LXXIX

Tant que j'invoquais seul ton secours, mes vers possédaient seuls toute

ta bonne grâce; mais maintenant ma suave harmonie décline, ma muse

malade cède la place à une autre. Je t'accorde, mon amour, que tu es un

trop aimable sujet pour n'être pas digne du travail d'une plume plus

éloquente; mais tout ce que ton poëte invente sur ton compte, il te l'a

dérobé et te le rend de nouveau. Il te prête la vertu et c'est à ta

conduite qu'il a emprunté ce mot; il t'orne de beauté, et c'est sur tes

joues qu'il l'a trouvée; il ne peut t'accorder d'autres éloges que ceux

dont il trouve en toi la manière. Ne lui rends donc pas grâces de ce

qu'il te dit, puisque tu payes toi-même ce qu'il te doit.

Sonnets. Volume 8 · 第 79 / 154 题