DICTIONNAIRE poëtique, ou recueil succint des mots et

phrases propres à faire des vers, comme _appas_,

_attraits_, _charmes_, _flèches_, _flammes_, _beauté sans

pareille_, _merveille sans seconde_, etc. Avec une préface

où il est monstré qu'il n'y a qu'environ une trentaine de

mots en quoy consiste le levain poëtique pour faire enfler

les poëmes et les romans à l'infiny.

ILLUSTRATIONS et commentaires sur le livre d'Ogier le

Danois, où il est monstré par l'explication du sens moral,

allegorique, anagogique, mythologique et ænigmatique, que

toutes choses y sont contenuës, qui ont esté, qui sont, ou

qui seront; mesme que les secrets de la pierre philosophale

y sont plus clairement que dans l'Argenis, le Songe de

Polyphile, le Cosmopolite, et autres. Dedié à messieurs les

administrateurs des petites maisons.

TRAITÉ de chiromance pour les mains des singes, oeuvre non

encore veuë ny imaginée.

IMPRECATION contre Thersandre, qui apprit à l'autheur à

faire des vers, ou paraphrase sur ce texte: _Hinc mihi

prima mali labes_.

RUBRICOLOGIE, ou de l'invention des titres et rubriques, où

il est montré qu'un beau titre est le vray proxenete d'un

livre, et ce qui en fait faire le plus prompt debit.

Exemple à ce propos tiré des Pretieuses.

PLADOYERS et harangues prononcées dans l'assemblée generale

des libraires, consultans sur l'impression de plusieurs

livres qu'on leur avoit presentez. Avec le jugement

intervenu sur iceux, Midas presidant, par lequel le

Cuisinier, le Patissier et le Jardinier François ont esté

receus, et plusieurs bons autheurs anciens et modernes

rebutez.

DESCRIPTION merveilleuse d'un grand seigneur prophetisé par

David, qui avoit des yeux et ne voyoit point, qui avoit des

oreilles et n'entendoit point, qui avoit des mains et ne

prenoit point, mais qui, en recompense, avoit des gens qui

voyoient, entendoient et prenoient pour luy.

DE L'USAGE du thelescopophore, ou de certaines lunettes

dont se servent les grands, qui s'appliquent aux yeux

d'autruy, exemptes de l'incommodité de les porter, mais

sujettes à tous les accidens cottez au traité _De fallaciis

visus_.

ADVIS et memoires à monsieur le procureur du roy, pour

eriger en corps de maistrise jurée les poëtes et les

autheurs, et les faire incorporer avec les autres arts et

mestiers de la ville, où il est traité des estranges abus

qui se sont glissez dans cette profession, et que l'ordre

de la police demande qu'on y mette des jurez et maistres

gardes, comme dans tous les autres corps moins importans.

SOMME DEDICATOIRE, ou examen general de toutes les

questions qui se peuvent faire touchant la dedicace des

livres, divisée en quatre volumes.

Ha! je vous prie (interrompit Charroselles), abandonnons le reste de

cette lecture, quelque agreable qu'elle soit, et nous arrestons

aujourd'huy à voir ce livre-cy en détail, car j'en ay souvent ouy

parler; et puis c'est un sujet nouveau et fort necessaire à tous les

autheurs.

Je voudrois bien (dit le greffier) satisfaire votre curiosité; mais

quelle apparence y a-t-il de vous lire ces quatre volumes, que nous

aurions de la peine à voir en douze vacations? Parcourons-en au

moins quelque chose (reprit l'opiniastre Charroselles); nous en

tirerons quelque fruit. Je trouve (dit le greffier, qui feüilletoit

cependant le livre) le moyen de vous contenter aucunement, car je

vois icy une table des chapitres, dont je vous feray la lecture si

vous voulez. La compagnie l'en pria, et il continua de lire.

_SOMME DÉDICATOIRE._

TOME PREMIER.

