On peut juger de la signification politique de l'événement par ce

fait qu'aussitôt la nouvelle parvenue à Lahore, tous les préparatifs

commencés pour la réception de Lala Lajpatrai furent décommandés et

que le bruit courut que la capitale du Pendjab était en grand deuil.

Un discrédit plus profond frappe donc le Gouvernement par suite de ce

jugement, car à tort ou à raison l'opinion populaire considérera que,

sous la Constitution Britannique, il n'existe pas de justice lorsque

d'importantes considérations politiques ou de race entrent en jeu.

Il n'y a qu'une seule manière d'éviter la catastrophe. L'esprit humain

et en particulier l'esprit indien est sensible à la générosité.

J'espère que le Gouvernement du Pendjab ou le Gouvernement Central

annulera immédiatement, sans qu'une agitation ou des pétitions

soient nécessaires, les condamnations à mort et, s'il y a la moindre

possibilité, rendra en même temps la liberté à tous ceux qui ont fait

appel.

D'abord et ainsi que je l'ai déjà dit, deux considérations d'égale

importance le demandent: premièrement, gagner à nouveau la confiance

du public, secondement, obéir textuellement à la Proclamation Royale.

Cet important document politique ordonne la mise en liberté de tous les

délinquants politiques quand elle ne saurait être un danger pour la

société. Personne ne peut dire que les vingt-et-un condamnés qui ont

fait appel seraient d'une façon quelconque un danger pour la société

s'ils recouvraient leur liberté. Jamais ces hommes n'avaient commis

de crimes auparavant; la plupart d'entre eux étaient considérés comme

des citoyens paisibles et respectables. On ne leur connaissait point

d'attaches avec des sociétés révolutionnaires. S'ils ont commis un

crime quelconque, ce fut sous l'impulsion du moment et devant ce qui

leur paraissait une grave provocation. D'autre part, le public est

persuadé que la majorité des condamnations des tribunaux militaires

ne s'appuyaient sur aucune preuve satisfaisante. Aussi, j'espère que

le Gouvernement qui a bien agi en rendant la liberté aux délinquants

politiques, même lorsque ces derniers avaient été pris sur le fait,

n'hésitera pas à rendre la liberté à ceux qui ont fait appel, et

méritera ainsi le bon-vouloir de l'Inde entière. L'acte généreux

accompli à l'heure du triomphe est celui qui a le plus de valeur. Et

pour le peuple, ce refus de tenir compte de l'appel des condamnés a été

considéré comme un triomphe du Gouvernement.

Je demanderai donc respectueusement aux amis du Pendjab de ne point

perdre courage. Il faut nous préparer avec calme au pire. Si les

condamnations sont justes, si ceux qui ont été condamnés se sont

rendus coupables de meurtre, ou d'incitation au meurtre, pourquoi

échapperaient-ils au châtiment? S'ils n'ont point commis les crimes

qu'on leur reproche, ce qui est le cas pour la plupart d'entre eux,

nous en sommes persuadés, pourquoi échapperions-nous au sort de tous

ceux qui veulent s'élever plus haut? Si nous avons voulu nous élever,

pourquoi craindrions-nous le sacrifice? Aucune nation ne s'est jamais

élevée sans faire de sacrifices, et l'on ne saurait parler de sacrifice

que s'il y a innocence, et non crime.

_3 mars 1920._

[58] Une vingtaine des victimes de l'application de la loi

martiale au Pendjab firent appel au Conseil Privé, déclarant que

le Vice-roi n'avait pas le pouvoir nécessaire pour en décréter les

ordonnances et que le jugement des Tribunaux exceptionnels était

irrégulier.

