Après l'élection de mon cousin à la présidence de la République, et

sans parler de ses intentions fraternelles, je pouvais croire que le

gouvernement issu de l'élection du 10 décembre ferait pour moi la

proposition favorable que Lamartine ou le général Cavaignac eussent

faite. Le gouvernement n'a pas cru devoir prendre cette initiative; et

si je ne pouvais avoir recours à vous, citoyens représentants, je me

verrais frappé, j'en conviens, dans mes espérances les plus chères,

espérances que je n'avais pas abandonnées, même dans l'exil; car un

soldat de mon nom ne renonce pas facilement à servir dans les rangs de

l'armée française.

La Légion étrangère, je le sais, a glorieusement conquis une haute

réputation militaire. Je m'honorerai toujours d'avoir appartenu au corps

de ses braves officiers; mais peut-être n'est-ce pas une prétention

exorbitante de ma part que d'espérer d'être enfin admis autrement qu'à

titre d'officier étranger. Je m'étais dit qu'un neveu de notre grand

capitaine, un fils de Lucien Bonaparte, un proscrit des Bourbons,

n'avait pas à craindre que le coup dont une loi de proscription

l'a frappé ricochât, pour l'atteindre encore, sur le terrain de la

République.

L'élévation d'un autre neveu de l'empereur Napoléon à la magistrature

suprême de l'État semblait m'assurer de plus en plus qu'on ne me

refuserait pas une simple mutation qui ne ferait de tort à personne,

puisque mon emploi actuel peut être rempli par un chef de bataillon au

titre français.

Pour sortir de la position anormale où je me trouve, je fais un

respectueux appel, citoyens représentants, aux mandataires du Peuple

Souverain. Je demande de passer, avec mon grade, dans un de nos

régiments français d'infanterie; et, quelle que soit votre décision,

croyez que si jamais la République était attaquée, je me réserve bien de

combattre pour elle, fût-ce même comme simple volontaire.

Salut et fraternité,

Paris, le 17 mars 1849,

PIERRE-NAPOLÉON BONAPARTE.

No 3.--États nominatifs des hommes de la Légion étrangère, et du 2e

bataillon d'Infanterie légère d'Afrique, tués ou blessés le 25 octobre

1849.

3e bataillon d'infanterie légère d'Afrique.

_ÉTAT nominatif des hommes tués ou blessés le 25 octobre 1849._

Numéros NOMS. GRADES. OBSERVATIONS.

des

compagnies.

2e Butet, capitaine. Blessé d'un coup de feu à la cuisse droite.

4e Touchet, capitaine. Blessé d'un coup de feu à la poitrine.

2e Termeuf, caporal. Blessé d'un coup de feu au poignet gauche.

Id. Prudhom, chasseur. Tué d'un coup de feu.

Id. Luyat, chasseur. Tué d'un coup de feu.

Id. Raynard, chasseur. Blessé d'un coup de feu à la cuisse.

3e Doucet, chasseur. Blessé d'un coup de feu à l'épaule droite.

Id. Favry, chasseur. Blessé d'un coup de feu au sourcil droit.

4e Genet, caporal. Tué d'un coup de feu à la tête.

Id. Kerdavid, chasseur. Tué d'un coup de feu à la tête.

Id. Jacquemin, chasseur. Blessé d'un coup de feu à la fesse.

8e. Consigny, caporal. Blessé d'un coup de feu au flanc gauche.

Id. Tulpin, caporal. Blessé d'un coup de feu au bras droit.

Id. Dorez, chasseur. Blessé d'un coup de feu à la joue gauche.

Id. Bay, chasseur. Blessé d'un coup de feu à la fesse droite.

Id. Charmier, chasseur. Blessé d'un coup de feu à l'abdomen.

Id. Leroux, chasseur. Blessé d'un coup de feu à la jambe droite.

Au bivouac, le 25 octobre, 1849.

Le capitaine commandant le bataillon, DE GOLDBERG. 2e régiment de la

Légion étrangère.

