des arbres portant des fruits d’une forme oblongue à très petit
noyau ; ils sont bien charnus et constituent un excellent dessert. Je
n’ai encore rencontré cette variété nulle part ailleurs.
On cultive le petit mil (_sanio_) et le sorgho blanc (_bimbiri_). Les
bas-fonds sont utilisés pour la culture du riz, qui vient très bien
et est aussi beau que le riz Caroline.
Le maïs n’est cultivé qu’aux abords des villages. Il en est de
même de l’indigo, du coton et du tabac. Il est regrettable que
ces trois dernières cultures ne soient pas poussées avec plus de
vigueur ; ce sont des produits relativement chers, à l’aide desquels
les Mossi pourraient se créer des ressources, surtout avec le tabac,
qui est d’une qualité supérieure aux variétés que j’ai vues
jusqu’à présent.
Partout où j’ai passé, les noirs m’ont vanté la richesse de
production de chevaux et d’ânes du Mossi. Avant d’entrer dans
ce pays j’étais persuadé que tous les chevaux qu’on rencontre
dans les États de Kong étaient des produits du Mossi. Ce que les
indigènes ne me disaient pas, c’est que les chevaux, s’ils
viennent du Mossi, y ont passé en transit, si l’on peut se servir
de cette expression.
Ils viennent tous du Yatenga, qui en prend peut-être lui-même une
partie dans le Macina, dont il est voisin.
Il est incontestable qu’il y a des chevaux dans le Mossi, mais il
n’y a pas ou peu de juments. Nous avons vu Boukary Naba aller à
la fête à Sakhaboutenga avec vingt chevaux, dont cinq ou six ne
lui appartenaient pas.
Dans ce dernier village il y en a peut-être autant. A Waghadougou, y
compris les chevaux de Naba Sanom, il n’y a pas quarante bêtes. Il
est vrai que le climat de Waghadougou a la réputation d’être
funeste aux chevaux, et qu’il y en a peut-être plus ailleurs. A
Mani, par exemple, on peut trouver assez facilement des chevaux,
ce village n’étant éloigné que de deux journées de marche du
Yatenga ; mais, tout compte fait, nous sommes bien loin des deux
mille chevaux par-ci, des trois mille chevaux par-là qui, sur un
signe de Naba Sanom, viendraient à Waghadougou. C’est une fable. Si
l’on voit quelques chevaux[125] dans les grands villages du Mossi,
c’est qu’ils ne coûtent pas cher dans le Yatenga : 3 ou 4 captifs,
d’une valeur moyenne de 60000 cauries chacun.
Les chevaux provenant du Yatenga qu’on voit ici sont de deux races
bien distinctes.
La plus commune a, sans en avoir les qualités, tous les autres
caractères du cheval arabe : tête fine, encolure courte, membres
grêles et croupe fuyante, crinière et queue très longues. Les robes
qu’on rencontre le plus souvent sont bai, alezan, gris, isabelle
et rouan ; ces trois dernières variétés ont toutes du ladre au
chanfrein. Il est rare de rencontrer des chevaux sans balzanes. Dans
cette race il y a beaucoup plus de chevaux de rebut que de bêtes de
prix ; c’est le cheval arabe dégénéré. Quand le poulain atteint
un an, il est monté, ne se développe plus, s’enselle et est hors
de service à l’âge où en Algérie et en France il commence à
rendre des services.
[Illustration : Races de chevaux.]
Comme dans toutes les régions soudanaises, les robes et les balzanes
entrent en ligne de compte pour la valeur des chevaux ; il est même
très curieux de voir que pour cela ils ont les mêmes croyances que
les peuples musulmans.
Car, si l’on en croit le Prophète :
Le plus vite des chevaux est l’alezan,
Le plus résistant est le bai,
Le plus énergique le noir,
Le plus béni celui qui a le front blanc.
Il en est de même pour les balzanes. Les Mossi, comme le général
Daumas, disent :
Balzane 1 : cheval commun.
Balzanes 2 : cheval de gueux.
Balzanes 3 : cheval de roi.
Balzanes 4 : cheval à abattre.
