Le Midi bouge,
Tout est rouge.
Et quand ce fut fini, tout le monde d'admirer et d'applaudir.
Il n'y avait point à s'y tromper. C'était bien la poésie naturelle née
de l'amour et formée sans étude; sa beauté le disait assez. Comme on
entendait bien dans ces vers, dans ce chant, la voix de ces héros
paysans qui ont donné leur vie sans dire leur nom. L'art se trahit
toujours par quelque chose de froid ou d'emphatique, de bizarre ou de
convenu. Quel poète aurait trouvé ce ton si juste, ces accents si vrais
de colère et de bonne haine? Non, certes, ce n'était pas un artiste, un
poète de métier qui avait conçu _le Midi rouge_!
M. Paul Arène écoutait ces propos de l'air que nous lui connaissons, et
de ce visage immobile, qui semble avoir été taillé dans le buis d'un
bois sacré par un chevrier aimé des dieux, au temps des faunes et des
dryades. Il écouta et se tut. Un autre, de moins d'esprit, se serait plu
à rassembler sur soi les louanges égarées. Il eût troublé les
enthousiasmes. M. Arène aima mieux en jouir. Et il y trouva un plaisir
plus délicat. Il approuva d'un signe de tête. Peut-être même se
donnait-il la joie de partager l'illusion générale et de considérer pour
un moment sa chanson comme une chanson populaire, comme un chant de
l'alouette française, jeté un matin sur le bord du sillon ensanglanté.
Et après tout il en avait le droit. Quand il la fit, sa chanson, il
n'était plus seulement Paul Arène, il était le peuple de France, il
était tous ceux qui allaient, le fusil sur l'épaule, se battre pour la
patrie. Sa chanson était devenue une chanson populaire. Elle courait les
routes, faisant halte le dimanche dans les cabarets du village. Il en
est de celle-là comme des autres. Il a bien fallu quelqu'un pour les
faire et le poète n'était pas toujours berger: c'était, j'imagine,
quelquefois un monsieur. Pourquoi un monsieur ne ferait-il pas,
d'aventure, aussi bien qu'un paysan, des couplets de guerre ou d'amour?