Après la mort d'Alexandre le Grand, les deux principales religions
d'où sont sorties les autres, le culte des astres et celui du feu,
dont la plus haute expression fut la doctrine de Zoroastre, et la plus
grossière l'idolâtrie, formèrent ensemble une étrange fusion.--Les
systèmes religieux de l'Orient et de l'Occident se rencontrèrent à
Ephèse, à Antioche, à Alexandrie et à Rome. La nouvelle superstition
égyptienne se répandit partout avec une rapidité extraordinaire. Depuis
longtemps, les idées et les mythes de la vieille théogonie n'étaient
plus à la taille du monde grec et romain.--Jupiter et Junon, Apollon et
Diane, et tous les autres habitants de l'Olympe pouvaient encore être
invoqués, et n'avaient pas perdu leur crédit dans l'opinion publique.
Leurs autels fumaient à certains jours solennels de l'année; leurs
images étaient portées en grande pompe par les chemins, et le temple
et le théâtre se remplissaient, les jours de fête, de spectateurs
nombreux. Mais ces spectateurs étaient devenus étrangers à toute espèce
d'adoration.--L'art même, qui se jouait en d'idéales représentations
des dieux, n'était plus qu'un appât raffiné pour les sens. Aussi
le petit nombre de fidèles qui existaient encore, avaient-ils la
conviction que la divinité habitait seulement dans les vieilles images
de forme roide et sèche,--appartenant à la théogonie primitive. Cette
superstition populaire s'opposa vainement à l'effort des philosophes et
des sceptiques moqueurs.--Les lois divines et humaines, et ce que les
simples aïeux avaient considéré comme le type de la sainteté, furent
conspués et foulés aux pieds. Mais, dans cet état de décomposition
générale, l'âme humaine ne sentit que mieux le vide immense qu'elle
s'était fait et un désir secret de rétablir quelque chose de divin,
d'inexprimable.--Un besoin semblable fut ressenti à la fois par des
milliers d'esprits blasés, et ce vieil adage reçut une nouvelle
confirmation, que là, où l'incrédulité règne, la superstition s'est
déjà ouvert une porte.--Le judaïsme parut à beaucoup de personnes de
nature à combler ce vide douloureux. On sait avec quelle rapidité le
culte mosaïque conquit alors des sectateurs non-seulement dans tout
l'empire romain, mais au delà même de ses frontières.
Pourtant, le dogme de Jéhova n'admettait pas d'images et il fallait
à l'adoration matérialiste de cette époque des formes palpables et
parlantes. Alors, l'Egypte, la mère et la conservatrice de toutes
les imaginations et aussi d_e_ toutes les extravagances religieuses,
offrit une satisfaction aux besoins de l'âme et des sens.--Sérapis
et Isis vinrent en aide, l'un aux corps souffrants, l'autre aux âmes
languissantes.--Jupiter Sérapis, avec la corbeille de fruits sur sa
tête majestueuse et rayonnante, déposséda bientôt, à Rome et dans la
Grèce, le Jupiter Olympien et Capitolin armé de sa foudre. Le vieux
Jupiter n'était bon qu'à tonner, et ses éclats atteignaient souvent
ses temples et l'arbre qui lui était consacré.--Le dieu égyptien
héritier des mystères et des traditions primitives de l'ancien culte
d'Apis et d'Osiris, et de toute la magnificence de l'Olympe grec, ne
tenait pas vainement dans sa main la clef du Nil et du royaume des
ombres. Il pouvait guérir les mortels de tous les maux dont ils sont
affligés. Dans une plus large mesure, ce nouveau sauveur alexandrin
opérait ces cures merveilleuses qu'autrefois Esculape, le dompteur de
la douleur, avait faites à Épidaure. Presque tous les grands ports de
mer d'Italie eurent des sérapéons,--ainsi nommait-on les temples et les
hôpitaux du Dieu guérisseur,--avec des vestibules et des colonnades,
où un grand nombre de chambres et de salles de bains étaient préparées
pour les malades.--Ces sérapéons étaient les lazarets et les maisons
de santé de l'ancien monde. --Sans doute, il y avait là des remèdes
naturels, et, avant tout, ceux des bains et du massage, combinés avec
le magnétisme, le somnambulisme, et autres pratiques dont les prêtres
possédaient et se transmettaient le secret; mais cela était fondé sur
une profonde connaissance des hommes d'alors; et de cet empirisme
sortit bientôt une remarquable et puissante médecine physique.--La
merveilleuse puissance du dieu nous est attestée par les ruines de
son temple à Pouzzoles. C'est à trois lieues de Naples, sur la côte
de Campanie;--maintenant, encore trois gigantesques colonnes, toutes
ravagées qu'elles sont par les plantes grimpantes, du sein d'un monceau
de ruines, proclament l'antique renommée du dieu, qui, dans ce populeux
port de mer, sous le nom de Sérapis Dusar, donnait refuge et guérison.
Une magnifique colonnade qui, dans les temps modernes, a été appropriée
au palais de Caserte, entourait les salles et les galeries.--On y
trouvait un grand nombre de chambres de malades et d'étuves entre les
logements des prêtres et des gardiens. Le long du rivage depuis le
voluptueux golfe de Neptuno jusqu'aux souterrains de Trivergola, il y
avait une série de lieux d'asile et de guérison sous la protection du
père universel Sérapis.