LA NON-VIOLENCE

Lorsqu'un homme prétend être non-violent, il ne doit point

s'irriter contre qui l'a outragé. Il ne lui souhaitera aucun mal;

il lui souhaitera du bien; il ne le maudira pas; il ne lui causera

aucune souffrance physique. Il acceptera tous les outrages que lui

fera subir l'offenseur. La Non-Violence comprise ainsi devient

l'innocence absolue. La Non-Violence absolue est une absence totale

de mauvais-vouloir contre tout ce qui vit. Elle s'étend même aux

êtres inférieurs à l'espèce humaine sans en excepter les insectes

et les bêtes nuisibles. Elles n'ont pas été créées pour satisfaire

à nos penchants destructeurs. Si la pensée intime du Créateur nous

était connue, nous découvririons la place qui leur appartient dans

sa création. La Non-Violence, sous sa forme active, consiste par

conséquent en une bienveillance envers tout ce qui existe. C'est

l'Amour pur. Je l'ai lu dans l'Ecriture sainte hindoue, dans la Bible,

et dans le Koran.

La Non-Violence est un état parfait. C'est un but vers lequel tend,

bien qu'à son insu, l'humanité tout entière. L'homme ne devient pas

divin lorsque, dans sa personne, il incarne l'innocence; c'est alors

seulement qu'il devient véritablement homme. Tels que nous sommes

actuellement, mi-hommes, mi-bêtes, nous avons la prétention, dans notre

arrogante ignorance, de remplir le rôle dévolu à notre espèce, lorsque

nous rendons coup pour coup et que nous nous abandonnons à la colère.

Nous feignons de croire que la loi du talion est la loi de notre être,

alors que dans toute Écriture Sainte nous voyons que la loi du talion

n'est nulle part obligatoire, mais seulement tolérée. L'empire sur soi

est seul obligatoire. La vengeance est une satisfaction qui nécessite

des règles compliquées. La maîtrise de soi est la loi de notre être.

La plus haute perfection demande la plus haute maîtrise. La souffrance

devient ainsi le symbole de l'espèce humaine.

Le but s'éloigne sans cesse de nous. Plus nos progrès sont grands, plus

nous prenons conscience de notre indignité. La satisfaction se trouve

dans l'effort accompli, non dans le but atteint. Dans l'effort absolu

se trouve la victoire absolue.

Aussi, et tout en me rendant compte plus que jamais de la distance du

but, pour moi la loi d'Amour est la loi de mon être[59]. Chaque fois

que j'échouerai, et justement à cause de cet échec, mon effort n'en

sera que plus résolu.

Mais je ne prêche pas cette loi finale par l'intermédiaire du Congrès

ou de l'Organisation pour le Califat. Je sais trop bien ce qui me

manque. Je sais qu'une tentative de ce genre est condamnée d'avance à

un échec. S'attendre à ce qu'une masse d'hommes et de femmes obéissent

spontanément à cette loi, c'est ignorer comment ils vivent. Mais de

l'estrade du Congrès et aux réunions de la Société pour le Califat,

je prêche ce qui ressort de cette loi. Ce que le Congrès a admis,

ainsi que les assemblées pour le Califat, n'est qu'une parcelle de ce

que la loi implique. Avec des travailleurs sincères pour la Cause, il

serait possible d'en faire appliquer par de grandes masses une partie

restreinte en peu de temps. Mais pour arriver au but, il faut que

la plus faible partie réponde aux mêmes conditions que le tout. Une

goutte d'eau doit à l'analyse donner le même résultat qu'un lac entier.

La nature de ma Non-Violence vis-à-vis de mon frère ne saurait être

différente de celle de ma Non-Violence vis-à-vis de l'univers. Lorsque

j'étends à l'univers entier l'amour que j'ai pour mon frère, il faut

que cet amour ait la même composition.

Une manière d'agir particulière est une politique, lorsque son

application en est limitée au temps ou à l'espace. La plus haute

politique est par conséquent de l'appliquer le plus complètement

possible. Mais tant qu'elle dure, l'honnêteté comme politique ne

diffère en rien de l'honnêteté par croyance. La différence qui

existe entre les deux, c'est que le marchand qui croit à la politique

de l'honnêteté ne s'embarrassera plus de son honnêteté lorsqu'elle

ne rapportera rien, alors que celui pour qui c'est une conviction

continuera d'être honnête, même s'il doit tout perdre.