_ÉTAT nominatif des hommes tués ou blessés le 25 octobre 1849._

DESIGNATION | NOMS | GRADES | OBSERVATIONS

des compagnies | | |

----------------------------------------------------------------------

Grenadiers du | Nyko, | capitaine. | Blessé d'un coup de

3e bataillon. | | | feu et d'un coup de

| | | pierre.

| | |

3e du 1er | Smitters, | sergeant. | Tué d'un coup de feu

bataillon. | | | au coeur.

| | |

Grenadiers du | Vigneur, | caporal. | Blessé d'un coup de

3e bataillon. | | | feu.

| | |

Idem. | Oehme, | grenadier. | Tué d'un coup de feu

| | | à la tête.

| | |

Idem. | Martin, | grenadier. | Blessé d'un coup de

| | | feu.

| | |

Idem. | Schildwaeser, | grenadier. | Idem.

| | |

Idem. | Vraiden, | grenadier. | Idem.

| | |

Idem. | Selinger, | grenadier. | Idem.

| | |

1re du 3e | Got, | sergent-major. | Idem.

bataillon. | | |

| | |

2e du 3e | Vialet, | sergent. | Idem.

bataillon. | | |

| | |

Idem. | Pensa, | fusilier. | Idem.

Au bivouac sous Zaatcha, le 25 octobre 1849.

Le chef de bataillon hors cadre, commandant temporaire du 5e bataillon,

P.-N. BONAPARTE.

N° 4.--Rapport du commandant Bonaparte.

Au camp devant Zaatcha, 25 octobre 1849.

_Deuxième régiment de la Légion étrangère._

Mon colonel,

Chargé du commandement de deux cents hommes de la Légion, et de deux

cents du 5e d'infanterie légère d'Afrique, désignés pour abattre des

palmiers et protéger ce travail, je me suis porté ce matin, à huit

heures, vers la position qui m'avait été indiquée par M. le général

Herbillon, commandant en chef. Nous avons, en arrivant, occupé un mur

faiblement crénelé par les Arabes, et de là nous les avons tenus en

respect, tandis que nos travailleurs abattaient avec une grande activité

bon nombre de palmiers que j'évalue, au moins, à deux cent cinquante.

Les Arabes finirent cependant par se concentrer au saillant formé par

le mur avec le reste de notre ligne qui s'étendait jusqu'à la plaine.

J'avais, à plusieurs reprises, chargé le capitaine Butet, du 3e

d'infanterie légère d'Afrique, de l'observation de ce point important,

et il m'en avait répondu, lorsque ce brave et intelligent officier fut

atteint d'un coup de feu. Un chasseur de son corps fut tué au même

instant. Les Arabes se jetèrent sur le mur, limite de notre ligne,

qu'ils n'ont point franchie, malgré les diverses phases du combat. Ils

étaient en grand nombre. Ils nous assaillirent avec une grêle de pierres

qu'ils lançaient pardessus le mur, et ils finirent par se montrer

audacieusement à la crête, d'où ils firent feu de leurs fusils et de

leurs pistolets. Nous les reçûmes à coups de fusil. Une réserve de vingt

grenadiers de la Légion, sous la conduite du capitaine Nyko, vint, à ma

voix, soutenir l'infanterie légère, et assurer la position meilleure,

que nous occupâmes immédiatement dans un jardin encaissé, à environ 20

mètres du mur occupé d'abord, position d'où nous n'avons cessé de tenir

l'ennemi à distance.

Le point d'appui de la droite de notre nouvelle ligne était, comme vous

l'avez pu voir, mon colonel, un petit mamelon où huit à dix grenadiers

de votre régiment, électrisés par votre voix et l'exemple du brave

sergent Smitters, héroïquement tué dans cette affaire, ont si

vaillamment combattu.

Je tous rendis compte de l'utilité d'un renfort qui nous permît de ne

pas suspendre l'abattage des palmiers, et ce fut alors que vous fites

avancer les réserves dont le concours fut si efficace. Pendant ce

temps, les grenadiers postés au mamelon susdit, et l'infanterie légère

d'Afrique, soutinrent, avec une rare bravoure, les attaques réitérées et

acharnées des Arabes. Je ne dois pas oublier de tous dire la gratitude

que nous devons à M. le commandant des zouaves qui, au plus fort de

l'action, me donna, avec le lieutenant Sentupery, quinze hommes qui

vinrent soutenir mes grenadiers. Tous ces braves soldats sont au-dessus

de tout éloge. Je dois néanmoins vous signaler les intrépides capitaines

Butet et Touchet, du 5e d'infanterie légère d'Afrique, blessés

grièvement tous deux, et le capitaine Nyko, des grenadiers de la Légion,

atteint d'une balle et d'une pierre à la tête. Nous avons, outre le

sergent Smitters, cinq morts, dont un de la Légion, et quatre de

l'infanterie légère d'Afrique. Les blessés, sans compter les trois

capitaines que j'ai eu l'honneur de tous signaler, sont au nombre

de vingt, dont neuf appartiennent à la Légion. Je joins ici l'état

nominatif.

