semblables. Il y vient un peu moins de monde ; on y débite également
du dolo.
En dehors du marché, il existe un faible trafic permanent entre
le sel, les ânes, les chevaux et surtout les captifs, qui sont la
base de toute transaction dans le Mossi. C’est son seul produit ;
c’est avec lui qu’il achète les chevaux, le sel, les kola. Les
ânes sont échangés aux Haoussa pour des étoffes, ou à Salaga
pour des kola avec quelques petits objets de provenance européenne,
ou encore des étoffes de Kano.
Les kola valent ici de 25 à 50 cauries, suivant la grosseur. Le sel
(la barre) coûte, suivant son poids (30 à 35 kilos), 30 à 35000
cauries.
Le captif adulte, de 50 à 65000 cauries ; le cheval, 2, 3 ou
4 captifs.
Il n’est pas possible de faire l’acquisition d’un cheval sans
captifs, les cauries étant excessivement rares ici : il faudrait
vendre pendant plus de six mois pour réunir les 250000 cauries
nécessaires à l’achat d’un cheval.
Il n’y a peut-être pas dans tout Waghadougou un homme pouvant
compter séance tenante 20000 cauries. Dès les premiers jours de
mon arrivée je m’en suis rendu compte : je comptais beaucoup plus
rapidement les cauries que les Mossi, tandis que les gens de Kong
et les Mandé Dioula en général comptent avec une dextérité que
je n’ai jamais pu atteindre. Un peu plus tard, l’imam et deux
autres musulmans auxquels je croyais quelque aisance sont venus me
supplier de leur acheter leur bague en or de la grosseur d’une
petite ficelle ; ils en ont accepté chacun 1500 cauries. Je les
ai payées au taux de Kong. C’est presque une preuve de misère,
puisque l’or est excessivement rare dans le Mossi et qu’on ne
s’en défait qu’à la dernière extrémité.
A partir de Kong et jusque dans le Mossi, on voit, en fait d’argent,
le thaler à l’effigie de Marie-Thérèse, frappé au millésime
de 1780, et quelques piastres mexicaines. Ces pièces d’argent
ne sont jamais utilisées comme monnaie : les noirs s’en servent
comme bijoux et en font faire des bracelets. Leur prix varie selon
qu’elles sont plus ou moins neuves ; un thaler bien propre et neuf
(valeur 5 fr. 50 d’argent) peut s’échanger contre 3500 à 4000
cauries. En chiffres ronds, 1 franc vaudrait 800 cauries. Quant
à la valeur de la piastre mexicaine, elle varie de 2000 à 2500
cauries. Il faudrait bien se garder de croire qu’il est possible
de faire n’importe quel achat avec de l’argent. On pourrait au
besoin arriver à se défaire de quelques pièces à ce prix, mais
alors que rapporterait-on en échange ? des ânes ou des chevaux,
du sel ou des captifs ? Le noir n’acceptera pas en payement rien
que de l’argent : il en prendra bien huit ou dix pièces pour en
faire des bijoux, mais pas davantage, car il craindrait de ne pouvoir
s’en défaire sans perte et ne l’accepterait pas.
A Kong et à Djenné on compte par _sira_ (200 cauries) et par _ba_
(800 cauries). Dans le Dafina, quand on achète ou vend, on spécifie
si c’est le ba et le kémé des Dioula ou bien le ba et le kémé
du Mossi, car les Mossi ont le système décimal. Leur première
grande unité est 100 (_kouapakha_ ou _kobchi_) ; vient ensuite 1000
(_toucéri_).
