Niala et Diombalo, ces deux escales du Baoulé, sont situées à une

bonne portée de fusil de Djenné. Séno-Say en est éloigné d’un

kilomètre environ.

D’après El-Békri, la ville de Djenné fut fondée au commencement

du deuxième tiers du Ve siècle de l’hégire (435 ; ère chrétienne

1043-44). Elle était au début _païenne_. A la fin du VIe siècle

de l’hégire (vers l’an 1200), les habitants commencèrent

à se convertir. A cette époque le sultan de Djenné, كنبر

(probablement Kanbara), embrassa l’islamisme, et les habitants de

Djenné suivirent son exemple.

La ville s’enrichit par la suite avec le commerce du sel (de

_Teghasa_) et de l’or (de _Bitou_).

Ahmed Baba (_Zeitschrift der Deutschen Morgenländ.-Gesellsch._, Bd

IX, S. 528) s’exprime clairement sur l’emplacement de Djenné ;

aucun doute ne peut subsister.

Voici son texte :

« Quand le fleuve monte, Djenné se trouve pour ainsi dire dans

une île du fleuve ; mais dès que le fleuve baisse, les eaux se

retirent de la ville. Du commencement d’août, l’eau du fleuve

entoure la ville, et à partir de février l’eau reste éloignée

de la ville. »

Il est très curieux de remarquer qu’Ahmed Baba, quoique étant

né et ayant vécu à Tombouctou, connaisse les noms des mois du

calendrier Julien.

« Dans le temps, Djenné était situé en un lieu nommé زخرُ

(peut-être Zakhorou). Plus tard les habitants abandonnèrent ce

lieu et vinrent se fixer à l’endroit où s’élève la ville

aujourd’hui. »

Voici les routes principales venant du sud, en les énumérant de

l’ouest vers l’est :

1o La route du Mianka et Djitamana, aboutissant à San, où elle se

bifurque pour se diriger d’une part sur Sâro, de l’autre sur

Djenné par Koroni, où elle rejoint l’itinéraire Caillié.

2o La route suivie par Caillié, qui de Koroni se dirige sur Médina,

Koninian, etc., et suit le fleuve. Caillié en atteignant Somou a

traversé un débordement du Baoulé, et à partir de Koro il a suivi,

sans s’en douter, les bords de cette rivière à 10 kilomètres

environ et même quelquefois moins.

3o La route Kong-Dioulasou, qui de Foromandougou passe à Bankoumani,

Papourou et Baramandougou.

4o La route de Bouna et du Lobi, qui passe soit à Kotédougou, soit à

Dioulasou, pour de là traverser la Volta Noire à Bossola et passer

à Aléarasou. Elle se bifurque à Bénéna, se dirige à l’ouest

par Fiou sur Bankoumani, et à l’est par Yéréni sur Koninian.

5o La route venant de Ouaranko par le territoire de Wouidi et Tori,

où elle quitte la route de Bandiagara pour passer à Tou et Tomina.

Le point de passage du Baoulé pour toutes ces routes est Touara ;

on débarque un peu en aval, à Diombala.

Les trois centres les plus peuplés après Djenné sont : 1o

Hamdallahi, à 4 kil. 500 du Baoulé. 2o Sojouroula, marché très

important pour le sel ; il alimente tout le Yatenga, le Gourounsi,

Oua et la partie ouest du Mossi ; le sel de Waghadougou provient de

Sofouroula. 3o Bandiagara, capitale du Tombo ou Tombokho, à la fois

résidence du souverain du Macina et de Domo, chef le plus influent

du Tombokho.

Dans le Sâro, qui n’appartient ni au Ségou ni aux États toucouleur

du Macina, se trouvent des Sonninké ou Marka, qui forment la classe

gouvernante et dirigeante, et une population nommée _Pondouri_[82]. Ce

peuple habite quelques villages, et ne parle ni le sonninké, ni

le songhay.

