XVIII

Lorsqu’elle sortit de chez Monsieur Brossard, et qu’elle se trouva seule

dans la rue, Cécile Lamorille fut prise d’un tremblement nerveux

imperceptible, mais qui la secouait toute; elle avait froid. Elle eût

voulu pleurer. Elle allait, désemparée, et peu à peu, ses sentiments se

précisaient, se condensaient, se transformaient en une colère méchante.

Tous les mots qu’elle regrettait de n’avoir pas dits se pressaient en

elle, son pas s’affermissait, elle marchait inconsciente de son attitude

et de ses gestes et son indignation était si forte que, par moments,

sans se soucier des gens qui se retournaient pour la voir, elle éclatait

en imprécations. Elle repassait dans son esprit tous les détails de la

visite; elle s’en voulait d’avoir été maladroite, de n’avoir pas su dire

d’abord les mots nécessaires, puis de n’avoir pas exprimé son dégoût.

Elle ne se lamentait pas d’avoir échoué, il semblait même qu’elle eût

oublié l’objet de sa démarche. Elle se le rappela avec une vivacité

singulière au moment où elle arriva devant sa porte et elle s’arrêta

comme si une main étrangère l’eût retenue.

Qu’allait-elle faire? Là-haut, Marcel l’attendait; elle avait promis de

lui rapporter cet argent! Qu’elle se présentât devant lui les mains

vides, que penserait-il? Elle imagina son visage si dur lorsqu’il était

mécontent; elle sentit s’évanouir son courage; elle l’aimait!

Alors, d’un pas plus lent, plus las, elle reprit sa marche, essaya de

réfléchir. Elle n’avait point prévu le refus de Monsieur Brossard et

n’avait préparé aucun plan. Elle cherchait à se ressouvenir de ses amis

et il lui semblait qu’elle n’eût plus d’amis. C’est une épreuve pénible

et décevante que d’avoir besoin de ceux qui prétendent vous aimer; toute

la confiance que l’on a mis en eux s’écroule avant même que l’on n’ait

rien tenté; on sait que quoi qu’ils disent, on n’a pas le droit de

pénétrer dans leur vie, de troubler leur égoïsme, de leur rappeler les

promesses que, peut-être dans une heure d’attendrissement irréfléchi,

ils firent. Les amitiés les plus anciennes ne se maintiennent que comme

ces vieux murs fleuris qui embellissent les parcs et donnent une

illusoire sensation de sécurité; que l’on s’appuie contre eux, tout à

coup ils s’effondrent.

--Il ne faut jamais compter que sur soi, se disait Cécile.

Et elle songeait à ce qu’elle pourrait vendre.

Puis soudain, l’image de Mme de Birette se présenta à son esprit. Elle

n’y avait pas pensé, car elle la savait sans fortune, mais maintenant,

dans son désarroi, elle se prenait à espérer. Elle revoyait son gai

visage, son rire clair, son regard paisible; elle enviait son bonheur!

Comment ne s’en était-elle point souvenue plus tôt? Elle était près de

se reprocher son ingratitude; ses angoisses s’apaisaient; elle marchait

plus vite, elle avait un but et un espoir.

Mme de Birette était seule avec le Père Autrand; des bûches croulantes

mouraient dans la cendre chaude, les lumières étaient voilées, la

vieille dame et le dominicain causaient doucement ou se taisaient

ensemble, et Cécile, en entrant dans le salon eut une impression de

douceur paisible qui lui fit mal.

Mme de Birette se leva, avec une exclamation joyeuse, pour embrasser sa

jeune amie; Cécile essayait de sourire; le Père Autrand lui tapota

amicalement la joue.

Elle entendait des paroles aimables, elle sentait que l’on était content

de la voir, et, tout à coup, elle se mit à rire d’un rire saccadé qui

étonna Mme de Birette; la vieille dame savait ce que sont les secrets

des femmes, et que le rire, chez elles, n’est pas toujours une marque de

gaieté; elle prit les mains de Cécile et la fit asseoir à ses côtés, sur

un coussin, puis elle l’obligea à lever la tête et la regarda gravement.

