Le Comité du Congrès de toute l'Inde a autorisé les Comités du Congrès

des provinces à commencer la désobéissance civile, sous leur propre

responsabilité. J'espère qu'ils donneront au mot responsabilité toute

son importance et ne commenceront pas de gaieté de cœur. Toutes les

conditions doivent être remplies. Parler encore d'Union Musulmane, de

Non-Violence, de _Swadeshi_ et de la suppression de l'Intouchabilité,

montre que ces questions ne sont pas arrivées à faire partie intégrale

de notre existence nationale... Il serait d'ailleurs préférable de

veiller et d'attendre que l'expérience ait lieu dans une partie de

l'Inde, tout d'abord... Les régiments qui veillent et qui attendent

coopèrent aussi activement que ceux qui se battent véritablement.

La seule circonstance qui pourrait autoriser une désobéissance

individuelle simultanée pendant que l'expérience aura lieu, serait

l'opposition du gouvernement au progrès tranquille du _Swadeshi_; si

par exemple un fileur habile qui enseigne son art et l'organise se

voyait interdire cette occupation, son devoir serait de ne tenir aucun

compte de l'ordre reçu et de courir le risque d'être emprisonné. Pour

ce qui est de tout le reste, pendant qu'une partie du pays prendra

part à l'offensive et enfreindra délibérément toutes les lois amorales

de l'État qu'il lui sera possible d'enfreindre, il vaudra mieux que

toutes les autres parties de l'Inde respectent scrupuleusement les

ordres et les instructions données. Il est inutile d'ajouter que toute

révolte violente dans une autre partie de l'Inde ferait nécessairement

du tort à la tentative et même y mettrait fin. Les autres parties de

l'Inde devront donc rester calmes et tranquilles, même si les habitants

de la région de l'Inde où l'expérience a lieu étaient emprisonnés,

criblés de balles ou traités cruellement, d'une façon quelconque par

les autorités. Il nous faut être certains qu'elles se montreront à la

hauteur de toutes les éventualités possibles.

_10 novembre 1921._

INTROSPECTION

Certains correspondants m'ont écrit en termes touchants pour me

demander de ne pas me suicider en janvier si nous n'avons pas obtenu

le _Swaraj_ d'ici là et si je suis encore en liberté. Je me rends

compte que les mots n'expriment qu'imparfaitement la pensée, surtout

lorsque la pensée elle-même est incomplète ou confuse. Je pensais avoir

écrit dans le _Navjivan_ assez clairement, mais je m'aperçois que la

traduction a été mal comprise par beaucoup...

Une des principales raisons de l'erreur provient de ce que l'on

me considère comme un homme parfait. Les amis qui connaissent mes

préférences pour la Bhagavad Gita m'ont démontré que ma menace de

suicide était en contradiction avec les enseignements que je cherchais

à mettre en pratique et m'ont jeté à la tête les versets à l'appui.

Tous ces mentors semblent oublier que je ne suis pas autre chose

qu'un homme cherchant la vérité. Je prétends avoir trouvé le chemin

qui mène à la Vérité, je prétends faire un effort incessant pour la

découvrir, mais j'admets que je ne l'ai pas encore trouvée. Découvrir

la vérité absolue, c'est se réaliser soi-même et réaliser sa destinée,

c'est-à-dire atteindre la perfection. J'ai péniblement conscience de

mes imperfections, et c'est en cela que consiste ma force, parce qu'il

est rare qu'un homme sache ce qui lui manque.

Si j'étais parfait, j'avoue que la misère de ceux qui m'entourent

ne m'affecterait pas comme elle le fait. J'en prendrais note, je

prescrirais un remède, et par la puissance immuable de la vérité qui

serait en moi je le ferais adopter. Mais pour l'instant je ne puis voir

qu'indistinctement comme dans un miroir, et je dois par conséquent

chercher à convaincre par des méthodes lentes et laborieuses et qui

ne réussissent pas toujours. Dans ces conditions, je ne serais même

pas humain si, connaissant comme je le fais la misère qui règne sur ce

sol et que l'on pourrait éviter, et voyant à l'ombre même du Maître

de l'Univers des êtres qui ne sont que des squelettes, je n'éprouvais

aucune sympathie pour les millions d'hommes qui dans l'Inde souffrent

et se taisent.