L’autre race, que nous pouvons appeler, jusqu’à plus ample
information, cheval du Yatenga, n’a rien du cheval arabe. C’est une
belle et forte bête, ayant les caractères de notre cheval de dragons,
environ 1 m. 57 à 1 m. 62. Il se distingue par une tête fine et bien
attachée, les membres inférieurs forts, bien musclés, un sabot large
et la corne bien consistante, un beau poitrail large, la crinière
et les crins de la queue courts. Les robes les plus communes sont :
différents bai et alezan. C’est un véritable cheval de guerre,
une bête que nous devrions avoir dans notre Soudan pour remonter nos
spahis. Je suis persuadé qu’on doit mettre beaucoup de soins à
les élever et que les saillies ne sont pas l’effet d’un hasard,
comme cela a lieu en général. Les poulains ne sont pas montés trop
jeunes non plus, et tous ont un très beau dessus ; malheureusement
ces chevaux ne subissent aucun entraînement. En permanence au piquet
et entravés même quand on les mène à l’abreuvoir, ils ne sortent
et ne sont montés quelquefois que tous les huit jours, et encore ! De
sorte que quand une bête semblable doit faire campagne ou marcher
tous les jours pendant deux ou trois mois, même sans fatigue pour
un animal un tant soit peu entraîné, elle dépérit et meurt. Les
produits de ces deux races mélangées donnent un petit cheval court et
robuste ayant les caractères d’un petit cheval de trait d’Europe.
Les naba qui possèdent deux ou trois belles bêtes de la race yatenga
les font entourer de soins. Chaque animal a son captif, gamin de dix
à douze ans, qui ne le quitte pas, et le tient en main à l’aide
d’un licol et d’une cordelette en crin. Ces petits palefreniers
les bourrent de fourrages, toujours des graminées vertes, qu’ils
leur introduisent de force dans la bouche, leur présentent de
temps à autre un morceau de sel à lécher, et leur préparent des
barbotages au son de mil. A l’aide d’une palette en cuir, ils
chassent les mouches ; ils reçoivent le crottin et les urines dans
une calebasse. Avec des ciseaux fabriqués dans le pays, on fait les
crins et coupe les poils des oreilles, mais on ne sait pas faire les
pieds : jamais un sabot n’est rogné. Tous les deux ou trois jours,
les animaux sont graissés au beurre de vache ou au beurre de cé.
Les médications en usage contre la constipation ou le manque
d’appétit des chevaux sont de six espèces. Je les donne à titre
de curiosité, leur efficacité n’étant pas absolument prouvée.
Pour le manque d’appétit, quand le cheval refuse le mil :
1o Poivre long avec la cosse, appelé en mandé _kani_[126] (environ
10 poignées).
Poivre renfermé dans une coque, appelé en mandé _niamakou_[127]
(environ 30 noix), petit piment rouge appelé _foronto_ ou _mousso
kani_ (2 poignées), sel, environ 600 à 800 grammes.
Le tout, pilé dans un mortier, est introduit dans le gosier du cheval,
à l’aide d’une petite corne. L’animal est mis à la diète et
ne reçoit à boire que six heures après.
2o Pilules de bouse de vache mélangée à de la cendre (environ
40 grammes).
3o 50 grammes d’un sel dont je rapporte un échantillon ; on le
nomme _baboé_ en mossi ; il provient du Bornou.
4o Pilules de farine de mil mélangée à environ 400 grammes de
piment rouge et 500 grammes de sel.
On emploie contre la constipation :
1o Une purge d’un sel de provenance du Haoussa, nommé _konri_
en mossi et en haoussa.
2o Infusion de l’écorce d’un arbre appelé _seguéné_ en mandé.
J’ai usé de ces médicaments pour mes chevaux, ce qui ne les a pas
empêchés de mourir, jusqu’à présent, au bout de quatre ou cinq
mois de travail. Les animaux, dès qu’ils font un peu de service,
sont vite atteints de fièvre paludéenne, qui se change bientôt en
accès pernicieux, ou détermine l’anémie, et les noirs n’ont
pas de médicament pour cela.
Nous savons heureusement mieux qu’eux soigner nos animaux, et
il n’est pas rare de voir un cheval indigène faire toute une
campagne sur le Niger (dix mois), ce qui n’arrive jamais chez
les noirs. J’ai vu les chevaux qui restaient à Samory au mois
d’août 1887 devant Sikasso ; c’était leur cinquième mois de
campagne, dont quatre mois de séjour sans fatigue devant Sikasso,
et aucun d’eux n’aurait été capable de faire 100 kilomètres
en 5 jours. Parmi eux, il y en avait même qui n’avaient que deux
ou trois mois de service, Samory renouvelant ses chevaux au fur et
à mesure de ses ressources en captifs.