_Chapitre 1._

De la dedicace en general, et de ses bonnes ou mauvaises

qualitez.

_Chapitre 2._

Si la dedicace est absolument necessaire à un livre.

Question decidée en faveur de la negative, contre l'opinion

de plusieurs autheurs anciens et modernes.

_Chapitre 3._

Qui fut le premier inventeur des dedicaces. Ensemble

quelques conjectures historiques qui prouvent qu'elles ont

esté trouvées par un mendiant.[133].

[Note 133: Scarron avoit la même pensée que Furetière;

il a dit que «faire une dédicace, c'étoit faire le gueux en

vers ou en prose».]

_Chapitre 4._

Laquelle est la plus ancienne des dedicaces, celle des

thèses ou celle des volumes; et de la profanation qui en a

esté faite en les mettant au bas des simples images, par

Baltazar Moncornet.

_Chapitre 5._

Le pedant Hortensius aigrement repris de sa ridicule

opinion, pour avoir appelle un livre sans dedicace _Liber

akephalos_.

_Chapitre 6._

Jugement des dedicaces railleuses et satyriques, comme de

celles faites à un petit chien, à une guenon, à personne,

et autres semblables; et du grand tort qu'elles ont fait à

tous les autheurs trafiquans en maroquin.

_Chapitre 7._

Refutation de l'erreur populaire qui a fait croire à

quelques-uns qu'un nom illustre de prince ou de grand

seigneur mis au devant d'un livre servoit à le deffendre

contre la médisance et l'envie. Plusieurs exemples

justificatifs du contraire.

_Chapitre 8._

Des dedicaces bourgeoises et faites à des amis non

reprouvées, et comparées à l'onguent miton-mitaine, qui ne

fait ny bien ny mal.

_Chapitre 9._

Plainte et denonciation contre Rangouze, d'avoir fait un

livre de telle nature, qu'autant de lettres sont autant de

dedicaces; sur laquelle l'autheur soûtient que son procés

luy doit estre fait, comme à ces magiciens qui se servent

de pistoles volantes.

_Chapitre 10._

Sous quel aspect d'astres il fait bon semer et planter des

eloges pour en recüeillir le fruit dans la saison. Avec

l'horoscope d'un livre infortuné, qui ne fut pas seulement

payé d'un grand mercy.

_Chapitre 11._

Distinction et catalogue des jours heureux et malheureux

pour dedier les livres; où on decouvre le secret et

l'observation de l'heure du berger pour presenter un livre,

sçavoir: quand le Mecenas sort du jeu et a gagné force

argent.

TOME SECOND.

_Chapitre 1._

De la qualité et nature des Mecenas en general.

_Chapitre 2._

Des diverses contrées où naissent les vrais Mecenas, et que

les meilleurs se trouvent en Flandres et en Allemagne,

comme les meilleurs melons en Touraine, et les meilleurs

asnes en Mirebalais. La Serre cité à propos.

_Chapitre 3._

Des vrais et faux Mecenas, et de la difficulté qu'il y a de

les connoistre. Si c'est une pierre de touche asseurée de

sonder ou pressentir la liberalité qu'ils feront au futur

dedicateur.

_Chapitre 4._

De la disette qu'il y a eu des Mecenas en plusieurs

siecles, et particulierement de la merveilleuse sterilité

qu'en a celuy-cy.

_Chapitre 5._

Preuve de l'antiquité de la poësie, à l'occasion de ce que

la plus ancienne de toutes les plaintes est celle des

poëtes sur le malheur du temps et sur l'ingratitude de leur

siecle.

_Chapitre 6._

Continuation du mesme sujet, avec la liste des hommes de

lettres morts de faim ou à l'hospital, illustrée des

exemples d'Homere et de Torquato Tasso.

_Chapitre 7._

Examen de la comparaison faite par quelques-uns d'un vray

Mecenas au phoenix; où il est montré que, si elle est juste

en considerant sa rareté, elle cloche en ce qu'il ne dure

pas 500 ans, et qu'il n'en renaist pas un autre de sa

cendre.