De Bobo-Dioulasou à Djenné, ou plutôt de la branche nord de la Volta

Noire (à deux jours de marche dans le nord de Dioulasou) jusqu’au

Baoulé de Djenné, se trouve une région très étendue, soumise à

l’autorité du chef de Kong, mais divisée en nombreuses petites

confédérations comprenant des peuples qui diffèrent essentiellement

entre eux.

Elle n’est désignée par les gens qui voyagent que par deux noms :

le territoire des Bobo-Oulé, qui s’étend jusqu’à Djenné,

et le Tagouara, qui comprend toute la partie sud-ouest voisine du

Kénédougou et du Mianka. La population du Tagouara semble offrir

quelques liens de parenté avec les Siène-ré des États de Tiéba.

S’il est vrai que les deux peuples qui habitent cette région

appartiennent en majeure partie aux Tagouara et aux Bobo-Oulé, il faut

aussi citer de nombreuses petites enclaves d’autres peuples qui,

semées comme au hasard sur ce vaste territoire, empêchent d’en

déterminer exactement les limites linguistiques et ethnologiques.

L’élément dominant de cette région est le Bobo-Oulé, parmi lequel

on distingue encore le Bobo-Dioula (partie civilisée, commerçante

et industrielle de cette vaste famille) ; viennent ensuite :

Les Dafing ou Dafina ;

Les Niéniégué ;

Les Foulbé, dont nous venons d’entretenir le lecteur ;

Les Mandé, disséminés un peu partout ;

Les Léna ou Léla, peuplade peu considérable envahie par

l’élément peul (centre principal Tabanincoro) ;

Les Bobofing ;

Les Tagouara ;

Les Bobo-Tombo, fraction des Bobo, habitant sur les confins du Yatenga.

C’est cette région, avec le Gourounsi, le Lobi et la partie est

des États de Tiéba, qui renferme la plus grande quantité de peuples

d’origine et de famille ethnographiques diverses. Ils offriront un

vaste champ d’étude aux voyageurs qui auront plus tard la bonne

fortune de les décrire.

La région dont nous venons d’énumérer les divers peuples est

arrosée par les affluents de la branche nord de la Volta Noire,

et probablement aussi par le fleuve coupé par Caillié à Kouoro

(Kouara-ba).

Les marchands circulant souvent sur le chemin Bobo-Dioulasou-Djenné

m’ont affirmé cependant qu’on ne traversait aucune rivière de

Samandini au Baoulé de Djenné, ce qui prouverait que si l’on

coupe le Kouara, c’est qu’il n’est encore qu’une rivière

insignifiante.

Il existe une certaine confusion dans l’ouvrage de Caillié à ce

sujet (voir tome II, page 130). « Cette rivière, dit-il, vient du

sud et coule rapidement du _nord-est à l’est_. » Dans ce cas,

elle ne se dirigerait pas sur Kaya et le Ségou, comme Caillié le

dit lui-même plus haut ; il y a certainement erreur d’impression.

Enfin, une troisième rivière, le Bendougou, sépare cette région

du Mianka et du Bendougou. Vers le nord, quelques débordements du

Baoulé s’avancent très loin dans les terres et constituent des

marais aux environs de Fienso, San et Somou.

Les routes principales qui coupent cette région ont toutes une

direction générale nord-sud ; elles relient les entrepôts de

sel aux entrepôts de kola (voir pour le mouvement commercial les

chapitres _Kong_ et _Bobo-Dioulasou_).

Le Touagara est traversé par le chemin Dioulasou, Djitamana, Yankasou,

Bla et le Ségou. Ce chemin coupe l’itinéraire Caillié à Ouattara

et rejoint la grande route Sikasso-Djenné à Djitamana même.

