II

Pottemain tint sa promesse.

Bien qu'horriblement troublé, il sut pendant les jours qui suivirent

ne rien laisser paraître de son accablement, ni de ses craintes...

Et personne autour de lui, pas même Victorine, ne devina la tempête

de son cerveau...

Comme le sanglier forcé dans sa bauge qui s'accule pour recevoir les

chiens, il se renferma au fond de Bois-Peillot et, les ongles en

avant, il attendit le choc.

Son attente fut de courte durée.

Quarante-huit heures environ après le passage du capucin, un valet

lui apporta une lettre, qu'un gendarme à cheval venait d'apporter.

--Un pli du Parquet! fit Pottemain, en pâlissant malgré lui. Qu'ai-je

à faire avec le Parquet?

La main du baron tremblait en touchant la lettre fatale.

Il fit enfin sauter le cachet et il lut:

«Monsieur le baron,

«Venez me trouver sans un jour de retard. J'ai à vous causer

d'une affaire grave.

«Mille hommages.

«_Le Procureur de la République_,

«DE MORVINS.»

--Hein? dit-il, affaire grave? La justice se serait-elle enfin avisée

de mettre la main sur le véritable auteur de l'incendie de Sainclair?

Mieux vaux tard que jamais!

Il se recueillit un instant, puis:

--Mon cabriolet! commanda-t-il d'un ton résolu, je pars!

Il s'habilla rapidement et, un quart d'heure après, il roulait au

grand trot dans la direction de Moulins.

En arrivant chez le magistrat, son hôte naguère, celui-là même qu'il

avait traité aux ortolans et au Zucco, et qui avait jadis assisté à

la mémorable chasse où le pauvre Pastouret avait trouvé la mort, il

lui trouva l'air froid et guindé.

Cela lui fit courir au dos un frisson de mauvaise augure.

Mais, se raffermissant dans son rôle de puissant propriétaire et

s'enveloppant dans la considération qu'il tenait d'une fortune bien

assise:

--Mon cher convive d'autrefois, dit le baron à M. de Morvins, vous

m'avez appelé, me voici... Qu'y a-t-il pour votre service?

--Monsieur le baron, répondit le Procureur de la République, je

fais vis-à-vis de vous une démarche insolite, contraire à toutes

mes obligations de magistrat. C'est un suprême sacrifice à mes

sentiments d'homme de cœur et d'homme du monde... J'espère que vous

en comprendrez bien le désintéressement, le sens, la portée...

Pottemain frémit. L'heure de la lutte finale, prévue par lui, avait

sonné. Il s'agissait de faire face au danger bravement.

Il rassembla toutes ses forces, puis:

--Je voudrais vous comprendre, monsieur, mais je cherche vainement...

Comment pourrait-il y avoir contradiction entre vos devoirs d'homme

d'honneur et vos devoirs de magistrat?

--Voici, monsieur! Vous êtes sous le coup d'une dénonciation motivée,

dont le moindre effet devrait être et sera un mandat d'amener, dès

après-demain lancé contre vous.

--Et puis-je au moins savoir, monsieur le Procureur, de quelle source

émane cette dénonciation?

--C'est impossible.

--Alors le premier venu peut inquiéter dans son existence un homme

honorable?

--Je n'ai point à discuter la loi. Je la symbolise et je la fais

exécuter. Mais encore une fois, sous la toge du juge, il y a un

homme du monde... votre hôte des anciens jours! La dénonciation est

terrible... Qu'il me suffise de vous dire que vous seriez prévenu

d'un double assassinat.

Le baron tressaillit et pâlit horriblement.

--Quoi qu'il en puisse être, vous êtes voué à la cour d'assises,

avec toutes les complications que l'écrou, pour une détention grave,

peut entraîner à votre détriment. Vous pouvez, si vous vous sentez

innocent, affronter ces tortures, persuadé d'avance que, fussiez-vous

blanc comme neige, vous subiriez toujours, dans le public, les

conséquences de la calomnie... Si vous êtes coupable, disparaissez!

