A. DE LONGUEVAL. (A M. de Goussencourt, aux Célestins, à Paris.)

On ne sait rien de plus.--Voici une réflexion générale du célestin

Goussencourt sur l'histoire de cet amour, dans lequel l'imagination

simple du moine ne pouvant admettre, du reste, l'amour de sa cousine

pour un petit _charcutier,_ rapportait tout à la magie;--voici sa

méditation:

«La nuit du premier dimanche de carême 1632 fut leur départ;--retour en

1642, en carême.--Leurs affections commencèrent trois ans avant leur

fuite.--Pour se faire aimer, il lui donna des confitures qu'il avait

fait faire à Clermont, et où il y avait des mouches cantharides, qui ne

firent qu'échauffer la fille, mais non aimer; puis, il lui donna d'un

coing cuit, et depuis elle fut grandement affectionné.»

Rien ne prouve que le frère Goussencourt ait donné une chemise

à sa cousine.--Angélique n'était pas en odeur de sainteté dans

sa famille,--et cela paraît en ce fait qu'elle n'a pas même été

nommée dans la généalogie de sa famille, qui énonce les noms de

Jacques-Annibal de Longueval, gouverneur de Clermont-en-Beauvoisis,

et de Suzanne d'Arquenvilliers, dame de Saint-Rimault. Ils ont laissé

deux Annibal, dont le dernier, qui a le prénom d'Alexandre, est le même

enfant qui ne voulait pas que sa sœur _volât papa et maman,--_puis

encore deux autres garçons.--On ne parle pas de la fille.

10e LETTRE.

Mon ami Sylvain.--Le château de Longueval en Soissonnais.

--Correspondance.--Post-scriptum.

Je ne voyage jamais dans ces contrées sans me faire accompagner d'un

ami, que j'appellerai, de son petit nom, Sylvain.

C'est un nom très-commun dans cette province,--le féminin est le

gracieux nom de Sylvie,--illustré par un bouquet de bois de Chantilly,

dans lequel allait rêver si souvent le poète Théophile de Viau.

J'ai dit à Sylvain:--Allons-nous à Chantilly?

Il m'a répondu:--Non ... tu as dit toi-même hier, qu'il fallait aller à

Ermenonville pour gagner de là Soissons, visiter ensuite les ruines du

château de Longueval en Soissonnais, sur la limite de Champagne.

--Oui, répondis-je; hier soir je m'étais monté la tête à propos de

cette belle Angélique de Longueval, et je voulais voir le château d'où

elle a été enlevée par La Corbinière,--en habits d'homme, sur un cheval.

--Es-tu sûr, du moins, que ce soit là le Longueval véritable, car

il y a des Longueval et des Longueville partout ... de même que des

Bucquoy...

--Je n'en suis pas convaincu quant à ces derniers; mais lis seulement

ce passage du manuscrit d'Angélique:

«Le jour étant venu duquel il me devait quérir la nuit, je dis à un

palefrenier qui avait nom Breteau: Je voudrais bien que tu me prêtasses

un cheval pour envoyer à Soissons cette nuit quérir pour me faire un

corps de cotte, te promettant que le cheval sera ici avant que maman se

lève...»

--Il semblerait donc prouvé--me dit Sylvain--que le château de

Longueval était situé aux environs de Soissons, donc ce ne serait pas

le moment de revenir vers Chantilly. Ce changement de direction a déjà

risqué de te faire arrêter une fois,--parce que des gens qui changent

d'idée tout à coup paraissent toujours des gens suspects...

Le rêve et la vie - Les filles du feu - La bohème galante · 第 97 / 254 题