I.

Nous désirons voir les créatures les plus belles se multiplier afin que

la rose de la beauté ne meure jamais, et qu'au moment où les plus

avancées tombent sous les coups du Temps, leurs tendres héritières

puissent relever leur mémoire; mais toi, tu es fiancée à tes propres

yeux et à leur éclat, tu nourris la flamme de ton flambeau d'une huile

intérieure, tu produis la famine là où règne l'abondance, tu es ta

propre ennemie, tu es trop cruelle envers toi-même. Toi qui fais

maintenant le nouvel ornement du monde, toi qui annonces seule le

glorieux printemps, tu enterres dans son bouton ta satisfaction; douce

avare, tu gaspilles par ta lésinerie. Aie compassion du monde, sans

quoi, vorace que tu es, tu te joindras au tombeau pour dévorer ce qui

est dû au monde.

Sonnets. Volume 8 · 第 2 / 154 题