_Chapitre 8._

Du choix judicieux qu'on doit faire des Mecenas, et que les

plus ignorans sont les meilleurs, vérifié par raisons et

inductions.

_Chapitre 9._

Difference des Mecenas de cour et des Mecenas de robe; avec

une observation que ceux-cy sont tres-dangereux, à cause

que d'ordinaire ils se contentent de promettre de vous

faire gagner un procés ou de vous servir en temps et lieu.

_Chapitre 10._

Eloges de monsieur de Montauron[134], Mecenas bourgeois,

premier de ce nom, recüeillis des epistres dedicatoires des

meilleurs esprits de ce temps. Avec quelques regrets

poëtiques sur sa decadence.

[Note 134: Fameux financier, Mécène bourgeois, comme

dit Furetière. Corneille lui dédia _Cinna_. (V. son

_Historiette_ dans Tallemant, 1re édit. V, p. 15.)]

_Chapitre 11._

Paradoxe tres veritable, que les plus riches seigneurs ne

sont pas les meilleurs Mecenas. Où il est traitté d'une

soudaine paralysie à laquelle les grands sont sujets, qui

leur tombe sur les mains quand il est question de donner.

_Chapitre 12._

Cinquante ruses et échapatoires des faux Mecenas, pour se

garantir des pieges d'un autheur dediant et mendiant.

_Chapitre 13._

Recit d'un accident qui arriva à un tres-mediocre autheur à

qui la teste tourna, à cause de l'honneur qu'il reçeut de

la dedicace d'un livre que luy fit un sçavant illustre.

_Chapitre 14._

Indignation de l'autheur contre les dedicaces faites à

d'indignes Mecenas. Comme pour s'en venger il prepara une

epistre dedicatoire au bourreau pour le premier livre qu'il

feroit.

TOME TROISIÈME.

_Chapitre 1._

De la remuneration en general qu'on doit faire pour les

epistres dedicatoires, et si elle est de droit naturel, de

droit des gens ou de droit civil.

_Chapitre 2._

Si en telle occasion on doit avoir égard à la qualité de

celuy qui dedie; par exemple, si on doit donner un plus

beau present à un autheur riche qu'à un pauvre. Avec

plusieurs raisons alleguées de part et d'autre.

_Chapitre 3._

Si on doit mettre en consideration les frais faits à la

relieure, desseins, estampes, vignettes, lettres capitales,

et autres despences faites pour contenir les portraits,

chifres, armes et devises du seigneur encensé. Avec une

notable observation que toutes ces forfanteries font

presumer que le merite du livre, de soy-mesme, n'est pas

fort grand.

_Chapitre 4._

Pareillement, s'il faut rembourser à part et hors d'oeuvre

les frais d'un voyage qu'aura fait un autheur pour aller

trouver son Mecenas en un pays fort éloigné, et pour luy

presenter son livre.

_Chapitre 5._

La juste Balance des livres, et si on les doit considerer

par le poids ou par le merite, par la grosseur du volume ou

par l'excellence de la matiere. Question traittée sous une

allegorie dramatique, et l'introduction des personnages de

l'Asne laborieux et du fin Renard.

_Chapitre 6._

Question incidente (_si cæteris paribus_): on doit payer

davantage la dedicace des livres _in-folio_ que des

_in-quarto_, et que des _in-octavo_ ou des _in-douze_. Avec

un combat notable de Calepin contre _Velleius

Paterculus_[135].

[Note 135: Le dictionnaire de Calepin est un fort

in-fol. L'_Abrégé de l'histoire romaine_, par Velleius

Paterculus, un mince volume, souvent de très petit format.]