Vous avez quarante-huit heures pour passer la frontière ou... vous

brûler la cervelle! J'ai, ajouta le magistrat, rempli, par cet

avertissement envers vous, le dernier devoir d'une respectueuse et

reconnaissante amitié... Aujourd'hui, vous êtes encore en face de

l'ami, demain, sur ce siège, le Procureur de la République sera

seul... Adieu ou au revoir... à votre choix!...

Le baron scruta avec une attention pénétrante la physionomie du

Procureur. La figure du magistrat demeura impassible.

Mais les effluves magnétiques de l'indignation, de la vengeance

avaient rayonné des arcades sourcilières de Pottemain, comme un

éclair livide...

Toutefois, par un effort indicible sur lui-même, passant subitement

de la fureur concentrée à l'apparence la plus souriante et la plus

unie:

--Monsieur le Procureur de la République, dit le baron, je cherchais

ce qui peut me procurer le triste honneur de vous entendre proférer

des paroles aussi sévères... Vous ne sauriez être étonné de ma

surprise... Mais enfin, tout est possible et je vous remercie de

votre bienveillance extra-légale pour un homme si pitoyablement

noirci dans votre pensée par des gens... dont vous ne me dites

seulement pas le nom... Je suis évidemment poursuivi par des haines

terribles, puisque vous vous avouez vous-même impuissant à les

conjurer... Mais n'importe! Je ne me laisserai pas accuser, ni

condamner sans me défendre.

Il fit une pause, puis, après quelques secondes de réflexion:

--Je crois, ajouta-t-il, deviner d'où part le coup qui m'est porté...

Sachez que récemment un hasard m'a révélé que Mme la baronne Pauline

Pottemain vit et elle doit être la signataire du factum dirigé contre

moi. A ce seul trait, connaissez son genre de moralité!

Ce fut le tour du magistrat d'être étonné.

--Que dites-vous, monsieur le baron? Mais je croyais et tout le

monde croit que Mme la baronne a mis volontairement fin à ses

jours... N'est-ce pas là ce qui résultait de la lettre qu'elle vous

a adressée et qui a été déposée entre les mains de la justice... au

moment de l'enquête faite à propos de sa disparition? Quelle preuve

pourriez-vous alléguer d'un fait semblable à celui que vous articulez?

--Aucune, répondit Pottemain, mais ma conviction est faite... Eh

bien, ajouta-t-il d'un ton solennel, je vous demande trois jours...

Dans trois jours, j'aurai retrouvé la baronne et j'apporterai devant

vous la preuve de son existence, et sinon son témoignage oral,

du moins la preuve écrite que l'accusation portée contre moi est

fantaisiste, mensongère et dictée par un intérêt inavouable... Si

dans ce délai, il ne m'a été possible de retrouver la femme indigne

à laquelle j'ai eu l'imprudence de donner mon nom, et par conséquent

de faire éclater mon innocence à vos yeux, j'agirai, plutôt d'engager

une lutte inégale contre des ennemis anonymes, comme un homme

accusé d'avoir volé les tours Notre-Dame... Vous serez avisé de

mon départ... ou de ma mort! Sur ce, monsieur le Procureur de la

République, votre main une dernière fois et je vous prie de me croire

votre reconnaissant serviteur.

Et le baron sortit sur ce propos, laissant le magistrat sous le coup

d'une profonde stupéfaction.

Son retour à Bois-Peillot fut aussi rapide qu'une flèche. Moins d'une

heure après, il entrait au grand trot dans la cour du château et

jetait aux mains du valet les rênes de son cheval ruisselant d'écume.

--Jean, lui dit-il, il faut que je reparte à l'instant... Cours à la

ferme, je te donne une demi-heure pour être là, prêt à m'accompagner,

avec un cheval frais attelé à la voiture, va!