La Non-Violence politique du Non-Coopérateur ne résiste pas à cette

épreuve, dans la majorité des cas. Et c'est ce qui prolonge la lutte.

Que nul ne blâme le caractère inflexible de la nature anglaise! La

fibre la plus dure est tenue de se dissoudre au feu de l'amour. On ne

pourrait me forcer à changer d'attitude à ce sujet, parce que je sais

cela. Quand la nature britannique ou toute autre résiste, c'est que le

feu, s'il existe, n'est pas suffisant.

Il n'est pas nécessaire que notre Non-Violence soit forte, mais il faut

qu'elle soit sincère. Nous ne devons pas souhaiter du mal aux Anglais

ni à nos compatriotes qui coopèrent, tant que nous faisons profession

d'être non-violents. Mais le plus grand nombre parmi nous a _voulu_ le

mal; s'il ne l'a point fait, c'est uniquement par faiblesse ou parce

qu'il a cru à tort qu'en s'abstenant de faire le mal physiquement

il tenait son serment. Notre vœu de Non-Violence exclut toute

possibilité de représailles futures. Quelques-uns parmi nous semblent

malheureusement s'être contentés de retarder la date de la vengeance.

Qu'on ne se méprenne pas sur mes paroles: je ne dis pas que la

politique de Non-Violence exclue la possibilité de vengeance,

lorsque cette politique sera abandonnée. Mais elle exclut absolument

la possibilité d'une vengeance future, si la lutte se termine par

un succès. Aussi sommes-nous tenus, pendant que nous poursuivons

notre politique de Non-Violence, d'être en bons termes avec les

administrateurs anglais et leurs coopérateurs. J'ai été rempli de

honte, lorsqu'on m'a dit que, dans certaines parties de l'Inde, des

Anglais et des coopérateurs bien connus ne pouvaient circuler sans

danger. Les scènes honteuses qui se sont produites récemment à une

réunion de Madras étaient un reniement absolu de la Non-Violence.

Ceux qui ont forcé le président à se retirer par leurs hurlements,

parce que celui-ci m'avait insulté, paraît-il, se sont déshonorés et

ont déshonoré leur politique. Ils ont blessé au cœur leur ami et leur

allié Mr. Andrews. Ils ont fait du tort à leur propre cause. Si le

président était persuadé que j'étais un gredin, il avait parfaitement

le droit de le dire. Agir par ignorance n'est pas provoquer. Mais un

Non-Coopérateur, par sa parole donnée, est tenu de ne pas répondre à la

provocation même la plus grave. Le jour où j'agirai comme un gredin,

il y aura grave provocation, et j'avoue qu'elle sera suffisante pour

délier de son vœu de Non-Violence tout Non-Coopérateur et justifier

tout Non-Coopérateur qui voudrait me tuer pour l'avoir induit en erreur.

Vouloir cultiver la Non-Violence, même d'une façon aussi restreinte,

est peut-être impossible. Peut-être ne faut-il pas nous attendre à

ce que les gens ne _désirent_ pas le mal de leur adversaire, tout en

ne leur en faisant pas. Pour être de bonne foi, nous devrions alors

cesser de nous servir de l'expression Non-Violence pour caractériser

notre lutte. L'alternative ne serait pas de recourir immédiatement à

la violence. Mais le peuple ne serait pas tenu de se soumettre à une

discipline de Non-Violence, et je ne serais pas dans l'obligation

d'endosser la responsabilité de Chauri-Chaura[60]. L'école de

Non-Violence restreinte continuera alors à prospérer obscurément, mais

sans le fardeau terrible de responsabilité qu'elle porte aujourd'hui.