_Chapitre 7._

Autre question: si le mesme livre imprimé in-douze en petit

caractere doit estre aussi bien payé que s'il estoit

imprimé en gros caractere et en grand volume. Avec

l'observation de la difference des enfans corporels et

spirituels: car les premiers sont petits en leur naissance,

et croissent avec le temps; et les autres, tout au

contraire, d'abort s'impriment en grand, et avec le temps

en petit.

_Chapitre 8._

Des epistres dedicatoires des reimpressions ou secondes

editions; sçavoir quelle taxe leur est deuë. Plaisant trait

d'un Mecenas qui donna pour recompense à un autheur qui luy

avoit fait un pareil present un habit vieux et retourné.

_Chapitre 9._

De ceux qui font imprimer les anciens autheurs, et en font

des dedicaces sous pretexte de les dire corrigez,

illustrez, nottez, commentez, apostillez ou rapsodiez.

Exemple d'une dedicace de cette nature payée de l'argent

d'autruy par un partisan qui fit le lendemain banqueroute.

_Chapitre 10._

De ceux qui mettent au jour les anciens manuscrits non

encore imprimez; où il est montré qu'on leur doit au moins

le mesme salaire qu'à une sage femme, qui ayde à faire

venir les enfans au monde.

_Chapitre 11._

Si on doit faire quelque consideration d'un libraire qui

dediera l'ouvrage d'autruy ou un livre qu'il aura trouvé

sans adveu. Juste paralelle de ces gens avec ceux qui

empruntent des enfans, ou qui en vont prendre aux enfans

trouvez, pour mieux demander l'aumosne.

_Chapitre 12._

Des glaneurs du Parnasse, ou des gens qui font des recüeils

de pieces de vers et de prose, et qui les dedient comme des

livres de leur façon. Telle maniere d'agir condamnée, comme

estant une exaction et levée injuste sur le peuple

poëtique. Avec les memoires d'un donneur d'avis pour faire

créer des charges de garde-ouvrages, à l'instar des

garde-bois ou garde-moissons, pour empescher ces

inconveniens.

_Chapitre 13._

S'il y a lieu et action de se pourvoir en justice contre un

Mecenas pour avoir payement d'une epistre dedicatoire, et

si elle se doit payer au dire d'experts. Question décidée

par un article de la coutume, au chapitre _Des fins de

non-recevoir_, et par le droit _De his quæ sine causa_.

_Chapitre 14._

Si, au contraire, un Mecenas, ayant payé un livre sans le

voir, peut estre relevé pour læsion énorme, en cas que le

livre ne vaille rien ou qu'il n'y soit pas assez loüé, et

s'il a cette action qu'on appelle, en droit, _condictio

indebiti_.

_Chapitre 15._

Si les heritiers où creanciers d'un autheur deffunt sont,

de droit, subrogez en son nom et actions, et s'ils peuvent

tirer en justice le mesme émolument de la dedicace de son

livre, quand ils le mettent au jour. Examen du titre _De

actionibus quæ ad heredes transeunt_.

_Chapitre 16._

Arrest notable rendu au profit d'un pauvre autheur qui

avoit fait une epistre dedicatoire sous le nom d'un

libraire, moyennant 30 sous, lequel fut reçeu à partager la

somme de 150 livres qu'un Allemand avoit donné au libraire

pour la dedicace; avec les plaidoyers des advocats, où sont

de belles descriptions de la grande misere de quelques

autheurs, et de l'estrange coquinerie de tous les

libraires.

_Chapitre 17._

Factum d'un procés pendant entre un libraire et un autheur

qui travailloit à ses gages et à la journée, sur la

question de sçavoir à qui appartiendroit la dedicace du

livre, de laquelle il n'avoit point esté fait mention dans

leur marché.

_Chapitre 18._

Si c'est un stellionnat poëtique (c'est-à-dire vendre

plusieurs fois une même chose) de vendre une piece de

theatre, premièrement à des comédiens, et puis à un

libraire, et puis à un Mecenas. Question decidée en faveur

des autheurs, fondez en droit coustumier.