Les étoffes de provenance haoussa n’arrivent pas toutes par le
Libtako, mais surtout par Salaga. Ce qu’il y a de curieux, c’est
qu’elles se vendent moins cher ici qu’à Salaga. Ceci s’explique
facilement : il suffit de se poser cette simple question : « Que
vendent les Mossi à Salaga ? — R. Des captifs et des ânes »,
le sel gemme en barres revenant plus cher rendu à Salaga que le
sel marin. Or, si les Mossi vendent leurs captifs et leurs ânes,
ils se privent de leurs moyens de transport, ils sont donc forcés de
ne prendre des kola qu’autant que les autres moyens de transport
le leur permettent. Le reste des cauries qu’ils ont obtenues de
leurs ânes ou captifs[140] étant trop lourd, ils le convertissent
en étoffe, qu’ils revendent le même prix et souvent à meilleur
marché dans le Mossi, sans pour cela éprouver de perte, puisqu’on
leur a payé leur âne ou captif trois fois la valeur de ce qu’il
vaut dans le Mossi et le Yatenga.
Voici la nomenclature et la description des tissus de Kano et de
Sokoto qui arrivent par ces deux voies dans le Mossi :
1o Le _karfo_ qui est une coussabe (boubou) teinte à l’indigo et
brodée en lomas de même teinte. Il entre dans cette teinture une
grande quantité de gomme, de sorte que le vêtement une fois battu
et repassé[141] est très bien lustré. Une fois lavé, le lustrage
disparaît peu à peu. Il vaut, suivant qu’il est plus ou moins
luisant, de 10000 à 25000 cauries. Pour 15000 cauries, le boubou
est déjà fort beau.
Cet article ferait une concurrence très sérieuse à notre guinée
de Pondichéry s’il arrivait jusqu’au Ségou et au Niger, car si
les noirs savaient compter et comparer les cauries à l’argent,
il arriverait ceci : un karfo de 15000 cauries représente à
Waghadougou 15 francs en argent, au taux habituel, mais comme le
possesseur recherche ce métal, j’admets qu’il n’en obtienne
que 12 francs. Porté à Nyamina, Ségou ou Bammako, il pourrait
céder ce vêtement au même prix qu’un boubou en guinée et même
le vendre plus cher, puisqu’il est plus solide, plus joli, brodé
et tout terminé.
Or, à Ségou, un boubou en guinée revient à :
Une demi-pièce de guinée 12 fr. »
Confection du vêtement 2 fr. 50 (_ba kili_)
Broderies (au moins) 5 fr. »
---------
Total 19 fr. 50 (en chiffres ronds 20 francs).
2o Après le karfo, je citerai une autre coussabe, qu’on
nomme _noufa_, également de provenance de Kano. Ce vêtement est
confectionné en tissu teint à l’indigo, rayé de blanc ; de loin
le dessin paraît gris, il est richement orné, sur le devant et
dans le dos, de lomas brodés en soie blanche indigène. Le prix de
ce vêtement varie entre 35000 et 50000 cauries, suivant la qualité
de l’étoffe, les broderies étant toujours les mêmes.
3o Vient ensuite le pantalon ou culotte longue en noufa brodé et
soutaché en soie verte ou rouge. Il vaut ici de 20000 à 30000
cauries.
4o Une jolie couverture rayée de bleu de diverses nuances, bien
confectionnée, avec de très belles teintes ; elle se fabrique en
deux ou trois largeurs de 60 centimètres chacune, et vaut 12000
cauries en deux largeurs et 15 à 18000 en trois.
Les Haoussa sont des gens très adroits et industrieux. Ces tissus
sont relativement à bon marché, quand on songe au temps que met
un noir à la confection de semblables effets. Ce qui m’a paru
intéressant, c’est de voir que les Haoussa savent produire des
tissus de 60 centimètres de largeur, tandis qu’à Kong même et à
Djenné les largeurs maxima sont de 20 centimètres seulement. Toutes
ces étoffes sont pliées avec goût et très uniformément, elles
sont en outre emballées dans du papier et ficelées.
J’ai réussi, avec beaucoup de peine et à force de patience, à
me procurer des échantillons de ces divers tissus et vêtements,
ne sachant pas si j’irais ou non à Salaga.
