II

Après la mort d'Alexandre le Grand, les deux principales religions

d'où sont sorties les autres, le culte des astres et celui du feu,

dont la plus haute expression fut la doctrine de Zoroastre, et la plus

grossière l'idolâtrie, formèrent ensemble une étrange fusion.--Les

systèmes religieux de l'Orient et de l'Occident se rencontrèrent à

Ephèse, à Antioche, à Alexandrie et à Rome. La nouvelle superstition

égyptienne se répandit partout avec une rapidité extraordinaire. Depuis

longtemps, les idées et les mythes de la vieille théogonie n'étaient

plus à la taille du monde grec et romain.--Jupiter et Junon, Apollon et

Diane, et tous les autres habitants de l'Olympe pouvaient encore être

invoqués, et n'avaient pas perdu leur crédit dans l'opinion publique.

Leurs autels fumaient à certains jours solennels de l'année; leurs

images étaient portées en grande pompe par les chemins, et le temple

et le théâtre se remplissaient, les jours de fête, de spectateurs

nombreux. Mais ces spectateurs étaient devenus étrangers à toute espèce

d'adoration.--L'art même, qui se jouait en d'idéales représentations

des dieux, n'était plus qu'un appât raffiné pour les sens. Aussi

le petit nombre de fidèles qui existaient encore, avaient-ils la

conviction que la divinité habitait seulement dans les vieilles images

de forme roide et sèche,--appartenant à la théogonie primitive. Cette

superstition populaire s'opposa vainement à l'effort des philosophes et

des sceptiques moqueurs.--Les lois divines et humaines, et ce que les

simples aïeux avaient considéré comme le type de la sainteté, furent

conspués et foulés aux pieds. Mais, dans cet état de décomposition

générale, l'âme humaine ne sentit que mieux le vide immense qu'elle

s'était fait et un désir secret de rétablir quelque chose de divin,

d'inexprimable.--Un besoin semblable fut ressenti à la fois par des

milliers d'esprits blasés, et ce vieil adage reçut une nouvelle

confirmation, que là, où l'incrédulité règne, la superstition s'est

déjà ouvert une porte.--Le judaïsme parut à beaucoup de personnes de

nature à combler ce vide douloureux. On sait avec quelle rapidité le

culte mosaïque conquit alors des sectateurs non-seulement dans tout

l'empire romain, mais au delà même de ses frontières.

Pourtant, le dogme de Jéhova n'admettait pas d'images et il fallait

à l'adoration matérialiste de cette époque des formes palpables et

parlantes. Alors, l'Egypte, la mère et la conservatrice de toutes

les imaginations et aussi d_e_ toutes les extravagances religieuses,

offrit une satisfaction aux besoins de l'âme et des sens.--Sérapis

et Isis vinrent en aide, l'un aux corps souffrants, l'autre aux âmes

languissantes.--Jupiter Sérapis, avec la corbeille de fruits sur sa

tête majestueuse et rayonnante, déposséda bientôt, à Rome et dans la

Grèce, le Jupiter Olympien et Capitolin armé de sa foudre. Le vieux

Jupiter n'était bon qu'à tonner, et ses éclats atteignaient souvent

ses temples et l'arbre qui lui était consacré.--Le dieu égyptien

héritier des mystères et des traditions primitives de l'ancien culte

d'Apis et d'Osiris, et de toute la magnificence de l'Olympe grec, ne

tenait pas vainement dans sa main la clef du Nil et du royaume des

ombres. Il pouvait guérir les mortels de tous les maux dont ils sont

affligés. Dans une plus large mesure, ce nouveau sauveur alexandrin

opérait ces cures merveilleuses qu'autrefois Esculape, le dompteur de

la douleur, avait faites à Épidaure. Presque tous les grands ports de

mer d'Italie eurent des sérapéons,--ainsi nommait-on les temples et les

hôpitaux du Dieu guérisseur,--avec des vestibules et des colonnades,

où un grand nombre de chambres et de salles de bains étaient préparées

pour les malades.--Ces sérapéons étaient les lazarets et les maisons

de santé de l'ancien monde. --Sans doute, il y avait là des remèdes

naturels, et, avant tout, ceux des bains et du massage, combinés avec

le magnétisme, le somnambulisme, et autres pratiques dont les prêtres

possédaient et se transmettaient le secret; mais cela était fondé sur

une profonde connaissance des hommes d'alors; et de cet empirisme

sortit bientôt une remarquable et puissante médecine physique.--La

merveilleuse puissance du dieu nous est attestée par les ruines de

son temple à Pouzzoles. C'est à trois lieues de Naples, sur la côte

de Campanie;--maintenant, encore trois gigantesques colonnes, toutes

ravagées qu'elles sont par les plantes grimpantes, du sein d'un monceau

de ruines, proclament l'antique renommée du dieu, qui, dans ce populeux

port de mer, sous le nom de Sérapis Dusar, donnait refuge et guérison.

Une magnifique colonnade qui, dans les temps modernes, a été appropriée

au palais de Caserte, entourait les salles et les galeries.--On y

trouvait un grand nombre de chambres de malades et d'étuves entre les

logements des prêtres et des gardiens. Le long du rivage depuis le

voluptueux golfe de Neptuno jusqu'aux souterrains de Trivergola, il y

avait une série de lieux d'asile et de guérison sous la protection du

père universel Sérapis.

Le rêve et la vie - Les filles du feu - La bohème galante · 第 76 / 254 题