Sur l'ordre du général, que vous m'avez transmis vous-même, mon colonel,

dans le jardin encaissé où nous combattions, soutenus par l'énergique

et habile concours de M. le colonel de Barral à notre gauche, sur votre

ordre, dis-je, la retraite s'est effectuée avec une grande régularité

par la plaine, et elle était accomplie à midi.

Outre l'abattage des palmiers, notre opération peut être considérée

comme étant une attaque très vive sur Lichana, et, sans pouvoir évaluer

exactement le mal que nous avons fait à l'ennemi, j'estime qu'il est

très considérable et au moins décuple de celui qu'il nous a fait

éprouver.

Veuillez agréer, je vous prie, mon colonel, l'expression de mon respect.

Le chef de bataillon temporaire du 3e bataillon du 2e régiment de la

Légion étrangère,

P.-N. BONAPARTE.

Vu et approuvé le rapport de M. le commandant P.-N. Bonaparte, qui est

complet.

Tranchée, le 26 octobre 1849.

Le colonel faisant fonctions de général de tranchée.

CARBUCCIA.

No 5.--Rapport du colonel Carbuccia.

Sous Zaatcha, le 25 octobre 1849.

_A M. le général Herbillon, commandant la colonne expéditionnaire du

Zab._

Mon général,

Vous m'avez, ce matin, envoyé l'ordre, à la tranchée, par M. le

capitaine d'état-major Regnault, de vous faire connaître les

dispositions prises pour assurer la coupe des palmiers pendant la

journée.

Je vous ai fait répondre par lui que j'avais confié à M. le commandant

Pierre Bonaparte, du 2e régiment de la Légion étrangère, la mission de

procéder à cette opération importante, à la tête de quatre cents hommes,

dont deux cents de la Légion et deux cents du 3e bataillon d'Afrique.

Ci-joint, sur les événements importants accomplis dans cette journée, le

rapport de cet officier supérieur, dont je suis heureux d'avoir à vous

signaler la bravoure téméraire, et le coup d'oeil militaire digne du nom

qu'il porte. Atteint violemment d'un énorme pavé sur la poitrine, il est

resté à son poste, et il a tué de sa main deux chefs arabes, au plus

fort de la mêlée, aux applaudissements de la ligne de tirailleurs.

Lorsque M. le commandant Bonaparte m'a rendu compte des difficultés

qu'il éprouvait à continuer son opération, je suis part de la tranchée à

la tête d'une troupe de soutien et après avoir reçu son rapport verbal,

je vous ai fait demander un bataillon de renfort.

M. le commandant Bourtaki, du bataillon de tirailleurs de Constantine,

est arrivé sans délai; une de ses compagnies a pris part au feu de la

première ligne; le reste a été, sous vos yeux, placé en réserve, et

lorsque les Arabes ont eu abandonné leur position pour rentrer à

Lichana, nous avons effectué notre retraite, qui a été terminée à midi

et effectuée avec le plus grand ordre, sans opposition de l'ennemi.

Le mouvement a été facilité par votre ordre par le feu de deux obusiers

amenés sur place par M. le colonel Pariset en personne.

La disposition prise par vous (en faisant coopérer la colonne de M. le

colonel de Barral au mouvement de la journée) a été des plus utiles. Les

troupes, sous les ordres directs de leur chef qui ne s'est pas épargné

dans cette journée et que j'ai vu partout où il y avait du danger, ont

empêché le commandant Bonaparte d'être débordé sur sa gauche, et lui

ont permis de conserver, aussi longtemps que vous l'avez voulu, des

positions aussi difficiles.

Pendant ce temps-là, la sape de droite, gardée dans la tranchée par une

compagnie de voltigeurs du 38e, a été vivement assaillie par un nouveau

contingent arrivé dans Zaatcha pendant le combat. Les voltigeurs, avec

sang-froid et énergie, ont attendu les Arabes à bout portant; ils en ont

tué cinq et ont mis le reste en fuite.

La conduite des troupes a été admirable de dévouement et d'énergie,

aujourd'hui comme toujours, et elle continue à leur mériter l'estime et

la reconnaissance de la France et de son président.

Veuillez agréer, mon général, l'hommage de mon respectueux dévouement.

Le colonel du 2e régiment de la Légion étrangère, commandant la

subdivision de Batna, faisant fonctions de général de tranchée,

Signé: CARBUCCIA.

