de quelqu'un: _Il est trop jeune!_ cela signifie: il
est incapable de faire telle ou telle chose,--il est trop bête pour cela.
JEUNE-FRANCE, s. m. Variété de Romantique, d'étudiant ou de commis--en
pourpoint de velours, en barbe fourchue, en cheveux en broussailles, avec
le feutre mou campé sur l'oreille.
JEUNE HOMME, s. m. Double moos de bière,--dans l'argot des brasseurs
parisiens.
JEUNE HOMME (Avoir son), v. a. Être complètement ivre, de façon à se
laisser mater et conduire par un enfant. Argot des faubouriens.
On dit aussi: _Avoir son petit jeune homme_.
JEUNE SEIGNEUR, s. m. Gandin,--du moins d'après madame Eugénie Foa, à qui
je laisse toute la responsabilité de ce néologisme, que je n'ai jamais
entendu, mais qu'elle déclare, à la date du 1er mars 1840, être «le
titre de bon goût remplaçant ceux de petits-maîtres, beaux-fils,
muscadins, etc..» Greffier fidèle, j'enregistre tout.
JEUNESSE, s. f. Jeune fille,--dans l'argot du peuple.
JEUNET, ETTE, adj. Qui est un peu trop jeune, et par conséquent trop
naïf.
S'emploie aussi à propos d'un vin trop nouveau et que sa verdeur rend
désagréable au palais.
JEUX SANGLANTS DE MARS (Les). La guerre,--dans l'argot des académiciens.
JIGLER, v. a. et n. Sauter en s'éparpillant. Ne s'emploie qu'à propos des
liquides, vin, boue ou sang.
JINGLARD, s. m. Petit vin suret, ou le vin au litre en général,--dans
l'argot du peuple, qui ne veut plus dire _ginguet_, et encore moins
_guinguet_, une étymologie cependant.
JOB, s. m. Innocent, imbécile, dupe,--dans l'argot des faubouriens, qui
parlent comme écrivaient Noël Du Fail en ses _Propos rustiques_ et
d'Aubigné en sa _Confession de Sancy_.
JOB, s. m. Tromperie, mensonge.
_Monter un job._ Monter un coup.
_Monter le job._ Tromper, jouer une farce.
JOBARD, s. m. et adj. Homme par trop crédule, dont chacun se moque, les
femmes parce qu'il est trop respectueux avec elles, les hommes parce
qu'il est trop confiant avec eux.
C'est un mot de vieille souche, qu'on supposerait cependant né d'hier,--à
voir le «silence prudent» que le Dictionnaire de l'Académie garde à son
endroit.
JOBARDER, v. a. Tromper, se moquer; duper.
_Se faire jobarder._ Faire rire à ses dépens.
JOBARDERIE, s. f. Confiance par trop excessive en la probité des hommes
et la fidélité des femmes.
JOBERIE, s. f. Niaiserie, simplicité de cœur et d'esprit.
JOBISME, s. m. Pauvreté complète, pareille à celle de _Job_.
L'expression appartient à H. de Balzac.
JOCKO, s. m. Pain long,--dans l'argot des bourgeois, qui consacrent ainsi
le souvenir du singe Jocko, un lion il y a trente ans.
On dit aussi _Pain jocko_ ou _à la Jocko_.
JOCRISSE, s. m. Mari qui se laisse mener par sa femme,--dans l'argot du
peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.
JOCRISSIADE, s. f. Naïveté,--ou plutôt Niaiserie.
JOINT, s. m. Biais pour se tirer d'affaire,--dans l'argot des bourgeois,
qui découpent mieux qu'ils ne parlent.
_Connaître le joint._ Savoir de quelle façon sortir d'embarras; connaître
le point capital d'une affaire.
JOJO, adj. Joli,--dans l'argot des voyous.
JOJO, adj. et s. Innocent, et même Niais,--dans l'argot du peuple.
_Faire du jojo._ Faire l'enfant, la bête.
JOLI, adj. et s. Chose fâcheuse, désagréable.
_Voilà du joli!_ Nous voici dans une position critique.
JOLI GARÇON, s. m. Se dit ironiquement et en manière de reproche de
quelqu'un dont on a à se plaindre.
JONC, s. m. Or,--dans l'argot des voleurs, qui appellent ainsi ce métal,
non, comme le veut M. Francisque Michel, par corruption de _jaune_, mais
bien parce que c'est le nom d'une bague en or connue de tout le monde, et
qui ne se porte qu'en souvenir de l'anneau de paille des gens mariés par
condamnation de l'Officialité.
