l’extrait des registres remis à Colbert en 1678: «M. Roemer a confirmé
par de nouvelles observations ses sentiments touchant la vitesse de la
lumière, prétendant que son mouvement ne se fait pas en un instant.
Comme ce problème est un des plus beaux que l’on ait encore proposés
sur ce sujet et que M. Cassini y a trouvé quelques difficultés, on
l’a examiné souvent dans l’assemblée. La compagnie a trouvé que cette
méthode pour trouver le temps que la lumière des astres emploie à son
mouvement est la meilleure et la plus ingénieuse dont on se soit avisé
jusqu’à présent.»
Mais dans l’histoire rédigée par lui des travaux astronomiques de
l’Académie, Cassini tient un tout autre langage et se prononce
hardiment dans un sens opposé. On a comparé, dit-il, le temps de deux
émersions prochaines du premier satellite dans une des quadratures avec
le temps de deux immersions prochaines dans la quadrature opposée de
cette planète, et bien que la lumière d’un satellite à la fin de sa
révolution dans la première quadrature fasse moins de chemin pour venir
à la terre dont Jupiter s’approche qu’à la fin de sa révolution dans la
seconde, quand Jupiter s’éloigne de la terre et que cette différence
monte tout au moins à trois cent mille lieues de chemin dans un temps
de plus que dans l’autre, on n’a pas trouvé de différence sensible
entre les deux espaces de temps. «Ce n’est pas, ajoute Cassini, que
l’Académie ne se soit aperçue, dans la suite de ses observations, que
le temps d’un nombre considérable d’immersions d’un même satellite est
sensiblement plus court que celui d’un pareil nombre d’émersions, ce
qui peut en effet s’expliquer par le mouvement successif de la lumière,
mais elle ne lui a pas paru suffisante pour convaincre que le mouvement
est en effet successif.» La découverte de Roemer, aujourd’hui solide et
inattaquable, a été confirmée par tous les progrès de la science; les
objections pouvaient cependant et devaient être faites, et Cassini, en
suspendant son jugement, ne fait paraître aucun esprit de dénigrement
ou de jalousie.
La question vingt ans plus tard semblait encore douteuse, et Fontenelle
en analysant un travail de Maraldi concluait avec lui ou bien peu s’en
faut en faveur de la propagation instantanée. «Il paraît, dit-il,
qu’il faut renoncer, quoique peut-être avec regret, à l’ingénieuse et
séduisante hypothèse de la propagation successive de la lumière, ou du
moins à l’unique preuve certaine que l’on crût en avoir; car une preuve
manquée ne rend pas une chose impossible.»
Une autre expédition plus célèbre encore que celle de Picard fut celle
de Richer envoyé à Cayenne pour y faire, sous un ciel et dans un climat
nouveaux, d’importantes observations astronomiques. Plusieurs questions
lui étaient particulièrement signalées, parmi lesquelles l’observation
de la planète Mars excitait au plus haut point l’impatiente curiosité
des savants. L’Académie, dit Fontenelle, attendait le retour de ses
missionnaires comme l’arrêt d’un juge appelé à prononcer sur les
difficultés qui divisent les astronomes. Il s’agissait en effet de
déterminer la distance de Mars à la terre pour en conclure le rayon
encore inconnu de l’orbite terrestre.
Les astronomes ne connaissaient que des rapports. Ils savaient
très-exactement que la distance de Mars au soleil est une fois et demie
celle de la terre au soleil, mais on n’avait sur la grandeur absolue
de l’une d’elles que d’insignifiantes conjectures. Anaxagore, en
supposant le soleil aussi grand que le Péloponèse, évaluait sa distance
à la terre à mille ou douze cents lieues tout au plus. Aristarque, par
des mesures ingénieuses mais fort grossières, l’avait portée à douze
cents rayons terrestres; Descartes n’en supposait que sept à huit
cents; Kepler au contraire avait triplé le nombre d’Aristarque. Les
observations de Richer devaient sextupler celui de Kepler.