Le Père Autrand croyait que Cécile riait encore; elle pleurait.

Elle pleura longtemps, le front contre les genoux de sa vieille amie et,

par dessus son chapeau chaviré, Mme de Birette échangeait avec le Père

Autrand des regards navrés. Elle ne disait rien: elle laissait s’épuiser

ce chagrin. Ce sont de mauvais consolateurs ceux qui trop brusquement

interrompent une peine féminine. Le spectacle des larmes leur est

insupportable et, cruels, ils les font cesser, au lieu d’envelopper

simplement la douleur de tendresse, au lieu de la soutenir par des

caresses discrètes qui l’adoucissent, mais ne la contrarient pas.

Les sanglots de Cécile s’apaisèrent; elle demeura blottie contre sa

protectrice, comme si elle eût voulu dormir. Alors, Mme de Birette

l’obligea à lever la tête et sourit:

--Qu’y a-t-il, mon petit?

Cécile ne répondit pas. Elle ouvrit son sac, en tira une glace

minuscule, se tamponna les yeux, se poudra le visage, arrangea son

chapeau, fit bouffer ses bouclettes blondes, lissa ses sourcils, releva

ses cils et dit d’une voix tranquille:

--Ce n’est rien, ma tante; je suis un peu énervée, j’ai fait des courses

qui m’ont fatiguée.

Mme de Birette secoua la tête d’un air incrédule, et ses longues boucles

d’oreilles oscillèrent:

--Petite! Petite! Ne mentez pas, dit-elle. Vous êtes venue vers votre

vieille amie, le cœur si gros que vous n’avez pu le contenir. Vos larmes

ont devancé vos confidences, le plus dur est fait; vous n’avez plus qu’à

parler.

Cécile avait jeté un regard du côté du Dominicain; Mme de Birette vit ce

regard:

--Vous pouvez parler devant le Père, dit-elle, je n’ai point de secrets

pour lui et ses conseils sont raisonnables.

--Oh! des conseils! fit Cécile.

--Il est vrai, dit le Père Autrand, encore que ma carrière soit longue,

on ne m’en a jamais demandé qu’après avoir agi, alors qu’ils étaient

inutiles.

Mme de Birette avait repris les mains de Cécile, elle les serrait entre

les siennes.

--Vous avez fait quelque chose de mal?

Cécile fit un geste de dénégation épouvantée.

--Pourtant, vous avez du chagrin.

--Non, ma tante.

--Des ennuis?

Le Père Autrand se mit à rire:

--Je ne suppose pas que ce soient des ennuis d’argent.

Cécile tourna vers lui son pauvre visage consterné. Il cessa de rire. Il

y eut un silence.

--Que vous est-il arrivé, petite? demanda enfin Mme de Birette.

--A moi? Rien, ma tante.

--Alors?

Cécile baissa la tête, posa un baiser sur les mains de la vieille dame,

et ramassant tout son courage:

--Ce n’est pas moi, c’est ce pauvre Marcel; il a joué, il a perdu cinq

mille francs; il est désespéré. Vous seule pouvez le sauver ma tante,

vous êtes si bonne!

Elle s’arrêta.

Le Père Autrand huma une prise, fit une moue admirative, et murmura:

--Cinq mille francs! Peste!

Puis, il plongea la main dans la poche de son habit. Cécile le suivait

des yeux; elle eut un moment d’espoir irraisonné; elle crut qu’il allait

tirer des billets de banque des profondeurs de cette poche mystérieuse

et les lui offrir. Il en tira un grand mouchoir de couleur, à carreaux,

et se moucha. La jeune femme, malgré sa peine, ne put s’empêcher de

sourire de ce qu’elle avait imaginé.

Madame de Birette songeait:

--Cinq mille francs! dit-elle, c’est une somme! Qu’en pensez-vous, mon

Père?