Un chemin direct relie les États de Kong à Djenné ; il part

de Bobo-Dioulasou, passe à Bama et à Samandini et aboutit à

Baramandougou et à Touara au Baoulé. Enfin, le chemin direct

de Bouna, par le Lobi, Kotédougou, Bossola, Aléarasou, Douki et

Bénéna, où il se bifurque en deux : la branche ouest passe à Fiou

[résidence d’un fils de Balobo (Ahmadou Labbo), ex-chef du Macina],

pour aboutir également à Baramandougou, tandis que la branche est

passe à Yéréni, pour aboutir à Koninian.

Un seul chemin important traverse cette région de l’ouest à

l’est. Il met en communication Bla et le Bendougou, San, Ouonincoro

et le Yatenga.

★

★ ★

La description d’une autre région non moins intéressante, dont

je n’ai traversé que quelques districts, doit également trouver

place ici. Je veux parler du vaste rectangle compris entre le Gottogo

ou Bondoukou au sud, les États Foulbé au nord, les territoires de

Kong et de Bobo-Oulé à l’ouest et le Mossi à l’est. Le Dafina

y occupe à peu près une position centrale.

Le Dafina est borné au nord : par le territoire des Bobo-Oulé

et le Tombo, qui fait partie des États toucouleur du Macina ;

à l’est, par le Yatenga, le territoire des Sommo, le Kipirsi et

le Gourounsi ; au sud, par le territoire des Lama ou Nokhodossi,

le pays des Bougouri et les Bobofing ; enfin, à l’ouest, par le

territoire des Niéniégué, des Léla et des Bobo-Oulé.

La partie nord du Dafina se nomme Douroula ; elle est, comme la

partie méridionale, subdivisée en petites confédérations, dont

les principales sont celles de Tori, Konna, Kon, Yéré, Soin,

Safané (chef Ousman), Ouri, Tounou (chef Yéritié) et Ouahabou

(chef Karamokho Mouktar).

Dans le Dafina même se trouve une enclave de Foulbé qui comprend

une vingtaine de villages, dont les plus importants sont Férobé,

Ouonincoro (chef Saloundaba), Kolonka et Baréni, résidence de Wouidi,

chef peul très influent, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler

lors de mon voyage à Kotédougou.

Ce territoire peul n’est séparé du Macina que par une petite

confédération dafina, qui comprend Soukoura et Tori. Au sud de

l’État peul de Wouidi se trouvent, répartis comme en avant-gardes,

des groupes de Foulbé variant, suivant les villages, de quatre

à quatorze familles ; ils sont établis à Kotédougou, Koroma,

Satéré, Bondoukoï, Ouakara et Yaho. Plus à l’ouest il y a aussi

quelques groupements, dont le plus important se trouve à Douki, qui,

tout en étant habité en majorité par des Bobofing, a un chef peul.

Si ces avant-gardes ne semblent avoir fait aucun progrès depuis

soixante ans qu’elles sont venues dans le pays, c’est que leur

mouvement vers le sud s’est subitement arrêté, en se heurtant à

l’élément mandé-dioula de Kong.

Les Foulbé se trouvent en effet ici en présence d’une puissante

race envahissante qui procède à peu près comme eux. Les Mandé

viennent se fixer d’abord dans les pays nouveaux par petites

agglomérations, puis, tout en se développant plus rapidement qu’eux

par l’acquisition d’esclaves qu’ils affranchissent et groupent

autour d’eux, ils ne cessent de renforcer leurs avant-gardes par

de nouvelles colonies qu’ils envoient s’établir dans le pays.

L’immigrant mandé a un avantage considérable sur son concurrent

peul. Il est d’abord noir, ce qui le rend moins suspect ; puis, par

sa connaissance de beaucoup de pays et sa réputation justifiée de

commerçant, il est neuf fois sur dix favorablement accueilli par les

chefs du pays. Ne sont-ce pas les Dioula-Mandé qui procurent armes,

poudre et chevaux aux chefs ? N’est-ce pas par leur intermédiaire

seulement que ces derniers écoulent les captifs qu’ils font à la

guerre ? Tout le monde sait que les peuples primitifs, mal armés, ne

peuvent s’aventurer en dehors de leur pays sans être faits captifs ;

le Mandé-Dioula seul passe partout. L’arrivée de quelques familles

mandé-dioula dans un pays peut donc être considérée par un chef

comme un nouvel élément de puissance.

