«Bassano, 11 juillet 1796.
«Nos succès sont incroyables, mon tendre père, et moi-même, qui les
vois tous les jours, j'ai presque peine à me les persuader. Nous avons
encore battu l'ennemi deux fois depuis que je vous ai écrit. L'armée
des Autrichiens est absolument détruite; nous avons pris dix mille
hommes le 21 et le 22, des équipages de pont, d'artillerie, etc., etc.
Bref, cette formidable armée, qui devait nous chasser de l'Italie, fuit
aujourd'hui, épouvantée, réduite à sept ou huit mille hommes égarés, et
dans l'impossibilité de faire sa retraite par la position qu'elle
occupe.
«Nous voilà donc paisibles possesseurs de l'Italie, rien ne peut plus
balancer notre puissance. Que l'empereur envoie quarante mille hommes,
deux cents pièces de canon, et tout ce qui sert à constituer une armée,
et nous aurons encore quelques combats à livrer.
«Le bonheur est d'accord avec la bravoure. Nous ne perdons presque
personne, et l'ennemi toujours beaucoup. Mais aussi comme nos troupes
sont braves! Rien ne peut donner une idée juste de leur courage, et
combien les Autrichiens ont perdu du leur!
«Ces travaux nous donneront la paix, et il me sera bien doux d'en jouir
auprès de vous.
«Adieu.»