Mars alors approchait autant que possible de la terre, et l’on espérait
pouvoir mesurer l’angle formé par deux rayons visuels dirigés vers lui
au même instant, l’un de Paris, l’autre de Cayenne. Rien de plus facile
en théorie que la détermination d’un tel angle. Les difficultés sont
toutes d’exécution, mais elles sont considérables.
Devant la distance des étoiles, le diamètre de la terre disparaît en
quelque sorte et s’évanouit; les rayons dirigés vers l’une d’elles par
deux observateurs éloignés sont rigoureusement parallèles, et l’on
peut par suite rapporter à une même direction et comparer par là l’un
à l’autre deux rayons dirigés vers Mars de deux points éloignés du
globe. Malheureusement la terre tourne et se déplace. Mars lui-même
n’est pas immobile, et une seconde de retard dans une observation peut
dévier de plus de quinze secondes le rayon dirigé vers lui; si l’on
songe qu’un angle de vingt-cinq secondes fait tout le dénoûment du
problème, on perd l’espoir d’obtenir, à deux mille lieues de distance,
deux observations réellement simultanées. Il faut s’affranchir de cette
condition, et la marche régulière de la planète, soumise à des lois
bien connues, permet de calculer d’après la position observée celles
qui la précèdent ou qui la suivent; on doit enfin dans une recherche
aussi délicate prévoir toutes les causes d’erreur et en corriger les
effets.
L’événement trompa d’abord toutes les espérances. Les erreurs
d’observation, en compensant fortuitement les différences de
direction, assignèrent une valeur nulle à l’angle qu’on voulait
mesurer; mais Cassini, en recherchant jusqu’à la source la cause
possible d’un résultat aussi inacceptable, fut conduit à soupçonner
un quart de minute d’erreur, en assignant à l’angle une valeur de
vingt-cinq secondes que donnaient ses propres observations et qui est
exacte. Cassini en effet avait résolu le problème sans employer les
observations de Cayenne. Le principe de sa méthode est ingénieux;
puisque la comparaison des observations n’exige pas qu’elles soient
simultanées, on peut choisir pour les comparer deux observations faites
à six heures de distance dans un seul et même observatoire. La terre,
dans son mouvement bien connu, emporte l’observateur plus loin de sa
position primitive que Paris ne l’est de Cayenne, et la différence de
temps peut remplacer la distance des lieux.
C’est l’observation du pendule qui devait immortaliser surtout le
nom de Richer et le souvenir de son expédition. Le pendule qui bat
les secondes est plus court à l’équateur qu’à Paris, et ce fait bien
observé nous montre par une conséquence très assurée que la pesanteur y
est moindre. Huyghens, en évaluant la force centrifuge produite par la
rotation de la terre, fit connaître une cause considérable mais non pas
unique de cette diminution qui se rattache avec certitude à la forme
aplatie de la terre. Mais la suite de ces déductions est accessible
aux seuls géomètres, et les autres savants n’y virent pendant bien des
années qu’une ingénieuse conjecture qu’ils discutaient sans s’entendre.
Il restait donc beaucoup à faire pour fixer les esprits et rendre la
démonstration convaincante. Cinquante ans plus tard les deux partis
jugeaient nécessaire une nouvelle expédition académique qui, pour les
mettre d’accord, dut chercher des preuves évidentes et irréfragables
dans des mesures directes et précises.
Le roi Jacques II, dans une visite à l’Observatoire de Paris le 27
avril 1690, avait rapporté l’opinion de Newton sur l’aplatissement
de la terre. Les académiciens dans leur réponse invoquent assez
singulièrement les observations de Richer pour repousser une théorie
dont elle fournit la preuve la plus assurée. «On répondit, dit le
procès-verbal, que cette idée était venue à quelques-uns à l’occasion
de quelques observations de Jupiter qui a paru quelquefois n’être pas
parfaitement sphérique, mais que la partie de l’ombre de la terre
qui tombe sur la lune paraissait assez circulaire pour persuader que
la figure de la terre ne s’éloigne pas sensiblement de la sphérique,
que cette conjecture avait été assez fortifiée par les observations
de la longueur des pendules faites par les personnes envoyées par
l’Académie des sciences à Cayenne, au cap Vert et aux Antilles, où le
pendule à secondes s’est trouvé constamment sensiblement plus court que
dans notre climat, mais que cette différence pouvait être attribuée
aux températures de l’air, puisque dans un même lieu nous trouvons
une petite différence entre l’été et l’hiver.» Cette explication
est inacceptable, et une température de 200 degrés au moins serait
nécessaire pour produire les effets observés.
