Nous avons publié la semaine dernière deux photographies du Congrès des
zemstvos à Moscou. Celle que nous donnons aujourd'hui présente un
intérêt tout particulier et l'on peut dire qu'elle était attendue de
tous nos lecteurs depuis que _le Temps_ du 21 juillet avait publié le
récit suivant:
Au moment où le comte Heyden va occuper le fauteuil présidentiel, le
prince Paul Dolgoroukof entre, annonçant l'arrivée de la police et
demandant au Congrès la permission d'introduire les agents.
Le maître de la police, accompagné de plusieurs sous-officiers, pénètre
et déclare qu'il a l'ordre de la préfecture d'interdire la réunion et de
saisir les documents. Il lit les articles du code et la circulaire du
ministre de l'Intérieur en vertu desquels il se prépare à instrumenter.
Le président proteste; le maître de la police voulant dresser la liste
des membres du Congrès, une voix s'élève: «Inscrivez toute la Russie!»
Les membres des zemstvos présents comme témoins, non comme délégués,
sont les premiers à lui donner leurs noms. Le maître de la police prend
alors le parti de sortir pour rédiger un procès-verbal et la séance
continue.
_Un photographe, qui a enregistré l'incident, se hâte de mettre ses
instantanés en sûreté..._
Le maître de la police rentre à ce moment et lit son procès-verbal...
La séance est levée après une déclaration de M. Golovine. _Le
photographe, qui a seul instrumenté, pendant que le commissaire s'en
allait bredouille, est arrêté; la perquisition faite dans ses appareils
reste sans résultat._
Nous n'ajouterons à ce compte rendu que quelques lignes. L'opérateur
incorrigible qui, en dépit du maître de la police et au péril de sa
liberté, photographia ce grave incident, n'était autre--on l'a
deviné--que le correspondant de _L'Illustration_ en personne.
Malgré toutes les vicissitudes qui en ont retardé l'envoi, la
photographie séditieuse nous est enfin parvenue. Le maître de la police
de Moscou a fait arrêter notre photographe et perquisitionner dans ses
appareils. Nous prenons aujourd'hui notre revanche malicieuse en dédiant
à ce fonctionnaire sa propre image dans un document historique que les
circonstances ont rendu inestimable.