Ah! combien j'ai bu de boissons faites de larmes de sirènes, distillées
dans des alambics aussi effroyables que l'enfer: j'ai craint en
espérant, et j'ai espéré en craignant, perdant toujours quand je me
croyais près de gagner! Quelles déplorables erreurs a commises mon
coeur, tandis qu'il se croyait plus heureux qu'il ne l'avait jamais été!
Combien mes yeux ont erré loin de leur sphère, dans la folie de cette
fièvre insensée! O bénéfice du mal! je comprends aujourd'hui que ce
qu'il y a de meilleur est rendu meilleur encore par le mal; et l'amour
détruit, lorsqu'il se relève, devient plus beau, plus fort, plus grand
qu'au premier abord. Je reviens suffisamment châtié, et je gagne à ma
souffrance trois fois plus que je n'ai perdu.