JONCHER, v. a. Dorer.
JONCS, s. m. pl. Lit de prison, à cause de la paille qui en compose les
matelas.
_Être sur les joncs._ Être arrêté ou condamné pour un temps plus ou moins
long--toujours trop long!--«à pourrir sur la paille humide des cachots».
JORDONNE, s. m. Homme qui aime à commander, dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Monsieur Jordonne_, et, de même, _Madame_ ou _Mademoiselle
Jordonne_, quand il s'agit d'une femme qui se donne des «airs de
princesse».
JORNE, s. m. Jour,--dans l'argot des voleurs, qui d'ordinaire ne
travaillent pas _a giorno_.
JOSEPH, s. m. Homme par trop chaste,--dans l'argot des petites dames, qui
ressemblent par trop à madame Putiphar.
_Faire son Joseph._ Repousser les avances d'une femme, comme le fils de
Jacob celles de la femme de Pharaon.
JOSÉPHINE, s. f. Mijaurée, bégueule,--dans l'argot des faubouriens, qui
ont voulu donner une compagne à Joseph.
_Faire sa Joséphine._ Repousser avec indignation les propositions
galantes d'un homme.
JOUASSER, v. n. Jouer mal ou sans application, pour passer le temps
plutôt que pour gagner une partie.
On dit aussi _Jouailler_.
JOUASSON, s. m. Joueur malhabile ou distrait, redouté des véritables
joueurs,--qui lui préféreraient volontiers un _Grec_.
On dit aussi _Jouaillon_.
JOUER (se). S'arranger, s'organiser,--dans l'argot du peuple, qui emploie
cette expression à propos d'une foule de choses étrangères à la musique
et au jeu. Ainsi, à propos d'un portefeuille à secret, au lieu de dire:
_Comment cela s'ouvre-t-il?_ il dira: _Comment cela se joue-t-il?_
Ce verbe s'emploie dans un autre sens, celui de _faire_, pour marquer
l'étonnement. _Comment cela se joue-t-il donc? Tout à l'heure j'avais de
l'argent et maintenant je n'en ai plus!_
JOUER A COURIR, v. n. Se défier à la course,--dans l'argot des enfants.
JOUER A LA MAIN CHAUDE, v. n. Être guillotiné,--dans l'argot des voleurs,
qui font allusion à l'attitude du supplicié, agenouillé devant la
machine, la tête basse, les mains liées derrière le dos.
JOUER A LA RONFLE, v. n. Ronfler en dormant,--dans l'argot des
faubouriens.
JOUER COMME UN FIACRE, v. n. Jouer très mal,--dans l'argot du peuple, qui
sait que les voitures imaginées, au XVIIe siècle, par Sauvage, sont les
plus détestables véhicules du monde.
On dit aussi _Jouer comme une huître_.
JOUER DE LA HARPE. S'assurer, comme Tartufe, et dans le même but que lui,
auprès d'une femme, que l'étoffe de sa robe est moelleuse.
JOUER DE QUELQU'UN, v. n. Le mener comme on veut, en tirer soit de
l'argent, soit des complaisances de toutes sortes,--dans l'argot de
Breda-Street, où l'on joue de l'homme comme Liszt du piano, Paganini du
violon, Théophile Gautier de la prose, Théodore de Banville du vers,
etc., etc.
JOUER DES JAMBES, v. a. S'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.
JOUER DEVANT LES BANQUETTES. Jouer devant une salle où les spectateurs ne
sont pas nombreux, ainsi que cela arrive fréquemment l'été. Argot des
coulisses.
JOUER DU COEUR. Rejeter les vins ou les viandes ingérés en excès ou mal à
propos,--dans l'argot du peuple, à qui les _concetti_ ne déplaisent pas.
Nos aïeux disaient _Tirer aux chevrotins_.
JOUER DU NAPOLÉON, v. a. Payer; dépenser sans compter,--dans l'argot des
bohèmes, à qui ce jeu-là est interdit.
JOUER DU PIANO, v. a. Se dit,--dans l'argot des maquignons, d'un cheval
qui frappe inégalement des pieds en courant.
JOUER DU POUCE, v. a. Dépenser de l'argent,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Compter de l'argent.
JOUER DU VIOLON, v. a. Scier ses fers,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Jouer de la harpe_.
