HISTOIRE DE CHIENS

Il y a eu à Tromsoe et chez les Lapons un enlèvement de chiens. Nous en

avons huit à bord, je crois. Les Lapons en font l'élevage en vue de

l'arrivée des touristes. Il y en a de gros et de petits, de jeunes et de

vieux, de dociles et d'inapprochables; ce sont de gros loulous au poil

rude et fourni qui souffriront en France, aux chaleurs de l'été.

Hier, quelqu'un en achète un et l'envoie à bord.

C'est une jeune Norvégienne, trop blonde, qui le conduit. Elle arrive

avant l'acheteur, l'attend, s'ennuie. Le chien est _son_ chien, son père

l'a vendu malgré elle et elle en a le coeur gros. Elle veut le

remporter, heureuse de ce contre-temps. Et c'est un peu triste, ce

passage de gens venus de si loin et qui, pour la satisfaction d'un

caprice, vont laisser derrière eux ce gros chagrin dans ces yeux bleu

pâle.

On ne laisse pas partir la jeune fille avec son chien, qui d'ailleurs

est fort beau. Une dame élégante déclare que, si le premier acheteur

n'en veut plus, à son retour, elle le prendra. On paye les 30 couronnes

à la petite Norvégienne si blonde, qui descend en sanglotant l'escalier

du bord et s'éloigne dans une barque que dirigent d'autres fillettes.

Elle ne songe plus alors à cacher son chagrin et nous suivons des yeux

son petit châle noir que les épaules secouent.

*

* *

Je cherche des comparaisons pour donner une idée du spectacle qu'offre

le Lygenfiord. Je n'en trouve qu'une vieille, celle des vagues immenses

subitement fixées, vagues neigeuses à la base verte. Ces vagues ont plus

de mille mètres de haut, et il y en a sur une longueur de quinze lieues.

Au fond d'un des bras du fiord, voici une fumée. Les lorgnettes

découvrent un yacht qui vient sur nous. C'est un bateau français. Petite

émotion patriotique lorsque les sirènes et les pavillons échangent leurs

saluts. Le yacht s'éloigne et bientôt il n'est plus qu'une fumée qui

disparaît... Hélas! nous devions le revoir, ce bateau!

[Illustration: Le soleil de minuit.]

On nous promet pour ce soir le soleil de minuit. Nous désespérions, mais

le ciel est bleu et la chance nous est revenue.

L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905 · 第 11 / 39 题