III

Mais, si puissant et si séduisant que fut le culte régénéré d'Isis pour

les hommes énervés de cette époque, il agissait principalement sur les

femmes.--Tout ce que les étranges cérémonies et mystères des Cabires et

des dieux d'Eleusis, de la Grèce, tout ce que les bacchanales du _Liber

Pater_ et de l'_Hébon_ de la Campanie et de la grande Grèce, tout ce

que même la fête de la Bonne Déesse de Rome avait offert séparément à

la passion du merveilleux et à la superstition même, se trouvait, par

un religieux artifice, rassemblé dans le culte secret de la déesse

égyptienne, comme en un canal souterrain qui reçoit les eaux d'une

foule d'affluents.

Outre les fêtes particulières mensuelles et les grandes solennités,

il y avait deux fois par jour assemblée et office publics pour les

croyants des deux sexes. Dès la première heure du jour, la déesse

était sur pied, et celui qui voulait mériter ses grâces particulières

devait se présenter à son lever pour la prière du matin.--Le temple

était ouvert avec grande pompe. Le grand prêtre sortait du sanctuaire

accompagné de ses ministres. L'encens odorant fumait sur l'autel; de

doux sons de flûte se faisaient entendre.--Cependant, la communauté

s'était partagée en deux rangs, dans le vestibule, jusqu'au premier

degré du temple.--La voix du prêtre invite à la prière, une sorte de

litanie est psalmodiée; puis on entend retentir dans les mains de

quelques adorateurs les sons éclatants du sistre d'Isis. Souvent,

une partie de l'histoire de la déesse est représentée au moyen de

pantomimes et de danses symboliques. Les éléments de son culte sont

présentés avec des invocations au peuple agenouillé, qui chante ou qui

murmure toute sorte d'oraisons.

Mais, si l'on avait, au lever du soleil, célébré les matines de la

déesse, on ne devait pas négliger de lui offrir ses salutations du

soir et de lui souhaiter une nuit heureuse, formule particulière qui

constituait une des parties importantes de la liturgie. On commençait

par annoncer à la déesse elle-même l'_heure du soir._

Les anciens ne possédaient pas, il est vrai, la commodité de l'horloge

sonnante, ni même de l'horloge muette; mais ils suppléaient, autant

qu'ils le pouvaient, à nos machines d'acier et de cuivre par des

machines vivantes, par des esclaves chargés de crier l'heure d'après la

clepsydre et le cadran solaire;--il y avait même des hommes qui, rien

qu'à la longueur de leur ombre, qu'ils savaient estimer à vue d'œil,

pouvaient dire l'heure exacte du jour ou du soir.--Cet usage de crier

les déterminations du temps était également admis dans les temples.

il y avait à Rome des gens pieux qui remplissaient auprès de Jupiter

Capitolin ce singulier office de lui dire les heures.--Mais cette

coutume était principalement observée aux matines et aux vêpres de la

grande Isis, et c'est de cela que dépendait l'ordonnance de la liturgie

quotidienne.

Le rêve et la vie - Les filles du feu - La bohème galante · 第 77 / 254 题