«Je réponds: Votre question n'est qu'une nouvelle violation de la
nature réelle des choses.
«Le siége organique d'un principe est partout où est sa logique, et sa
logique est partout où il a pris, par elle, possession de la matière.
Il n'est pas un point vivant de mon organisme corporel où mon principe
vital organique ne soit, ne règne et ne gouverne par sa logique. Ne
dites-vous pas vous-même que «l'état vital s'exprime dans la
conscience par une affection permanente, _vaguement localisée dans
tous les points à la fois de la masse vivante et animée?_»
«Où est le siége d'un principe de civilisation dans les sociétés
humaines, du principe chrétien, par exemple? Il est partout où sa
logique s'est emparée des choses humaines, partout où la vie
chrétienne a pénétré, c'est-à-dire dans tous les actes chrétiens.
«Mais, au-dessus des phénomènes physiologiques qui m'affirment un
principe vital organique, j'observe, dans une région supérieure de mon
être, un autre ordre de phénomènes parfaitement distincts des
précédents, les phénomènes psychiques, source de tout idéal en moi,
qui m'affirment un autre principe. Ce principe, ce demi-dieu créateur
de nos pensées et de nos actes, dont mon corps est le temple, dont ma
conscience est le sanctuaire, je ne l'aperçois pas seulement en
conclusion logique, je le sens en moi de si près et dans une intimité
si absolue avec moi-même, que je le reconnais pour être ce moi
lui-même qui sent, qui comprend, qui veut et qui parle en ce moment.
«Ce principe, je n'en connais pas la nature essentielle, je ne cherche
pas ici comment il s'est constitué; le nom qu'on lui donne m'importe
peu; ce qui m'importe, c'est l'irrécusabilité de son être et sa
souveraineté incontestable sur le monde de mes sentiments, de mes
pensées, de mes volontés, de mes expressions diverses, qu'il gouverne
par sa logique.»
Voilà pour la vie.