Je suis persuadé que nos vétérinaires employés dans le Soudan
français, en mettant en pratique les observations qu’ils ont
faites ou feront pendant des séjours répétés dans notre colonie,
arriveront à combattre victorieusement l’affection paludéenne
chez les chevaux, et peut-être même à enrayer son développement ;
de même que si on leur en fournit les moyens, ils arriveraient,
en employant l’étalon du Yatenga, à nous créer une qualité
de chevaux qui nous dispenserait de faire venir onéreusement des
chevaux d’Algérie, qui ne résistent pas[128].
Quel est le peuple qui a importé le cheval au Yatenga ? Nos
recherches nous l’apprendront peut-être plus tard ; toujours est-il
incontestable que ce cheval a conservé le type arien. Si l’on en
croit les savantes études de Piètrement[129], le cheval arabe ne
serait même autre chose qu’un cheval arien ; si donc les anciens ont
réussi à acclimater le cheval arien en Algérie et dans le Yatenga,
nous devrions arriver à en faire autant, et même mieux, car il faut
admettre que les connaissances vétérinaires sont plus étendues
actuellement qu’elles ne l’étaient il y a vingt siècles. A-t-on
essayé d’acclimater en Afrique, et en particulier dans le Soudan,
des chevaux d’Europe ?
Si je me suis écarté de mon sujet en effleurant cette question,
j’ai tenu simplement à soumettre mes propres observations aux gens
compétents, mes connaissances n’étant pas assez étendues pour
me permettre d’entrer dans des détails plus techniques, c’est
aux gens du métier à la traiter plus complètement.
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★ ★
Si le Mossi produit peu de chevaux, il est incontestable que c’est
un pays de productions d’ânes. Il semblait cependant jadis plus
prospère qu’actuellement, si l’on s’en rapporte à Barth, qui
signale à son passage à Dôre un convoi d’ânes _considérable_
acheté par des gens d’Ahmadou, cheikh de Hamdallahi. Aujourd’hui,
quoiqu’on trouve des ânesses dans tous les grands villages,
il est moins facile de se procurer des ânes qu’à Bakel ou à
Médine[130]. Leur prix est ici relativement élevé, il varie entre
30000 et 35000 cauries pour un mâle, et pour cette même somme on
peut se procurer à Kong, Dioulasou, dans le Lobi et le Gourounsi
environ 60 francs d’or ; ce prix ne diffère pas sensiblement de ce
qu’on paye les ânes dans les postes cités plus haut, lorsqu’on
les achète payables en guinée. J’ajouterai encore que les ânes du
Mossi sont bien moins résistants que les ânes de Bakel. Dès qu’ils
travaillent un peu, ils dépérissent ; j’en ai fait l’expérience
dans la suite de mon voyage. Ainsi, sur cinq belles bêtes achetées
à Oual-Oualé, j’en ai perdu quatre jusqu’à Salaga. La cause
du peu de résistance de ces animaux tient à ce que jamais ils ne
voyagent en hivernage et qu’en saison sèche leur entraînement
se borne à un ou deux voyages de Oual-Oualé à Salaga. Toujours
à l’abri de la pluie dans les villages, ces animaux ne sont plus
propres à rien au bout de deux ou trois jours de route, et meurent
infailliblement, n’étant pas habitués aux intempéries. L’âne
du Mossi a en outre l’échine excessivement longue, il est moins
ramassé que le bourricot court des Maures et de notre Soudan.
Un de nos camarades, qui s’est occupé de zootechnie pendant son
séjour dans le Soudan français, dit qu’il n’existe qu’une
race d’ânes dans le Soudan, et qu’il est en train de s’en
créer une autre par le croisement d’ânes algériens noirs avec
des ânesses indigènes.
Je ne suis pas assez compétent pour affirmer le contraire, mais je me
permets ici de faire remarquer que s’il n’existe qu’une race,
il existe _six_ variétés d’ânes qui _diffèrent essentiellement
entre elles_ par les qualités et le degré de résistance plus ou
moins grande qu’elles offrent ; ces variétés sont connues de
tous les indigènes qui voyagent. Je les énumère en classant les
meilleures les premières :
1o Le bourricot gris roux (rouan)
appelé _bala_ en mandé et _diabiyangué_ en sonninké.
2o — noir-brun, au-dessous du en mandé et en
ventre blanc, _gombing-é_ sonninké.