_Chapitre 19._

Si un domestique ou commensal d'un Mecenas est obligé de

luy dedier ses ouvrages privativement et à l'exclusion de

tous autres, et si le Mecenas luy doit pour cela une

recompense particulière, ou si le logement et la nourriture

luy en doivent tenir lieu. Le droit des esclaves est ici

traitté, qui veut qu'ils ne puissent rien acquérir que pour

leur maistre. Où il est monstré que les esclaves de la

fortune sont encore moins favorables que les esclaves pris

en guerre.

_Chapitre 20._

D'un moyen facile et general qu'ont trouvé les Mecenas de

soudre toutes les difficultez cy-dessus, en ne donnant

rien. Description, à ce propos, de l'avarice, et du

déménagement qu'elle a fait en nos jours; où on voit

qu'elle habite dans les hôtels et dans les palais, au lieu

qu'elle estoit cy-devant logée dans les colleges et dans

les gargoteries.

TOME QUATRIESME.

_Chapitre 1._

Des eloges en general, avec leur distinction, nature et

qualitez.

_Chapitre 2._

Que les eloges immoderez sont de l'essence des epitres

dedicatoires. Avec la preuve experimentale que l'encens qui

enteste le plus est celuy qui est trouvé le meilleur,

contre l'opinion des médecins et droguistes.

_Chapitre 3._

Si le Mecenas doit payer la dedicace du livre à proportion

de l'encens qu'on luy donne dans l'epistre. Avec

l'invention de faire le trebuchet pour le pezer.

_Chapitre 4._

Si l'encens qu'on donne au Mecenas dans le reste du livre,

où on trouve bonne ou mauvaise occasion de parler de lui,

ne doit pas faire doubler ou tripler la dose du present

qu'il avoit destiné pour la seule epitre.

_Chapitre 5._

Si les autres personnes dont on fait une honorable mention

dans le livre, par occasion, doivent un present particulier

à l'autheur, chacune pour sa part et portion des eloges

qu'on luy donne.

_Chapitre 6._

Du titre ou carat de la louange. Où il est monstré que pour

estre de bon alloy, et en avoir bon debit, elle doit estre

de 24 carats, c'est-à-dire portée dans le dernier excès.

_Chapitre 7._

Si un autheur qui aura donné à son Mecenas la divinité ou

l'immortalité doit estre deux fois mieux payé que celuy qui

l'aura seulement appelle demy dieu, ange ou héros. Exemples

de plusieurs apotheoses qui ont esté plus heureuses pour

l'agent que pour le patient.

_Chapitre 8._

Paradoxe tres veritable, que la loüange la plus mediocre

est la meilleure, contre l'opinion du siecle et des grands.

Avec une table des degrez de consanguinité de la flaterie

et de la berne, où on void qu'elles sont au degré de

cousins issus de germain.

_Chapitre 9._

De la louange qui est notoirement fausse, avec la preuve

qu'elle doit estre payée et recompensée au double, par deux

raisons: la première, parce qu'il faut recompenser

l'autheur du tort qu'il se fait en mentant avec impudence;

la seconde, parce que le Mecenas seroit le premier à en

confirmer la fausseté, si par un ample payement il n'en

faisoit l'approbation.

_Chapitre 10._

Si les femmes, qu'on flatte souvent pour rien, et qui

croyent que toutes les louanges leur sont deuës de droit,

doivent payer, autant que les hommes, les eloges que leur

donnent les auteurs dans leurs livres ou dans leurs

epistres dedicatoires.

_Chapitre 11._

Si l'on doit un plus grand present pour les eloges couchez

dans les histoires que dans les poësies ou romans.

_Chapitre 12._

Divers avantages qu'ont les historiens sur les poëtes et

romanciers, et des belles occasions qu'ont ceux-là

d'obliger plusieurs personnes. Sçavoir si la licence qu'ont

ceux-cy de mentir et d'hyperboliser les peut égaler aux

autres.