Il n’y a pas beaucoup de ces étoffes dans le Mossi ; les mouvements
vers Salaga sont momentanément suspendus à cause des cultures,
et, d’autre part, il m’est très difficile de me procurer des
cauries. Je comptais beaucoup sur mes étoffes rouges de Kong, mais
je n’ai pu m’en défaire que d’une partie, avec un bénéfice
de 2 à 3000 cauries seulement par pièce. J’ai réussi aussi à
me procurer des cauries avec du cuivre en barres, du bleu en sachets,
un peu de corail à bon marché, de l’étoffe rouge pour bonnets et
servant à recouvrir des gris-gris, quelques turbans à bon marché,
du velours pour bonnets, un peu de coutellerie et des glaces. Comme je
l’ai dit plus haut, la femme, qui ailleurs achète tant d’objets
d’Europe pour se parer, ne peut s’en procurer que rarement dans le
Mossi, de sorte que ce n’est qu’avec les plus grandes difficultés
qu’on arrive à vendre quelques articles pour femmes.
Les Mossi ont la réputation d’être d’excellents tireurs
d’arc ; leur arme est certainement la mieux conditionnée que
j’aie vue jusqu’à présent. Encore actuellement ils ont fort
peu de fusils. L’entourage des naba seul possède des armes à
feu. La plupart d’entre elles sont de fabrication française
(arme réglementaire à silex), modèle 1822, marquées Pellekerin,
B... et Cie (maison de Saint-Louis).
Le Mossi est maintenant un pays engourdi, qui s’est laissé dépasser
en civilisation par tous les peuples voisins qui l’environnent. Le
Djenné, le Yatenga, le Macina, le Djilgodi, le Haoussa, le Dagomba,
le Kong sont tous beaucoup plus avancés et plus prospères que le
Mossi. Favorisés par la nature, qui leur offre un territoire presque
en entier propre à la culture, les Mossi se reposent, cultivent ce
qui leur est nécessaire pour vivre, _mais pas plus_, de sorte que,
s’il n’y a pas de malheureux dans ce pays, on peut dire qu’il
n’y a pas non plus de gens riches. Tout le monde vivote, pour me
servir d’une expression vulgaire, mais qui peint bien la situation.
Ce pays pourrait être riche, sa population est très dense
(environ 20 habitants par kilomètre carré). On peut dire qu’à
part l’élevage des ânes et du bétail, le Mossi ne produit
pas grand’chose. Il est tributaire de ses voisins pour tout, le
commerce y est à peu près nul, ses habitants sont apathiques au
dernier degré.
Ils n’ont presque pas de relations avec le Djilgodi et le Libtako,
et Salaga est bien négligé.
Les produits du sol ne suffisent pas à donner la prospérité à un
pays, il faut le commerce et l’industrie, chez les noirs comme chez
nous. Partout où à côté de l’agriculture l’homme s’occupe
aussi de commerce et d’industrie, le pays est prospère et se
développe. Nous en avons deux exemples frappants dans le Soudan :
le Mandé Dioula y prospère et le Peul y périclite.
Naba Sanom crie si souvent par-dessus tous les toits qu’il commande
à 333 naba et à plus de 10000 chevaux, qu’il finit par en être
persuadé lui-même. La réalité est que Waghadougou est la plus
grande agglomération du Mossi (5000 habitants au maximum, et les
autres centres, Mani, Yako, Boussomo, Sakhaboutenga, Pisséla,
Koupéla, Ganzourgou, ont au maximum 3000 habitants). Dans la
majeure partie des autres villages, le chiffre de la population varie
entre 50 et 500 habitants, ce qui est déjà fort beau pour un pays
nègre. D’après mes calculs, cela donne en moyenne une densité de
population de 15 à 20 habitants par kilomètre carré. Ses 333 naba,
à part ceux des grands centres que je cite, sont de simples chefs de
village, dont beaucoup n’ont même pas un cheval à monter. Quant
aux 2000 chevaux par-ci et 2000 chevaux par-là, j’ai dit plus
haut ce que j’en pensais. Comme situation extérieure, le Mossi a
été longtemps à l’abri des incursions de ses puissants voisins,
grâce à une ceinture de peuples inférieurs et en retard qui
constituaient autour de lui une sorte de rempart. Cette situation ne
peut se prolonger longtemps : Naba Sanom est un homme de trop peu
d’esprit, trop faible et trop mal conseillé pour perpétuer une
série d’années de paix qui, mises à profit, auraient pu apporter
quelque aisance à son pays.
