II.

Lorsque quarante hivers assiégeront ton front et creuseront de profondes

tranchées dans le champ de ta beauté, la fière livrée de ta jeunesse, si

fort admirée maintenant, ne sera plus qu'un vêtement déguenillé dont on

ne fera plus de cas; lorsqu'on te demandera alors ce qu'est devenue

toute ta beauté, où réside le trésor des jours de ta vigueur, ce serait

une honte insigne et une flatterie inutile de répondre qu'elle vit

encore dans tes yeux creusés et enfoncés; ne serait-ce pas un usage plus

honorable de ta beauté que de pouvoir répondre: «Mon bel enfant que

voilà peut faire mon compte et me servir d'excuse;» tu prouverais ainsi

que sa beauté t'appartient par succession! ce serait ressusciter dans ta

vieillesse et voir ton sang bouillir encore lorsque tu le sentirais

glacé dans tes veines.

Sonnets. Volume 8 · 第 3 / 154 题