MARMONT À SA MÈRE.

«Milan, 8 juin 1796.

«Nous voici de retour à Milan, ma tendre mère, où nous prendrons

quelques instants de repos; l'ennemi, loin de nous, réfugié dans les

montagnes du Tyrol, ne sera pas à craindre de longtemps. Il nous reste,

en attendant, deux siéges à faire: celui de Mantoue et de la citadelle

de Milan. Lorsque nos moyens seront pris, ces siéges ne seront ni longs

ni meurtriers.

«Mantoue est maintenant serrée de très-près. Nous avons pris deux de

ses faubourgs; la garnison est peu forte, la ville très-étendue; les

eaux seules en rendent les accès difficiles.

«Nous avons été à Vérone. J'ai vu le palais du prétendu roi de France;

il n'a pas plus d'appareil que son maître. Dix mille émigrés habitaient

Vérone, ils sont tous partis à notre approche.

«J'ai vu à Vérone un des plus beaux monuments de l'antiquité: un cirque

parfaitement conservé et assez grand pour contenir quatre-vingt mille

spectateurs. Cette vue a agrandi mes idées et a élevé mon imagination.

Nous sommes dignes d'un pareil ouvrage, il en faudrait un semblable à

Paris.

«Je vous apprends avec plaisir, ma tendre mère, que je vais recevoir

une récompense honorable, pour la conduite que j'ai tenue en

différentes affaires, qui ont eu lieu depuis l'ouverture de la campagne,

et notamment à la bataille de Lodi; le Directoire exécutif m'envoie un

sabre, j'en ai reçu la nouvelle, et le sabre arrivera dans peu.

J'attache le plus grand prix à un pareil cadeau; il n'y en a que douze

donnés pour toute l'armée, et je suis assez heureux pour en obtenir un,

sans que personne l'ait demandé pour moi.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (1/9) · 第 49 / 83 题