A son avènement, Naba Sanom a été forcé de gouverner le Mossi
avec un despotisme sans bornes. De crainte de perdre le pouvoir il
s’est laissé entraîner à prendre des mesures trop excessives,
qu’il a été forcé de réduire. Quand ses grands vassaux ont vu
cela, ils ont pris ces concessions pour de la crainte et ont commencé
à travailler sourdement contre lui. Aujourd’hui les naba de Mani,
de Boussomo, de Yako et de Koupéla sont des forces avec lesquelles
Naba Sanom devra compter.
Avant peu, l’empire du Mossi se désagrégera, le pays s’organisera
en confédérations à l’instar du Bélédougou et du Yatenga.
C’est du reste un événement que nous, Européens, ne pouvons voir
que d’un bon œil. L’expérience nous a montré que dès qu’un
chef nègre commande à plus de 20000 âmes, il rêve un empire,
ses besoins augmentent, il cherche l’extension. Comme il n’a
point de budget, tout est déficit, et pour le combler il lui faut
faire la chasse à l’esclave. En confédération, les chefs arrivent
moins rapidement. Dès qu’il y en a un qui s’élève, les autres
confédérations peuvent s’allier et étouffer son ambition dans
le germe. C’est le seul moyen de faire régner la prospérité.
Une des grandes fautes que Naba Sanom vient de commettre, c’est
d’avoir fermé les yeux sur les agissements de Gandiari, qui lui
créera plus tard de sérieux embarras.
Ce Songhay a quitté il y a six ans le Zamberma pour passer le Niger à
Say et recruter d’autres Songhay sur la rive gauche du fleuve, dans
les régions désignées sur les cartes « Songhay indépendants ». Il
se promettait d’expéditionner chez les Bimba, dans le Boussangsi ou
chez tout autre peuple, suivant que l’occasion s’en présenterait.
Pour ne pas éveiller les soupçons et éviter de se faire fermer le
pays, il ne prit que quelques compagnons de route et marcha pendant
quelque temps à l’aventure, lorsque, sachant que le Mampourga Naba
se préparait à châtier des villages du Gourounsi, entre autres
Pou ou Poukha, Gandiari se dirigea à cheval sur Gambakha.
Il voyageait avec un ami nommé Alfa Hainou et n’était suivi
qu’à plusieurs jours de marche par ses compagnons dévoués.
Mais en arrivant il apprit que le parti musulman, craignant sans
doute que la guerre ne fît naître des difficultés encore plus
grandes dans les transactions futures avec le Gourounsi, faisait
tout son possible pour éviter une prise d’armes. Le Mampourga Naba
s’était laissé d’autant plus persuader, que sans l’appui des
musulmans de Gambakha et de Oual-Oualé il ne pouvait rien faire,
ses forces n’étant pas assez nombreuses. Et enfin, raison majeure,
cette guerre ne lui disait plus grand’chose, les _musulmans, et
par conséquent Dieu_, ne lui prêtant plus d’appui.
Gandiari, après avoir sondé les musulmans de Gambakha et de
Oual-Oualé, acquit la certitude qu’il n’y avait rien à faire
de ce côté. On lui donna le conseil de partir pour Karaga, le
naba de ce village, assez puissant, ayant formé, avec Daboya et
Kompongou, le projet de détruire deux ou trois villages du Gourounsi,
frontières du Dagomba. Gandiari et Alfa Hainou se rendirent donc
à Karaga. Possédant chacun un cheval, ils furent agréés avec
enthousiasme par le naba, et l’expédition fut organisée avec le
concours des gens de Daboya.
