XIX.

Temps dévorant, émousse les griffes du lion, et que la terre dévore

elle-même sa douce postérité, arrache les dents acérées des mâchoires du

tigre féroce, brûle dans son sang le phénix à longue vie, apporte-nous

dans ton vol des saisons heureuses et des saisons funestes. Temps aux

pieds rapides, fais ce que tu voudras dans le vaste univers, et pour ses

charmes fragiles, je ne t'interdis qu'un crime odieux, que tes heures ne

sillonnent pas le beau front de mon ami, n'y trace point de lignes avec

ton antique plume, laisse-le dans ton cours subsister tout entier pour

servir de modèle de beauté aux races futures. Néanmoins fais du pis que

tu voudras, vieux Temps: en dépit de tes outrages, mon ami vivra

toujours jeune dans mes vers.

Sonnets. Volume 8 · 第 20 / 154 题