N° 6.--Ordre du général Herbillon.

_Ordre._

M. le commandant Pierre Bonaparte, chef de bataillon hors cadre, se

rendra immédiatement à Alger, auprès de M. le gouverneur général, pour

remplir une mission concernant l'expédition de Zaatcha.

Camp de Zaatcha, le 29 octobre 1849.

Le général de brigade, commandant la division de Constantine,

HERBILLON.

No 7.--Lettre à la Patrie.

Paris, 18 novembre 1849.

Monsieur le Rédacteur,

Les commentaires plus ou moins injustes ou malveillants que mon retour

d'Afrique inspire à quelques journaux m'engagent à vous prier d'insérer

ce qui suit:

Sans parler des convois que j'ai escortés à travers les partis ennemis,

je n'ai quitté le camp de Zaatcha, où je suis resté huit jours, qu'après

avoir commandé l'attaque du 25 octobre, et avoir été de tranchée le 24,

le 25, le 28 et le 29.

Le général Herbillon ayant décidé qu'on ne donnerait plus d'assaut, et

qu'on attendrait des renforts pour investir la place, et la réduire par

le feu de l'artillerie, l'adoption de ce plan prolongeait les opérations

bien au-delà du terme que, même avant mon départ de Paris, j'avais fixé

pour ma rentrée à l'Assemblée nationale. Comme représentant du Peuple,

j'étais seul juge de l'opportunité de mon retour à mon poste, et je ne

dois, à cet égard, aucun compte à personne. Les phases politiques qui

viennent de s'accomplir prouvent que je n'avais pas trop mal jugé de

cette opportunité.

Au surplus, j'avais tout lieu d'être mécontent de la position que

l'absence complète de tout ordre convenable m'avait faite en Afrique.

Je n'ai d'ailleurs quitté Zaatcha qu'avec l'ordre formel du général

Herbillon de me rendre auprès du gouverneur général, pour presser

l'arrivée des renforts qu'il attendait, et c'est parce que je les ai

rencontrés en route que je suis revenu directement de Philippeville, au

lieu de passer par Alger.

Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur le Rédacteur, l'expression de

mes sentiments affectueux et distingués.

P.-N. BONAPARTE,

Représentant du Peuple.

No 8.--Lettre du général Bertrand, et décret du Président de la

République.

(_Ministère de la Guerre_.)

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

LIBERTÉ, EGALITÉ, FRATERNITÉ.

Paris, le 19 novembre 1849, à 9 heures du soir.

Monsieur le Représentant,

Par ordre du Ministre de la guerre, j'ai l'honneur de vous transmettre

la copie d'un décret du Président de la République, prononçant votre

radiation des cadres de l'armée; ainsi que la pièce signée du général

Herbillon, remise par vous au Ministre à votre arrivée à Paris.

Veuillez agréer, Monsieur le Représentant, l'assurance de ma haute

considération.

Le général de brigade, directeur général du personnel,

BERTRAND.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

LIBERTÉ, EGALITÉ, FRATERNITÉ.

_Au nom du Peuple français_,

Le Président de la République,

Considérant que M. Pierre-Napoléon Bonaparte, nommé, au titre étranger,

chef de bataillon dans le 1er régiment de la Légion étrangère, par

arrêté du 19 avril 1848, a reçu, sur sa demande, un ordre de service, le

19 septembre 1849, pour se rendre en Algérie;

Considérant qu'après avoir pris part aux événements de guerre dont

la province de Constantine est en ce moment le théâtre, il a reçu du

général commandant la division de Constantine l'ordre de se rendre

auprès du gouverneur-général de l'Algérie pour remplir une mission

concernant l'expédition de Zaatcha;

Considérant qu'il n'a pas rempli cette mission; qu'il ne s'est pas rendu

auprès du gouverneur général, mais qu'il s'est embarqué à Philippeville

pour revenir à Paris;

Considérant qu'un officier servant en France, au titre étranger, se

trouve en dehors de la législation commune aux militaires français, mais

qu'il est tenu d'accomplir le service auquel il s'est engagé;

Considérant que M. Pierre-Napoléon Bonaparte, en sa dite qualité,

n'était ni le maître de quitter son poste sans autorisation, ni le juge

de l'opportunité de son retour à Paris;

Sur le rapport du ministre de la guerre,

Décrète:

Article 1er. M. Pierre-Napoléon Bonaparte est révoqué du grade et de

l'emploi de chef de bataillon à la Légion étrangère.