Je suis soutenu par l'espoir que cette misère diminuera peu à peu; mais

supposez que malgré toute ma sensibilité et tous mes efforts pour faire

parvenir le message guérisseur du rouet au cœur de la nation l'oreille

seule l'ait entendu, supposez encore que dans l'excitation des douze

derniers mois il n'y ait eu dans le programme aucune foi véritable,

supposez enfin que le message ne soit pas parvenu jusqu'au cœur des

Anglais; ne devrais-je pas douter de mon _tapasya_ et sentir que je ne

suis plus digne de diriger la lutte? Ne devrais-je pas m'agenouiller

en toute humilité devant mon Créateur et lui demander de me délivrer

de mon corps inutile et de faire de moi un instrument plus capable de

servir?

Le _Swaraj_ consiste en un changement de gouvernement où le contrôle

effectif se trouve placé entre les mains du peuple. Mais ce n'en est

que la forme extérieure. Ce qui en est le fond et ce que je désire

ardemment, c'est une acceptation nette des moyens et par conséquent une

transformation véritable du cœur chez le peuple. Je suis persuadé qu'il

ne faut pas des siècles pour que les Hindous renoncent à leur péché

d'intouchabilité, pour que les Hindous et les Musulmans abandonnent

leur inimitié et considèrent qu'une amitié qui vient du cœur est un

facteur éternel de l'existence nationale, pour que tous adoptent le

_Charka_ comme unique moyen universel permettant de sauver l'Inde au

point de vue économique; enfin, pour que tous croient que la méthode

Non-Violente seule donnera la liberté à l'Inde. L'adoption libre,

intelligente, et décidée de ce programme par la nation suffit selon moi

pour que le principe essentiel soit acquis. Le symbole, c'est-à-dire

le transfert des pouvoirs, ne peut manquer de suivre, de même que la

graine bien semée doit germer et devenir un arbre.

Le lecteur pourra donc le voir à ce que j'ai déclaré incidemment à

mes amis à Poona et répété ensuite à d'autres n'était pas autre chose

qu'une confession de mes imperfections, exprimant à quel point je me

sentais indigne de la noble cause dont j'ai pour l'instant l'air d'être

le chef. Je n'ai formulé aucune doctrine désespérée. Au contraire, je

n'ai jamais été aussi convaincu que je le suis à l'heure où j'écris

que nous acquerrons le principe essentiel cette année. J'ai déclaré

également qu'étant idéaliste pratique je devrais me considérer comme

indigne de diriger une cause, si je craignais de ne pouvoir la conduire

au succès. La doctrine qui veut le travail dans le détachement signifie

aussi bien la recherche inexorable de la vérité que le retour sur ses

pas si l'on s'est trompé, ou la renonciation sans regret du rôle de

chef lorsqu'on découvre qu'on n'en est pas digne.

Je n'ai fait qu'esquisser imparfaitement mon désir intense de me perdre

dans l'Eternel et de devenir un simple morceau d'argile entre les mains

du Divin Potier, afin que mes services deviennent plus certains parce

qu'ils ne seront plus entravés par mon être inférieur.

_17 novembre 1921_

LE ROLE DES FEMMES

Les femmes de Calcutta ayant abordé des messieurs de Calcutta pour

essayer de leur vendre du _Khadi_, un télégramme annonce dans les

journaux qu'un groupe d'entre elles a été arrêté comprenant l'épouse

dévouée du Président élu, sa sœur qui est veuve et sa nièce. J'avais

espéré qu'au début tout au moins on épargnerait aux femmes l'honneur

de la prison. Il était entendu que leur Résistance Civile ne serait

pas agressive. Mais le gouvernement du Bengale dans son zèle impartial

ne fait aucune différence entre les sexes et a conféré cet honneur à

trois femmes de Calcutta. J'espère que le pays tout entier fera bon

accueil à cette innovation. Il faut que les femmes prennent part à

l'établissement du _Swaraj_ aussi bien que les hommes. Il est probable

que dans cette lutte pacifique la femme l'emportera sur l'homme. Nous

savons que sa dévotion religieuse est toujours plus grande que celle

de l'homme, son sexe se distingue par sa souffrance silencieuse et

digne. Et maintenant que le gouvernement du Bengale a traîné la femme

sur le champ de bataille, j'espère que toutes les femmes du Bengale

vont relever la provocation et s'organiser. En tout cas, elles étaient

tenues pour l'honneur de leur sexe de remplacer les hommes lorsqu'un

certain nombre d'entre eux auraient été mis hors de combat. Mais à

présent, que ce soit en partageant aux côtés de l'homme les souffrances

de la vie de prison! Dieu veillera sur elles...