Puis il monta rapidement et appela Victorine:

--J'ai... j'ai soif! donne-moi la miche et du vin!

Victorine obéit et le Sournois, sans dire un mot de plus, se mit à

manger et à boire avec une apparente tranquillité.

Tout en prenant le frugal repas, il songeait... Son plan fut vite

arrêté...

Il allait chercher à retrouver tous les personnages qui avaient été

les spectateurs, sinon les acteurs du drame qui s'était déroulé un an

auparavant à Bois-Peillot.

Il interrogerait habilement les seules personnes auxquelles Pauline,

orpheline sans relations et sans ressources, avait pu s'adresser, en

dehors du capucin...

C'était les Guermanton, puis Charaintru, enfin Romagny, qui avait

joué, d'accord avec la jeune femme sans aucun doute, un rôle si

bizarre, le jour de la disparition de Pauline.

C'était bien le diable s'il ne découvrait, au cours des conversations

qu'il comptait provoquer, un indice de nature à le mettre sur les

traces de la fugitive...

Alors il jouerait le tout pour le tout... Il saurait selon les

circonstances user des grands moyens: la persuasion ou l'intimidation.

Coûte que coûte, il fallait réussir.

Trois quarts d'heure plus tard, il sortit du château, en costume de

voyage, sa valise à la main.

Il avait fait tomber favoris et moustaches, si parfaitement rasé

qu'il fut à peine reconnu par son propre valet, qui l'attendait avec

son nouvel attelage tenu en bride.

Il jeta dans le coffre de la carriole une sacoche assez lourde,

s'assura que son portefeuille était bien enfoui dans la poche de côté

de son pardessus; puis il fit monter son domestique près de lui et

prit en mains le fouet et les rênes.

--Il ne faudra pas attendre monsieur, ce soir? demanda Victorine

qu'intriguaient ces allures étranges.

--Non, répliqua-t-il du ton le plus naturel et le plus tranquille, je

vais à Paris... Je reviendrai dans huit jours.

Puis il toucha son cheval et s'éloigna au grand trot.

A Guermanton, il fit halte et demanda à parler aux châtelains.

Il lui fut répondu que monsieur était à la chasse dans ses propriétés

de la Nièvre et que madame était partie pour Paris où elle avait été

reconduire ses enfants à leurs pensions respectives.

Son enquête débutait mal.

Il marmotta entre ses dents quelques paroles incompréhensibles,

remonta sur son siège et reprit le chemin de Moulins-sur-Allier où il

arriva d'une traite.

Là, il s'enquit des heures des trains, enjoignit à son domestique de

retourner à Bois-Peillot et le soir même il partait par l'express de

Paris.

Il descendit selon son habitude au Continental et dès le lendemain il

se mettait en quête du domicile de Romagny.

Le sculpteur travaillait dans son atelier lorsque le Normand se

présenta, expliquant, sur un ton qu'il s'efforça de rendre enjoué,

que, de passage à Paris, il n'avait pas voulu quitter la capitale

sans venir saluer l'hôte qu'il avait eu l'honneur de recevoir chez

lui aux deux époques les plus pénibles de sa vie.

Mais l'artiste le reçut plus que froidement, affectant de toucher à

peine la main que lui tendait le baron, le toisant comme une personne

que l'on connaît à peine.

L'honnête garçon ne pouvait songer sans frémir qu'il avait sans doute

favorisé les projets de suicide de Pauline, en l'aidant une certaine

nuit à tenir Pottemain éloigné de chez lui.

En vain le Sournois chercha à le faire parler en lui posant

d'insidieuses questions.

L'artiste resta impénétrable.

Quel nouveau piège cachait l'apparente bonhomie de l'abominable baron?

Et quels nouveaux projets inavouables avaient germé dans la cervelle

de cet astucieux criminel?