Pourtant, si la Non-Violence doit demeurer la politique de la nation,

nous sommes tenus, pour sa réputation et celle de l'humanité, de la

pratiquer à la lettre et selon l'esprit. Et si nous voulons aller

jusqu'au bout de cette politique, si nous croyons en elle, nous devons

sans tarder nous réconcilier avec les Anglais et les coopérateurs. Il

faut qu'ils nous certifient qu'ils se sentent en complète sécurité

parmi nous, qu'ils nous considèrent comme des amis, bien que nous

appartenions à une école de pensée et à une politique radicalement

opposées. Il nous faut les accueillir sur nos estrades, comme des

invités de marque, et les rencontrer sur des estrades neutres comme

des camarades. Il nous faut élaborer une ligne de conduite pour les

rencontres de ce genre. Il ne faut pas que notre Non-Violence donne

naissance à la violence, à la haine et au mauvais vouloir. Nous serons

jugés selon nos œuvres, comme le reste des mortels. Un programme de

Non-Violence pour obtenir le _Swarâj_ demande, bien entendu, une

certaine habileté pour organiser les affaires sur une base non-violente

et nécessite que l'on inculque l'esprit d'obéissance. M. Churchill,

lequel ne comprend que l'évangile de la force, a parfaitement raison

lorsqu'il dit que le problème irlandais diffère du problème indien. Il

entend par là que l'Irlande, ayant obtenu son _Swarâj_ par la violence,

saura le conserver par la violence, s'il le faut. D'autre part, si

l'Inde obtient effectivement le _Swarâj_ par la Non-Violence il faut

qu'elle soit à même de le conserver par des moyens non-violents. A ceci

M. Churchill ne croit guère, à moins que l'Inde ne donne une preuve de

ce dont elle est capable, par une démonstration visible du principe.

Cette démonstration est impossible, tant que la société ne se sera pas

imprégnée de l'esprit de Non-Violence, de telle façon que le peuple,

dans sa vie politique se conforme à la Non-Violence, ou en d'autres

termes que l'autorité civile l'emporte sur l'autorité militaire.

Par conséquent, le Home Rule que nous obtiendrons par des moyens

non-violents ne saurait jamais entraîner un intervalle de chaos et

d'anarchie. Le _Swarâj_ par la Non-Violence doit être une révolution

paisible et progressive, de telle sorte que le transfert des pouvoirs,

d'une corporation fermée aux représentants du peuple, s'accomplirait

naturellement comme un fruit mûr tombant d'un arbre bien soigné. Je

répète qu'il se peut fort bien que la réalisation soit impossible.

Mais je sais que la Non-Violence n'implique pas moins. Si nos aides

actuels ne croient pas qu'il soit possible d'arriver à une atmosphère

relativement non-violente, ils devraient abandonner complètement le

programme de Non-Violence et en préparer un autre absolument différent.

Si nous nous approchons de notre programme avec la restriction mentale

qu'après tout, nous arracherons le pouvoir aux Anglais par la force des

armes, nous manquons à notre profession de Non-Violence. Si nous avons

foi en notre programme, nous sommes tenus de croire que les Anglais

ne seront pas insensibles à la force de l'affection, puisqu'ils sont

certainement sensibles à la force des armes. Pour les incrédules, le

choix est entre les Conseils qui sont, avec leurs lourds programmes

d'humiliations couvrant plusieurs générations, l'école de l'expérience,

ou bien une révolution sanglante comme on n'en a jamais vu dans le

monde entier. Je n'ai pas le moindre désir de jouer un rôle dans une

telle révolution, et je ne veux pas être un instrument consentant à la

faire naître. Selon moi, il faut choisir entre la Non-Violence sincère,

avec la Non-Coopération comme conséquence directe, ou le retour à une

coopération antagonique, c'est-à-dire à la coopération avec obstruction.