Je conseillerais aux femmes de l'Inde de recueillir sans bruit et sans

perdre de temps le nom de celles qui sont prêtes à s'avancer sur la

ligne de feu. Que leur offre soit adressée aux femmes du Bengale et

que celles-ci sentent que leurs sœurs des autres provinces sont prêtes

à suivre leur noble exemple. Il est probable qu'un petit nombre seul

sera disposé à courir le risque de la prison et tout ce que cela doit

représenter pour une femme. La nation ne pourra qu'être fière, même si

quelques-unes seulement s'offrent tout d'abord au sacrifice.

_15 décembre 1921._

L'INDÉPENDANCE

Maulana Hasrat Mohani a défendu l'Indépendance avec beaucoup de

courage, d'abord sur l'estrade du Congrès, puis comme Président de

la Ligue Musulmane, et il a été heureusement battu chaque fois. Il

est impossible de se méprendre sur le sens des paroles du Maulana: il

voudrait rompre tout rapport avec le peuple britannique même à titre

d'associé et d'égal, et quand bien même la question du Califat aurait

été résolue d'une façon satisfaisante. Il n'est pas bon d'avancer que

la question du Califat ne saurait être résolue sans une indépendance

absolue. Nous ne faisons qu'en discuter la théorie. S'il faut

l'indépendance absolue pour que la question du Califat soit résolue,

c'est-à-dire si le peuple britannique se montre toujours hostile aux

aspirations du monde musulman, nous n'avons d'autre parti à prendre que

d'insister pour l'avoir, il y va de l'intérêt commun. L'Inde ne peut se

permettre de donner à l'Angleterre, ne fût-ce que son appui moral, et

doit se passer de l'appui moral et matériel de l'Angleterre si elle ne

peut la décider à se montrer bien disposée à l'égard de l'Islam.

Mais si nous supposons que la Grande-Bretagne change d'attitude, et

je sais qu'elle le fera lorsqu'elle se rendra compte que l'Inde est

forte, il serait illégitime au point de vue religieux de continuer à

réclamer l'Indépendance. Ce procédé serait déplacé et vindicatif, il

équivaudrait à nier l'existence de Dieu, car ce refus serait alors

fondé sur la supposition que le peuple britannique est incapable de

répondre au Dieu qui se trouve en chacun de nous, principe qui ne

saurait se défendre ni par le Musulman croyant, ni par l'Hindou croyant.

L'Inde devra mettre toute sa gloire, non à traiter les Anglais en

ennemis qu'il faut expulser à la première occasion, mais à s'en faire

des amis et des associés dans la nouvelle république de nations qui

remplacera un empire basé sur l'exploitation des races et des nations

plus faibles de la terre et par conséquent sur la force.

Voyons clairement quel sera le sens du _Swaraj_ si nous conservons nos

rapports avec la Grande-Bretagne. Assurément, c'est la possibilité pour

l'Inde de déclarer son indépendance si elle le désire. Le _Swaraj_

ne sera donc pas un don gratuit du Parlement Britannique. Ce sera la

déclaration du droit de l'Inde à être représentée entièrement. Sans

doute le _Swaraj_ sera exprimé par un Acte du Parlement; mais cet acte

ne sera qu'une ratification courtoise du vœu exprimé par le peuple

de l'Inde, comme ce fut le cas pour l'Afrique du Sud. La Chambre des

Communes ne put en modifier un seul adverbe. La ratification, en ce qui

nous concerne, sera un traité où la Grande-Bretagne sera intéressée.

Il est possible que ce _Swaraj_-là nous ne l'obtenions pas cette année,

peut-être pas avant une autre génération; mais je n'ai jamais songé à

rien de moins. Lorsque le moment de l'accord sera venu, le Parlement

Anglais ratifiera les vœux du peuple de l'Inde, non par la voie de la

bureaucratie, mais par l'intermédiaire des représentants que celle-ci

se sera choisis librement.

Le _Swaraj_ ne pourra jamais être le don d'une nation à une autre.

C'est un trésor qu'il faut acheter au prix du sang le plus pur de la

nation. Ce ne sera plus un don lorsque nous l'aurons payé chèrement.

Le Vice-Roi s'est trompé en disant qu'il faudrait bien que le _Swaraj_

nous vînt du Parlement Britannique s'il ne nous venait par l'épée.