3o — gris-souris, _sarfatté_ — id. —
4o — gris tirant sur le blanc,
sale _sakhanné_ ou _saguéné_ — id. —
5o — pie (noir et blanc), _fanto_ — id. —
6o — pie (gris et blanc
ou rouan et blanc), _kaba_ — id. —
Parmi les trois dernières catégories on trouve rarement des
animaux de choix ; ils sont toujours d’un prix moins élevé que
les _sarfatté_, qui eux-mêmes sont moins chers que les _bala_ et
_gombing-é_. Ces deux dernières variétés sont des animaux de choix,
d’un degré de résistance à toute épreuve ; ils se distinguent
en outre par leur sobriété ; ceux qui ont été élevés chez les
Maures, par exemple, n’ont pas besoin de mil, ce qui ne les empêche
pas de travailler comme les autres.
Parmi les _sarfatté_, on trouve encore beaucoup de bons animaux,
mais ils sont bien moins résistants que les bala et les gombing-é.
Quand on a soin de n’acheter que des animaux dont les deux crochets
ont percé, on est à peu près sûr de ne pas en perdre[131]. Plus un
âne a travaillé, meilleur il est ; il franchit sans hésitation les
passages difficiles, les gués, et se laisse facilement charger. J’ai
eu des âniers qui conduisaient jusqu’à trois ânes chargés à
70 kilos, à l’aide du bât indigène (_tarfadé_).
On trouve ces six variétés répandues, dans des proportions très
variables, chez les Maures, à Bakel, à Médine, dans le Kaarta,
le Bakhounou, le Ségou, le Macina, le Yatenga, le Mossi[132] et le
Haoussa[133]. L’autre race, le _dafing_ (bouche noire), n’existe
que dans le Dafina, ou, pour mieux dire, je n’en ai vu que là.
On peut dire que le Soudan est un des pays qui produisent les ânes
les plus remarquables.
Il y a deux espèces de moutons dans le Mossi, toutes les deux à
poil ras, l’un est petit (valeur 3500 à 4000 cauries), l’autre
est le grand mouton maure (valeur 6000 à 7000 cauries).
Le bœuf le plus répandu ici est le zébu, dont j’ai vu des sujets
remarquables par leur taille et leur bon état (valeur d’un bœuf
moyen, 13000 à 15000 cauries).
[Illustration : Anes.]
Le Mossi a cela de commun avec la plupart des autres nègres
soudaniens, c’est qu’il n’existe pas de type assez répandu pour
qu’on puisse dire : « Voilà un vrai type mossi ». On y rencontre
des gens ressemblant à s’y méprendre aux Wolof, aux Mandé des
bords du Niger et même aux Haoussa. Il m’est donc bien difficile
d’en faire le portrait.
Je me bornerai à rappeler que l’on peut diviser la population
du Mossi en deux races. L’une, la plus nombreuse, non musulmane,
est assez ancienne pour qu’on puisse la considérer jusqu’à un
certain point comme autochtone ; on distingue ses sujets sous le nom
de _Mor’o_ et _Moss’i_. L’autre, musulmane, d’origine mandé,
est venue des bords du Niger à l’avènement du roi Bammana, Ngolo,
entre les années 1754 et 1760. Elle est appelée par les Mor’o :
ia _dé_ r’a. Ces immigrants habitent en général les grands
villages ; quelques-uns de ces centres ont même été créés par
eux, tels sont : Mani, Yako, Waghadougou, dont l’étymologie est
mandé. Ils ont les prénoms musulmans que l’on rencontre chez les
Sonninké de Sâro et dans le Djenné. Exemple : Abd er-Rahman, Isaac,
Yako, Seybou, Boubakar, Mouça, Alassane, Idriza, etc.
Les autochtones ont des noms de plantes, de choses ou d’animaux,
comme les Siène-ré. Ils sont fétichistes, mais ont eu pour culte
le soleil, qui porte encore aujourd’hui le même nom que Dieu :
ils l’appellent _Wouidi_.
Ces deux peuples sont déjà fortement mélangés : il est impossible
de les différencier aux tatouages, qui varient à l’infini. Je
reproduis à la fin du volume ceux que j’ai eu l’occasion de
relever pendant mon séjour. Ces différences marquent probablement,
comme chez les Mandé (Bambara), les diverses tribus.
Le tatouage du Mossi consiste : 1o en cicatrices sur les joues,
partant des tempes pour finir au menton ; 2o en cicatrices allant du
nez à la joue ; 3o quelquefois en marques sur le front et le menton.
J’ai relevé onze séries, comprenant trente-trois tatouages
différents, et je suis loin d’avoir vu des habitants de toutes les
parties du Mossi ! J’ai constaté avec plaisir que quelques musulmans
avaient pris résolument le parti de ne plus tatouer leurs enfants,
ils ont fini par s’apercevoir que cette coutume barbare ne servait
qu’à les défigurer et à les rendre encore plus laids qu’ils
ne le sont réellement.