Les relations des Mandé-Dioula avec les pays voisins les appellent

aussi bien vite à s’immiscer dans les affaires extérieures du

pays : ils deviennent médiateurs et conseillers intimes des chefs.

Ils sont, en outre, assez politiques pour adopter les tatouages de

leurs nouveaux compatriotes, comme l’ont fait les Mandé du Follona

et du Ouorodougou en adoptant le tatouage siène-ré, les Dioula

de Kong en s’entaillant les joues et le ventre comme les Komono,

les Dokhosié et les Tiéfo, et ceux du Mossi en prenant les marques

caractéristiques des autochtones.

Puis, tout en s’occupant activement de culture, les Mandé font

élever leur bétail par des captifs peuls métissés, se procurent

à l’aide du tissage et de la teinture des ressources qu’ils

font prospérer.

Pendant la saison qui suit la récolte et précède l’époque des

semis (novembre à juin), leurs enfants et leurs _wolossou_ (captifs

de case) vont commercer par tous les chemins. Le Mandé est donc, dans

un sens, beaucoup plus actif que le Peul, son concurrent envahisseur,

puisqu’il sait utiliser toutes ses forces vives pour augmenter le

nombre de ses esclaves, ce qui dans ces régions équivaut à richesse

ou au moins à aisance relative, car il ne faut par oublier que le plus

ou moins grand nombre d’esclaves fixe la richesse individuelle. Cette

activité commerciale place rapidement le Mandé dans une situation

bien supérieure à celle du Peul, qui ne s’occupe que de culture

et de l’élevage du bétail.

Dans le Macina seulement, les Foulbé travaillent la laine et

confectionnent les couvertures dites _kassa_ ; rarement ils sont

marchands. Arrive une épidémie, une razzia ou un revers de fortune

quelconque, le Peul est forcé de se faire domestique, de garder et

de s’occuper des troupeaux pour le compte de gens auxquels il est

souvent intellectuellement supérieur. Dans beaucoup de régions,

le Peul arrive aussi en trop petit nombre, les agglomérations sont

forcées de se disséminer dans le pays à cause des précautions

qu’ils doivent apporter dans le choix des pâturages. Ils ne peuvent

pas se fixer dans les contrées très coupées, peu défrichées,

où les pâturages sont rares, et les nombreux insectes nuisibles

aux animaux. Il leur faut des plaines élevées et non des pays à

demi sauvages, couverts d’arbustes et coupés par des bas-fonds

marécageux.

Le plus souvent aux premiers groupes n’en succèdent pas d’autres ;

ils finissent ainsi par se noyer dans la population noire à un tel

point qu’il est à peine possible de les distinguer. Nous en avons

des exemples frappants : je ne citerai que les Kassonké, pour la

plupart Sidibé, les Malinké du Fouladougou et du Gangaran, pour

la plupart Diallo, Diakhité, Sankaré, puis la population peule,

absolument noire, du Ouassoulou, portant les mêmes noms de famille

et chez laquelle les traits du Peul ont subsisté.

La population peule noire du Ba-ni-mono-tié, du Ganadougou, les

Toucouleur du Fouta sénégalais, la population du Bondou, les colonies

de Foulbé noirs de Fourou, de Ouahabou et de Boromo sont autant de

groupes foulbé qui, n’ayant pas été renforcés, ont été noyés

dans la population noire. Ceux-là, tout en conservant leurs noms de

famille et le type de leur race, se sont absolument assimilés aux

peuples chez lesquels ils vivent. Ils ont oublié leur propre langue

et pratiquent la même religion que les fétichistes. Même quand

ils sont très nombreux, ils n’ont pas de chef et ne s’organisent

pas en États, comme les Foulbé qui sont restés blancs.

