On entend par prognathisme une hypertrophie du maxillaire inférieur, qui
se caractérise, à l'extérieur, par une proéminence du menton, dont la
hauteur est exagérée, et une saillie anormale de la lèvre inférieure.
M. Galippe, qui a fait, de cette anomalie, une étude particulière,
montre qu'elle s'observe aussi bien chez les animaux que chez l'homme
et, en particulier, chez les animaux vivant à l'état de domesticité; et
il la considère comme étant toujours un stigmate de dégénérescence.
Ce stigmate apparaît surtout chez les dogues de Bordeaux et chez les
mastiffs, et, fixé par voie de sélection, il a donné naissance aux
bull-dogs. Il se rencontre également chez certaines espèces de chèvres,
de cochons, chez les bovidés (boeufs natos), chez le cheval et même chez
certaines espèces d'animaux sauvages.
Dans notre histoire, on trouve d'illustres prognathes, parmi lesquels
Louis XIII et Marie-Antoinette. M. Galippe, en présentant un des
portraits de cette reine à l'Académie, a fait remarquer qu'il fallait
considérer comme inexacts tous les portraits dans lesquels des artistes
serviles avaient supprimé le caractère familial pour flatter le modèle.
La forme arrondie du maxillaire inférieur et la hauteur de la symphyse
mentonnière confèrent aux prognathes une physionomie d'un caractère tout
à fait spécial qu'on retrouve chez un groupe de malades dont tout le
système osseux subit une hypertrophie particulière, les acromégaliques,
dont les géants ne sont qu'une variété.