Les Gourounga ne possèdent ni chevaux ni fusils, aussi furent-ils
promptement réduits et la razzia de captifs fut considérable.
Une fois les quelques villages hostiles détruits, Daboya et Karaga
considérèrent le but comme atteint et se retirèrent.
Sur ces entrefaites, plusieurs autres villages du Gourounsi firent
des ouvertures aux chefs de colonne pour leur demander de les aider
contre des villages voisins. Gandiari n’eut pas de peine à retenir
quelques gens armés de Daboya et de Karaga, qui formèrent avec des
Songhay Zaberma le noyau de sa future armée.
Un ou deux succès faciles et la quantité de captifs qu’il razziait
lui valurent bientôt une réputation telle, que de toute part il lui
arriva des forces, constituées naturellement par des aventuriers
d’origines mossi, dagomba, gondja, gottogo, puis des Mandé de
tous les pays et des gens venant du Yorouba, mais principalement des
habitants de Oua et de Bouna. Au fur et à mesure que les succès de
Gandiari grandissaient, il lui arrivait des Songhay ; actuellement
ils sont les plus nombreux.
A la mort d’Alfa Hainou, Gandiari prit un nommé Babotou comme
lieutenant, et quand Gandiari lui-même mourut[142], il y a trois
ans, Babotou lui succéda en prenant pour auxiliaire un nommé Isaka,
dont je ne connais pas la nationalité.
Le souvenir que Gandiari a laissé est tellement vivace encore,
que partout on désigne ses troupes par son nom : jamais personne ne
se douterait qu’il est mort depuis si longtemps ; je crois même
qu’il y a beaucoup de noirs qui l’ignorent.
A l’heure actuelle, Babotou est maître de tous les pays qui limitent
le Mossi au sud et au sud-ouest. Le dernier centre de résistance du
Gourounsi était le gros village de Sati, situé à trois étapes au
sud de Ladio. Ce village pris, Moussa, son chef, fut décapité, et
Sati est pour ainsi dire la capitale des pays conquis et le centre
de rayonnement des colonnes qui vont piller. Sati est appelé par
les Haoussa Camp de Gandiari, « Sansanné Gandiari ».
Babotou se lassera évidemment d’envoyer des cadeaux en captifs à
Naba Sanom, et sous peu il deviendra pour lui un ami gênant.
Cependant ce dernier ne voit pas la situation, c’est un revenu en
captifs que lui sert momentanément l’autre. Bien mieux que cela, il
est assez aveugle pour convier Babotou à venir s’emparer de Lalé,
gros village situé sur la frontière du Kipirsi (à une journée
de marche de Waghadougou), devant lequel une attaque des Mossi,
mal dirigée, a échoué.
Quoique Naba Sanom fasse administrer son pays par 333 naba, comme il
le dit avec emphase, ses revenus ne sont nullement réglés. Il vit
d’aumônes et d’offrandes qui lui sont portées en vue d’obtenir
justice ou de lui faire quelque réclamation.
Il hérite dans certains cas, à défaut de postérité par
exemple. Il envoie aussi quelquefois une bande de ses gens prendre
quelques captifs dans le Kipirsi, ou bien il prête la main à des
entreprises de Wouidi, des chefs du Djilgodi et de Babotou. Mais ces
revenus ne sont pas suffisants, comme ceux de tous les chefs noirs,
chez lesquels il règne un gaspillage qui va toujours en croissant. De
sorte que ces souverains sont toujours forcés d’user d’expédients
pour se procurer des chevaux et d’autres ressources.
Si encore Naba Sanom groupait ses captifs dans les villages de
culture, et qu’il les fît se livrer à un peu d’élevage,
à l’instar de Tiéba, de Pégué et des gens de Kong, mais il
s’en soucie peu. S’il ne reçoit pas assez de mil comme cadeaux,
il fait vendre ses captifs pour s’en procurer.