Le Père Autrand fit de nouveau sa moue comique:

--Cinq mille francs, ma bonne amie, dit-il, de mon temps, cela

s’appelait une culotte!

Cécile sourit encore. Elle se sentait soulagée; ils n’avaient point dit

non; ils plaisantaient! Ils n’auraient pas la cruauté après l’avoir fait

sourire de la rejeter dans son désespoir.

--Alors? demanda-t-elle.

--Eh! mon enfant, dit Mme de Birette, cela est d’importance, il y faut

réfléchir.

--Mais cela presse, ma tante.

--On est toujours plus pressé de recevoir que de donner, dit le Père

Autrand, et quand on donne il le faut faire avec circonspection, de

crainte de se dépouiller en vain de ce qui appartient aux pauvres.

--Mais, s’écria naïvement Cécile, puisque vous n’avez pas refusé,

puisque vous ne m’avez même pas conseillé d’aller d’abord frapper à

d’autres portes, pourquoi me faire attendre davantage?

--C’est que nous n’avons pas encore dit oui, répondit Mme de Birette, et

que nous n’y sommes pas tout à fait décidés.

--Oh! Ma tante!

--Vous ne connaissez pas les joueurs, mon enfant, on croit les sauver en

les aidant, on les perd et l’on se perd soi-même inutilement.

--Mais Marcel n’est pas un joueur, il a été entraîné, il ne recommencera

plus; il me l’a promis!

--Ah! les promesses! dit le Père, vous ne savez pas, mon enfant, combien

cela est fragile.

--Et puis, fit Mme de Birette, s’il a été entraîné, c’est qu’il est

faible, il le sera encore, à moins...

--A moins?

--A moins que nous ne l’en empêchions.

Et se tournant vers le Dominicain:

--Devinez-vous ma pensée, mon ami, ainsi que vous avez accoutumé de le

faire?

--Je crois la deviner, ma bonne amie.

--L’approuvez-vous dans ce cas?

--Comment ne l’approuverais-je pas, puisque moi-même je l’avais eue.

Les regards de Cécile allaient de l’un à l’autre, elle se sentait

inquiète.

--Exprimez-la donc, dit Mme de Birette, vous y mettrez plus d’éloquence

que je ne saurais le faire. Je me souviens encore du sermon que vous

fîtes, il y a quelque vingt ans, sur la passion du jeu, c’était une pure

merveille. C’est dommage que vous ne l’ayez pas publié.

--Je l’ai longtemps regretté, ma bonne amie, car je n’ai dépouillé que

depuis peu cette vanité que je condamne si souvent chez les autres, mais

si je ne le fis point, c’est que vous eûtes la cruauté de me faire

observer que mon sermon toucherait seulement les filles et les femmes

ruinées par ceux qui avaient reçu de Dieu mission de les défendre, mais

qu’il n’y avait pas apparence qu’il atteignît un seul joueur puisque

aussi bien ceux-ci fréquentent plutôt au tripot qu’à l’église. Je ne le

recommencerai pas devant cet enfant, encore que j’en sache par cœur les

principaux passages.

--Vous avez raison; elle vous écouterait mal. Dites-lui seulement que

puisque Marcel a tendance à se laisser conduire par de mauvais

camarades, il faut le soustraire à leur influence et que nous en avons

le moyen.

--Quel moyen? fit Cécile.

--Le mariage, mon enfant.

--Mais Marcel ne veut pas se marier et, d’ailleurs, il n’en est pas

question.

--Il n’est question que de cela, reprit le Père Autrand, car je me

trompe lourdement ou son mariage est la condition que votre tante met à

son prêt.

--Mais il attend cet argent, il est pressé et l’on ne se marie pas ainsi

en deux heures.

Elle s’énervait; de nouveau des larmes lui vinrent aux yeux.

--Allons, calmez-vous, mon enfant, ne vous tourmentez pas pour ce garçon

dont nous ne voulons que le bonheur; sa femme sera charmante et...

--Quelle femme?

--Mais... Mlle des Courtis, ne l’aviez-vous pas deviné?