Le costume des hommes ne diffère pas beaucoup de celui des autres
Soudaniens que nous connaissons ; j’ajouterai cependant qu’à
côté des grandes coussabes et de la culotte ordinaire (doroké)
des musulmans, on voit fréquemment un vêtement à taille, jupe et
manches, sorte de tunique ample, ainsi que le large pantalon bouffant
tombant jusqu’à la cheville, le _lemta_, le bonnet dit _dioutougou_,
bordé de gris-gris, et les babouches — costume en partie emprunté
aux Touareg[134]. Je n’ai pas vu porter d’étoffes de provenance
européenne. Les vêtements sont tous confectionnés à l’aide de
bandes de cotonnade blanche ou de couleur du Haoussa ; il n’y a que
quelques turbans communs qui viennent de Salaga. Les armes les plus
répandues sont l’arc et la lance ; tout le monde porte en outre
une sorte de canne-massue nommée _doro_. Les cavaliers portent un
bouclier en peau de bœuf, dans le dos, pour parer les flèches que
décochent les archers quand ils ont été dépassés par le cavalier
qui les a chargés.
[Illustration : Types et costumes de Mossi.]
La femme mossi vit dans une condition d’infériorité très
marquée ; elle est toujours misérablement vêtue ; le seul luxe que
lui tolère son mari est de se charger jambes et bras d’anneaux en
cuivre fondu et même souvent de grosses boules en cuivre creuses,
ornements qui sont loin de rendre sa démarche gracieuse. Quelques-uns
de ces anneaux sont fixés à demeure par le forgeron, d’autres
se démontent à coups de marteau. Il n’est pas rare de voir des
anneaux de pied peser 6 kilos la paire.
Les femmes qui ne sont pas assez riches pour se procurer des anneaux
en cuivre portent des bracelets en bois ou en marbre, venus du Hombori
par Douentsa.
A Waghadougou j’ai vu quelques femmes porter de petits bracelets
en argent.
La coiffure consiste en un cimier, avec le reste des cheveux rasés,
ou encore la tête entièrement rasée.
La femme mossi n’a pas de cauries à sa disposition, comme dans les
pays mandé, où la femme sait toujours se créer quelques petites
ressources destinées à acheter de quoi se parer.
Les femmes de naba seules portent des colliers de corail à très bon
marché ou un collier de cornaline ; les autres doivent se contenter
de colliers en rocaille bleue.
La femme salue et ne parle à qui que ce soit sans se prosterner et
se tenir les joues avec les paumes des mains tournées en dehors,
les coudes touchant terre. Elle porte son enfant en bandoulière,
l’écharpe passant sur l’épaule droite. On voit encore par ici
de nombreuses filles déjà grandes errer toutes nues.
Le peuple mossi m’a particulièrement paru en retard comme
industrie. C’est à peine si l’on peut citer le tissage, car
il ne se confectionne presque pas de cotonnade ici. Les districts
sud et sud-est vers Béri et Koupéla ne fabriquent qu’un peu de
_koyo_ blanc très commun, qui est loin de suffire à la consommation
locale[135]. Les autres tissus, que l’on peut appeler fantaisie,
viennent du Haoussa et du Dagomba. Cette industrie du tissage n’a
jamais été prospère et Barth a été induit en erreur, ou a oublié
plusieurs zéros en écrivant qu’à Koupéla un bon boubou coûtait
de 700 à 800 cauries. Chez les noirs il n’existe pas de pays où
un boubou revienne à ce prix, il faut toujours compter au moins le
triple pour un vêtement très commun.
Le métier de teinturier n’est pas répandu non plus : à
Waghadougou, il n’y a que deux teinturiers, un Songhay et un Haoussa.
Comme partout, on fabrique quelques nattes, un peu de vannerie ornée
avec goût et des chapeaux qui paraissent avoir été tressés pour
des géants, tant la tête est spacieuse (ils sont destinés à être
portés par-dessus le turban).