Les expériences sur la transfusion du sang faisaient grand bruit en
Angleterre. L’Académie prit soin de les reproduire et de les varier.
Les Anglais remplaçaient hardiment le sang d’un homme par celui d’un
sujet plus robuste ou mieux portant, en espérant par là changer
non-seulement le tempérament mais le caractère du patient. Le sang
d’un lion par exemple devait enflammer l’homme le plus timide et lui
donner avec une noble fierté un courage invincible. Les savants de
Londres pour guérir un fou avaient remplacé la plus grande partie de
son sang par celui d’un homme sain d’esprit; mais le malade, continuant
à déraisonner sur tous les points sauf sur un seul peut-être, courait
les rues de Londres en se disant le martyr de la Société royale. Les
académiciens français opérèrent seulement sur des chiens. Ils ne furent
pas heureux. L’animal qui donnait son sang se rétablissait assez bien,
l’autre languissait et mourait presque toujours. Le parlement informé
de ces résultats défendit par arrêt la transfusion comme inutile et
dangereuse.
La machine pneumatique, inventée à Magdebourg par Otto de Guéricke et
apportée par Huyghens devant l’Académie, fut aussi pour elle un sujet
d’études et l’instrument d’expériences très nombreuses. Parmi les
singularités observées on peut signaler l’effet produit sur un poisson
qui, placé sous le récipient dans un vaisseau plein d’eau, tomba au
fond sans pouvoir remonter, même après la rentrée de l’air. Sa vessie
natatoire s’était vidée d’air et ne fonctionnait plus.
C’est Huyghens également qui annonça le premier à l’Académie la force
expansive de la glace, en profitant pour la rendre sensible du rude
hiver de 1668.
Le phosphore de l’urine, découvert par Brandt, fut également mis sous
les yeux de l’Académie et préparé par Homberg dans le laboratoire.
L’Académie ces jours-là devenait une école, et l’un de ses membres
transformé en professeur donnait l’enseignement à tous les autres.
Colbert pendant toute sa vie se montra favorable à la compagnie qu’il
avait fondée. Plein de ménagements et de prévenances pour elle,
soigneux de ses intérêts comme de sa dignité, facile à ses projets
et à ses entreprises, il se plaisait à lui rendre de bons offices.
Informé des travaux commencés, attentif en même temps aux recherches
particulières et animant chacun dans ses propres desseins, il savait
soutenir sans diriger; habile à juger les hommes et les éprouvant au
besoin, il se faisait le protecteur et l’appui, non le guide de ceux
qu’il avait appréciés et choisis. Sa mort fut un grand malheur pour les
savants. L’impérieux Louvois, second protecteur de l’Académie, s’occupa
fort peu d’elle et fort mal. L’esprit qui l’animait n’était pas celui
de la science. Les intérêts du roi étaient pour lui la loi suprême, et
le soin de sa grandeur la seule affaire de conséquence. Les bienfaits
et la faveur dont il daignait les honorer imposaient aux académiciens
l’obligation de se tenir toujours sous sa main prêts à servir ses
projets en s’y appliquant tout entiers.