_9 mars 1920_

[59] Le 23 juin 1919, Gandhi écrivait déjà dans la _Jeune Inde_:

«Il se passera peut-être un temps considérable avant que la loi

d'Amour soit reconnue dans les affaires internationales. Les rouages

des gouvernements s'interposent, masquant au cœur d'un peuple le cœur

des autres peuples. Et pourtant, si seulement nous considérions les

derniers événements internationaux en Europe et en Asie Orientale,

en songeant à ce qui est essentiel, il nous serait possible de

voir que le monde en arrive peu à peu à comprendre qu'il en est

entre nations comme il en est entre hommes; que la force seule est

impuissante à résoudre les problèmes et que la sanction économique

de Non-Coopération est beaucoup plus efficace que les armées et

les marines. Les victoires de la guerre n'ont fait qu'ajouter de

nouvelles charges aux nations qui sortirent de la lutte apparemment

victorieuses. La question des vivres et de l'industrie dans les

nations vaincues est une source d'inquiétude non moins grande pour

les vainqueurs que pour ces nations elles-mêmes. Toute l'habileté

des gouvernements des nations alliées tend à démontrer, et cela

sans rien enlever à la gloire des vainqueurs, qu'ils peuvent rendre

le peuple vaincu solvable économiquement, heureux et désireux de

travailler pour le reste du monde. Si on lit entre les lignes du

court télégramme exposant le programme international du parti

républicain en Amérique, on peut voir que le _Far West_ commence à

se rendre compte que la sanction définitive d'une Ligue des Nations

devrait être, non le cercle vicieux de la force des armées, mais

la force de ce qui est internationalement en dehors des lois,

c'est-à-dire la Non-Coopération. De là, il serait aisé d'arriver à

reconnaître absolument la loi d'Amour. Jusqu'au jour où une énergie

nouvelle est captée et dirigée, les capitaines des énergies anciennes

la traiteront d'idéaliste, de théorique et de non pratique. Nous

pouvons avoir la certitude que le marchand de chevaux se moqua de

l'ingénieur qui mit en mouvement la machine à vapeur, jusqu'au jour

où il s'aperçut que la machine à vapeur était capable de transporter

même ses chevaux. L'ingénieur électricien fut probablement traité de

maniaque et de fou dans les milieux de locomotion à vapeur, jusqu'au

jour où un travail s'accomplit grâce aux fils électriques. Il faudra

peut-être longtemps pour poser les fils d'amour international; mais

la sanction de Non-Coopération internationale, telle qu'elle me

semble avoir été conçue par le parti républicain en Amérique, est

de préférence à la contrainte physique, un progrès sensible vers la

solution véritable et définitive...»

[60] Des troubles avaient eu lieu au début de l'année à

Chauri-Chaura dans les Provinces Unies; ils forcèrent Gandhi à

suspendre la proclamation de la Désobéissance Civile.

LE 6 AVRIL ET LE 13

Il nous est impossible d'oublier le 6 Avril, qui donna des forces

vitales à l'Inde tout entière, et le 13 qui fit du Pendjab un lieu de

pèlerinage. Le 6 avril vit l'aube du _Satyâgraha_. On peut différer

d'opinion au sujet de la Désobéissance Civile, mais nul ne pourrait

nier sa doctrine de Vérité et d'Amour, c'est-à-dire de non-cruauté.

Avec _Satyâ_ et _Ahimsâ_[61] réunis, on peut amener le monde entier à

ses pieds. Le _Satyâgraha_ n'est pas autre chose dans son essence que

l'introduction de la Vérité et de la Douceur dans la vie politique,

c'est-à-dire nationale. Et que l'on se lie ou non au _Satyâgraha_

par serment, il n'y a pas de doute que l'esprit de _Satyâgraha_ se

soit répandu parmi les masses. Telle fut en tous cas mon expérience

personnelle, parmi les milliers de Pendjabis que j'ai rencontrés dans

ma tournée au Pendjab.

Le 6 Avril inaugura également un plan défini d'Union Hindoue-Musulmane

et de _Swadeshi_. Ce fut le 6 Avril qui dévoila le sens caché de la loi

Rowlatt et en fit lettre morte. Le 13 Avril, eut lieu non seulement la

terrible tragédie, mais dans cette tragédie le sang hindou-musulman

répandu à flots se mêla en un seul ruisseau et scella l'entente.

Que faut-il faire pour commémorer et célébrer ces événements nationaux?