Art. 2. Le ministre de la guerre est chargé de l'exécution du présent

décret.

Fait à Paris, à l'Élysée-National, le 19 novembre 1849.

LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE.

Le ministre de la guerre,

D'HAUTPOUL

N° 9.--Réponse au général Bertrand.

Paris, 19 novembre 1849.

Monsieur le général,

Je reçois votre lettre qui me transmet la copie d'un décret du président

de la République prononçant, dites-vous, ma radiation des cadres de

l'armée (_sic_). Je vous observerai d'abord que ne faisant pas partie de

ces cadres, je ne puis en être radié, mais seulement révoqué du grade,

que je ne devais, d'ailleurs, qu'au Gouvernement Provisoire de la

République, qui me l'avait conféré avant que je fusse représentant du

Peuple à la Constituante, et par conséquent avant l'abrogation de la loi

qui privait les membres de ma famille de leurs droits de citoyen.

Je rappellerai que ne m'accommodant nullement, comme représentant du

peuple, comme neveu de l'empereur Napoléon, et comme fils de Lucien

Bonaparte, de cet état d'officier _au titre étranger_, il y a déjà

longtemps qu'à deux reprises différentes j'avais donné ma démission, et

que ce n'est que pour céder aux instances réitérées et pressantes du

président de là République que je l'avais retirée. Arrivé avant hier à

Paris, je me suis rendu hier chez le ministre de la guerre, et je lui ai

déclaré que si je ne donnais pas encore, définitivement, ma démission,

c'était pour ne point faire de scandale. Il parait que d'autres n'ont

point été arrêtés par cette considération, et si je regrette ma bonhomie

qui leur a permis de me prévenir, je ne leur en veux pas autrement, car

je suis débarrassé d'une position qui n'était ni normale, ni convenable,

et que, sous aucun prétexte, je n'aurais plus gardée longtemps.

Un mot maintenant du décret présidentiel:

Il n'est pas vrai, et cela importe peu, que ce soit sur ma demande

qu'une mission en Algérie m'a été donnée. Elle m'a été instamment

proposée par le président de la République, comme le prouve la lettre

qu'il me faisait écrire par M. Ferdinand Barrot dans les Ardennes, où

j'avais été passer le temps de prorogation de l'Assemblée.

En second lieu, il n'est pas vrai que je me sois engagé à remplir un

service, dont la durée aurait pu être fixée par le gouvernement. Ma

mission qui, d'après la loi électorale organique, n'aurait pu, en tous

cas, durer plus de six mois, était temporaire, indéterminée, gratuite et

dépendante de ma volonté. On concevrait même difficilement qu'il eût pu

en être autrement.

D'un autre côté, mon grade de chef de bataillon au titre étranger ne

me dépouillait pas apparemment de mon caractère de membre du pouvoir

législatif; et quoi qu'en dise le président de la République, dont

les décrets, grâce à Dieu, n'ont pas encore force de loi, j'étais

parfaitement le maître de revenir, sans l'autorisation de personne,

siéger à mon poste le plus important, à l'Assemblée nationale, et

j'étais seul juge de l'opportunité de mon retour. Du reste, le but de la

mission que m'avait donnée le général Herbillon était rempli, du moment

que les renforts qu'il attendait, et que j'avais rencontrés en marche,

étaient assurés.

Enfin, si nos gouvernants avaient nos lois organiques un peu plus

présentes à l'esprit, ils sauraient que tout officier, représentant du

Peuple, est en non-activité hors cadre, et que la révocation qu'ils

décrètent ne peut porter que sur le grade, et non sur l'emploi, puisque

je n'en ai pas.

Agréez, Monsieur le général, l'assurance de ma parfaite considération.

PIERRE-NAPOLEON BONAPARTE,

Représentant du Peuple.

N° 10.--Extrait du compte-rendu de la séance de l'Assemblée législative

de 22 novembre 1849, d'après le _Moniteur_.

_Interpellations de M. Pierre Bonaparte._

_M. le Président._--M. Pierre Bonaparte demande l'autorisation

d'adresser des interpellations à M. le ministre de la guerre, sur un

décret qui a paru dans le _Moniteur_, et qui révoque M. Pierre Bonaparte

du grade militaire qui lui avait été conféré par le Gouvernement

provisoire.

Je demande à M. le ministre de la guerre à quel jour il veut que les

interpellations soient fixées.

_M. le général d'Hautpoul, ministre de la guerre._--Je suis prêt à

répondre à l'instant.