Ces Foulbé blancs sont ceux que nous ont fait connaître les voyageurs

dans le Haoussa, le Djilgodi, Tombouctou, le Macina, le Baghéna,

le Fouta-Djallo, et que j’ai moi-même vus dans le Ferlo et la

forêt de Bounoun, ou encore dans le Firdou et chez les Houbbou,

aux sources du Niger.

Ils se caractérisent par un teint plus clair, souvent aussi par

leur fanatisme religieux et toujours par les dispositions qu’ils

ont pour l’élevage du bétail.

Quand ils n’ont pas de souverain, on trouve au moins un chef à la

tête de leur parti, et nulle part ils n’ont oublié leur propre

langue.

Il n’est pas de peuple dont l’origine ait donné lieu à plus de

recherches que le peuple peul. Sans discuter avec les auteurs qui se

sont occupés de ce grand exode, si les Foulbé viennent de l’Inde

ou de la Malaisie, nous pouvons au moins, d’après ce que nous

apprend Ahmed Baba, affirmer ceci : c’est que dès le IVe siècle

les Foulbé sont signalés dans le Baghéna. « Le royaume de Ghanata,

dit cet auteur, fut fondé environ trois siècles avant l’hégire

par Wakayama Mangha[83]. La famille régnante était blanche. »

Puis s’écoule une période de huit siècles sans qu’il en soit

fait mention. Ce n’est qu’en 1260 que le même historien, en

parlant de Djenné, dit que le marché de cette ville est fréquenté

par des Foulbé.

Enfin, en 1492, Sonni Ali se noie en revenant d’une expédition

contre les Foulbé dans le _Gourma_.

Puis, en 1499, Askia s’empare du Baghéna et bat le roi des Foullani,

Demba Doumbi.

Il existait donc deux régions dans lesquelles les historiens signalent

la présence des Foulbé, à l’ouest et à l’est de la grande

boucle du Niger. A l’ouest ils occupaient le Ghana, à l’est le

nord du Haoussa.

En étudiant leur marche et les progrès qu’ils ont faits dans la

boucle du Niger, on peut inférer ceci : c’est que si les Foulbé

sont venus de l’est, ils se sont arrêtés, dans leur marche vers

l’ouest, vers la région des Garamantes (peut-être les Foulbé

sont-ils même des Garamantes). Là le courant s’est divisé en

deux : l’un s’est dirigé vers le sud, a fondé des colonies

dans le Zaberma, le Haoussa, le Bornou, et même dans l’Adamaoua,

le Gourma et le Boussangsi. C’est cette fraction des Foulbé qui a

fondé, avec Othman, l’empire peul de Sokoto ; c’est elle qui a

essaimé des tribus vers le Libtako et le Djilgodi, pour donner la

main à leurs autres frères de l’ouest déjà établis dans le

Gharnata, à Douentsa et le Djimbala.

Cette fraction des Foulbé a dû venir dans l’ouest bien avant le

groupe oriental et a dû vivre assez longtemps en contact avec les

Touareg, et même se mélanger assez intimement avec eux, car, encore

aujourd’hui, on trouve de nombreux yeux bleus chez les Foulbé du

Fouta-Djallo et du Macina.

Le royaume de Ghana ne s’est disloqué qu’en 1499, à la suite des

victoires d’Askia. C’est alors que les Foulbé ont dû l’évacuer

en partie et se disperser un peu à l’aventure dans la vallée du

Niger. C’est vers cette époque que se sont formés : le Fouta

sénégalais, les colonies du Ferlo et de la forêt de Bounoun,

du Firdou, et que se sont produites les infiltrations du Peul chez

le Ouolof et le Sérère, qui ont encore des mots poular dans leur

langue. En même temps que ces migrations, il s’en produisait

d’autres non moins importantes vers le Fouladougou, le Khasso,

le Bondou, le Bambouk, le Fouta-Djallo et les Houbbou.