Il n'était guère flatteur pour son pays de laisser entendre à ses

auditeurs que l'Angleterre était incapable de prêter l'oreille à la

pression morale de la souffrance, il faisait injure à leur intelligence

s'il voulait leur faire croire que le Parlement Britannique donnerait

le _Swaraj_ à l'Inde quand il le voudrait, sans se soucier de ses

désirs et de ses aspirations. En réalité, le _Swaraj_ sera le fruit

d'un incessant labeur et d'intenses souffrances...

_5 janvier 1922._

LETTRE DE M. GANDHI AU VICE-ROI

_A Son Excellence le Vice-Roi des Indes, Delhi._

Monsieur,

Bardoli est un petit _Tehsil_ du district de Sura dans la Présidence

de Bombay, qui compte environ 87000 habitants, tout compris.

Il a décidé le 29 janvier dernier, sous la présidence de M. Vithalbhai

Patel, d'entreprendre la Désobéissance Civile, ayant démontré qu'il

remplissait les conditions requises par le Comité du Congrès de toute

l'Inde qui s'était réuni le 1er novembre. Mais comme je suis peut-être

en grande partie responsable de la résolution prise par Bardoli, je

considère que je dois à votre Excellence et au Public d'expliquer les

raisons qui ont amené cette décision.

Le Comité du Congrès de toute l'Inde, dans la réunion à laquelle

j'ai déjà fait allusion, avait décidé que Bardoli serait le premier

bataillon à entreprendre la Désobéissance Civile, afin de marquer la

révolte de la nation contre le gouvernement pour son refus criminel et

persistant d'apprécier à sa juste valeur la décision de l'Inde au sujet

du Califat, du Pendjab et du _Swaraj_.

Puis, le 17 novembre dernier, eut lieu l'émeute regrettable et

malheureuse de Bombay qui nous força de remettre l'action projetée par

Bardoli.

Entre temps, commença avec l'approbation du Gouvernement de l'Inde,

une répression des plus virulentes au Bengale, dans l'Assam, dans les

Provinces Unies, au Pendjab, dans la province de Delhi et jusqu'à un

certain point dans le Bihav Orissa et ailleurs.

Je sais que le mot _répression_ employé pour décrire l'action des

autorités vous déplaît. A mon avis une mesure qui dépasse ce que

demande la situation n'est pas autre chose que de la répression. Piller

les biens, assaillir les innocents, traiter les prisonniers avec

brutalité et les fouetter ne peut être considéré comme une action

permise ou nécessaire. On ne peut qualifier cette infraction officielle

aux lois que du nom de répression illégale. Il est possible d'admettre,

jusqu'à un certain point, que les Non-Coopérateurs et leurs partisans

ont procédé par intimidation lors des _hartal_... mais ceci ne saurait

justifier l'interdiction en bloc des réunions publiques paisibles et

de l'enrôlement paisible des volontaires, en donnant un sens détourné

à une loi dirigée contre des activités manifestement violentes

d'intention et d'action; et de même on ne peut désigner autrement que

par le mot de répression les poursuites contre des gens innocents

selon une application illégale, à notre avis, de la loi ordinaire, ou

l'atteinte portée à la liberté de la presse en s'appuyant sur une loi

qu'on avait promis d'abroger.

La tâche que le pays doit entreprendre immédiatement est de sauver

de la paralysie la liberté de parole, la liberté d'association et la

liberté de la presse.....

Dans les circonstances actuelles, le pays n'a d'autre parti que

d'adopter une méthode non-violente afin obtenir satisfaction.... Si

la politique du gouvernement était restée neutre, s'il avait laissé à

l'opinion publique la possibilité de se développer et de produire tout

son effet, il eût été possible de remettre la Désobéissance Civile

jusqu'à ce que le Congrès ait acquis un contrôle effectif des forces de

violence et obtenu des millions d'adhérents une discipline plus grande.

Mais cette répression illégale (en quelque sorte sans parallèle dans

l'histoire de notre malheureux pays) nous a fait un devoir impératif

d'adopter immédiatement la Désobéissance Civile en masse. Le Comité

d'Action du Congrès l'a limitée à quelques régions, que je dois fixer

de temps à autre, et qui pour l'instant sont restreintes à Bardoli.

