Mais, à quelques pas de là, Saint-Pierre de Rome, oeuvre encore jeune
et vivante de la nouvelle religion des hommes, s'élève à trois cents
pieds plus haut que l'oeuvre de Vespasien.
Entrez avec moi dans l'aire de l'édifice chrétien. Un obélisque
égyptien en granit marque la borne de l'ombre du temple. Deux
fontaines jaillissantes tombent et retombent éternellement avec la
profusion de leur eau dans des bassins de porphyre des deux côtés de
l'obélisque. Leur murmure fait faire silence et parle d'éternité.
Ici, à droite et à gauche, une double colonnade de sept cent
trente-huit pieds de long, sur six cents pieds de large, enferme la
place qui précède le temple. Douze cents pieds d'espace ouvrent à
l'oeil la vue nécessaire pour embrasser la masse et la beauté de
l'église.
La place comprise entre les deux parties semi-circulaires de la
colonnade du Bernin (mais, je vous en prie, ayez les yeux sur une
lithographie de Saint-Pierre), est à mon gré la plus belle qui existe.
Au milieu, un grand obélisque égyptien; à droite et à gauche, deux
fontaines toujours jaillissantes dont les eaux, après s'être élevées
en gerbe, retombent dans de vastes bassins. Ce bruit tranquille et
continu retentit entre les deux colonnes, et porte à la rêverie. Ce
moment dispose admirablement à être touché de Saint-Pierre, mais il
échappe aux curieux qui arrivent en voiture. Il faut descendre à
l'entrée de la place _de' Rusticucci_. Ces deux fontaines ornent cet
endroit charmant, sans diminuer en rien la majesté. Ceci est tout
simplement _la perfection de l'art_. Supposez un peu plus d'ornements,
la majesté serait diminuée; un peu moins, il y aurait de la nudité.
Cet effet délicieux est dû au cavalier Bernin, dont cette colonnade
est le chef-d'oeuvre. Le pape Alexandre VII eut la gloire de la faire
élever.
Le vulgaire disait qu'elle gâterait Saint-Pierre.
La place ovale, dont les deux extrémités sont terminées par les deux
parties de la colonnade, a sept cent trente-huit pieds de long sur
cinq cent quatre-vingt-huit de large. Vient ensuite une place à peu
près carrée, et qui finit à la façade de l'église. La longueur totale
de ces trois places qui précèdent Saint-Pierre est, à partir de la rue
par laquelle on y arrive, de mille cent quarante-huit pieds.
Les deux portiques circulaires du Bernin se composent de deux cent
quatre-vingt-quatre grosses colonnes de travertin et de
soixante-quatre pilastres; ces colonnes forment trois galeries. Dans
de certaines solennités, les carrosses des cardinaux passent sous
celle du milieu. La base des colonnes est d'ordre toscan, le fût
d'ordre dorique, et l'entablement d'ordre ionique; elles ont
trente-neuf pieds deux tiers de haut. Les deux portiques
semi-circulaires ont cinquante-six pieds de large et cinquante-cinq de
hauteur. La balustrade supérieure est ornée de cent quatre-vingt-douze
statues de douze pieds de haut, comme celles du pont Louis XVI. Les
statues de Rome sont en travertin; elles furent faites sous la
direction du cavalier Bernin. Elles sont bien placées, et contribuent
à l'ornement.