Cécile sentit un grand froid lui descendre sur le cœur. Elle comprit

qu’elle venait de s’engager sur une route au bout de laquelle il n’y

aurait pour elle que tristesse, et qu’elle ne pouvait reculer.

--La Courtis, murmura-t-elle, j’aurais dû m’en douter.

Puis, sa colère la reprit:

--Il vous en a parlé? demanda-t-elle.

Le Père Autrand fut superbe:

--Lui? Il n’y a sans doute jamais songé!

--Mais c’est une petite sotte, prétentieuse, à peine jolie.

Mme de Birette ne put s’empêcher de sourire:

--Comme vous exagérez, Caprice! Cette jeune personne me paraît au

contraire gracieuse et pleine d’esprit; au reste, ce n’est pas vous qui

la prendrez pour femme, c’est Marcel.

--Mais il ne l’aime pas.

Le Père Autrand qui de nouveau préparait une prise, interrompit son

geste.

--Aimiez-vous Lamorille quand vous l’avez épousé. Cela ne vous a pas

empêchée d’être heureuse.

Cécile ne répondit pas; elle revit en une seconde, l’interminable et

morne médiocrité de son existence.

--Et puis, reprit le Dominicain, en soufflant sur sa manche, ce mariage

arrangera bien des choses. Il rendra possible le prêt que votre tante a

le désir de vous consentir et qu’en toute autre circonstance, je lui

aurais déconseillé, il délivrera ainsi notre jeune guerrier d’un cuisant

souci et il rendra à votre âme, trop prompte à s’affecter, la paix dont

nous avons besoin pour nous tourner vers Dieu. Ce n’est pas tout, car

les conséquences d’une bonne action sont innombrables et notre esprit

borné ne peut prétendre à les discerner toutes; j’en vois une cependant,

et c’est que si par malheur, votre protégé venait à être tué...

--Mais il ne sera pas tué! s’écria Cécile.

Son cri fut pathétique. Mme de Birette se pencha sur la jeune femme pour

l’embrasser et le Père Autrand lui ayant arraché l’aveu qu’il cherchait,

renonça à feindre davantage. Il se leva et vint poser sa grosse main

paternelle sur l’épaule de Cécile:

--Mais non, dit-il, mais non, il ne sera pas tué. Nous ne le perdrons

pas! Je lui parlerai, d’ailleurs, et il saura ce qu’il vous doit. Je

n’ignore pas que la reconnaissance est un lourd fardeau et que souvent

il écrase des sentiments plus tendres lorsque ceux-ci n’ont point la

vigueur que le Seigneur accorde à tout ce qui émane de lui.

Cécile ne pleurait pas; elle se sentait vaincue; tous les ressorts de sa

volonté étaient brisés.

--Qu’il vienne nous parler demain, n’est-ce pas, mon enfant.

Cécile répondit:

--Oui, mon Père, comme au confessionnal.

Mme de Birette se leva:

--Allons, dit-elle, je vais chercher ma petite réserve.

Tandis qu’elle était dehors, le Père Autrand prit les mains de Cécile

entre les siennes et lui dit d’un ton paternel:

--Eh bien, mon enfant, vous êtes contente?

Elle baissa la tête; deux grosses larmes coulèrent de ses yeux; elle ne

chercha pas à les cacher, ne les essuya pas.

Mme de Birette revint, une enveloppe à la main, et s’écria, joyeuse:

--Voilà mon trésor, petite, je n’imaginais pas, en le formant, que

j’aurai tant de joie à m’en séparer.

Cécile Lamorille prit l’enveloppe, murmura:

--Merci, Madame.

Et elle sentit qu’on venait de lui acheter son bonheur.

Elle embrassa Mme de Birette, elle salua le Père Autrand, elle partit.