En résumé, la situation du Mossi n’est pas prospère, mais sous
une sage administration et avec un chef énergique elle pourrait
le devenir.
Les terrains de culture sont nombreux et produiraient en abondance,
outre les céréales : le coton, l’indigo, le tabac, les piments,
la graisse de cé, tous produits plus rémunérateurs que le mil et
le riz.
Le tissage et la teinture devraient prendre également de
l’extension, sans compter l’élevage des chevaux et des ânes.
Ils pourraient également trouver quelques ressources en créant
l’industrie mulassière, mais les Mossi sont trop apathiques, trop
engourdis et surtout trop mal gouvernés, pour que leur situation
s’améliore. Je crains pour eux, dans un temps plus ou moins
éloigné, leur anéantissement par les Songhay, qui commencent de
nouveau à se réveiller après une somnolence de près de trois
siècles. Babotou fera la guerre au Mossi.
★
★ ★
Quelques mots sur le Yatenga.
Contrairement à ce que Barth avait compris, il ne s’agit pas
d’une ville : le Yatenga est une vaste contrée qui sépare le
Macina du Mossi ; elle est limitée au nord et à l’ouest par les
États foulbé du Macina et le territoire des Tombo : au nord par
le Djilgodi à l’est par le Mossi, au sud par le Kipirsi, et à
l’ouest par les Bobo-Oulé.
Ce pays est organisé en confédérations, à la tête desquelles sont
des naba puissants, qui semblent reconnaître l’autorité de celui
de Ouadiougué, le centre le plus important. Les autres résidences
de naba sont : Toukhé, Kindi, Alasko, Kalanka et Kalsaka.
Le Yatenga est peuplé de races diverses. Le fond de la population
est d’origine mossi, mais il y a de nombreux villages songhay,
tombo, peul et bobo-oulé.
Quelques-uns de ces peuples ont des cases en pierre, m’a-t-on dit,
mais les habitations sont aussi misérables que si elles étaient en
briques séchées au soleil.
Le pays est peu arrosé, on ne trouve l’eau que dans des puits ;
il y a peu ou point de marécages.
C’est un pays d’élevage ; il fournit des chevaux au Mossi et
au Dafina. Dans toute cette partie du Soudan, les chevaux du Yatenga
sont renommés.
Le pays produit du tabac en grande quantité. Les habitants sont des
fumeurs extraordinaires. Hommes, femmes, enfants ont toujours la pipe
à la bouche.
Le Yatenga est en communication avec le Macina et le Mossi, par
une route qui passe à Ouadiougué et se rend de Waghadougou à
Bandiagara ; il est en relations avec le Dafina par un chemin se
dirigeant sur la colonie foulbé de Baréni, résidence de Wouidi.
Il n’est pas rare de voir le Yatenga s’allier à Wouidi et aux
contingents kipirsi pour faire des razzias d’esclaves dans les
régions avoisinantes.
FIN DU TOME PREMIER
NOTES :
[Note 1 : Voir appendice II, la nomenclature des objets emportés.]
[Note 2 : Titre religieux (_imam_).]
[Note 3 : Matelots indigènes.]
[Note 4 : Cotonnade teinte à l’indigo, fabriquée exclusivement
à Pondichéry et à Chandernagor.]
[Note 5 : Soldats indigènes.]
[Note 6 : Caste de chanteurs et de musiciens.]
[Note 7 : Vêtement en cotonnade, sorte de blouse ample.]
[Note 8 : 800 cauries font 1 _ba_, 80 cauries font 1 _kémé_, 1600
cauries ou 2 ba valent 5 francs en argent.]
