XXII

Cette belle ébauche de vérité révèle, dans l'homme qui a su la penser

et qui a osé l'écrire, autant de hardiesse d'instinct que de

profondeur de réflexion. C'est la métaphysique du _mystère_; il n'y en

a pas d'autre. L'homme qui prétend tout expliquer par un seul mot

n'est pas digne d'en comprendre deux. Le _Cosmos_ de M. FOURNET (c'est

le nom du jeune médecin français qui a écrit ces belles lignes)

éclaire plus le _Cosmos_ du savant prussien que l'intelligence

n'éclaire la matière inerte des époques. Qu'il pense et qu'il écrive

encore: ses conjectures sont l'aurore des vérités qu'il découvrira. Il

est entré hardiment dans la logique de Dieu, qui est mystère. Je

trouve aussi sous sa plume le mot dont j'avais besoin et que la nature

divine du sujet me suggère pour mon _Cosmos_, à moi. Celui de M. de

Humboldt ne mérite que le nom d'histoire naturelle. Le _Cosmos_ a une

âme, comme l'homme; cette âme, c'est sa loi. Cette loi est évidente,

mais ne peut être comprise que par celui dont elle émane. Les hommes

et tous les siècles lui ont donné son vrai nom: Mystère, Humboldt!

Je le rétablis et je dis humblement:

_Matière et pensée_ forment le monde.

Mais la matière, soit qu'elle soit composée des mêmes éléments en

_ignition_ que supposait M. de Humboldt, soit qu'elle soit composée

d'autres éléments inconnus, mais toujours matière, n'est pas _Dieu_.

Elle n'est ni infinie, ni indivisible, ni parfaite. Elle est

périssable. Elle ne peut par conséquent être _cause_; elle est effet.

La pensée seule est Dieu. La pensée est créatrice.

C'est donc la pensée divine qui, s'associant avec la matière créée par

Dieu, forme le monde.

Dieu, en appliquant sa pensée ou sa volonté à la matière ou au

_néant_ sorti de ses mains, lui a imprimé ses qualités ou ses lois:

étendue, poids, grandeur relative, et sa forme, et ses limites, et sa

gravitation, et sa vie, et sa mort, et sa transformation quand sa vie

est accomplie.

Tout ce que les yeux ou le télescope nous permettent de discerner de

ses lois, dans les espaces astronomiques de l'étendue infinie de

l'éther, n'est que la volonté absolue et mystérieuse de Dieu qu'il a

commandé et commande d'exécuter à l'infini matériel de ces mondes

flottants.

Ces mondes nous paraissent petits ou grands, relativement à nous comme

matière; mais en réalité, et par rapport à Dieu qui les crée et qui

les gouverne, ils ne sont ni grands ni petits. L'égalité de leur

création et de leur illusion les nivelle, ils sont tous l'oeuvre de

Dieu et les exécuteurs de ses volontés qui sont leurs lois.

Ils ont tous, depuis le soleil jusqu'à l'imperceptible animalcule vêtu

d'une impalpable poussière de matière, la même dignité, la même

sainteté, oeuvre de Dieu!

Dieu leur a donné à tous un atome ou un monde de matière, et une

parcelle ou un monde d'intelligence, selon les desseins qu'il a sur

eux. Aux derniers l'instinct, aux seconds la sensation, aux premiers

la liberté méritoire.

Leur partie matérielle se disperse à leur mort.

Leur partie animée, intelligente, méritante, leur _âme_ survit tout

entière, et va animer, selon ses perfections ou ses imperfections

acquises, d'autres éléments ou portions d'éléments matériels. C'est ce

qu'on appelle ciel ou enfer.

La mort étend son linceul sur ce _mystère_, et l'existence

s'accomplit, ou recommence, au gré des desseins mystérieux de Dieu!

Cours familier de Littérature - Volume 19 · 第 131 / 140 题