Mais, si puissant et si séduisant que fut le culte régénéré d'Isis pour
les hommes énervés de cette époque, il agissait principalement sur les
femmes.--Tout ce que les étranges cérémonies et mystères des Cabires et
des dieux d'Eleusis, de la Grèce, tout ce que les bacchanales du _Liber
Pater_ et de l'_Hébon_ de la Campanie et de la grande Grèce, tout ce
que même la fête de la Bonne Déesse de Rome avait offert séparément à
la passion du merveilleux et à la superstition même, se trouvait, par
un religieux artifice, rassemblé dans le culte secret de la déesse
égyptienne, comme en un canal souterrain qui reçoit les eaux d'une
foule d'affluents.
Outre les fêtes particulières mensuelles et les grandes solennités,
il y avait deux fois par jour assemblée et office publics pour les
croyants des deux sexes. Dès la première heure du jour, la déesse
était sur pied, et celui qui voulait mériter ses grâces particulières
devait se présenter à son lever pour la prière du matin.--Le temple
était ouvert avec grande pompe. Le grand prêtre sortait du sanctuaire
accompagné de ses ministres. L'encens odorant fumait sur l'autel; de
doux sons de flûte se faisaient entendre.--Cependant, la communauté
s'était partagée en deux rangs, dans le vestibule, jusqu'au premier
degré du temple.--La voix du prêtre invite à la prière, une sorte de
litanie est psalmodiée; puis on entend retentir dans les mains de
quelques adorateurs les sons éclatants du sistre d'Isis. Souvent,
une partie de l'histoire de la déesse est représentée au moyen de
pantomimes et de danses symboliques. Les éléments de son culte sont
présentés avec des invocations au peuple agenouillé, qui chante ou qui
murmure toute sorte d'oraisons.
Mais, si l'on avait, au lever du soleil, célébré les matines de la
déesse, on ne devait pas négliger de lui offrir ses salutations du
soir et de lui souhaiter une nuit heureuse, formule particulière qui
constituait une des parties importantes de la liturgie. On commençait
par annoncer à la déesse elle-même l'_heure du soir._
Les anciens ne possédaient pas, il est vrai, la commodité de l'horloge
sonnante, ni même de l'horloge muette; mais ils suppléaient, autant
qu'ils le pouvaient, à nos machines d'acier et de cuivre par des
machines vivantes, par des esclaves chargés de crier l'heure d'après la
clepsydre et le cadran solaire;--il y avait même des hommes qui, rien
qu'à la longueur de leur ombre, qu'ils savaient estimer à vue d'œil,
pouvaient dire l'heure exacte du jour ou du soir.--Cet usage de crier
les déterminations du temps était également admis dans les temples.
il y avait à Rome des gens pieux qui remplissaient auprès de Jupiter
Capitolin ce singulier office de lui dire les heures.--Mais cette
coutume était principalement observée aux matines et aux vêpres de la
grande Isis, et c'est de cela que dépendait l'ordonnance de la liturgie
quotidienne.