_M. le Président._--L'Assemblée veut-elle entendre immédiatement les

interpellations?

_De toutes parts._--Oui! oui!

_M. le Président._--La parole est à M. Pierre Bonaparte.

_M. Pierre Bonaparte._--Citoyens représentants du Peuple, je n'ai que

quelques mots à dire sur la question que ce décret soulève en général,

et sur ce qui me regarde en particulier, si l'Assemblée veut bien

m'entendre.

En principe, je soutiens avec une profonde conviction et avec

indignation, quand je pense qu'on ose soutenir le contraire _dans cette

enceinte_, qu'un membre du pouvoir législatif, quelle que soit la

mission temporaire qui ait pu lui être confiée, en vertu de l'article 85

de la loi électorale organique, ne peut être retenu malgré lui loin du

sanctuaire national, où s'accomplit son mandat. (Mouvements divers.)

Jaloux de vos droits, qui sont ceux du pays, il importe que vous

fassiez intervenir à cet égard une décision souveraine qui réprime les

outrecuidantes prétentions d'un gouvernement trop disposé à faire bon

marché du grand caractère dont les représentants du peuple français sont

revêtus. J'aurai l'honneur, dans ce but, de vous proposer un ordre du

jour motivé, à la fin de la discussion.

Passant à ce qui me regarde, l'exercice du droit imprescriptible que je

viens de dire m'a paru d'autant plus opportun que, dans ma conviction,

nos institutions républicaines, auxquelles je suis voué corps et âme,

sont sur le point de courir des dangers (Mouvement.)

Je désire, citoyens représentants, qu'on ne se méprenne pas sur

la portée de mes paroles. L'indigne manière dont j'ai été traité,

l'injustice et l'ingratitude dont j'ai à me plaindre, ont pu modifier

mes sentiments envers mon parent, Louis-Napoléon Bonaparte, mais non

envers le président de la République. Tant qu'il saura maintenir la

constitution, ou que la majorité de l'Assemblée déclarera qu'il l'a

maintenue, je le soutiendrai vigoureusement, tout en conservant, bien

entendu, ma liberté d'appréciation parlementaire.

Mais c'est de ses conseillers, ministres ou autres, de ses familiers

surtout que je me défie. Leur persistance à éloigner tout ce qui

naturellement était intéressé à l'éclat du drapeau populaire relevé

le 10 décembre suffit pour justifier mes défiances. A mon cousin et

collègue, Napoléon Bonaparte, comme à moi, ils ont fait donner une

mission, dont ils se sont ensuite subrepticement efforcés de rendre

l'accomplissement impossible.

_Et si vous exigez que je vous nomme celui à qui l'on doit attribuer

principalement tout ce que le président fait de déplorable, je le

nommerai._

_De toutes parts._--Oui! oui! Nommez!

_M. Pierre Bonaparte._--Eh bien! c'est M. Fialin, _dit_ de Persigny!

_M. le Président._--J'arrête ici l'orateur en lui rappelant qu'aux

termes de l'article 79 du règlement, les interpellations de représentant

à représentant sont interdites. Il a demandé l'autorisation

d'interpeller le ministre de la guerre sur un acte qu'il a déterminé, et

sur lequel il demande des explications; je l'invite à se renfermer

dans les termes de ses interpellations; il ne peut interpeller un

représentant, le règlement est formel.

_M. Pierre Bonaparte._--Je m'y renfermerai, monsieur le président;

mais je prends la liberté de vous faire observer que ce n'est pas une

interpellation, mais une désignation.

_M. le Président._--C'est une véritable interpellation.

_M. Pierre Bonaparte._--C'est une désignation.

Au point de vue militaire, et abstraction faite de ma qualité de membre

de cette Assemblée, on dirait vraiment que l'acharnement des partis se

plaît à dénaturer les choses les plus simples.

Du camp de Zaatcha à Philippeville il y a onze étapes. Je suis parti de

Zaatcha, escortant un convoi, et avec l'ordre, que voici, du général

Herbillon de me rendre à Alger. La seule partie de cet ordre que je

n'ai point exécutée, c'est la traversée de Philippeville à Alger.

Apparemment, elle n'offrait aucun danger, et, par conséquent, il ne

pouvait y avoir aucun mérite à la faire, puisque le but de ma mission

auprès du gouverneur général était rempli par l'envoi des renforts que

j'avais rencontrés en marche.

Un mois en Afrique · 第 6 / 8 段