[Note 9 : Il y a en permanence dans les deux villages, y compris le
transit : 30 charges de kolas de 25 kilogrammes, 50 barres de sel,
120 captifs de tout âge et des deux sexes, une trentaine d’ânes,
10 à 15 bœufs porteurs, et un chiffre variable de chevaux à vendre
(de 3 à 10).]
[Note 10 : Espèces d’arbres dont il est parlé plus loin.]
[Note 11 : Voir pour renseignements complémentaires le chapitre Kong.]
[Note 12 : Ouvriers en bois d’origine peule.]
[Note 13 : _Rek_ est un mot wolof que Diawé croit français ; il
veut dire : « sans hésitation, sans restriction ».]
[Note 14 : Notes sur les croyances et pratiques religieuses
des Bammana, par le docteur Tautain, ex-médecin de la mission
Gallieni. (_Bulletin de la Société d’Anthropologie_, 1880.)]
[Note 15 : Comme on peut s’en assurer, ces renseignements, quoique
vagues, sont empreints d’exactitude. Je les laisse subsister pour
que l’on puisse comparer.]
[Note 16 : Dans tous les manuscrits le nom est resté en blanc.]
[Note 17 : Depuis j’ai appris que ce village est abandonné ;
il est situé à quelques kilomètres au nord de Tiola.]
[Note 18 : Posidonius, ap. Athenæus lib. IV. cap. 13.]
[Note 19 : Voir le chapitre de Fourou pour leurs _diamou_ (nom de
famille ou de tribu) et pour les idiomes qu’ils parlent.]
[Note 20 : Voir page 103.]
[Note 21 : La population totale des États de Samory s’élève à
280000 habitants ; quant à ses pays de protectorat, ils n’ont
fourni que des contingents très faibles pendant cette guerre. Le
Ouorodougou n’a pas fourni un homme et le Toma non plus.]
[Note 22 : Sorte de tubercule, ayant le goût d’un mauvais navet.]
[Note 23 : _Sofa_ ou _soufa_, comme l’a dit le docteur Tautain,
veut dire textuellement _père du cheval, palefrenier_. En principe
ils n’avaient que cette fonction, mais par la suite on a étendu
cette appellation à tout ce qui porte un fusil.]
[Note 24 : J’ai vu un griot parcourir une ruine avec un piston
d’enfant (jouet qui se vend 1 à 2 francs dans un bazar).]
[Note 25 : Depuis, c’est-à-dire vers le 20 octobre, Tiéba
s’était même emparé du diassa de Baffa et en avait exterminé
la garnison.]
[Note 26 : Sikasso est le nom par lequel les Mandé désignent le
village, les Sénoufo le nomment Sikokana : _so_ veut dire, en mandé,
« village », et _kana_ veut dire la même chose en sénoufo.]
[Note 27 : J’ai vainement demandé depuis où était situé ce pays,
personne ne le connaît ni n’en a entendu parler.]
[Note 28 : Les patates et ignames en purée, mangées avec cette sauce,
sont très bonnes ; c’est un plat recommandable pour l’estomac
européen.]
[Note 29 : Lenguésoro porte aussi le nom de Lensoro et Sorydianebara.]
[Note 30 : Kouroudougou ne veut pas dire, comme son étymologie semble
l’indiquer : pays des pierres ou des montagnes. Ce sont ses habitants
qui portent le nom de « Kourou ».]
[Note 31 : On apporte du Gantiédougou beaucoup de citrons à
Tiong-i. Je les achetai toujours sur ce marché à raison de 1 caurie
pièce, ce qui met le prix à 30 centimes le cent.]
[Note 32 : Étant à Ouolosébougou, un brave Kouloubali de Nobougou
(État de Ségou) vint près de ma case et offrit quelques cauries
à un de mes hommes, lui demandant en échange de voir le _toubab_
(Européen). Mon ânier lui dit que cela ne coûtait rien et qu’il
allait lui faire voir le blanc tout de suite ; le Kouloubali demanda
alors mon nom et on lui répondit, pour lui faire une farce :
« C’est un Diara ».