Je me permets de proposer que ceux qui le désireraient consacrent la

journée du 6 Avril prochain au jeûne (vingt-quatre heures d'abstinence

totale) et à la prière, et qu'à sept heures du soir dans l'Inde entière

se tiennent des réunions demandant l'abolition de la loi Rowlatt et

exprimant la conviction nationale que toute paix dans l'Inde est

impossible tant que cette loi subsistera. Que la loi soit devenue

lettre morte est tout à fait insuffisant. Cette loi est ou n'est pas

une honte. Si cette loi est une honte, il faut qu'elle soit abolie.

En l'abolissant avant l'application des Réformes, le Gouvernement

montrerait sa bonne volonté. La semaine qui suivrait le six devrait

être consacrée entièrement à quelque œuvre se rapportant à la tragédie

du treize. Je proposerais donc que cette semaine fût consacrée à réunir

des souscriptions pour le monument commémoratif du _Jallianwala Bagh_,

en se souvenant que la somme nécessaire est de un million de roupies.

Chaque ville pourrait organiser la quête à sa guise, ainsi que chaque

village, en prenant toutes les précautions contre la fraude et les

détournements, et la terminerait, le soir du 12 Avril.

Parlons maintenant du 13. Ce jour-là entre tous devrait être consacré

au jeûne et à la prière. Il ne devrait y avoir ni animosité ni colère.

Nous voulons chérir la mémoire de morts innocents, nous ne voulons pas

nous souvenir du crime qui a été commis. C'est en se montrant prête au

sacrifice que la nation s'élèvera, et non en se préparant à se venger.

Je voudrais aussi qu'en ce jour la nation se souvînt des excès commis

par la masse et qu'elle s'en repentît. La semaine se terminerait par

des réunions où l'Inde entière s'engagerait à réclamer au Gouvernement

Indien et au Gouvernement Impérial les mesures nécessaires pour qu'une

tragédie semblable ne pût se renouveler.

Je voudrais demander en outre avec insistance que pendant cette semaine

chacun fît tous les efforts possibles pour arriver à comprendre plus

parfaitement les principes du _Satyâgraha_, l'Union Hindoue-Musulmane

et le _Swadeshi_. Et afin de donner encore plus de poids à l'Union

Hindoue-Musulmane, je voudrais conseiller le 12 avril à 7 heures du

soir que la question du Califat fût résolue conformément aux justes

sentiments des Musulmans.

Cette semaine nationale serait donc ainsi une semaine de purification,

d'examen de conscience, de sacrifice, de discipline parfaite, en même

temps que l'expression des sentiments nationaux qui nous sont chers. Il

ne devrait subsister nulle trace d'amertume, nulle violence de langage,

mais un courage et une fermeté absolus.

Ne devrait-il pas y avoir _hartal_, le six et le treize? Je répondrai

catégoriquement: non. Cette semaine est la semaine du _Satyâgraha_ pour

ceux qui croient à la Vérité et à la Non-Violence. Le _hartal_ du 6

était un _hartal_ de _Satyâgraha_ en ce sens qu'il était un prélude au

_Satyâgraha_. Le _hartal_ du 6 avril dernier, bien que spontané, ne fut

pas dépourvu de pression indue dans la façon dont on persuada au public

de ne pas se servir des voitures, etc. Je ne conseillerais donc pas de

_hartal_ pendant cette semaine de pénitence et de discipline. D'autre

part, il ne faut pas diminuer la valeur des _hartal_, en les rendant

trop fréquents. Il faut les conserver pour les grandes occasions.

J'espère respectueusement que tous les partis et toutes les classes

trouveront le moyen de prendre part d'une façon complète à l'observance

de cette semaine nationale et en feront un événement qui servira au

progrès véritable et réel de l'éveil national.

_10 mars 1920._

[61] _Ahimsâ_: Non-tuer, Non-Violence.

RAPPORT NON-OFFICIEL SUR LE PENDJAB

La jeune Inde · 第 3 / 25 段