Vous savés, mon très révérend père, comme je tiens de vous celuy
qui me dirige. J'ai eu des peines à subir cette loi qu'il n'y a que
Dieu qui sache. Je lui ay fait une confession générale dont je
pensai mourir à ses pieds. J'ai été fort longtemps depuis sans le
pouvoir regarder et ne l'abordant qu'avec une émotion que je ne
puis représenter. Tout cela, dans mon esprit et dans la nature, me
paraissoit assez naturel, mais il y a plus de six mois que je suis
à lui avec une très grande satisfaction d'y être, car, quoique je
me sois fait une loi inviolable de ne point raisonner sur un homme
entre les mains de qui je suis par l'ordre de Dieu, puisque j'y
suis par le vôtre, je vous dirai pourtant que je suis convaincue
que c'est ce qu'il me falloit. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . Pour vous abréger dans ma dernière
confession, je me trouvois dans un tel état à ses pieds que le sang
me monta à la tête. Il me prit un saignement de nez et je souffris
ce que je ne puis vous représenter.
... Je suis hors de moi dès que je l'aborde. Je n'ose lui dire cet
état au point où il est, quoique je lui en aye dit quelque chose,
par [ce] que je crains que cela ne lui fasse de la peine. J'ai
recours à votre charité que j'ai éprouvée sans bornes. Je sens
qu'un mot de vous me calmera pourvu qu'il me détermine comme s'il
venait de Dieu mesme. Le respect que j'ai pour vous et ce que j'en
ai ressenti me fait croire sans en douter que je vous dois mon
salut.
Au fond, son confesseur ne lui plaisait guère. Elle le trouvait trop
facile, trop doux, trop enclin aux tempéraments dont elle s'irritait
dans l'ardeur de son âme.
Il l'obligeait à ne rompre avec le monde que lentement et peu à peu, à
ne pas quitter tout de suite l'état qu'elle y avait. Il n'était même pas
bien d'avis qu'elle se défît de son hôtel de la rue Saint-Honoré.