MARMONT À SON PÈRE.

«À bord du brick l'_Amitié_, en rade de Toulon, 8 mars 1795.

«Nous sommes toujours embarqués, mon cher père, et nous nous consolons

de notre exil. Le séjour d'un vaisseau n'est pas bien amusant, surtout

lorsque l'on est dans une inactivité semblable. Cependant l'espoir de

partir nous fait attendre patiemment.

«Une lettre écrite aux représentants par le ministre de France à Gênes,

Villars, nous apprend que l'escadre anglaise est réduite à neuf ou dix

vaisseaux; que, poussée par la nôtre, elle a été obligée de se réfugier

à Livourne, où elle s'occupe à refaire ses équipages fatigués et à

réparer ses vaisseaux délabrés; et qu'enfin l'escadre française qui

croise devant la rade de cette place l'y tient renfermée et lui fait

jouer le rôle qui a été son partage l'an passé au golfe de Juan.

«Cette nouvelle a tout le caractère de la vérité; elle assure à notre

expédition des succès qui couronnent nos efforts: et bientôt, je

l'espère, nous acquitterons les lettres de change tirées sur nous par

les autres armées de la République.

«Toute l'armée est impatiente de voir tous ces projets s'effectuer.

«Les nouvelles de l'armée d'Italie ne sont pas aussi satisfaisantes que

celles de l'escadre; on prétend que la faiblesse prodigieuse de cette

armée, causée par les maladies, nous a valu quelques désavantages du

côté d'Oneille; mais rien de cela n'est encore confirmé et tout se

réduit à des bruits.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (1/9) · 第 33 / 83 题