UNE VILLE INTERMITTENTE.

Les villes, généralement, comme la plupart des choses, du reste, durent

de façon continue, une fois qu'elles ont pris existence: elles finissent

bien par disparaître; mais, si leur vie s'affaiblit progressivement,

elle n'est jamais totalement suspendue. Leur vie est continue, et

non-pas intermittente. Il n'en est pas ainsi, toutefois, pour la ville

d'Avalon, en Californie. Avalon est une ville essentiellement

intermittente. Située dans l'île de Santa-Catalina, près de Los Angeles,

elle n'existe que pendant quatre ou cinq mois par an. Au mois d'avril

elle sort de terre. Sur un sol qui n'était qu'un aride désert, des

ingénieurs ont établi toute la partie souterraine d'une ville: égouts,

canalisation d'eau, etc.; en certains endroits, ils ont planté des

palmiers, des arbres. Il y a bien quelques petits chalets sans

importance: ce sont les bâtiments administratifs La ville même ne

comporte pas une seule maison. Elle est toute en tentes. Celles-ci,

remisées à l'abri, en hiver, sortent de leur cachette en avril. On les

dresse un peu partout: on peut apporter la sienne ou bien en louer une à

l'administration. Elles sont de toutes dimensions; il en est qui ne

comportent qu'une seule pièce; d'autres ont un salon, une salle à manger

et plusieurs chambres à coucher. Le prix de location est fort modéré. La

Compagnie gagne en réalité peu de chose sur la location; son bénéfice

est dans la vente des provisions. Elle vend les matières premières à qui

veut faire sa cuisine: aux personnes, plus nombreuses, qui veulent être

affranchies du souci d'un ménage, elle vend des plats tout préparés.

Elle a organisé des tentes de lecture, des tentes de concerts, etc. Et,

en été, Avalon contient 80.000 personnes, toutes logées sous

d'innombrables tentes éparpillées au bord d'une jolie baie. Elles sont

fort confortables, munies d'une salle de bains, d'un cabinet de toilette

et du reste. La Compagnie, qui a organisé Avalon, qui est propriétaire

des bateaux amenant les voyageurs, des tentes où ils se logent, des

restaurants où ils se nourrissent, des cuisines où elle prépare les repas

«pour la ville», des magasins de toute sorte, établis pour tenter le

public ou lui offrir les objets divers dont il a besoin, est enchantée

de sa spéculation. Il est vraisemblable que l'exemple sera suivi et que

d'autres susciteront à Avalon une concurrence.

[Illustration: Présentation, par le vétérinaire Faure, d'une vache

traitée par le sérum antituberculeux du docteur Cuguillière.]

[Illustration: La vache tuberculeuse, immolée, est autopsiés et reconnus

en voie de guérison. _Photographies Sereni._]

L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905 · 第 29 / 39 题