Le 16 février 1686 un M. de La Chapelle, délégué par Louvois et
interprète de ses volontés, vint proposer à l’Académie une distinction
fausse et grossière entre les recherches utiles et la science de pure
curiosité, comme s’il existait deux lumières, l’une pour guider les
hommes, l’autre pour charmer leurs yeux. «J’ai déjà eu l’honneur de
dire à l’Académie, dit M. de la Chapelle, que M^{gr} de Louvois demande
ce que l’on peut faire au laboratoire; il m’a ordonné d’en parler
encore. Ne peut-on pas considérer ce travail ou comme une recherche
curieuse ou comme une recherche utile? J’appelle recherche curieuse ce
qui n’est qu’une pure curiosité ou qui est pour ainsi dire un amusement
des chimistes; cette compagnie est trop illustre et a des applications
trop sérieuses pour ne s’attacher ici qu’à une simple curiosité.
J’entends une recherche utile celle qui peut avoir rapport au service
du roi et de l’État.» Le nouveau protecteur prétendait, on le voit,
retrancher les curiosités inutiles et les amusements de l’esprit; où
la curiosité n’est pas admise pour elle-même, il ne faut pas espérer
cependant que la science se développe et reste en honneur. Mais
l’Académie, accoutumée à s’incliner au moindre signe venu de si haut,
n’avait pas à discuter avec un ministre tout-puissant.
M. de La Chapelle avait fait connaître quelques-uns des problèmes
utiles dont on désirait la solution. Ne serait-il pas permis,
disait-il, d’examiner les effets du mercure, de l’antimoine, du
quinquina, du laudanum et du pavot selon les différentes préparations,
et de faire des analyses exactes du thé, du café et du cacao dont
l’usage se rend si commun, soit comme remède, soit comme aliment?
M. Bourdelin, qui naguère distillait des crapauds, se distingua par son
empressement. Quelques semaines après la visite de M. de La Chapelle,
il apportait à l’Académie l’analyse de trois livres d’excellent café.
«Ces 3 livres ont donné, dit-il, 20 onces 7 gros de liqueur qu’on a
tirée par la cornue. La première, de 4 onces un peu austère a rougi
le tournesol. La seconde, avec un peu d’acidité, a fait couleur de
vin de Châblis avec le vitriol. La troisième a fait couleur de minium
en mettant une portion de vitriol sur sept de cette liqueur. La
quatrième, d’odeur de cumin austère et amère, a rendu laiteuse la
solution du sublimé. Une partie de vitriol sur deux a fait couleur
de minium. La cinquième partie fort acide et mêlée de sulfuré, a
précipité le sublimé. Une partie de cette liqueur avec deux de vitriol
a fait couleur de minium fort foncée. La sixième de 3 onces a fait
effervescence avec l’esprit de sel, et il reste 8 onces 2 gros figés.
La tête morte avait plus de volume que le café.»
Une telle analyse échappe à la classification de Louvois; elle n’est
ni curieuse ni utile. «Bourdelin, dit Fontenelle, aimait tant le café
que sur la fin de sa vie quand les médecins le lui interdirent, il se
flatta longtemps d’être désespéré pour pouvoir sans scrupule en prendre
tant qu’il voudrait.» Son analyse, s’il en est ainsi, ne peut suggérer
qu’une réflexion: puisque le café était excellent, il aurait mieux fait
de le boire.
L’Académie reprit plus d’une fois sans succès l’étude du café. Dans un
mémoire lu en 1715, on y signale des principes salins et sulfureux,
en terminant par quelques indications plus pratiques. «L’expérience,
dit l’auteur qui n’est autre que le premier académicien de la célèbre
famille de Jussieu, a introduit quelques précautions que je ne saurais
blâmer touchant la manière de prendre cette infusion. Telles sont
celles de boire un verre d’eau auparavant de prendre le café, de
corriger par le sucre l’amertume qui pourrait le rendre désagréable, et
de le mêler de lait ou de crème pour en étendre le soufre, embarrasser
les principes salins et le rendre nourrissant.» M. Purgon n’aurait pas
mieux dit.