Il sut donc se tenir sur une réserve extrême, ne prenant même pas la

peine de dissimuler la répugnance qu'il éprouvait à répondre à ce

semblant d'interrogatoire.

Et il joua son rôle si parfaitement qu'à un moment le baron, dépité,

ne put se défendre de demander:

--Mais enfin, qu'avez-vous contre moi? En êtes-vous resté aux

racontars stupides de votre domino de l'Opéra? Ne me trouvez-vous pas

assez malheureux?

--Savez-vous bien, dit alors brusquement le sculpteur, que votre

femme était tout simplement un ange?

--Si je le sais! soupira le Normand.

--Vous l'avez rendue malheureuse!

--Moi? dit l'autre d'un ton de surprise. C'est une amère

plaisanterie, je l'adorais!...

--Alors comment expliquez-vous cette fin, sa fin volontaire et

prématurée... ce désespoir qui lui a fait préférer la mort à la vie

qu'elle menait à Bois-Peillot?

--Les desseins de Dieu sont impénétrables, répliqua avec onction

l'hypocrite Pottemain. Que dit l'Écriture: «Le Seigneur a donné! le

Seigneur a ôté! que son saint nom soit béni!»

--Eh bien! faites-vous ermite, il est temps! dit Romagny en tournant

le dos à son visiteur.

--Décidément, il n'y a rien à tirer de lui, pensa le baron en se

retirant, mais je le crois sincère. Il ne sait rien... Inutile de le

détromper et de lui faire part de ma découverte... Il n'a été que le

complice inconscient de Pauline... Elle ne lui a rien confié de ses

projets... Dans tous les cas, il était amoureux de ma femme... que

ne l'a-t-il enlevée!... Cela aurait mieux valu que ce semblant de

suicide. Au moins je l'aurais retrouvée!...

Désormais il n'avait plus d'espoir qu'en Charaintru, mais de celui-là

il était sûr d'obtenir la vérité, si le bonheur voulait qu'il sût

quelque chose...

Mais il n'y avait pas une minute à perdre. Une voiture le conduisit

de l'atelier de Romagny au petit hôtel que le gommeux habitait aux

Ternes.

Il arriva à temps; le vicomte faisait ses malles.

--Ah! mon cher Pottemain, s'écria Charaintru, que je suis heureux de

vous voir! Demain vous ne m'auriez pas trouvé! Je pars dans le Midi

recueillir une succession.

--Grand bien vous fasse! Mais ce soir vous m'appartenez et vous allez

venir dîner avec moi.

Pendant toute l'après-midi, le Normand affecta de n'entretenir son

ami que de banalités.

Il ne voulait pas laisser soupçonner au vicomte quel intérêt il avait

à être renseigné.

De son côté, et quelqu'envie qu'eût l'incorrigible bavard de raconter

sa singulière aventure, Charaintru garda un silence prudent.

Pendant le repas, Pottemain amena adroitement la conversation sur le

drame de Bois-Peillot.

Il dépeignit avec tant d'émotion attendrie la douleur qu'il avait

éprouvée à la suite de la mystérieuse disparition de Pauline que le

vicomte, allumé du reste par les excellents crus que ne cessait de

lui verser son amphitryon, ne put garder plus longtemps sa langue.

C'était là que l'attendait le Normand.

--Eh bien, mon cher ami, lui dit tout à coup Charaintru, il s'est

produit une coïncidence singulière, qui m'a très fort troublé et dont

je vais vous rendre juge... Dites-moi... Êtes-vous bien sûr que la

baronne soit morte?...

--Dame! fit Pottemain en tressaillant, vous savez comme moi que,

d'après les apparences, il n'y a pas lieu de douter.

--Eh bien, moi qui vous parle, j'ai rencontré un jour, place

Saint-Sulpice, une femme qui ressemblait si étonnamment à la baronne

que j'eusse donné ma main à couper que c'était elle!

--Allons donc! Vous l'avez accostée?