D’autres Foulbé, en quittant le Ghanata, ont traversé le Ségou,

sont venus dans le Ganadougou, le Ouassoulou, ont formé les colonies

du Ba-ni-mono-tié, de Fourou et de Boromo.

Nous trouvons toujours le radical de _ghana_ dans leurs nouveaux

pays d’occupation : _Ghana_, _Ghana_-ta, Ba_ghéna_, _Gana_-dougou,

_Gouana_, _Gouane_-diakha, etc.

Enfin d’autres Foulbé n’ont pas été si loin, et se sont

contentés, à la destruction du Ghanata, de se fixer vers Djenné,

le Macina et Tombouctou. Ce qu’il y a de certain, c’est que le

Macina ne s’est pas alimenté de Foulbé par l’est, c’est-à-dire

par le Haoussa, mais bien par l’ouest. C’est sur la rive gauche

du Niger, vers Ténenkou, qu’il s’est formé, et les anciens

chefs du Macina sont originaires de l’ouest du Baghéna ; ils

sont mélangés à des familles arabes de l’Adrar et de Tichit

(voir Barth, édition allemande).

D’après ce que nous venons d’exposer, on peut admettre :

ou bien deux invasions foulbé à des dates différentes, et

venant s’établir des deux côtés du Niger en des théâtres bien

différents, ou bien un seul grand courant qui, en se heurtant au coude

de Bourroum, se serait fendu en deux et se serait écoulé, l’un vers

Tombouctou et le Baghéna, l’autre vers le Zaberma et le Haoussa.

Les Foulbé entre eux disent, du reste, être de deux familles

distinctes, les _Kairouan_-bé et les _Bissina_-bé.

En jetant un coup d’œil sur une carte des migrations et des

emplacements actuels des Foulbé, on est particulièrement frappé de

voir qu’en général l’élément peul a su lutter avec avantage

contre l’élément noir fétichiste, et se créer des royaumes

et des empires assez importants, et que, au contraire, partout où

l’élément peul s’est trouvé en contact avec l’élément

mandé, il a été noyé et absorbé par ce dernier. Aujourd’hui

encore, il lui est particulièrement difficile de s’implanter dans

les pays où est fixé le Mandé. Bien plus, chaque fois que le Peul

s’est métissé au Mandé, c’est ce dernier qui a pris le pouvoir,

et les derniers États foulbé qui sont debout ont maintenant à leur

tête, non pas des Foulbé blancs, mais bien des Foulbé métissés

de Mandé, — des Toucouleur, comme nous les appelons.

