Recteur honoraire de l'Académie de Poitiers, correspondant de
l'Institut.
* * * * *
Monsieur,
La démonstration, que l'aile de moulin ou le fléau dont Tirésias
parle à Ulysse au chant XI de l'_Odyssée_ n'est qu'une pelle à
vanner, est décisive. Mais quand on vous a annoncé qu'Homère avait
dû attendre les commentaires du scoliaste Mistral et du scoliaste
Paul Arène, pour devenir intelligible, n'avez-vous pas éprouvé
quelques doutes?
Il n'y a pas de Mistral qui tienne. Il n'y a pas de Paul Arène qui
tienne. Ces Messieurs arrivent trop tard.
Il me paraissait bien étonnant que l'érudition allemande, que
l'érudition française (sans parler de l'érudition anglaise) se
fussent laissé devancer par l'école du plein air. J'ai eu
immédiatement la preuve du contraire en ouvrant une traduction de
l'_Odyssée_ qui cependant n'est pas d'un helléniste de marque, mais
d'un homme consciencieux.
Vous trouverez page 201 de la traduction de l'_Odyssée_ par Eugène
Bareste, illustrée par Theod. de Lemud et Titeux (Paris, Lavigne,
1842, in-8°) la note qui se termine ainsi:
«... _Celui dont il est question est tout simplement une pelle en
bois_ pour jeter le blé en l'aire et en détacher la menue paille.
On conçoit très bien qu'une rame puisse être prise pour cet
instrument par des hommes qui n'avaient aucune idée de navigation;
car, disaient les anciens, _le van de la mer c'est la rame, et la
rame de la terre, c'est le van_.»
Vous voyez que malgré la meilleure volonté du monde, cette scolie
qui a été pour vous l'occasion et le prétexte de développements...,
n'est pas à mettre en marge du XIe chant de l'_Odyssée_, du moins
dans la traduction de Bareste, et sous peine de faire double emploi
avec la note que j'ai transcrite à votre intention.
Veuillez agréer, monsieur, l'expression de ma considération la plus
distinguée.