Les Mossi savent travailler grossièrement le fer, le cuivre et
l’argent ; ils connaissent la soudure, qu’ils tirent de Salaga. On
fait aussi des babouches et quelques selles, mais il ne faudrait
pas en conclure qu’on trouve ces objets tout confectionnés ; si
vous avez besoin d’une selle, il faut commencer par acheter une ou
deux peaux de mouton ou de chèvre, ou faire les avances en cauries
à l’ouvrier. Peu à peu votre selle se confectionne et vous êtes
servi au bout d’un mois quand on a fait diligence. Le mors se trouve
ailleurs ; la bride, les étriers, chez un autre individu. C’est une
laborieuse corvée que d’avoir à se procurer quelque chose chez les
Mossi. Ces gens-là m’ont paru plus paresseux que les autres noirs
en général ; ils saisissent le moindre prétexte pour chômer. Ces
mots naïfs de Diawé le dépeignent bien : furieux de ne pas obtenir
ce qu’il désirait, mon domestique se lamentait auprès de moi, et
comme j’essayais de le calmer, il me répondit d’un air convaincu :
« Tu as raison, jamais que moi qui miré paille comme ici : quand de
l’eau qui tombe, tout qui halte ». Ce qui veut dire : « Jamais je
n’ai vu de pays comme celui-ci : quand il pleut, rien ne va plus ».
La selle en usage est la selle mandé, mais on voit aussi la selle
peule, dite selle du Macina et du Djilgodi. Je crois même qu’avant
d’avoir adopté la selle mandé, ils ont connu la selle peule, car
elle porte un nom peul : _gari_ ; aujourd’hui la selle mandé est la
plus commune. Quelques naba ont la selle songhay au dossier élevé,
recouverte d’une housse élégamment capitonnée. Les étriers sont
de la forme en usage dans le Haoussa, quelquefois ils se composent
d’un simple anneau en fer qui est placé entre l’orteil et le
doigt suivant.
Le commerce n’est pas plus prospère que l’industrie.
Le marché a lieu à Waghadougou tous les trois jours, comme partout
dans le Mossi ; les autres jours il y a petit marché. Le grand marché
ne diffère des autres que par le plus grand nombre de visiteurs et
le vacarme qui s’y fait. Comme dans le Follona, il s’y débite du
dolo, et, en plus, le marché sert de rendez-vous à tous les griots
de la région — et ils ne manquent pas. S’ils ne récoltent
que peu de cauries, ils ont la satisfaction (?) d’être ivres
le soir. Autour des urnes à dolo il est impossible de placer une
parole, tous ces instrumentistes jouant à la fois du _lounga_[136],
du _doudéga_[137], du _gangang-o_[138] et du _ouér’a_[139].
Après le dolo, par ordre d’importance, viennent les aliments
préparés : riz, lakh-lalo, niomies, beignets de haricots, etc.,
puis les grains, mil, sorgho, riz, haricots, le savon, le beurre
de cé, les condiments, un peu de sel, des kola. On y trouve aussi
de petits lots de médicaments de charlatan contre la lèpre, les
ophtalmies, le ver de Guinée, la maladie du sommeil, ainsi que des
préparations érotiques, puis des chapeaux, des nattes, des paniers,
de la viande, etc.
Mais ce que l’on trouve surtout en abondance sur les marchés du
Mossi, c’est le _kalgou_, fabriqué avec les fruits du _néré_
ou _netté_.
Le néré ou netté, _Parkia biglobosa_, est une très belle
mimosée ; l’arbre atteint 10 à 15 mètres de hauteur dans le
Mossi. Quand l’arbre fleurit, il est très curieux à voir : ses
fleurs ressemblent à de beaux pompons d’un rouge écarlate.
Ses fruits sont des gousses étroites, longues de 20 à 40
centimètres, généralement disposées par grappes de cinq ou six
gousses.
Elles renferment une pulpe farineuse jaune qui sert d’aliment et
de boisson, et des graines.
C’est avec les graines que l’on fabrique la sauce dite _soumbala_
en mandé, ou _kalgou_ en mossi.
Les graines sont grillées, puis brisées et fermentées dans de
l’eau. Pelées, elles constituent une pâte, dont on fait des
boulettes de diverses grosseurs.
Le soumbala se conserve très longtemps. Partout on en trouve à
acheter sur les marchés. Les ménagères s’en servent pour la
confection de presque toutes leurs sauces.
On peut dire que le soumbala ou kalgou est la base de toutes les
préparations de sauces, il est connu par tout le Soudan. L’Européen
ne s’y habitue pas facilement. A la fin de mon séjour, je mangeais
cependant ces sauces avec plaisir.
★
★ ★
De temps à autre, un marchand de captifs vient y conduire ses deux
ou trois captifs.
Il ne s’y vend pas un seul article d’Europe, même pas un foulard
ou une pierre à fusil.