--Je n'ai pas osé, mais je l'ai suivie... J'ai interrogé la

concierge, et les renseignements que j'ai recueillis ont établi que

je m'étais trompé... Mon inconnue habitait depuis assez longtemps

avec son mari, un employé d'assurances nommé Darcy... Ce ne pouvait

donc être la baronne Pauline.

--Vous voyez bien! fit Pottemain, au fond fort désappointé de ce

dénouement.

--Mais ce n'est pas tout, continua Charaintru, qui s'animait en

parlant. Et voyez combien le hasard est étrange... La concierge

m'avait montré le mari de la dame, qui, justement, rentrait à ce

moment... Or, quelques jours plus tard, je rencontre, au café de

la Paix justement, notre ami de Guermanton... Nous nous installons

à la terrasse... Il me raconte qu'il est de passage à Paris, où il

est venu chercher un intendant pour sa terre de Rouchamp dans la

Nièvre... A ce moment précis, ledit intendant paraît et vient serrer

la main de son futur patron, qui est en même temps un de ses plus

vieux amis... et quelle n'est pas ma stupéfaction de reconnaître

dans le nouveau venu, le mari de la pseudo-Pauline! Je vous dis

qu'il n'y a rien d'invraisemblable comme la vie... Voyez-vous cette

coïncidence. Mais qu'avez-vous donc, cher ami, fit tout à coup

Charaintru en voyant la face de Pottemain blêmir...

--Je n'ai rien... je vous remercie, rien du tout! balbutia

Pottemain... Ah! Charaintru, vous venez peut-être de me rendre un

signalé service... Où dites-vous que demeure ce... Darcy et sa femme?

--Mais... rue de Vaugirard, 90... dit le vicomte interloqué.

--Merci! merci!

Le baron sonna, régla l'addition et serra une dernière fois la main

de Charaintru.

--Mais où allez-vous?

--Ne vous inquiétez de rien... Je vous tiendrai au courant... Vous

aurez bientôt de mes nouvelles.

--Tous ces gens sont fous! pensa le vicomte en voyant Pottemain

s'éloigner. A moins que peut-être je n'aie eu la langue trop

longue... Voilà ce que c'est que de mettre toujours les _pieds dans

le plat_! Ah! tant pis, le mal est fait! N'importe! je voudrais tout

de même bien savoir ce qu'a dans l'esprit ce sournois de baron!

--J'aurais dû m'en douter! pensait de son côté le Normand. Toute

cette histoire était concertée entre Pauline et ce damné Guermanton!

Mais que vient faire là-dedans ce Darcy, qui passe pour son mari...

Car c'est bien elle, c'est bien Pauline! Il n'y a plus à douter...

J'en aurai le cœur net! C'est égal, la chance commence à me sourire

de nouveau... Cet imbécile de Charaintru m'aura sauvé sans s'en

douter... Ah! elle est mariée... ou du moins elle se fait passer pour

l'être... Eh bien, à nous deux, la belle Pauline!

Le baron se jeta dans une voiture et se fit conduire rue de Vaugirard.

--Mme Darcy? demanda-t-il à la concierge.

--Il y a longtemps qu'elle ne demeure plus ici, répondit la vieille,

M. et Mme Darcy habitent la campagne... dans la Nièvre, où monsieur

est intendant.

--Ont-ils demeuré longtemps dans cette maison?

--Non... monsieur, quelques mois seulement.

--Bien, je vous remercie, madame, dit le baron en glissant une pièce

dans la main de la concierge.

--Ah ça! se dit la vieille, qu'est-ce qu'ils ont donc tous après mes

anciens locataires?

--Allons! c'est bien elle, murmura le baron en regagnant sa voiture,

je suis sur la bonne piste, je crois que cette fois-ci... je tiens

mon affaire! Sus aux Darcy de la Nièvre!

Barbe-bleue · 第 32 / 38 题