_Chapitre 13._

Si les historiens se doivent contenter des pensions que

leur donnent les rois ou les ministres, ou s'ils peuvent

honnètement dedier leurs livres à d'autres, et en recevoir

des presens pour avoir bien parlé d'eux.

_Chapitre 14._

Quels gages ou pensions on doit à un autheur qui a écrit

l'histoire ou la genealogie d'une famille. Du nombre

prodigieux de personnes que tels escrivains ont annobly, et

que c'est tres-proprement qu'on peut appeller cela noblesse

de lettres.

_Chapitre 15._

S'il est permis à un autheur qui n'a rien reçeu d'une

dedicace de la changer, et de dedier le mesme livre à un

autre. Où la question est decidée en faveur de

l'affirmative, suivant la regle du droit qui permet de

revoquer une donation par ingratitude.

_Chapitre 16._

Question notable: supposé qu'un Mecenas vint à estre

degradé, pendu, ou executé pour quelque crime, s'il

faudrait supprimer ou changer l'epistre dedicatoire, ou

bien continuer toûjours le debit du livre.

_Chapitre 17._

En une seconde impression du mesme livre, _quid juris?_

_Chapitre 18._

Apologie des docteurs italiens, qui n'exemptent pas de

crime ceux qui excroquent les personnes qui se sacrifient à

leurs plaisirs. Où il est monstré, par identité de raison,

que les Mecenas qui excroquent les pauvres autheurs qui ont

prostitué leur nom et leur plume pour leur reputation

commettent un crime qui crie vengeance à Dieu, comme celui

de retenir le salaire des serviteurs et pauvres

mercenaires.

_Chapitre 19._

Extrait d'un procès de reglement de juges intenté par un

autheur contre un Mecenas pour le payement de quelques

eloges qu'il luy avoit vendus, avec l'arrest du conseil

donné en conséquence, qui a renvoyé les parties pardevant

les juges consuls, attendu qu'il s'agissoit de fait de

marchandise.

_Chapitre 20._

Si le relieur qui a fourny le maroquin pour couvrir le

livre dédié, ou le marchand qui a vendu le satin pour

imprimer la these, ont une action réelle ou personnelle, et

s'il suffiroit à l'autheur de faire cession et transport du

present futur du Mecenas jusqu'à la concurrence de la

debte. Contrarieté des decisions sur ce sujet de la cour du

Parnasse et du siege du Chastelet.

_Chapitre 21._

Fin ménage d'un autheur, qui presenta à son Mecenas un

livre couvert simplement de papier bleu[136], disant que

c'estoit ainsi qu'on habilloit les pauvres orphelins et les

enfans de l'hospital, témoin ceux du Saint-Esprit et de la

Trinité.

[Note 136: La _Bibliothèque bleue_, les _Contes bleus_,

durent leur nom au papier qui leur servoit de couverture.

De là vint aussi que l'on dit _bluet_ pour une brochure de

peu d'importance (_Poésies du P. du Cerceau_, 1785, in-12,

tom. 1, p. 312), et plus tard _bluette_.]

_Chapitre 22._

De la loy du talion, et si elle est reçeuë chez les

autheurs. Par exemple, si, avec des complimens, on peut

payer les eloges que donne un autheur dans sa dedicace.

_Chapitre 23._

Examen de l'exemple d'Auguste, cité sur ce sujet, qui donna

à un poëte des vers pour des vers. Preuve qu'il ne doit

point estre tiré en conséquence.

_Chapitre 24._

Si le Mecenas qui fait valloir la piece de l'autheur, ou

qui met son livre en credit par des recommandations ou

applaudissemens publics, s'acquite d'autant envers luy de

la recompense qu'il luy doit donner. Raisons de douter et

de decider.

_Chapitre 25._

Conseils utiles à un autheur pour faire reüssir une

dedicace. De la necessité qu'il y a d'importuner les

Mecenas pour arracher quelque chose d'eux.