Elle s’était représentée la joie qu’elle aurait à remettre à Marcel les

billets qu’elle serrait maintenant à travers la soie de son sac et les

sentiments qui l’agitaient n’avaient point de douceur. Elle savait bien

que son neveu souscrirait aux conditions imposées, elle n’avait point

d’illusions, et elle n’éprouvait aucune satisfaction à se sacrifier. Il

lui semblait que sa vie allait finir et que ce geste qu’on exigeait

d’elle était le geste d’une femme qui renonce à être jeune.

Marcel l’attendait avec une impatience empoisonnée; il courut à elle et,

sans remarquer le trouble de son visage:

--Et bien? demanda-t-il.

Elle lui tendit l’enveloppe. Il l’ouvrit fébrilement.

Il n’avait jamais été si beau; ses grands yeux bleus étaient cernés, ses

cheveux d’or, rejetés en arrière, découvraient son front lisse,

l’uniforme accusait la finesse de sa taille élégante. Cécile le

regardait.

--Vous êtes un ange! s’écria-t-il.

Et, joyeusement, il l’embrassa. Elle demeura froide entre ses bras. Elle

sentait que cette étreinte n’était pas une marque d’amour, mais

seulement l’explosion d’un jeune cœur délivré d’une angoisse.

Marcel n’y prit pas garde, il recomptait ses billets:

--C’est Sainte Thérèse qui paie? demanda-t-il avec un petit rire moqueur

qui blessa la jeune femme.

--Non, fit-elle, c’est Mme de Birette.

--La vieille Birette? Elle est donc riche?

--Ce n’est qu’une avance qu’elle te fait sur la dot.

Cette fois, il éclata de rire.

--Sur quelle dot?

--Elle a décidé que tu épouserais Mlle des Courtis; c’est à cette seule

condition qu’elle t’aide. Il faudra que tu ailles lui parler. Elle le

veut.

Marcel rangea l’argent dans son portefeuille.

--Cette vieille folle m’a toujours parue sympathique, dit-il.

Et, inconscient du mal qu’il faisait à Cécile, il ajouta:

--Il faut que j’aille, tout de suite, payer mes dettes... A vrai dire,

il me restera de quoi vivre quelques jours, la Birette a été généreuse.

Si j’ai le temps, je passerai la remercier, après dîner.

Son plaisir l’aveuglait. Il parla encore, à tort et à travers, et il ne

dit pas une seule des paroles que Cécile attendait.

Enfin, il partit.

Elle enleva son chapeau d’un geste fatigué, puis elle se laissa tomber

sur le divan; elle était brisée. Elle demeura immobile, sans pensées, le

cœur inerte.

Et Lamorille entra. Son maigre visage était enlaidi par la joie. Cécile

le regarda et, tout à coup, le voile qu’elle avait posé sur sa douleur

se déchira; elle sentit que c’était là tout ce qui restait de son

existence; elle eût voulu mourir.

--C’est moi! dit Lamorille. Je viens du bureau; j’ai vu ces Messieurs,

ils m’ont enfin promis que, si Brossard entrait dans les ordres, ils me

donneraient sa place. J’espère qu’il ne nous fera pas trop attendre.

D’ailleurs, il a pris des engagements. Le Père Autrand est très

affirmatif. Tu ne l’as pas vu, ces derniers temps?

Cécile gardait un silence hostile; alors, seulement, il remarqua qu’elle

le contemplait fixement et qu’il y avait de l’épouvante dans son regard.

Mais il ne voulait pas, ce soir, laisser faner son bonheur; il dit:

--Qu’est-ce que tu as? Ce sont encore tes migraines! Tu devrais prendre

un cachet et te reposer un peu avant dîner.

Et il passa dans sa chambre, pour endosser son vieux veston de molleton

jaune et chausser ses pantoufles.

Elle l’entendait aller et venir, elle devinait ses gestes, elle le

suivait dans l’accomplissement de tous ses rites familiers qui, chaque

jour, l’irritaient; et, les coudes aux genoux, le front appuyé contre

ses mains serrées, dans une attitude violente, elle murmura:

--Mon Dieu! Mon Dieu! Que vous ai-je fait?

L'envers d'un homme de bien · 第 26 / 35 题