Cette autorité me permettrait de donner immédiatement mon consentement

à un groupe de cent villages de Guntur dans la présidence de Madras,

s'ils sont capables de se conformer strictement aux conditions de

non-violence, d'union des différentes classes, de manufacture de khadi

et de son emploi, et de l'intouchabilité.

Je voudrais, avant que le peuple de Bardoli commençât véritablement la

Désobéissance Civile, insister respectueusement auprès de vous pour

vous prier comme chef du gouvernement de l'Inde de considérer à nouveau

votre politique, de rendre la liberté à tous les Non-Coopérateurs

condamnés ou en jugement pour leur activité non violente, et d'exprimer

en termes précis une politique de non-intervention dans les activités

non-violentes du pays entreprises pour faire rendre justice au Califat

ou au Pendjab, ou pour le _Swaraj_, ou pour toute autre question, même

au cas où celles-ci sont passibles de répression, d'après certains

articles du Code pénal criminel ou de toute autre loi, à condition bien

entendu que la Non-violence soit maintenue.

Je voudrais aussi vous demander avec insistance de libérer la Presse

de tout contrôle administratif et de rembourser toutes les amendes

récemment imposées. En vous adressant ces diverses prières, je demande

simplement à votre Excellence de faire ce qui se fait dans tous les

pays qui prétendent avoir à leur tête un gouvernement civilisé. S'il

vous était possible de faire la déclaration nécessaire dans les huit

jours qui suivront la publication de ce manifeste, je pourrais

conseiller de remettre la Désobéissance Civile jusqu'à ce que les

Non-coopérateurs sortis de prison aient eu le temps de considérer à

nouveau la question. Si le Gouvernement fait la déclaration demandée,

j'y verrai une preuve de son désir sincère de céder devant l'opinion

publique. Je n'aurai alors aucune hésitation à conseiller au pays

de continuer, sans contrainte violente d'un côté ou de l'autre, à

former l'opinion publique, m'en rapportant à celle-ci pour obtenir

satisfaction aux demandes qui ont été exprimées et qui ne peuvent

changer.

La Désobéissance Civile agressive n'aurait lieu dans ce cas que si le

gouvernement s'écartait de sa politique de neutralité absolue, ou s'il

refusait de plier devant l'opinion nettement exprimée par la grande

majorité du peuple de l'Inde.

Croyez-moi

Le serviteur et l'ami dévoué

de Votre Excellence

M. K. Gandhi.

_9 février 1922_

LA SEULE SOLUTION POSSIBLE

Ce n'est pas sans avoir beaucoup réfléchi et prié que j'ai écrit

ma lettre à son Excellence le Vice-Roi. Cette lettre n'est pas une

menace, chaque mot dit exactement ce qu'il veut dire. J'ai supplié du

fond du cœur le tyran de renoncer au mal. Le tyran, ce n'est pas Lord

Reading, mais le système qu'il représente et dont il n'est lui-même que

l'impuissante et inconsciente victime. Mais tout système ne fait qu'un

avec la personne qui le représente. Aujourd'hui, c'est Lord Reading

qui le personnifie, quelque inconscient qu'il soit. Je l'ai prié en

toute humilité de considérer la position et de se demander si un mépris

officiel des lois peut se justifier d'une façon quelconque. Qu'il jette

les yeux sur le compte rendu de la semaine. Tout y est strictement

vrai, à moins que les témoins ne soient tous des menteurs. De pareilles

choses devraient-elles être possibles?

Mais dira-t-on, que faites-vous du mépris de l'autorité? Eh bien, le

mépris de l'autorité (non-violent en tout cas) devrait-il justifier un

abus barbare et malfaisant de cette même autorité?

Si le Vice-Roi ne voit pas ou ne veut pas voir la simplicité incroyable

de la solution, l'Inde doit-elle ne rien faire? Il faut que la

Désobéissance civile défensive continue à tout prix. Et si l'Inde

entière déclarait que les réunions même paisibles ne peuvent avoir lieu

sans autorisation, que les enrôlements des volontaires ne peuvent avoir

lieu sans autorisation, et que les journaux ne peuvent paraître sans

autorisation, cette prohibition serait inadmissible. On ne peut obliger

un homme à demander à un autre la permission de respirer, de boire et

de manger. Les trois choses que j'ai nommées sont l'air, la boisson et

l'aliment nécessaires à l'activité publique.

_9 février 1922_

TROP SACRÉ POUR ÊTRE PUBLIÉ

La jeune Inde · 第 22 / 25 段