JOUER DU VIOLON, v. n. Se dit,--dans l'argot des écrivains fantaisistes,
à propos des mouvements de systole et de diastole du cœur humain en
proie à l'Amour, ce divin Paganini.
JOUER LA FILLE DE L'AIR, v. a. S'en aller de quelque part;
s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.
JOUJOU, s. m. Jouet,--dans l'argot des enfants.
_Faire joujou._ S'amuser,--au propre et au figuré.
JOUJOU, s. m. La croix d'honeur,--dans l'argot du peuple.
On se rappelle les tempêtes soulevées par Clément Thomas, employant cette
expression en pleine Assemblée nationale.
JOUJOUTER, v. n. Jouer, faire joujou,--dans l'argot des faubouriens, qui
emploient ce verbe au propre et au figuré.
JOUR DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE (Le). Le jour de l'exécution,--dans
l'argot des prisons. C'est une allusion, comprise même des plus ignorants
et des plus païens, à la décollation du Précurseur, dont la belle et
cruelle Hérodiade ne pouvait digérer les mercuriales.
Les voleurs anglais ont aussi leur allusion à ce jour fatal, qu'ils
appellent le _Jour du torticolis_ (wry-neck day).
JOURNOYER, v. n. Ne rien faire de la journée, flâner. Argot du peuple.
JUBÉCIEN, IENNE, adj. et s. Grimacier, grimacière, qui fait des façons,
des giries.
JUBILATION, s. f. Contentement extrême,--dans l'argot du peuple.
_Visage de jubilation._ Qui témoigne d'un très bon estomac.
JUBILER, v. n. Se réjouir.
JUDAS, s. m. Traître; homme dont il faut se méfier,--dans l'argot du
peuple, chez qui est toujours vivante la tradition de l'infamie
d'Iscariote.
_Baiser de Judas._ Baiser qui manque de sincérité.
_Barbe de Judas._ Barbe rouge.
_Bran de Judas._ Taches de rousseur.
_Le point de Judas._ Le nombre 13.
JUDAS, s. m. Petite ouverture au plancher d'une chambre située au-dessus
d'une boutique, et qui _trahit_ ainsi la présence d'un étranger dans
celle-ci.
Les _judas_ parisiens sont les cousins germains des _espions_ belges et
suisses.
JUDASSER, v. n. Embrasser pour tromper--comme Judas Iscariote fit au
Christ.
Signifie aussi simplement: Tromper, trahir.
JUDASSERIE, s. f. Fausse démonstration d'amitié; tour, perfidie;
trahison.
JUDÉE, n. de l. Préfecture de police,--dans l'argot des voleurs, qui ont
appris à leurs dépens le chemin de la rue de _Jérusalem_.
Ils disent aussi _Petite Judée_.
JUGE DE PAIX, s. m. Tourniquet de marchand de vin, qui condamne à payer
une _tournée_ celui qui perd en amenant le plus petit nombre. Argot des
ouvriers.
JUGE DE PAIX, s. m. Bâton,--parce qu'il est destiné à mettre le holà.
Cette expression fait partie de l'argot des voleurs et de celui des
faubouriens.
JUGEOTTE, s. f. Jugement, logique, raison, bon sens,--dans l'argot du
peuple, pour qui cela remplace la _judiciaire_.
JUGULER, v. a. Importuner, ennuyer, _égorger_ d'obsessions.
JUIF, s. m. Prêteur à la petite semaine,--dans l'argot des étudiants.
JUIF ERRANT, s. m. Grand marcheur, homme qui va par monts et par vaux,
comme Ahasvérus, que Jésus--«la bonté même»--a condamné à marcher
«pendant plus de mille ans».
JUIFFER, v. a. Tromper en vendant; avoir un bénéfice usuraire dans une
affaire.
JUILLETISER, v. a. Faire une révolution, détrôner un roi,--dans l'argot
du peuple, qui a gardé le souvenir des «glorieuses journées» de 1830.
JULES, s. m. Pot qu'en chambre on demande,--dans l'argot des faubouriens
révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de
saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.
_Aller chez Jules._ C'est ce que les Anglais appellent _To pay a visit to
mistress Jones_.
JUMELLES, s. f. pl. Partie du corps qui constitue la Vénus
_Callipyge_,--dans l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses,
lesquelles appelaient cette partie _Les deux sœurs_.
