MARMONT À SON PÈRE.

«Peschiera, 1er juin 1796.

«Encore une victoire, mon père, mais celle-ci est la dernière. L'armée

des Autrichiens, battue constamment depuis deux mois, a enfin évacué

l'Italie; elle s'est retirée dans le Tyrol et occupe les montagnes de

l'Allemagne. Le général Beaulieu occupait le lac de Garda, le Mincio,

et avait sa gauche à Mantoue. Il se croyait inexpugnable dans cette

position qui, effectivement, était belle à défendre, et cependant nous

l'en avons chassé.

«Ce dernier succès appartient de la manière la plus absolue au général

Bonaparte, et il le couvre de gloire. Il est le résultat de ses

manoeuvres. Il a trompé complétement l'ennemi; et, tandis qu'il s'était

renforcé sur un point, nous l'avons forcé sur un autre.

«Nous l'avons attaqué sur Borghetto; notre cavalerie a engagé l'affaire,

et, pour la première fois, elle s'est parfaitement conduite; elle a

culbuté la cavalerie ennemie, et, arrivée sur la rive droite du Mincio,

notre infanterie l'a passé au gué. Elle a chassé l'ennemi de la

position la plus belle et la plus formidable, et là nous nous sommes

emparés du village de Valleggio. L'armée ennemie s'est trouvée coupée

et séparée en deux. Une partie s'est retirée sur-le-champ dans les

montagnes du Tyrol; une autre partie a passé l'Adige, et le reste s'est

renfermé dans Mantoue.

«Tous les princes d'Italie viennent demander grâce. Le roi de Naples

tremble. Il vient d'obtenir un armistice de dix jours, après l'arrivée

du plénipotentiaire à Paris, sous les conditions que les deux mille

quatre cents chevaux de ses troupes qui sont joints à l'armée impériale

la quitteront sur-le-champ, et viendront cantonner en arrière de notre

armée (ainsi ils sont censés prisonniers); et que les vaisseaux du roi

de Naples qui sont joints à la flotte anglaise se retireront

sur-le-champ dans le port de Naples.

«Tout nous sourit, nos triomphes sont constants, tout nous rapproche de

la paix, elle est infaillible, et nous conserverons la Belgique.

Assurément nous sommes bien payés de nos peines.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (1/9) · 第 48 / 83 题