_Chapitre 26._

Autre conseil tres important de faire de grandes civilitez

et des presens de ses livres à tous les valets du Mecenas,

afin qu'ils fassent commemoration de l'autheur en son

absence, et qu'ils fassent valloir le livre auprés de leur

maistre.

_Chapitre 27._

Digression pour parler de la nature des mules aux talons, à

l'occasion de ce que les autheurs sont sujets à les gagner,

en attendant l'heure favorable pour presenter leurs livres

à leurs Mecenas.

_Chapitre 28._

Maxime verifiée par experience et par induction, que tous

les autheurs qui ont fait fortune aupres des grands ne

l'ont point faite en vertu de leur merite, mais pour leur

avoir esté utiles en quelques autres affaires, ou par

l'intrigue ou recommandation de quelqu'un.

_Chapitre_ 29.

Conclusion de tout ce discours, auquel est adjoustée une

table dressée à _l'instar_ de celle de la liquidation

d'interests, contenant la juste prisée et estimation qu'on

doit faire des differens eloges. Ensemble le prix des

places d'illustres et demy illustres qui sont à vendre dans

tous les ouvrages de vers ou de prose, suivant la taxe qui

en a esté cy-devant faite.

Vrayment (dit Charroselles), en attendant que je voye tout cet

ouvrage, dont j'ay une grande curiosité, monstrez-nous au moins ce

dernier chapitre, ou plustost cette table si nècessaire à tous les

autheurs. Je le veux bien (dit Volaterran), mais je ne sçaurois vous

satisfaire tout à fait: car, comme elle est dans le dernier feüillet

du livre, la pourriture ou les rats en ont mangé toute la marge où

les sommes sont tirées en ligne. Hé bien! nous nous contenterons de

voir seulement les articles (dit Charroselles). Le greffier s'y

accorda, et leut ainsi:

ESTAT ET ROLE DES SOMMES

_Auxquelles ont esté moderement taxées, dans le conseil

poétique, les places d'illustres et demy-ilustres,

dont la vente a esté ordonnée pour faire

un fonds pour la subsistance des

pauvres autheurs._

Pour un principal heros d'un roman de dix volumes

000. liv. parisis.

Pour une heroïne et maistresse du heros 00. l. par.

Pour une place de son premier escuyer ou confident 0 . sis.

Pour une place de demoiselle suivante et confidente 3 par

Pour ceux de 5 volumes et au dessous, ils seront

taxez à proportion.

Pour un rival malheureux et qui est prince ou heros.

Pour le heros d'un episode ou histoire incidente.

Pour la commemoration d'une autre personne faite par occasion

Pour un portrait ou caractère d'un personnage

introduit. 20 l. tournois.

_Nota_ que, selon qu'on y met de beauté, de valeur et

d'esprit, il faut augmenter la taxe.

Pour la description d'une maison de campagne qu'on

deguise en palais enchanté, pour la façon seulement

sera payé

Pour la louange qu'on donne par occasion à des poëmes

et à des ouvrages d'autruy, _néant._. Et n'est ici

couché que pour memoire, attendu qu'on les donne à

la charge d'autant.

Pour l'anagramme du nom du personnage dépeint,

quarante sous.

Pour le fard dont on l'aura embelly: à discretion.

Pour faire qu'un amant ait avantage sur son rival et

qu'il soit heureux dans les combats et intrigues. _Idem._

_Le juste prix de toute sorte de vers._

Pour un poëme epique en vers alexandrins. 2000 l.

_Nota_ que cela s'entend de pension par chacun an,

tant que durera la composition, pourveu que ce soit

sans fraude.

Pour les personnages introduits dans ces poëmes, la

taxe s'en fait au double de celle qui est faite pour pareilles

places de prose.

Pour les odes heroïques de dix ou douze vers chacune

strophe 100 s.

Le roman bourgeois: Ouvrage comique · 第 22 / 23 段