JUS, s. m. Grâce, élégance, bon goût,--dans l'argot des faubouriens, pour
qui certaines qualités extérieures, naturelles ou acquises, sont la
_sauce_ de certaines qualités de l'âme.
_Avoir du jus._ Avoir du _chic_, de la tournure.
_Être d'un bon jus._ Être habillé d'une façon grotesque, ou avoir un
visage qui prête à rire.
JUS, s. m. Profit, bénéfice que rend une affaire.
JUS DE BÂTON, s. m. Coup de bâton.
JUS D'ÉCHALAS, s. m. Vin.
JUS DE RÉGLISSE, s. m. Nègre ou mulâtre.
JUSQU'À PLUS SOIF, adv. A l'excès, extrêmement,--dans l'argot des
faubouriens, qui disent cela à propos de tout.
JUSTE, s. f. La Cour d'assises,--dans l'argot des voleurs, qui
s'étrangleraient sans doute à prononcer le mot tout entier, qui est
_Justice_.
JUSTE MILIEU, s. m. Député conservateur quand même, ami quand même du
gouvernement régnant. Argot des journalistes libéraux.
On dit aussi _Centrier_.
JUSTE-MILIEU, s. m. L'endroit consacré par la jurisprudence du
Palais-Royal comme cible aux coups de pied classiques et aux
plaisanteries populaires.
JUTEUX, EUSE, adj. qui donne de grands bénéfices, qui _rend_ un grand
profit, qui a du _jus_ enfin.
K
KIF-KIF, adv. _Ric-à-ric_,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi
dans l'armée d'Afrique.
KINSERLICK, s. m. Autrichien,--dans l'argot des troupiers, qui ont
entendu parler des Impériaux (_die Kaiserlichen_) battus par leurs pères,
les soldats de la Grande Armée.
On dit aussi et mieux _Kaiserlick_.
KLEBJER, v. n. Manger,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui
parlent russe (_kleb_, pain) sans le savoir.
Ils disent aussi _Tortorer_.
KOKSNOFF, adj. Elégant, beau, brillant, _chocnosoff_,--dans l'argot des
bohèmes et des rapins.
KOLBAC, s. m. Coiffure généralement quelconque,--dans l'argot des
faubouriens.
KRAPSER, v. a. Tuer,--dans l'argot des faubouriens qui ont fait la guerre
d'Orient.
Signifie aussi mourir.
KYRIELLE, s. f. Suite ou procession de gens; famille nombreuse,--dans
l'argot du peuple.
_Avoir des kyrielles d'enfants._ En avoir beaucoup.
L
LA, s. m. Mot d'ordre, signal; invitation à se mettre à l'unisson,--dans
l'argot des gens de lettres.
_Donner le la._ Indiquer par son exemple, par sa conduite, ce que les
autres doivent faire, dire, écrire.
LA-BAS, adv. de l. Saint-Lazare,--dans l'argot des filles, qui n'aiment à
parler qu'allusivement de ce Paraclet forcé.
LABORATOIRE, s. m. Cuisine,--dans l'argot des restaurateurs, chimistes
ingénieux qui savent _transformer_ les viandes et les vins de façon à
dérouter les connaisseurs.
LACETS, s. m. pl. Poucettes,--dans l'argot des voleurs.
_Les marchands de lacets._ Les gendarmes.
LACHE, s. et adj. Paresseux,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Saint Lâche_.
LACHER, v. a. Quitter.
_Lâcher d'un cran._ Abandonner subitement.
LACHER LA RAMPE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
LACHER (Se), v. réfl. Oublier les lois de la civilité puérile et honnête,
_ventris flatum emittere_,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi _En lâcher un_ ou _une_,--selon le sexe de l'incongruité.
LACHER LE COUDE DE QUELQU'UN, v. a. Cesser de l'importuner,--dans l'argot
des faubouriens.
C'est plutôt une exclamation qu'un verbe: _Ah! tu vas me lâcher le
coude!_ dit-on à quelqu'un qui ennuie, pour s'en débarrasser.
LÂCHER SON ÉCUREUIL, v. a. _Meiere_,--dans l'argot des voyous.
LACHER UN CRAN, v. a. Se déboutonner un peu quand on a bien dîné,--dans
l'argot des bourgeois.
LACHER UNE NAÏADE, v. a. _Meiere_,--dans l'argot facétieux des ouvriers.
Ils disent aussi _Lâcher les écluses_.