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Les reptiles et les insectes ne pullulent point, comme on le croirait,

dans les forêts vierges. La première peur d'un nouveau débarqué sous

ces ombrages marécageux est de marcher à chaque pas sur des reptiles

venimeux. Pour être nombreux à certains endroits, il s'en faut bien

qu'ils soient nombreux partout, et encore appartiennent-ils la

plupart du temps à des espèces sans venin. Il n'arriva qu'une fois à

M. Bates de se trouver enlacé dans les replis d'un serpent

merveilleusement mince, avec un diamètre maximum d'un demi-pouce sur

six pieds de long. C'était une variété du dryophis. Le hideux sucurugu

ou boa aquatique, _eunectes murinus_, est plus redoutable que les

serpents des bois (hors les espèces les plus venimeuses, comme le

javaraca, _craspedocephalus atrox_), et il attaque souvent l'homme.

Dans la saison des pluies, les boas sont si communs qu'on en tue

jusque dans les rues de Para. On range au nombre des plus communs et

des plus curieux serpents les amphisbènes, espèce inoffensive, voisine

des orvets d'Europe, qui vit dans les galeries souterraines de la

fourmi saüba. Les indigènes l'appellent, en style oriental, _maï das

saübas_, mère des fourmis.

La forêt vierge n'est point en général empestée de moustiques et

autres diptères du genre _cousin_. L'absence de ce fléau, un mélange

de variété et d'immensité, la fraîcheur relative de l'air, les formes

diverses et bizarres de la végétation, la majesté de l'ombre et du

silence, tous ces éléments combinés donnent de l'attrait à ces

solitudes sauvages, que peuplent seuls les arbres et les lianes. «Ces

lieux, dit M. Bates, sont le paradis du naturaliste, et pour peu qu'il

soit porté à la contemplation, il n'y a point ailleurs de milieu plus

favorable à l'esprit rêveur. Les forêts intertropicales produisent sur

l'âme, comme l'avait déjà fait observer Humboldt, une impression

analogue à celle de l'Océan. L'homme sent qu'il est en face de

l'immensité de la nature.»

Cours familier de Littérature - Volume 19 · 第 105 / 140 题