Perraut affecta plus de déférence encore aux vues de Louvois en
apportant à l’Académie une invention fort bizarre pour doubler la
vitesse d’un boulet de canon. Le projectile ordinaire, dans le projet
de Perraut, serait remplacé par un second canon qui doit lancer le
boulet pendant son trajet dans l’intérieur de la grande pièce, en lui
imprimant outre sa vitesse propre celle que lui communique l’action
de la poudre. Pour ne rien perdre enfin, on doit disposer à petite
distance un anneau assez fort pour retenir le petit canon au passage,
sans être endommagé par le choc. Malgré la juste considération qui
entourait Perraut dans l’Académie, on n’ordonna pas la réalisation d’un
projet dont la naïve hardiesse, en faisant sourire plus d’un homme de
guerre, dut montrer à Louvois que les académiciens ne sont pas des
artilleurs et que le mieux est de laisser chacun à ses travaux naturels.
Le départ d’Huyghens après la révocation de l’édit de Nantes, la mort
de Picard et la retraite de Rœmer en Danemark furent pour l’Académie
des pertes irréparables. Elle se trouva privée tout à coup de ses
lumières les plus précieuses. Quoique pour la chimie la stérile
abondance de Duclos eût été heureusement remplacée par l’activité plus
fructueuse de Homberg, le zèle des autres membres s’affaiblissait;
le travail en commun devenu une gêne pour tous était abandonné peu à
peu, et l’on avait peine bien souvent à occuper les deux heures de
la séance. Les procès-verbaux qui naguère remplissaient chaque année
deux volumes, l’un pour les samedis, l’autre pour les mercredis, se
réduisirent au point que les comptes rendus des années 1688 à 1691,
toujours écrits par Duhamel avec la même exactitude, n’occupent plus
ensemble qu’un seul volume qui les réunit sans distinction. L’activité
renaît ensuite, il est vrai, mais elle se déplace; chacun veut user de
son initiative et déserte les routes tracées à l’avance.
La lutte entre les deux systèmes, commencée dès les premières années
de l’Académie, s’était renouvelée à plusieurs reprises et se déclarait
de plus en plus. L’Académie, dans l’intention des fondateurs, devait
absorber complétement en elle l’individualité de ses membres, produire
l’unité des esprits dans la science et dans la doctrine et paraître
seule au dehors, non-seulement pour prendre part aux découvertes de
chacun et s’en glorifier, mais en se les appropriant sans citer aucun
nom.
Avant de publier pour la première fois ses travaux, la Compagnie se
demanda si elle devait nommer dans la préface les particuliers qui
avaient fait quelques découvertes; on fut d’avis de ne les point
nommer, et il fut décidé qu’on se contenterait de dire que les
découvertes ont été faites dans l’Académie. Cette étrange égalité,
décrétée mais non obtenue, n’était pas sans précédent, et les
expériences des académiciens del Cimento à Florence sont restées leur
propriété commune. L’Académie de Paris, en s’appropriant ainsi les
travaux de ses membres, déniait à chacun d’eux le droit de les inscrire
dans ses propres ouvrages.
On lit au procès-verbal du 18 août 1688: «La Compagnie, pour éviter
que dorénavant les personnes qui la composent n’insèrent dans leurs
ouvrages particuliers les observations et les nouvelles découvertes
qui sont faites dans les assemblées, a statué d’un commun consentement
qu’à l’avenir chacun de ceux qui voudront faire imprimer de leurs
ouvrages sera obligé d’en donner avis à la Compagnie et d’y apporter
son manuscrit pour y être examiné, ou par l’Académie en corps, ou par
les commissions qu’elle nomme pour cet effet. A l’égard des ouvrages
qui ont été imprimés par ceux qui la composent, la Compagnie a résolu
de revendiquer ce qui lui appartient toutefois et quand l’occasion s’en
présentera. La compagnie a prié M. de La Chapelle de savoir la volonté
de M^{gr} de Louvois, protecteur de l’Académie, avant que d’insérer le
présent règlement dans les registres.»
Ce passage est très-remarquable. On y voit clairement l’état intérieur
de l’Académie et les causes d’un affaiblissement qui frappait tous
les yeux. Les mathématiciens empiétaient peu à peu sur tout le reste.
