IV

M'égarer loin! car je veux voler vers toi,

Non pas traîné par les léopards de Bacchus,

Mais sur les ailes invisibles de la Poésie,

Malgré les obstacles et les retards de la sottise:

Déjà je me sens avec toi! tendre est la nuit,

Et peut-être la Lune Reine est-elle sur son trône,

Au milieu de son essaim d'étoiles Fées;

Mais ici, il n'y a nulle clarté,

Sauf celle que le ciel souffle avec les brises

Sur les sombres feuillages et la mousse des sentiers sinueux.

V

Je ne peux même pas discerner les fleurs à mes pieds,

Ni quelles essences d'arbres dégagent d'aussi suaves senteurs,

Mais, dans la pénombre embaumée, je devine l'odeur spéciale

Dont ce mois de la saison parfume

Le gazon, le hallier, le fruit de l'arbre sauvage;

La blanche aubépine et l'églantine des champs;

[Pg 146]

La violette qui se fane si vite recouverte par les feuilles;

Et la fille aînée de la Mi-Mai,

La rose musquée en bouton, trempée de rosée vineuse,

Où ronronnent les mouches par les soirs d'été.

Poèmes et Poésies Traduction précédée d'une étude par Paul Gallimard · 第 182 / 333 题