CHAPITRE VIII

Second sauf-conduit. — Arrivée chez Sélélou. — Les

Bobo-Dioula. — Quelques observations sur la phonétique. —

Satéré. — Un jeu bien innocent. — Des Bobo en général et de

leurs diverses fractions. — Habitations de transition. — Ils

étaient troglodytes il n’y a pas bien longtemps. — Arrivée

à Bossola. — Chasse à courre et pêche. — Départ pour

Bondoukoï. — Rencontre du premier mulet. — Foulbé. — Un

ami gênant. — Les collines du Niéniégué. — Caravanes. —

Quelques mots sur Wouidi. — Arrivée à Yaho. — Difficultés avec

les guides. — Bangassi. — Traces de terrains aurifères. —

Arrivée à Ouahabou. — La mosquée. — Audience chez Karamokho

Mouktar. — Choix d’une route vers le Mossi. — Réflexions

sur les Dafing. — Industrie de la soie. — Des teintures. —

Quelques mots sur les Niéniégué et les Bobo-Oulé. — Je renvoie

un domestique. — Départ par Boromo (colonie Mossi). — Passage de

la Volta Noire, chasse au caïman et à l’antilope. — Entrée dans

le Gourounsi. — Habitations bizarres. — Départ de Diabéré, nous

nous égarons pendant la nuit. — Arrivée à Ladio. — On me vole

trois ânes. — Poursuites et vaines recherches sur les frontières

du Kipirsi. — Nos soupçons se portent sur un malheureux que mes

hommes veulent exécuter. — Départ de Ladio dans de pénibles

conditions. — On ne nous attaque pas, mais la population est partout

sur pied. — J’exécute un indigène. — Arrivée à Dallou. —

Colonies mossi. — Bouganiéna. — Arrivée chez Boukary Naba. —

Quelques mots sur la partie du Gourounsi que je viens de traverser ;

sur les Nonouma et leurs mœurs. — Soins de propreté bizarres aux

enfants. — Le dolo fait avec le _kountan_ (prunier sauvage). —

Les Sommo. — Les Kipirsi.

_Mercredi_ 9 _mai._ — Morou m’a apporté hier soir un sauf-conduit

écrit au nom de Kongondinn, par lequel il me recommande à Sélélou,

chef de Koroma.

Voici la traduction de cette lettre ; elle est bien moins correctement

écrite que celle de Kong, et l’arabe en est moins pur :

« Louange à Dieu qui nous a donné le papier comme messager et le

roseau comme langue !

« Les bénédictions et la paix de Dieu soient sur son prophète

Mahomet, seigneur des hommes d’autrefois et des hommes

d’aujourd’hui.

« Certes, cette lettre émane de Kongondinn Ouattara, émir de notre

pays et lieutenant du généreux.

« Toute chose a une cause. Voici donc ce qui motive cette

lettre. Certes, l’un de nos princes, nommé Kongondinn Ouattara,

envoie son hôte le chrétien vers son frère Sélélou.

« O Sélélou, conduis-le vers Mamourou, chef de Bossola, qui le

conduira à Bondoukoï vers Doufiné, qui lui témoignera des égards

et lui indiquera le chemin du pays de Dafina, afin qu’il parvienne

dans le pays du Mossi.

« O Sélélou, certes je suis Kongondinn Ouattara.

« Lorsqu’on nous a parlé de ce chrétien, nous avons entendu

de très mauvaises paroles sur son compte. C’était avant son

introduction auprès de nous. Dès qu’il s’est présenté devant

nous, nous l’avons interrogé sur ce qui le concerne et nous

l’avons mis à l’épreuve au sujet de son affaire. Mais nous

n’avons rien trouvé en lui, si ce n’est du bien et des idées

de trafic.

« Salut soit sur celui qui suit la voix droite ! »

Ce n’est pas sans une certaine satisfaction que je me suis mis

en route ce matin ; ma santé est revenue, j’ai des ânes bien

portants et vigoureux, un cheval qui peut encore faire un ou deux

mois de service, ce qui me permettra d’atteindre le Mossi, où je

pourrai m’en procurer un autre.

Après avoir franchi quelques amas de roches granitiques qui se

trouvent à la sortie du village, on chemine dans un terrain peu

accidenté où l’on voit tour à tour émerger le fer, le grès et

le granit ; la population des deux villages bobofing : Moussobadougou

et Niamouso, prévenue de mon arrivée, est perchée sur les toits

des cases ; les enfants se pressent sur mon passage ; toute cette

gent nue est avide de voir un Européen ; des femmes m’offrent de

l’eau et du dolo.

A Koroma, Sélélou, le chef de village, est assis sur une peau de

bœuf, à l’ombre d’un gros finsan. En arrivant, il me souhaite

la bienvenue et m’installe de suite dans un groupe de cases neuves

isolées, au nord du village, chez une famille de Bobo-Dioula, venue

de Douki, où l’on me fait fort bon accueil.

Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, tome 1 (de 2) · 第 30 / 41 段