Cassini, l’Hôpital, Varignon, La Hire et Homberg, sans s’astreindre
plus longtemps à chercher la vérité en commun, produisent isolément et
sans grand éclat, d’instructifs et nombreux travaux; mais ils ont peine
à remplir les séances. Les sciences d’observation n’y occupent plus
qu’une très-petite place; tout semble aller à l’abandon. Le laboratoire
est délaissé, l’Académie n’a plus de règle, et l’assiduité de ses
membres diminue sensiblement. Un grand changement était nécessaire;
l’abbé Bignon, neveu du troisième protecteur Pontchartrain, eut le
mérite de le comprendre. Après s’être fait donner par son oncle la
direction de l’Académie, il obtint de la renouveler par un règlement
qui, en accroissant le nombre de ses membres et lui donnant le droit de
se recruter elle-même, la rendit à la fois plus forte et plus libre,
plus florissante et plus féconde.
L’ORGANISATION DE 1699.
L’Académie des sciences, en 1699, reçut un grand accroissement;
l’organisation nouvelle élevait de seize à cinquante le nombre de ses
membres et les partageait en trois classes: celles des honoraires, des
pensionnaires et des associés; la première composée de dix membres et
les deux autres chacune de vingt. A chaque pensionnaire enfin était
attaché un élève qui, formé par lui et instruit près de l’Académie
à laquelle il appartenait par avance, devait en s’y dévouant tout
entier mériter successivement le titre d’associé et les avantages
des pensionnaires. Les membres honoraires étaient en quelque sorte
les médiateurs de l’Académie auprès du roi et de ses ministres;
ils devaient aider leurs confrères de leur crédit, les honorer par
leur présence et les encourager par leur attention. Les plus grands
seigneurs recherchèrent ce rôle et tinrent souvent à honneur d’ajouter
à leurs titres celui d’académicien. Le règlement affirmait leur
intelligence et leur savoir dans les mathématiques et dans la physique,
mais une grande bienveillance pour les savants et le désir exprimé
d’entrer en commerce familier avec eux étaient souvent la plus grande
preuve qu’on leur en demandât et la seule marque qu’ils en pussent
fournir. La prééminence leur appartenait de droit dans l’Académie, et
le roi chaque année choisissait pour président et pour vice-président
deux des membres honoraires.
Les anciens académiciens furent presque tous admis dans la classe
des pensionnaires. On les partagea en six sections de trois membres
chacune: celles de géométrie, d’astronomie, de mécanique, de chimie,
d’anatomie et de botanique. Le secrétaire et le trésorier complétaient
le nombre de vingt.
Douze des associés étaient Français et habitaient Paris. Répartis
comme les pensionnaires entre les six sections, ils portaient à cinq
le nombre de leurs membres. L’Académie, pour attirer à elle toutes les
gloires, pouvait choisir les huit autres associés parmi les savants
étrangers. On décida par un très-sage conseil que, désignés par
l’éclat non par la nature de leurs travaux, ils n’appartiendraient à
aucune section. En cas de vacance parmi les honoraires, l’Académie
devait proposer un candidat à l’agrément du roi. Pour les places
de pensionnaires, elle en présentait trois parmi lesquels deux au
moins déjà associés ou élèves. La nomination des associés se faisait
comme celle des pensionnaires, et sur les trois candidats présentés,
deux au moins devaient être choisis parmi les élèves; mais la règle
fut renversée, et en 1716, un règlement nouveau imposa au contraire
l’obligation d’inscrire sur la liste présentée au roi un candidat
au moins étranger à l’Académie, afin que Sa Majesté pût à chaque
élection si elle le jugeait utile rajeunir et fortifier l’Académie par
l’adjonction d’un membre nouveau.
Les associés prenaient part à tous les travaux de l’Académie, mais ils
n’opinaient que sur les questions de science. En cas de doute sur un
de leurs droits, les honoraires et les pensionnaires en décidaient en
dernier ressort à la majorité des suffrages.