LETTRE IV

J'ai lu votre lettre, cruelle que vous êtes. Elle est si douce et si

bonne, que je ne puis que plaindre mon sort; mais, si je vous croyais

ainsi qu'autrefois coquette et perfide, oh! je dirais comme Figaro:

«Votre esprit se joue du mien.» Cette pensée que l'on peut trouver du

ridicule dans les sentiments les plus nobles, dans les émotions les

plus sincères, me glace le sang et me rend injuste malgré moi. Oh! non,

vous n'êtes pas comme tant d'autres femmes, vous avez du cœur, et vous

savez bien qu'il ne faut pas se jouer d'une véritable passion.

Oh! méfiez-vous, non pas de votre cœur qui est bon, mais de votre

humeur qui est légère et changeuse; songez que vous m'avez mis dans

une position telle vis-à-vis de vous, que l'abandon me serait beaucoup

plus affreux que ne le serait une infidélité quand je vous aurais

obtenue. En effet, dans ce dernier cas, qu'aurais-je à dire? Le

ressentiment serait ridicule à mes propres yeux. J'aurais cessé de

plaire, voilà tout, et ce serait à moi de chercher des moyens plus

efficaces de rentrer dans vos bonnes grâces. Je vous devrais toujours

de la reconnaissance et ne pourrais, dans tous les cas, douter de votre

loyauté. Mais songez au désespoir où me livrerait votre changement dans

nos relations actuelles, ô mon Dieu!

Pour la jalousie, c'est un côté bien mort chez moi. Quand j'ai pris

une résolution, elle est ferme; quand je me suis résigné, c'est pour

tout de bon. Je pense à d'autres choses et j'arrange mes idées d'après

les circonstances. Mon esprit sait toujours plier devant les faits

irrévocables. Ainsi, ma belle amie, vous me connaissez bien maintenant.

Je livre tout ceci à vos réflexions, je ne veux rien tenir que de

leur effet. Ne craignez donc pas de me voir. Votre présence me calme,

me fait du bien; votre entretien m'est nécessaire et m'empêche de me

livrer à.................

(La suite manque.)

Le rêve et la vie - Les filles du feu - La bohème galante · 第 25 / 254 题